‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 5)Chapitre 52 sur 156 · CASS · texte numérisé non relu

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siècle dernier. Elle s'est portée l'héritière directe du cartésianisme, et, tout en se préservant des excès dans lesquels il est tombé, elle apieusement recueilli toutes les vérités immortelles qu'il contenait en son sein. En effet, c'est du cartésianisme que nous tenons et notre méthode et la plupart de nos principes. Comme Descartes, nous ne reconnaissons la vérité qu'an signe infaillible de l'évidence; comme Descartes, nous partons de la conscience, qui nous atteste immédiatement et l'existence do notre pensée et celle d'une âme simple et immortelle profondément distincte du corps et des oreanes; comme Descartes, nous trouvons au dedans de nous l'idée de linflni, laquelle renferme implicitement la preuve de l'existence de l'Être inlîni; comme Descartes, nous croyons à des idées innées, et, comme Halebranche, à une raison souveraine qui est le Verbe de Dieu même, qui éclaire également toutes les intelligences et leur révèle l'absolu et l'inflni, et qui est la source des idées innées. Enfin, si nous ne donnons pas dans l'excès de nier toute substantialité et toute causalité véritable, toute réalité aux substances créées, et de les considérer seulement comme des actes répétés de la toute-puissance divine, nous pensons, avec l'école cartésienne tout entière, que ces substances finies et créées n'existent qu'en vertu d'un rapport permanent avec la substance infinie et increée; nous croyons à une participation continue du créateur avec les créatures, de Dieu avec l'homme et le monde.

Voyez, pour la bibliographie, tous les articles sur les principaux philosophes de l'école cartésienne, et consultez, pour l'école en général et son histoire : le Recueil de pièces curieuses concernant la philosophie de Descartes, petit in-12, Amsterdam, 1684, publié parBayle; — Mémoires pour servir à l'histoire du carlésianisme, in-12, Paris, 1693, par M. G. Huet; — Vie de M. Descartes, in-4, Paris, 1691, par Baillet; — Préface de l'Encyclopédie, et article Cartésianisme, par d'Alembert; — Mémoire sur la persécution du cartésianisme, par M. Cousin ; — Fragments philosophiques et Fragments de philosophie cartésienne, pai le même auteur; — Introduction aux Œuvres du P. André, in-12, Paris. 1843 ; — le Cartésianisme ou la VéritcAle rénovation des sciences, par M. Bordas-Démonlin, 2 vol. in-8, Paris, 1843; — Histoire et critique de la révolution cartésienne, par M. Francisque Bouillier, 1 vol. in-8, Paris, 1842, et 2 vol. in-8, Paris, 18o4 et 1868; — Manuel d'histoire de la philosophie moderne, par M. Renonvier, 1 vol. in-12, Paris, 1842; — Précitrseurs et disciples de Descartes, par E. Saisset, Paris, 1863, in-8; — Essai sur l'histoire de la philosophie en France au xvn* siicle, par P. Damiron , Paris, 1845, 2 vol. in-8. F. B.

CABMAmr (Othon), savant théologien du xn' siècle, à qui l'on doit aussi quelques ouvrages philosophi(^ues, compte an nomnre de ses mattres Goclenius, philosophe éclectique. Après avoir dirigé qnel(^e temps l'école de Steiniurt, il mourut prédicateur à Stade, en 1607. Il fut le

Îiremier qui donna à une partie de la philosophie e titre de psychologie ; mais la science de l'&me n'était pour lui qu'une partie de l'anthropologie, qui embrasse aussi la connaissance du corps, ou, pour nous servir de son expression, la somato-

L'esprit aristotélique respire encore dans cotonvrage, d'ailleurs remarquable par les détails et la clarté de l'exposi lion. Suivant Casmann, la psychologie nous fait connaître la nature de l'esprit humain ou de l'&me raisonnable, en nous aonnant une idée de toutes ses faculté*. L'âme est l'essence

même de l'homme. Elle possède quatre facultés: la première est le principe de vie et d'action dans l'homme ; la seconde est l'intelligence ou la faculté de connaître et de raisonner ; la troisième est la volonté, qu'il regarde comme une seconde faculté de la raison ; enfi:i la faculté de

