‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 5)Chapitre 53 sur 156 · CA.TÊ · texte numérisé non relu

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nation totale de l'être individoe), qa'on étudierait ainsi dans toute son étendue.

Aristote a varié sur le nombre et l'ordre des catégories ; la substance restant toujours la première, c'est tantôt la qualité et non la quantité qui -vient après elle ; tantdt les catégories sont réduites à nuit, dans des énnmérations qui prétendent cependant être complètes. Quoi qu'il en soit de ces différences partielles, auxquelles on a peut-être attaché trop d'importance, dans le système d'Aristote, les catégories sont au nombre de dix, et elles doivent être rangées suivant l'ordre aae présente le traité spécial qu'il leur a consacre.

Les stoïciens paraissent avoir considéré les catégories au même point de vue qu'Aristote. Seulement, ils tentèrent d'en réduire le nombre; et, au lieu de dix, ils n'en reconnurent que quatre: la substance, la qualité, la manière d'être, la relation. Quels étaient les motifs de cette réduction, et comment les stoïciens la justifièrent-ils? C'est ce qu'il serait difficile de dire, soit d'après Plotin, qui a combattu et le système stoïcien et celui d'Aristote, soit d'après Simplicius, qui, dans son commentaire sur les catégories, a donné quelques détails sur la doctnne stoïcienne.

Plotin a consacré les trois premiers livres de la sixième Ennéade à une rémlation des caté- (^ries d'Aristote et des stoïciens, et à l'exposition d'un nouveau système. Il traite fort sévèrement ses prédécesseurs, et n'approuve ni leur méthode, ni leurs théories. Pour lui, il disUngae les catégories en deux grandes classes : celles du monde intelligible, au nombre de cinq, et celles du monde sensible, en nombre égal. Les premières sont la substance, le repos, le mouvement, l'identité et la différence; les secondes sont la substance, la relation, la quantité, la qualité et le mouvement. De plus, il propose de réduire ici les quatre dernières a une seule, celle de la relation, qui comprendrait les trois suivantes; et par la les catégories du monde sensible seraient réduites i deux, la substance et la relation.

Après l'antiquité et durant le moyen âge, la doctrine des catégories ne joue pas de rôle nouveau. Elle n'est que celle df'Aristote commentée, mais non point discutée, acceptée et reproduite par toutes les écoles. A la un du xvi* siècle, Bacon attaque les catégories d'Aristote ; mais ce n'est point par une discussion sérieuse et approfondie, c'est par le sarcasme et l'injure. Aristote, suivant lui^ a voulu b&tir le monde avec ses catégories ,- il a voulu plier la nature, qu'il ne connaissait pas, à ses classifications. Les objections de Bacon ne sont pas plus sérieuses, et elles n'ébranlent en rien la doctrine qu'il condamne. Descartes, sans combattre Aristote, et se plaçant i un autre point de vue, partage toutes les choses en deux grandes séries ou catégories, l'absolu et le relatif ; mais cette division, selon lui, ne doit servir qu'à faire mieux connaître les éléments de chaque question, en montrant les rapports d'ordre et de génération qu'ils soutiennent entre eux. Port-Royal, dans sa Logique ou Art de petuer, a essayé une classification nouvelle des catégories, qu'il fait remonter jusqu'à Descartes même. Dabord, suivant les penseurs de Port-Royal, les catégories sont une chose tout arbitraire: et ils croient que, sans s'inquiéter de l'autorité d'Aristote, chacun a le droit, tout aussi bien que lui, d'arranger d'autre sorte les objets de ses pensées selon sa manière de philosopher. Ils établissent donc sept catégories, qu'ils renferment en deux vers latins et qui sont: l'esprit, la mesure (oa qmantité), le repos, le mou-

vement, la position, la figure, et enfin la matière (!'• partie, ch. m). C'est donc encore le monde qu'il s'agit pour Port-Royal de construire avec les catégories, comme pour Bacon, comme pour Kanida et peut-être aussi pour Plotin.

Le système de Kant, qui est le plus récent de tous, si nous exceptons les contemporains, est fort différent des précédents, et ne ressemble à aucun d'eux. Kant s'est trompé, quand il a dit que son projet était tout à fait pareil i celui d'Aristote. Il n'en est rien. Kant, étudiant la raison pure et voulant se rendre compte de ses

sensibilité, a douze formes qui répondent par ordre aux douze espèces de jugements possibles. Ces douze jugements sont les suivants: généraux, particuliers, individuels; affirmatifs, négatifs, limitatif: catégoriques, hypothétiques, <Ssjonctifs; problématiques, assertoriques, apodictiques. Les catégories corresponoantes sont : unité, pluralité, totalité; affirmation, négation, limitation ; substance, causalité, communauté ; possibilité, existence, nécessité. Les jugements et les catégories ou formes de l'entendement dans lesquelles se moulent les jugements pour être intelligibles, se divisent encore trois par trois symétriquement, en quatre grandes classes : les trois premiers sont de quantité, les trois seconds de qualité^ les trois suivants de relation, et les trois deruers de modalité. La quantité ne concerne que le sujet, dont l'extension peut être plus ou moins grande, totale ou partielle; la

