‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 5)Chapitre 56 sur 156 · CLEM · texte numérisé non relu

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l'Asie Mineure, à la pins extrême indigence, il prit le chemin d'Atlienes, où il arriva n'ayant pour tonte ressource qu'une somme de quatre drachmes. 11 fut oblige de pourvoir i sa subsistance en portant des fardeaux, en puisant de l'eaxi pour les jardiniers, et en consacrant à d'autres occupations non moins pénibles presque toutes ses nuits. Le jour était réservé à l'étude de la philosophie. Il s'était attaché d'abord au successeur de Diogène, i Cratès le Cynique; mais bientôt, dégoûté, comme tant d'autres, des exagérations de cette école, il se tourna vers le stoïcisme, que Zenon venait de fonder.

Son dénùment était tel, que, dans l'impossibilité où il se trouvait de se procurer les objets nécessaires pour écrire, il gravait sur des fragments de tuile et sur des os de bœuf ce qu il voulait retenir des leçons auxquelles il assistait.

Après la mort de Zenon, Ciéanthe fut placé, comme le plus digne de ses élèves, à la tête de l'école : mais il n'en continua pas moins, afin de n'être a charge à personne, de se livrer à ses simples travaux. « Quel homme, s'écrie Plutarqne, qui, la nuit, tourne la meule et, de jour, écrit de sublimes traités sur les astres et sur les dieux l » Il mourut vers l'an 220 on 225 avant Jésus-Christ, après avoir compté au nombre de ses disciples un roi de Macédoine, Antigène Gonatas, et Chrysippe, la colonne du Portique, qui devint son successeur. Le sénat romain, pour honorer sa mémoire, lui éleva une statue dans Assos.

CJéantbe était stoïcien de fait comme de nom. Les railleries les plus mordantes, les injures les

5 lus grossières ne le touchaient point. Quoique oné d'un beau génie, on affirme qu'il avait la conception lente et embarrassée au point de s'attirer quelquefois le nom injurieux d'àne. « Un &ne, soit, répondait-il ; mais le seul, après tout, qui puisse porter le bagage de Zenon. •

Cléanthe avait beaucoup écrit. La liste de ses ouvrages, que nous a transmise Diogène de Laërce, comprend quarante-neuf titres, dont voici les principaux : Sur U temps : — Sur laphytiologie de Zénim ; — Expotition de laphilosophie «flféroctiie; — Sur le poète; — Sur (e (discours ,- — Sur le plaisir ; — Que la vertu e»t la mfme pour la femme et ^our Fhcmme; — l'Art faxmer; — l'Art de vivre; — Sur le devoir; — (e Politique; — Sur la royauté. De tous ces traités, il ne nous reste que de courts et rares fragments conservés par Cicéron, Sénèqne, saint Clément d'Alexandrie, Stobée et quelques autres écrivains de l'antiquité.

Cléanthe s'était aussi exercé à la poésie ; ce sont surtout ses vers que le temps a respectés, et Stobée a sauvé de l'oubli un fragment considérable de son Hymne à Jupiter.

Ce que nous savons de sa philosophie peut se ramener à ces trois chefs : astronomie , théologie et morale.

Dans son système astronomique, le soleil est un feu intelligent qui se nourrit des exhalaisons de la mer (Stobée, Sur la nature du toleiC). Voilà pourquoi au solstice d'été ainsi qu'au solstice d'hiver, l'astre revient sur ses pas, ne voulant pas trop s'éloigner du lieu d'où lui vient sa nourriture (Cicéron, deNalura Deorum, lib. III, c. nv). C'est dans le soleil que réside la puissance qui gouverne le monde (Stobée, Sur le lever et k coucher des astres). La terre est immobile; Aristarque, qui la faisait tourner autour du soleil et sur elle-même, fut juridiquement accusé d'impiété par Cléanthe, pour avoir violé le reniect du à Testa et troublé son repos.