ftenser. Il entend par facultés irraisonnables la orce végétative ou vitale. L'homme est défini la réunion substantielle de deux natures, l'une corporelle, l'autre spirituelle. Dans sa physiologie mtellectuelle, les esprits vitaux et les fluides de toute nature jouent encore un très-grand râle. Du reste, sa philosophie porte en général un caractère théologique très-prononcé, tout en admettant une &me du monde. Il voulait, si le temps le lui avait permis, composer une grammaire, une rhétorique, une logique, une arithmétique, une géométrie et une optique chrétiennes. Il a laissé les ouvrages suivants : Psyehotogia anthropologica, sive Animas humanœ doetrino, in-8, Hanovre, 1594, et Francfort, 1604; — Anthropologioe parssecunaa, h. e. de Fabrica humant corporis methodice descripta, in-8, Hanovre, 1 596 ; — Angelographia, sive Comm. phys. de angelis erealis, spiritibus, in-8, Francfort, 1597; — Somatologia physica generalis, in-8, ib., 1598; — Modetta assertio philosophice et chrislianœ et vera adversus insanos hostium ^us et nonnuUorum hierophantarum mortus et calumnias, in-8, ib., 1601 ; — Biographia et comm. melhod. de homini» vita naturali, mO' rali et œconom., in-8, ib., 1602. J. T.

CAS8IODORE (Magnus AureliusCassiodorus) naquit, vers 470, à Squillace en Calabre, d'une famille riche et considérée. Suivant quelques biographes, dont l'opinion est controversée, Odoacre, roi des Hérules, frappe de ses talents précoces, l'aurait nommé, à peine âgé de vingt ans, comte des largesses privées et publiques. Un fait constant, c'est qu'après la chute du royaume des Hérules, il fut appelé à la cour de Théodore, roi des Ostrogoths, qui le choisit pour son secrétaire et l'éleva plus tard à la dignité de questeur et de maitre des offices. Sous les successeurs de ce prince, Gassiodore continua de prendre part aux affaires publiques, et devint préfet du prétoire. Mais, attristé par les revers des Goths, et accablé par cinquante années de travaux et de succès, il céda enfin au désir, qu'il avait depuis longtemps, de quitter le monde, et alla fonder, à l'extrémité de la Calabre. le monastère de viviers. Il vivait encore en 562. et on croit que sa carrière s'est prolongée au delà de cent ans.

Comme ministre de Théodoric. Cassiodore contribua à donner à l'Italie désolée la paix et la tranquillité, et surtout s'appliqua à préserver les sciences du naufrage qui les menaçait. Comme l'a si bien dit Tiraboscûi, • il montra au monde un spectacle qui peut-être ne s'est jamais présenté : quelques-uns des souverains les plus grossiers qui se soient assis sur un trône devenus de généreux, de magnanimes protecteurs des bonnes études. » Retiré au monastère de Viviers, Cassiodore demeura fidèle aux habitudes et aux goûts de sa vie 'entière. Ce pieux asile devint, par ses soins, une sorte d'académie, où les moines étudiaient les sciences sacrées et profones, les arts libéraux et l'agriculture. Afin de faciliter le travail, il avait formé une bibliothèque qui renfermait, avec les ouvrages des Pères, les principaux manuscrits de l'antiquité latine. Donnant lui-même l'exemple d'un zèle infatigable pour l'étudCj il composa des commentaires sur l'Ecriture sainte, et plusieurs ouvrages pour l'instructioD des moines, entre autres son Traité des sept arts libéraux, si répandu dans les écoles

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an début du moyen &ge. Il n'est pas impossible qu'il ait commenté quelques parties de la Logique d'Aristote ; mais ces commentaires ne sont pas parvenus jusqu'à nous, et quelques allusions éparses dans ses autres écrits sont la seule trace qui nous en reste. En général, les ouvrages de Cassiodore manquent d'originalité ; on doit s'attendre à y trouver beaucoup de réminiscences et fort peu d'idées neuves. Son livre de VAme, qu'il composa lorsqu'il était préfet du prétoire, est peut-être de tous celui qui présente le plus d'intérêt. Pour faire ressortir l'importance de l'étude de la pensée, il demande s'il n'y aurait

Sas une sorte d'injustice à ne pas s'enquérir e ce qui s'occupe de tout, à ne rien savoir de ce qui sait tout. L'&me raisonnable étant l'image de la Divinité, Cassiodore cpnclut qu'elle est spirituelle. Ses expressions ne doivent pas être prises à la lettre,.lorsqu'il appelle l'esprit immortel une substance déliée, et qu'il fait de notre &me une lumière substantielle; car il dit positivement ailleurs, que tout ce qui est corporel a trois dimensions, et que rien de semblable ne se trouve dans notre &me, qu'elle n'a aucune quantité, ni celle de l'espace ou de l'étendue, ni celle du nombre. Bien que r&me soit créée & l'image de Dieu, .Cassiodore n'hésite pas & déclarer, avec tous les Pères de l'Église, qu'elle ne saurait être une partie de la substance divine, puisqu'elle peut passer du bien au

mal, ce qui est incompatible avec les attributs

divins.

