‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 5)Chapitre 55 sur 156 · GLAS · texte numérisé non relu

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traire. On a déjà bien fait voir qae cette définition est trop étendue : en effet, il y a des rapports très-réels et très-permanents des choses, auxquels il est indifférent de conformer ou non sa conduite ; il y en a auxquels il serait coupable de l'accommoder. Il faut donc faire un choix de ces relations, et lesquelles choisir? apparemment les relations morales. C'est-i-dire que les relations morales sont et resteront toujours des relations d'un ordre spécial, sut generis, irréductibles à toute autre. On les désigne par leurs caractères ; on les compte; la conscience les reconnaît entre tontes à l'ocligation qu'elles entraînent; maison ne peut les définir. Donc la définition de Clarke, prise en son entier, est trop vaste et devient fausse dans l'application; réduite à ses justes limites, elle n'est plus qu'un cercle, une flrivole tautologie; elle revient, en effet, à ceci : le bien moral est la conformité de notre conduite avec les relations morales, qui sont immuables; c'est bien là définir idem per idem.

Les deux principaux écrits philosophiques de S. Clarke sont la I)émon»trat%on de l'existence et des altribuls de Dieu, pour servir de réponse à Hobbes, à Sptnosa et a leurs sectofeurs; et le Discours sur les devoirs immuables de la religion naturelle. Il faut y joindre un choix de ses lettres, et surtout une lettre trèa-lonçue sur l'immortalité de l'àme. Les deux premiers écrits ont été fort bien traduits en français par Ricottier, 2 vol. in-18, Amst., 1744. Il en existe une édition précédée d'une introduction par H. A. Jacques, Paris, 1843, in-12, sons ce titre : Œuvres philosophiques de S. Clarke. Voy. un mémoire de M. Damiron sur Clarke dans le tome XIV du compte rendu des séances de l'Académie des sciences morales et politiques. Aie. i.

CLASSnrC&TION. Division par genres et par espèces.

Parmi les divisions que l'esprit peut établir dans les objets de ses pensées, il n'en est pas de plus importantes que celles qui ont reçu le nom de classification, et qui consistent à disposer les choses par genres et par espèces.

Telle est l'inépuisable fécondité de la nature, que l'homme aurait promptement succombé à la tache d'en étudier les innombrables productions, s'il n'avait su les coordonner. Hais, doué comme il l'est de la faculté de comparer et d'abstraire, il ne tarde point à s'apercevoir que, partout, a côté des différences, il y a entre les êtres de profondes analogies, dont l'induction le porte à admettre la généralité et la constance. Il se trouve ainsi amené à embrasser, sous une appellation commune, les choses entre lesquelles il découvre des rapports : les individus semblables sont réunis pour former une espèce ; les espèces, un genre; les genres, une famille ou un ordre; les familles, une classe. Ce travail achevé, voici quels résultats il produit : 1* parmi l'infinie variété des objets, l'esprit peut distinguer, sans confusion et sans peine, ceux qu'il a intérêt de connaître; 2* dès qu'il sait le rang qu'une chose occupe, il en sait les caractères généraux indiqués par le seul nom de l'espèce a laquelle cette classe appartient : 3° la transmission des vérités scientifiques se trouve ramenée à ses règles fondamentales, qu'il est attssi aisé de comprendre que d'exposer. La clarté pénètre donc avec l'ordre dans nos connaissances : le jugement et la mémoire sont merveilleusement soulagés, et la science est mise à la portée d'un plus grand nombre d'esprits.

Hais ces avantages ne sont pas les seuls que plantent les classifications. S'il est vrai, comme on n'en saurait douter, que ce monde est l'œuvre d'une cause intelligente, il a été créé avec poids,

nombre et mesure; il y règne un ordre caché qui en lie toutes les parties, et la variété des détails n'y détruit pas l'uniformité du plan. Or ce plan ne peut consister que dans les lois qui gouvernent les phénomènes, ou dans les relations générales qui unissent les êtres particuliers. Au-dessus dea classes qui dépendent des conceptions de l'hom» me et qui cbangentavec elles, la nature renferme donc un système permanent do genres et d'espèces, où chaque être a sa place invariablement fixée. Lorsque le savant aétermine un de ces genres établis par la sagesse divine, il aperçoit une face de l'ordre universel. Peut-être sa découverte résume-t-elle utilement pour la mémoire un certain nombre d'idées éparses; mais ce n'en est que le côté le moins important. Elle vaut bien plus qu'une simple méthode propre à aider le tfavail de l'esprit ; car elle nous associe aux vues de la Providence, et, si elle comprenait tous les genres et toutes les espèces, le plan de la création se déroulerait à nos regards.