& théologie, que saint Clément d'Alexandrie appelle la vraie théologie, reconnaît un Dieu su-

prême, tout-puissant, éternel, qui gouverne la nature suivant une loi immuable. Tout ce qui vit , tout ce qui rampe sur cette terre pour y mourir, vient de lui. C'est à lui qu'il faut rapporter le bien qui se fait dans le monde; l'homme seul, l'homme pervers y jette des germes de désordre que l'intelligence infinie sait encore tourner au profit de l'ordre universel. Il est le Dieu que le sage adore et en l'honneur duquel il chante l'hymne sans fin {Hymne à Jupiter). Quant à la substance dans laquelle résident ces attributs divins, elle est pour Cléanthe tantdt le monde lui-même, tantfit l'&me qui meut ce

frand corps; tant&t l'éther, ce fluide enflammé ans lequel nagent tous les êtres, tantôt enfin la raison (Cicéron^ de Natura Deorum, lib. I, c. xiv). L'idée, d'ailleurs, que nous nous formons de la Divinité découle pour nous de ces quatre sources.

Le point fondamental de la morale de Cléantlie, c'est la théorie du souverain bien. Le souverain bien, selon lui, c'est la justice, l'ordre, le devoir (saint Clément d'Alexandrie, Exhortation aux Gentils). A la formule de Zenon, « Vivre selon la vertu, » Cléanthe substituait celle-ci : « Vivre conformément à la nature, c'est-à-dire à la raison faisant son choix dans nos tendances naturelles. » (Id., Stromates, liv. II). Si le plaisir était notre but, l'homme n'aurait reçu l'intelligence que pour mieux faire le mal (Stobée, Sur l'intempérance, dise. 38). La foule est un mauvais juge de ce qui est beau, de ce qui est juste ; ce n'est que chez quelques hommes privilégiés que le sens moral se rencontre dans toute sa pureté (saint Clément d'Alexandrie, Stromates, li\. V). Les hommes sans éducation ne se distinguent des animaux cjne par leur figure seule (Stobée, Sur la discipline de la philosophie, dise. 210). Toute la vertu stoîque est condensée dans ces vers de Cléanthe, dont Sénèque [Epist. CTii) nous a donné la traduction que nous traduisons à notre tour. « Conduis-moi, père et maître de l'univers, an gré de tes désirs : me voici; je suis prêt à te suivre. Te résister, c'est te suivre encore, mais avec la douleur que cause la contrainte; les destinées entraînent au terme fatal ceux qui n'y marchent pas d'euxmêmes; seulement on subit, l&che et faible, le sort au-devant duquel, fort et digne, on pouvait se porter. »

Cléanthe croyait à l'immortalité; mais les âmes, selon lui, conservaient, dans une autre vie, la force ou la faiblesse qu'elles avaient déployée dans celle-ci (Ritter, Histoire de la phiiosôpAte, trad. de Tissot, t. III, p. 509).

Voy. Diogène Laêrce, liv. VII, les différents écrivains cités dans le cours de cet article, et les historiens de la philosophie. X.

CLËHAMOIS (Nicolas-Nicolaï), né à Clamange, près ChâJons-sur-Hame, et connu sous le nom de Nicolas de Clémangis, eut pour maîtres Pierre d'Ail ly et Gerson au collège de Navarre, où il entra à l'&ge de douze ans. D'un esprit plus délicat que la foule des scolastiques, dont toute la littérature se bornait à la connaissance de la langue à moitié barbare de l'école, il avait un goût particulier pour la culture des lettres. Soupçonné d'être, par intérêt, défavorable à la résolution de Charles VI de retirer l'obédience à Benoît XIII, dont il était secrétaire, il fut persécuté et se retira dans l'abbaye des Chartreux du Valprofond, d'où il chercha une retraite plus solitaire encore dans un lieu appelé Fons in Bosco. C'est là qu'il composa son traité de Studio theologico, et, peu de temps après, le livre de Corrupto Ecclesiœ statu. Nonobstant ce dernier ouvrage, peut-être même à cause de lui, il n'assista

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pas au concile de Constance. On pense qu'il mourut vers 1440. Il avait été successivement trésorier de Langres et chantre à Bayeuz. Fidèle à l'idée d'une réforme dont il avait démontré la nécessité, il ne consentit jamais à posséder plusieurs bénéfices à la fois, et il refusa une Frébende qu'on voulait lui faire accepter dans église du Mans, aj'outant spirituellement {Episl. Lxxvi) : A'e guo minu» mihi restât vice plus viatici qwesisse merito armias. Ses liaisons avec Benmt XIII no l'empêchèrent pas de le quitter, lorsqu'il ne douta plus que l'ambition ne fût l'unique mobile des actions de ce pontife.