La meilleure édition des œuvres de Cassiodore est celle que dom Caret a donnée à Rouen, en 16T9, 2 vol. in-f, et qui a été réimprimée à Venise en 1729. La Vie de Cassiodore a été publiée, avec des remarques, par D. de Sainte-Marthe, in-12, Paris, 1694. Voy. aussi : Cassiodore conservateur des livres de Vaniiqxtilé latine, par Alei. OUeris, in-8, Paris, 1841 ; — V. Durand, Quid scripserit dé anima M. A. Castiodonu, 1851, in-8.

CATËOOIUE, du mot grec xotmiYopCa, qui ne signifiait d'abord qu'Accusation, et auquel Aristote, le premier^ donna le sens qu'il a gardé plus tard en philosophie. Dans cette acception nouvelle, il veut dire proprement Attribution ; mais pour quelques systèmes postérieurs, et particulièrement celui de Kant, le mot de catégorie a un sens tout différent. De plus, il est passé de la science dans le langage ordinaire, où il ne représente que l'idée de classe, c'estjirdire la partie la plus générale et la plus vague de la notion totale qu'il embrassait d'abord. Pour se rendre un compte bien exact de ce que la philosophie, selon les diverses écoles, et le vulgaire, selon l'usage commun, entendent par catégorie, il faudrait dire que les catégories sont les classes les plus hautes dans lesquelles sont distribués, soit des idées, soit des êtres réels, d'après on certain ordre àe subordination et d'après certaines vues systématiques. Cette définition, sans être rigoureuse, pourrait s'appliquer cependant en une certaine mesure, aux doctrines diverses qui ont employé ce mot, et parfois aussi en ont abusé.

Les catégories reparaissent à plusieurs reprises dans l'histoire de la science, et l'on peut distinguer à côté de celles d'Aristote et de Kant, qui sont les plus célèbres, celles des philosophes indiens, et spécialement celles de Kanâda, celles des pythagoriciens, celles d'Archytas, celles des stoïciens, celles de Plotin, et dans la philosophie moderne, celles de Port-Royal, qu'on peut reeirder aussi comme étant celles de Descartes. On conçoit sans peine que, sous un mot identique, on a compris dans tous ces systèmes, sépa-

rés par tant de siècles et si dissemblables, des choses fort différentes. Mais du moins, tous ces efforts, quelque divers qu'ils soient, attestent un besoin de l'intelligence qu'ils avaient tous pour but de satisfaire. Quel est au juste ce besoin? Qu'y a-t-il d'analogue et de permanent sous la variété de tous ces essais? Que doivent être précisément les catégories î C'est ce qu'on no peut bien dire qu'après avoir su historiquement le caractère et la portée des tentatives faites successivement par les grandes écoles ou les hommes de génie.

Pour tous les systèmes de la philosophie indienne, si nombreux, si originaux, mais si obscurs, nous ne pouvons presque rien savoir encore, si ce n'est par Colebrooke ; et Colebrooke, qui n'était pas très-versé dans la philosophie, a vu souvent des analogies où il n'y en avait pas, et les a exagérées là où il y en avait. Ce n'est donc qu'avec circonspection qu'il faut recevoir son témoignage, tout précieux qu'il est. A quelle époque d'ailleurs remontent les catégories indiennes? c'est ce que Colebrooke n'a pas dit, c'est ce qu'il est jusqu'à présent impossible de dire avec quelque apparence d'exactitude. Si donc on y trouve des ressemblances frappantes avec celles d'Aristote, il faudra se borner à constater ces rapports, sans pouvoir affirmer que tel des deux systèmes est l'original et l'autre la copie. 11 faut remarquer que le mot traduit par celui de catégorie dans les ouvrages de Colebrooke est en sanscrit un peu différent. Padàrtha ne signifie pas attribution, il signifie sens des mots {artha, sens,pada, mot), et l'idée en est, par conséquent, plus précise que celle du mot grec. Le mot d ailleurs est plus spécial à la philosophie véiséshikâ fondée par Kanâda, bien que toutes les écoles indépendantes ou orthodoxes aient aussi des théories analogues. Les catégories ou pad&rthas de Kanâda sont au nombre de six : la substance, la qualité, l'action, le commun, le propre et la relation. Une septième catégorie est ajoutée le plus ordinairement par les commentateurs : c'est la privation ou négation des six autres. Les six premières sont positives: la dernière est négative {bhâva, aUiàva). Sous la substance, Kan&da range les corps on les agents naturels dans l'ordre suivant : la terre, l'eau, la lumière, l'air, l'éther, le temps, l'espace, l'àme et l'esprit. Chacune de ces substances a des qualités propres qui sont énumérées avec le plus grand soin.