Les classifications peuvent donc être envisagées sous deux points de vue : soit comme un procédé commode, mais arbitraire et artificiel, qui nous permet de coordonner, d'éclaircir et de communiquer aux autres nos connaissances; soit comme l'expression des rapports essentiels et invariables des choses. La condition générale qu'elles doivent remplir, dans les deux cas, est ae tout comprendre et de ne rien supposer. Serait-ce classer avec méthode les phénomènes psychologiques que de les partager en faits sensibles et en faits volontaires, et d'omettre les faits intellectuels, ou bien, à l'intelligence, à la volonté et à la sensibilité, de joindre telle ou telle de ces puissances supérieures et mystérieuses, que les écrivains mystiques attribuent si facilement à l'âme humaine? Le premier précepte de la méthode expérimentale est de se montrer fidèle aux indications de la nature, c'est-à-dire de repousser les hypothèses que son témoignage ne confirme pas, et d'accueillir toutes les vérités qu'elle découvre : hors de là, il ne reste à l'esprit d'autre alternative que l'erreur ou l'ignorance.

Mais les classifications naturelles sont soumises à d'autres règles plus sévères, que les classifications artificielles ne comportent pas. Chaque point de vue ou propriété des objets peut servir a les classer, quand on ne cherche que les avantages de l'ordre. Je puis, par exemple, classer les végétaux d'après la grosseur de la tige, la dimension des feuilles, la couleur et la forme de la corolle, le nombre des étamines, leur insertion autour du pistil, etc.; les pierres, d'après leur composition chimique, leur contexture moléculaire, leur densité ; les animaux, d'après la conformation des organes de nutrition, de reproduction, de locomotion, de sentiment, etc.; et ce qui prouve qu'en effet tous ces caractères offrent les éléments d'une division commode, c'est qu'ils ont tour à tour été employés dans plusieurs systèmes de botanique, de minéralogie et de zoologie. Hais les classifications dites naturelles ne nous laissent pas le choix entre plusieurs points de vue ; il n'y en a alors qu'un seul qui soit légitime, parce qu'il n'y en a qu'un seul qui soit vrai, et, pour le découvrir, il faut préalablement évaluer, avec le concours de l'expérience et du raisonnement, l'importance relative des diverses parties des objets. Tel est le principe de la subordination des caractères, que H. de Jussieu a le premier dégagé, et qui, généralisé par U. Cuvier, a renouvelé la face des sciences naturelles. Ce principe s'étend à toutes les branches des connaissances humaines où il se trouve des êtres à décrire et à classer, et il y sépare les méthode*

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véritables de celles qui n'ont qne la valeur d'an procédé mnémoniqne.

La nature offre d'abondants matériaux à la classification ; mais l'homme peut aussi chercher à coordonner les produits de son activité propre, les sciences et les arts. Le plus ancien essai en ce genre est dû à Aristote, qui partageait les sciences philosophiques en sciences spécnlatives, pratiques et poétiques, et chacune de ces branches en groupes secondaires, d'après les trois modes possibles du développement intellectuel, penser, agir, produire. Un système de classification plus connu est celai que le chancelier Bacon a développé dans son ouvrage de la Dignité et de l'Accroissement des sciences, et qui repose sur la distinction des facultés de l'esprit, a savoir la mémoire, d'oii l'histoire : la raison, d'oik la philosophie; l'imagination, d'où la poésie' et les arts. D'Alembert l'a reproduit, avec ae légers changements, dans le Discours préliminaire de l'Encyclopiaie. D'autres classifications, dont quelquesunes remontent au moyen &ge, sont fondées sur la division préalable des objets de la pensée, et peut-être ce point de vue est-il le meilleur; car, tous les pouvoirs de l'esprit concourant dans chaque espèce de sciences et d'arts, on ne peut partager les connaissances d'après les faculté du sujet qui connaît, à moins d'un abus. de l'abstraction qui engendre beaucoup d'erreurs. Le dernier travail sérieux qui ait été entrepris pour classer les produits de 1 esprit humain, est l'ouvrage publie par M. Ampère, sous le titre d'Essai sur la philosophie des sciences, ou Exposition analytique aune classi/icaiion naturelle de toutes les connaissances humaines. La première partie a paru en 1834, et la seconde en 1838, après la mort de l'auteur. Voy. Bacon, Novum organum, liv. I, ch. n; Leibniz, Nouveaux Essais sur l'entendement humain, liv. III, ch. ni, $ 6.

CLAXTBERa est né à Solingen, dans le duché de Berg, en 1622. Après avoir voyagé en France et en Angleterre, il vint à Leyde, oii Jean Ray l'initia à la philosophie de Descartes. Clauberg est un des premiers qui aient enseigné en Allemagne la philosophie nouvelle. Il travailla à la propager par son enseignement dans la chaire de philosophie de Duisbourg et par ses ouvrages. Il mourut en 1665.