Il n'est pas facile de savoir quelle direction philosophique suivit Nicolas de Clémangis. Ses lettres, conservées au nombre de cent trente-sept, ses nombreux écrits sur les vices des ecclésiastiques, et les abus invétérés dans l'élise, son traité même de Studio IheologicOj ne donnent point de lumières à ce sujet. Ce qui paraît certain, c'est le peu de cas qu'il faisait de la scolastiqne. Aussi sommes-nous disposés à penser que, s'il a adopté les idées de Pierre d'Ailly. son maître dans les matières alors controversées, ce fut sans attribuer à la dialectique une grande importance. Quelques indices nous portent à croire que, fatigué aes arguties sans résultat de la philosophie des écoles, et dégoûté des vices qui réduisaient le clergé à l'impuissance, il chercha quelques diversions dans la culture des lettres et dans la lecture des livres saints. Il reproche, en effet, aux théologiens la négligence qu'ils mettaient a étudier l'Écriture sainte, et leur applique cette parole de saint Paul à Timothée : Languert cirea qu(est%ones et pugnas verborum (I , c. vi, ♦ 4) ; quod est sophistarum, ajoute-t-il, non theologorum. On n apprend pas sans intérêt, par le passage qui suit immédiatement cette citation {Spicitig., t. YII, p. l&O), quelle supériorité les scolastiques de ce temps attribuaient à la raison sur la parole de la Bible; c'est, sous une forme moins liardie, la querelle des temps modernes entre la raison et la foi, et la recommandation que fait Nicolas de Clémangis de se soumettre à la parole sainte est presque un rappel à l'autorité. Nous croyons donc que cet écrivain, justement célèbre par l'élégance et la pureté de son style, plus lettré d'ailleurs que philosophe, pûtagea plutôt la réserve de Gerson que la confiance avec laquelle d'Ailly se voua à la dialectique qui fit sa puissance et sa gloire. Ses œuvres ont été publiées & Leyde, 1613, in-4.

CXJaCEMT (Titus Flavius), plus connu sons le nom de saint Clément d'Alexandrie, naquit dans cette ville, suivant les uns, à Athènes, selon d'autres, vers le milieu du second siècle de notre ère. Il avait été élevé dans la religion païenne; mais les leçons de saint Pantène qu'il entendit en Ëeypte, après avoir fréquenté diverses écoles, le décidèrent & embrasser le christianisme. Vers 190. il succéda & son maître dans la foi comme catéchiste de l'école d'Alexandrie, fonctions qu'il remplit avec autant de zèle que d'éclat jusqu'en 202, oii il parait qu'une persécution ordonnée par l'empereur Septime Sévère l'obligea de se réfugier en Syrie. On ignore la date précise de sa mort, qui, dams toute hypothèse, ne doit pas être recalée au delà de 230.

Ce qui distingue Clément d'Alexandrie entre tous les Pères de l'Eglise, ce qui marque ka place dans l'histoire des sciences profanes, c'est une connaissance étendue et surtout une admiration sincère et éclairée de la philosophie ancienne. Loin de partager le sentiment de Tertullien et d'Athéoagore, qui ne voyaient dans les brillants systèmes des écoles grecques qu'une inspiration

du démon, il repousse une pareille opinion comme sacrilège. La philosophie est à ses yeux une oeuvre divine, un bienfait de laProvidence, dontia sagesse luit pour tous les peuples, tous les hommes et tous les temps. Les philosophes furent les prophètes du pagamsme, et leurs enseignements ont préparé les voies du Christ chez les Gentils, comme l'ancienne loi chez les Hébreux.

Clément d'Alexandrie cependant ne se prononce pour aucune école à l'exclusion des autres. La philosophie, selon lui, n'est ni le stoïcisme^ ni le platonisme, ni la doctrine d'Ëpicure, ni celle d'Aristoto {Slromates, liv. I, ch. cxxiv), mais un choix de ce qu'il y a de meilleur dans ces divers systèmes. II compare la vérité à une harmonie qui se compose ae tons différents, et il en recueille de càté et d'autre les éléments épars, persuadé que tous les philosophes l'ont connue et que pas un ne l'a possédée entièrement. 11 est, pour tout dire, partisan de l'éclectisme en philosophie, et le mot, comme la chose, se trouve dans ses ouvrages.