Les catégories de Kanâda peuvent donner lien à deux remarques : 1* elles sont presque identiquement celles d'Aristote : 2* c'est une classification des choses matérielles, plus encore que des mots.

A côté des catégories de Kanâda, Colebrooke place celles de Gotftma; mais Colebrooke emploie ici un mot qui n'est pas applicable, et ces prétendues catégories ne sont que l'ensemble des lieux communs de la discussion régulière,

(voy

des sciences morales et politiques, t. in). Ces catégories sont au nombre de seize : la preuve, l'objet de la preuve, le doute, le motif, l'exemple, l'assertion, les membres de l'assertion régulière (ou prétendu syllogisme indien), le raisonnement supplétif, la conclusion, l'objection, la controverse, la chicane, le sophisme, la (t'aude, la réponse ftitile et enfi^n la réduction au silence. Ce sont là, comme on voit, des topiques de pure dialectique, de rhétorique ; ce ne sont pas des catégories, ni au sens de Kanâda, ni an sens d'Aristote.

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Colebrooke a signalé enfin les catégories des écoles hétérodoxes des djinas et des bouddhistes. Ces catégories sont en partie purement logiques comme celles de Gotàma: ou purement matérielles comme celles de Kanada.

Les catégories indiennes, sur lesquelles d'ailleurs il est aujourd'hui très-difficile de se prononcer, présentent donc déjà deux caractères qu'il est bon de remarquer, parce qu'on les retrouvera plus tard aussi dans les autres systèmes. Elles sont ou une classification des choses, on une classification des idées. Selon toute apparence, les tentatives des philosophes indiens, et surtout celle de Gotàma, sont antérieures aux systèmes qu'a produits la philosophie grecque.

Les catégories pythagoriciennes nous ont été conservées par Aristote, au premier livre de la Mitaph\j$ique. Elles sont au nombre de dix; ce sont: le fini et l'inilni, l'impair et le pair, l'unité et la pluralité, le droit et le gauche, le m&le et la femelle, le repos et le mouvement, le droit et le courbe, la lumière et les ténèbres, le bien et le mal, le carré et toutes figures à cotés inégaux. Alcméon de Crotone soutenait une doctrine à peu près pareille. Aristote conclut que les pythagoriciens regardaient les contraires comme les principes des choses ; il trouve que ce premier essai oe détermination est bien grossier (voy. la traduction de H. Cousin dans son rapport sur la Métaphytiqut d'Aristote, p. 144 et

Les catégories d'Archytas sont apocryphes, bien gue Simplicius, après Jamblique et Deiippe, les ait crues authentiques. C'est un ouvrage qui fut fabriqué^ comme tant d'antres dans I école d'Alexandrie, vers l'époque de l'ère chrétienne, et qui servit aux ennemis du péripatétisme pour rabaisser le mérite et l'originalité d'Aristote. Simplicius en cite de longs passages | et il serait possible, en rapprochant toutes ces citations, de refaire le prétendu livre du pythagoricien contemporain de Socrate et de Platon. Il ressort évidemment de celte comparaison, que la doctrine d'Aristote et celle d'Archytas sont identiques, sauf quelques différences insignifiantes. Thémistius et Boëce en ont conclu que cet ouvrage était supposé, et la chose est certaine. Quand on sait la place que les catégories tiennent dans le système aristotélique, on ne peut admettre que l'auteur de ce système les ait empruntées à qui que ce soit; ou bien, il faudrait aller jusqu'à dire que le système tout entier n'est qu'un long plagiat. Les catégories sont la base de tout l'édifice ; elles en sont inséparables, et si Archytas les eût en effet conçues comme Simplicius semble le croire, il eût été le père du péripatétisme. à la place d'Aristote. Au XVI* siècle, un autre faussaire imagina de publier, sous le nom d'Archytas, un livre des catégories oii l'on ne retrouve aucun des fragments conservés par le péripatéticien du vi'; et le nouvel ouvrage n'est pas moins apocryphe que le premier. Il faut donc laisser à Aristote la gloire d'avoir créé le mot de catégorie, et d'avoir le premier, chez les Grecs, fondé la doctrine qui porte ce nom.