Clauberg, dans ses divers ouvrages, a exposé toutes les parties de la philosophie cartésienne avec une clarté et une méthode qu'admirait Leibniz. Il a écrit une paraphrase deS Méditations de Descartes, dans laquelle le texte est commenté avec une fidélité et une exactitude qui rappellent les anciennes gloses des philosophes scolastiques sur l'Organon d'Aristote. Hais Clauberg ne se borne pas toujours au rôle de commentateur exact de la pensée du maître, et, dans quelquesuns de ses ouvrages, il a développé des conséquences contenues en germe dans les principes de la Métaphysique de Oescartes. De conjunctione anim^ et corporis humani scriptum, et Exereitationes centum, de cognitione Dei et noslri, tels sont les titres des deux ouvrages dans lesquels Clauberg a donné un développement original aux

ârincipes de Descartes. Voici de quelle manière, ans le premier ouvrage, Clauberg résont la question de l'union de l'àme et du corps. Comment l'ftme, qui ne se meut pas, pourrait-elle mouvoir le corpst comment le corps, qui ne pense pas, ponrrait-il faire penser l'ime? L'&me n'est et ne peut être que la cause morale des mouvements du corps^ c'est-à-dire l'occasion à propos de laquelle Dieu meut le corps ; de son cOté, le corps ne saurait agir directement sur l'âme, et ses mouvements ne sont que les causes procathar-

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tiques des idées qui s'éveillent dans l'ime, parce qu'elles y sont contenues. Il est facile de voir le rapport de ces idées de Clauberg avec la théorie des causes occasionnelles de Halebranche. Au fond, les deux théories sont parfaitement semblables, et Clauberg a sur ce point devancé Haiebranche.

Sur la question des rapports de Dieu avec les créatures, Clauberg est encore plus original qne sur la question de l'union de l'&me et du corps. Il pousse à l'extrême cette opinion de Descartes, que conserver et créer sont une seule et même chose. Comme nous-mêmes et tous les autres êtres nous n'existons qu'à la condition d'être continuellement créés, il en résulte, selon Clauberg, que nous et toutes les choses qui sont dans le monde nous ne sommes que des actes, des opérations de Dieu ; nous ne sommes à l'égard de Dieu que ce qne sont nos pensées à l'égard de notre esprit; nous sommes moins encore, car souvent il arrive que notre esprit est impuissant i chasser certaines pensées importunes qui se présentent sans cesse à lui malgré lui, tandis que Dieu est tellement le maître de ses créatures, qu'aucune ne peut résister i sa volonté. Toutes sont à son égard dans une si étroite dépendance, qu'il suffit qu'un seul instant il détourne d'elles sa pensée, pour qu'anssitêt elles rentrent dans le néant. Je cite ce passage significatif d'un disciple immédiat de Descartes, qui, tout en voulant suivre pas à pas la doctrine du maître, est entraîné par la logique en des conséquences qui bientôt vont engendrer le panthéisme de Spinoza, la vision en Dieu et les causes occasionnelles de Halebranche. « Tantum igitur abest ut magnifiée sentiendi occasionem mlam habeamus, ut potius maximam habeamus e contrario jndicandi nos erga Deum idem esse quod cogitationes nostrse sunt erga mentem nostram, et adhuc aliqnid minus, quoniam dantur nonnuUa qua, nobis etiam invitis, menti se offerunt. Ouse causa fuit Themistocii ut artem potius oblivionis quam memoris sibi optaret. Sed Deus suarum creaturarum adeo dominus est, ut voluntati suae resistere minime valeant et ao eo tam stricte dépendent ut, si semel ab eis cogitationem suam averteret, statim in nihilum redigerentur. > [Exerdt. de cognit. Dei et nostri, ex. 28.) Pour arriver an panthéisme, il n'a manqué à Clauberg qu'un peu plus de force de logique ; il y touche sans s'en douter, sans s'apercevoir même qu'il ne s'est écarte en rien des principes de son maître. A la même époque . on retrouve plus ou moins la même tendance dans Geulincx, en Hollande, dans Sylvain Régis, en France : tant était glissante la pente logique qui entraînait les principes de Descartes aux systèmes de Halebranche et de Spinoza I

Outre les deux ouvrages que nous avons cités un peu plus haut, Clauberg a publié encore les écrits suivants : Logica velus et nova, in-8, Duisbourg, 1656; — Ontosophia, de cognitione Dei et nostri (dans le même volume) ; — IniticUio philosophi, «eu Dubitatio cartesiana, in-12, Huhlberg, 1687. — Les Œuvres complètes, Opéra phtlosophiea, ont été publiées à Amsterdam en 1691, 2 vol. in-4.— Voy. sur Clauberg: Essai sur l'histoire de la philosophie au ms' siècle, par P. Damiron, Paris, 1846, 2 vol. in-S; Histoire de la philosophie cartésienne, par F. Bouillier, Paris, 1854 et 1868, 2 vol. in-8. ' ' F. B.

CLËAMTHE, fils de Phanias, naquit i Assos, dans l'Asie Mineure, vers l'an 300 avant Jésus- Christ. Il se destina d'abord à la profession d'athlète, et s'exerça au pugilat. Puis, réduit, par tme de ces révolutions si fréquentes alors dan*

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