A part cette méthode générale, et en dehors du dogme chrétien, on ne saurait affirmer que saint Clément ait eu, comme philosophe, un corps arrêté de doctrines positives. Soit indécision dans la pensée, soit embarras de l'exprimer, soit obscurité volontaire, son exposition manque de netteté et présente d'apparentes contradictions dont il est quelquefois difficile de découvrir le secret. Ce qui paraît indubitable, c'est qu'audessus du raisonnement, au-dessus même de la foi, envisagée comme un effort de l'&me vers la piété, saint Clément reconnaissait sous le nom de gnose un mode supérieur de connaissance, dont la perfection rend superflu tout autre genre d'instruction et réagit sur l'&me entière pour la purifier. Le véritable gnostique, tels que furent les apôtres, sait toutes choses d'une science certaine, même celles dont nous ne pouvons rendre raison, parce qu'il reste le disciple du Verbe, à qui rien n'est incompréhensible. Il est étranger aux passions qui tourmentent les hommes, la tristesse, l'envie, la colère, l'émulation, l'amour. La douceur de la contemplation, dont il se repaît à tout instant sans on être rassasié, le rend insensible aux plaisirs du monde. Il supporte la vie par obéissance à la loi divine ; mais il a dégagé son âme des désirs terrestres.

Saint Clément paraît n'avoir pas admis que l'existence divine pût se démontrer; car^ dit-il, chaque chose doit se démontrer par ses principes, et Dieu n'a pas de principes. 11 considérait même comme purement négative la connaissance que nous avons de l'Être aivin. Selon lui, Dieu n est ni le bon, ni l'un, ni esprit, ni essence, ni Dieu, ni Père i proprement parler : nous n'employons ces magmfiques appellations que pour fournir à l'intelligence un point où elle puisse s'appuyer. Dieu est élevé au-dessus de toutes choses et de tout nom ; il est l'infini que nulle pensée ne peut embrasser. Toutefois, saint Clément n'hésite pas & regarder la bonté comme l'attribut primitif^ et essentiel de Dieu, qu'elle porte à répandre 1» bien autour de lui, comme le feu échauffe, comme le soleil éclaire, mais sous la réserve d'une liberté suprême. Tel a été le motif de la création du monde; car, malgré le témoignage contraire de Photins et les expressions vsgnes dont se sert Clément, il parait bien avoir admis ce dogme important. Il maintient, dn reste, un rapport si étroit entre l'univers et son auteur, que les choses, dit-il (Padag., Hb. III, c. cxv), sont les membres de Dieu ; que Dieu est tout et que tout est Dieu, paroles remarquables qui montrent avec quelle force les Pères de l'Eglise ont quelquefois voiilu indiquer la présence et l'action

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divines dans le monde, sans (pi'on paisse leur imputer l'aberration du panthéisme.

^int Clément était naturellement condait à cherciier comment Dien, sonTerainement bon, avait pu créer un monde imparfait. Il tranche la question dans le sens des idées chrétiennes et d'un sage optimisme. Dieu a doué l'homme de facultés excellentes; mais, par un abus de sa liberté, l'homme s'est détourné de sa fin, de sa ressemblance avec son créateur, et c'est ainsi que le mal s'est introduit dans l'snivers. Hais dans sa chute, l'humanité a été secourue et sauvée par la grâce. Dieu a pris soin de l'instruire, de la former, de l'attirer doncement à loi par un mélange de sévérité et de douceur, par l'épreuve de la souffrance, par des révélations progressives. Le terme de cet ensei|piement surnaturel est l'incarnation du Verbe divin, descendu sur la terre afin de nous apprendre, par son exemple et sa parole, comment nn homme devient un dien.

On a émis quelquefois l'opinion que saint Clément avait emprunté son éclectisme à l'école néoplatonicienne : et, en effet, sa doctrine offre des traits frappants de ressemblance avec celle des disciples et des successeurs d'Àmmonius Saccas. Hais, outre que cette hypothèse ne s'appuie sur aucun témoignage historique, elle n'est pas nécessaire pour expliquer le caractère du système philosophique de saint Clément, que motivent assez et l'esprit général de l'époque où il a vécu, et sa foi religieuse, et sa manière personnelle de comprendre les choses.