Les catégories d'Aristote sont an nombre de dix : la substance, la quantité, la relation, la qualité, le lieu, le temps, la situation, la manière d'être, l'action et la passion.

Ces catégories sont à la fois logiques et métaphysiques.

Il faut d'abord remarquer que le traité spécial où cette théorie est exposée, est placé en tète de VOrganon et précède le traité de la Proposition ou Herméneia. On a dû en conclure qu^ Aristote avait voulu, dans ce traité, faire la théorie des

mots dont sont formées les propositions ; et c'est là le caractère particulier que les commentateurs ont le plus généralement donné aux catégories. Mais comme les mots ne sont que les images des choses, il est clair qu'on ne peut classerles mots sans classer les choses. Voilà ce qui explique comment les catégories reparaissent avec tant d'importance dans la Métaphysique, après avoir figuré d'abord dans VOrganon. Hais Aristote dit positivement dans la phrase qui résume tout son ouvrage : • Les mots pris isolément ne peuvent signifier qu'une des eux choses suivantes; » puis il énumère les dix catégories. Il semble donc que, dans la pensée d^ristote aussi bien que par la place qu elles occupent en tète de la Logique, les catégories ne sont guère qu'une théorie générale des mots, La grande division qu'y trace Aristote, est celle que toutes les langues humaines, les plus grossières comme les plus savantes, ont unanimement établie. Les mots ne représentent que des substances et des attributs; les substances existent par elles-mêmes, ce sont les sujets dans la proposition ; et les attributs existent dans les substances, ce sont les adjectifs. Voilà, au fond, à quoi se réduisent les catégories d'Aristote, dont le but d'ailleurs a été si souvent controversé et peut l'être encore, parce que l'auteur n'a pas eu le soin de l'indiquer assez nettement lui-même. Mais cette théorie même est très-importante, et Aristote a su la rendre profondément originale par les développements qu'il lui a donnés, autant qu'elle était neuve au temps où il l'établit pour la première fois.

Aristote a traité tout au long les quatre premières catégories: il les définit et en énumère avec une exactitude admirable les propriétés diverses. Celle de substance surtout est analysée avec une perfection qui n'a jamais été surpassée. Quant aux six dernières, il les trouve assez claires par elles-mêmes pour qu'il soit inutile de s'y arrêter. Enfin le traité des Catégories se termine par une sorte d'appendice que les commentateurs ont appelée Hypothione, et où sont étudiés les six objets suivants : les opposés, les contraires, la priorité, la simultanéité, le mouvement et la possession. Il est assez difficile de dire comment cette dernière portion de l'ouvraRe se rattache à ce qui précède ; et Aristote n'a pas lui-même montré ce lien, que les commentateurs n'ont pas trouvé.

En métaphysique, les catégories changent un peu de caractère; elles ne représentent plus la substance et ses attributs; elles représentent plutêt l'être et ses accidents. Elles ne sont pas des genres, et Aristote a pris soin de le dire souvent, en ce sens qu'elles aboutiraient tontes à un genre supérieur qui serait l'être: il n'y a d'être véritable, de réalité, que dans la première, dans celle de la substance, laquelle seule communique quelque réalité aux autres. Les substances existent en soi ; les accidents ne peuvent exister que dans les substances et n'ont pas d'être par eux-mêmes, la catégorie de la substance se confond avec l'être lui-même ; les autres sont en quel(^ue sorte suspendues à celle-là, comme le dit Aristote. En définitive, elles reposent toutes sur l'être ; et comme pour Aristote, il n'y a d'être que l'être individuel, l'être particulier,, tel que nos sens le voient dans la nature, il s'ensuit que les dix catégories doivent se retrouver dans tout être quel qu'il soit d'ailleurs. C'est là ce qui a fait dire que les catégories n'étaient que les éléments d'une définition complète. La catégorie de la substance nomme d'abord l'être, et les neuf suivantes le qualifient. Toutes ces déterminations réunies formeraient la détermi-

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