2ualité ne concerne que l'attribut, qui peut être ans le sujet ou hors du sujet ; la relation ex- Frime la nature du rapport qui lie le sujet à attribut; enfin, la modalité exprime le rapport du jugement à l'esprit qui porte ce jugement même. • Cette liste des catégories, comme l'a dit M. Cousin, est complète selon Kant; elle renferme tous les concepts purs ou a priori an moyen desquels nous pouvons penser les objets : elle épuise tout le domaine de l'entendement. » [Leçons tur la philotophie de Kant.) On voit que ce système ne ressemble point à celui d'Aristote, et que rien n'indique que le philosophe grec ait prétendu classer des concepts purs, au sens où le philosophe allemand les comprend.

Kant a cet avantage sur Aristote, qu il a dit nettement à quelle source il puisait ses catégories. C'est aux jugements qu'A les emprunte: et, pour mieux dire, c'est des jugements qu'il les infère. Les jugements sont-ils oien tels que le dit Kant? sont-ils aussi nombreux? Cest une première question que l'observation directe peut résoudre, puisque les jugements se formulent dans le langage et peuvent y être directement étudiés. Si les jugements sont bien tels que Kant les croit, est-il nécessaire, pour que ces jugements soient intelligibles, qu ils viennent se modeler sur ces cadres vides que Kant suppose dans l'entendement? c'est là une autre question non moins grave que la première, et à laquelle il n'a pas davantage répondu. Il alfirme que les jugements sont de quatre espèces divisées chacune en trois sous-espèces parfaitement symétriques; il affirme que l'entendement a douze formes correspondantes qu'il appelle catégories. Qui prouve ces deux assertions? Qui les démontre? Rien dans le système de Kant; on a pu démontrer, an contraire, que quelques-uns de ces jugements qu'il distingue rentrent les uns dans les autres et se confondent peut-être en un seul.

Voilà donc ce que l'histoire peut nous apprendre sur les catégories : elles ont été tour a tour,

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et dan» les systèmes où leur caractère éclate le plus clairement, une classification universelle ou des choses, ou des mots, ou des idées, ou des formes de la pensée. De tous ces points de vue, quel est le plus vrai ? quel est le préférable ? Tous sont vrais dans une certaine mesure^ mais il ne faut pas s'y tromper, tous sont différents. Quand on veut étudier ce grand sujet, il faut bien savoir avant tout ce qu'on se propose. Quels objets

Srétend-on classifier î Voilà ce dont il faut se renre compte clairement, ce qu'il faut clairement indiquer. Il ne parait pas que les philosophes indiens aient eu ce soin, et certainement Aristote l'a négligé. Kant l'a eu ; mais il a omis^ ainsi <ju' Aristote, de dire par quelle méthode il était arrivé à Reconnaître les catégories qu'il énnmère ou qu'il classe. Les formes de l'entendement, c'est la conscience, c'est la réflexion qui les lui donne très-probablement; ou bien, s'il les induit uniquement de l'eiistence des jugements euimémes, encore fallait-il justifier la légitimité de cette induction, et c'est ce qu'il ne fait pas. Une doctrine régulière des catégories exigerait donc : 1° qu'on hxât, sans qu'aucune hésitation fût possible, le but qu'on veut atteindre; 2" qu'on expos&t la méthode qu'on prétend suivre pour arriver i ce but.

Ce n'est pas ici le lieu de tracer un système nouveau, et de recommencer l'œuvre difficile où ont échoué tant de génies; mais s'il fallait se

S renoncer pour l'un d'eux, c'est encore celui 'Aristote qui semblerait le plus acceptable. Il s'adresse surtout aux choses par l'intermédiaire des mots; mais comme l'esprit part aussi delà réalité pour y puiser, si ce n'est tous les éléments, du moins l'origine de la connaissance, ce système s'adresse ou peut s'adresser aussi* a l'esprit. On y retrouve donc les deux grands cé^ tés de la question. Les catégories d'Aristote sont à la fois objectives et subjectives, comme on pourrait dire dans le langage kantienj celles de Kant, an contraire, sont purement subjectives, et elles sont une des bases de ce scepticisme singulier que le criticisme est venu produire dans le sein de la science. Le schématisme, dont Kant a cru les devoir accompagner pour les rendre applicables et pratiques, n'est lui-même qu'une invention plus vaine encore. Les concepts pas plus que les schèmes ne nous apprennent rien de la réalité; ils ne peuvent rien nous en apprendre ; ils ne sortent point de l'enceinte infranchissable de la raison pure. Quoi qu'en ait pu dire Kant, l'idéalisme exagéré de Fichte était une conséquence parfaitement rigoureuse de sa Critique, et la doctrine seule des catégories suffirait pour l'attester. Aristote a procédé tout autrement, et ici il en a appelé, comme partout ailleurs, à l'observation regnliere et méthodique. Il n'y a pour lui de réalité que dans l'individu, dans le particulier. La substance première, c'est l'individu qui tombe sous nos sens; le général n'est que la substance seconde qui n'a d'être que car l'être individuel, et en tant qu'elle le reproduit d'une certaine laçon. Platon, an contraire, n'avait voulu reconnaître de realité que dans l'universel et dans le genre, et de là toute la théorie des idées. Aristote essaye de bâtir tout l'édifice des catégories sur le ferme fondement de la réalité individuelle. Nous pensons a ue c'est là, quelque résultat qu'on obtienne 'ailleurs, la seule base vraiment stable. Les catégories ainsi construites peuvent être transportées sans peine de la réalité où on les a reconnues, à l'esprit qui les a faites; et, toutes différences garciées, on peut les retrouver identiques sur ce nouveau terrain. An contraire, en Voulant partir, comme Kant Ta fait, de la rai-

son elle-même, on ne peut pas sortir de la raison ; la réalité échappe, la raison n'a pas le droit de pousser jusque-là, et elle reste enfermée dans ce cercle de scepticisme où la Crilique de la raison pure est condamnée à tourner sans cesse. Le scepticisme n'a jamais pu naître dans le sein du péripatétisme: il n'y a point un seul péripatéticien qui ait été sceptique, et le dogmatisme du maitre a été si puissant qu'aucun disciple, à quelque rang qu'il fût place,^n'a même jamais incline à cette pente fatale ou le criticisme s'est perdu. Parmi tant d'autres barrières, la doctrine des catégories, telle qu'Aristote l'a conçue, a été une des plus fortes et des plus utiles. Le système d'Aristote est loin d'être parfait sans doute ; mais c'est encore en suivant ses traces qu'on peut en élever un meilleur et un plus solide. Toute théorie qui n'embrassera

Ïias la question tout entière, sera ruineuse : il aut que les catégories puissent à la fois s'appliquer à la réalité et à l'esprit. C'est le sentiment vague de cette nécessite qui poussait Plotin quand il tentait de faire les catégories du monde intelligible et celles du monde sensible. Seulement il ne fallait pas séparer, comme il l'a fait, les unes des antres, et creuser entre elles un abime infranchissable. Mais, du moins, voilà les deux termes qu'il s'agit d'unir ; c'est le rapport seul qui a manqué au philosophe alexandrin. Kant n'a pas même voulu s'occuper de ce rapport, et il s'est confiné dans un seul terme, en méconnaissant et en niant l'autre. Aristote a été plus près de la solution que tous les deux, parce que le fondement sur lequel il s'appuyait était à la fois le plus inébranlable et le plus simple.

Une théorie complète des catégories est encore dans la science une sorte de desideratum que l'auteur de VOrganon lui-même n'a pu faire disparaître. C'est une lacune qui est toujours à combler^ et c'est un labeur vraiment digne des plus vigoureuses et des plus délicates intelligences. Un peut consulter, outre les ouvrages cités, rossai «ir la métaphysique d'Aristote, par M. F. Ravaisson, Paris, 1837, I" volume. Voy. les articles KanXoa, GotIiu, Pitthagobe, Aristote, Kant. B. S.-H.

CATIUS, philosophe latin, contemporain de Cicéron, était né dans la Gaule Cisalpine. Il professa les doctrines d'Ëpicure, et il est, avec Amafanius, un des premiers qui les firent coiinattre aux Latins ; mais il paraît les avoir exposées avec assez peu d'habileté, si l'on en juge par les railleries de Cicéron (Epist. ad fam., lib. XV, ep. XVI et xix) et d'Horace {Sat., liv. II, sat. vi). Cependant Qumtilien {Inst. oral., liv. X, ch. I) le présente comme un écrivain qui n'est pas sans a^ément. Il avait laissé un ouvrage en quatre livres sur la nature dos choses et le souverain bien. Cet ouvrage est aujourd'hui perdu.

CA,0SE. (Idée de cause. — Principe de causalité.) Rien de plus familier à l'esprit que les notions d'effet et de cause : rien de plus universel, de plus évident ni a'une application plus constante que le rapport qui les unit et qu'on appelle le rapport ou le principe de causalité. tWyez, si vous le pouvez, de supprimer ce principe et les termes qu'il contient dans son sein; essayez seulement de l'ébranler par le doute; à lUnstant même la perturbation la plus

firofonde est jetée dans notre intelligence : au ieu d'idées qui s'enchaînent, se coordonnent et se rattachent à un centre commun, il ne reste plus que des impressions confuses et fugitives ; il n'est plus permis do voir autre chose dans l'univers qu'un monstrueux assemblage de phé-

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