Il nous est parvenu, sous le nom de saint Clément d'Alexandrie, quatre ouvrages d'une im- M tance inégale : 1* tes Slromates, recueil^ en t livres, de pensées chrétiennes et de maximes philosophiques, disposées sans beaucoup d'ordre ni de liaison ; 2° le Pédagogue, traité de morale ea trois livres ; 3* une Exhortation aux Gentils; 4* un opuscule sons ce titre : Quel riche sera sauvé? Clément avait composé beaucoup d'autres ouvrages dont on ne possède que des fragments. La première édition ae ses œuvres a été donnée p»r le savant Vettori, in-f», Florence, 1550. l» oen^ère remonte àquelques années, 4vol. in-12, Leipzig, 1831-34; mais la plus estimée est celle qu'a puDliée l'évêque Jean Potter. in-^, Oxford, 1715 : le texte y est accompafine de la traduction latine et des commentaires d'Hervé. Le Clerc, au tome X de sa BMiothégiie universelle, a donné une Vie de Clément d'Alexandrie, dont plusieurs assertions, répétées dans ses Litterœ critiece et ecclesiaslicee, ont été combattues par le P. Baltus, dans son Apologie des SS. Pères accu^ de platonisme, in-4, Paris, 1111. On peut consulter aussi D. Cellier. Histoire des auteurs sacrés et eceUsiastigues, in-4, Paris, 1129 et 1150, t. II; — Cave, Scriptorum ecclesiasticorum Hittoria litteraria^ ln-^, Oxford, 1740, t. I; — Dchm, de rvùstt Clementii Alexandrini, Haie, 1 831 j — Histoire de la philosophie chrétienne, par H. Ritter, trad. française, in-8, Paris, 1843, t. I,

L 311-418 ; — Histoire critique de l'école d'Aandrie, par M. Vacherot, Paris. 1845-51; 3 vol. iorS: — Histoire de Vécole cTAlexandrte, par M. J. Simon, Paris, 1845, 2 vol. in-8. X.

CZ^ËOBtJUE:, que Plntarqne et Suidas placent an nombre des sept Sages de la Grèce, était né, selon l'opinion la plus commune, à Lindos, dans l'tle de Rhodes, dont son père, Ëvagoras, était roi. Quelques antres, au témoignage de Diogène Lafirce, faisaient remonter son origine jusqu'à Hercule. Il visita l'Egypte, occupa le pouvoir, après la mort de son père, et mourut à l'âge de soixante-dix ans. vers la lv* olympiade. Cléobnle avait composé des chants et des questions énigmatiqnes, jusqu'au nombre de trois mille vers;

mais on n'a conservé que quelques-unes de ses sentences et une lettre adressée à Solon. Il eut une fille, Eumétis, plus connue sous le nom de Cléobuline, qoi acquit une certaine célébrité en se livrant au même genre d'études que son père. Voy. Diogène Laërce, liv. I, ch. lxxxix et suiv.; la Morale dans l'antiquité, par M. A. Garnier, Paris, 1862, in-12 ; — la Morale avant les philosophes, par L. Uénard, Paris. 1860, in-8.

CIiERSEUXR (Claude) mérite une place dans l'histoire des premiers développements du cartésianisme. Il était l'ami intime de Descartes ; après la mort du P. Hersenne, il devint & son tour le correspondant par lequel Descartes, pendant les dernières années de sa vie, du fond de la Hollande, communiquait avec le monde savant. Il a droit à la reconnaissance de tous les amis de la philosophie, par le zèle et le soin avec lesquels il recueillit et publia les ouvrages posthumes de Descartes. C'est Clerselier qui a réuni et publié, en un recueil de trois volumes, les lettres de Descartes, qui sont d'un si haut intérêt philosophique. C'est encore Clerselier qui fît imprimer le Traité de l'Homme, le Traité de la conformation du Fœtus, le Traité de la Lumière et le Traité du Monde. Il fut aidé dans ces diverses publications par Jacques Rohault et Louis de la Forge, il contribua beaucoup à répandre le cartésianisme dans Paris, à cause de la force et de la sincérité de ses convictions philosophiques, et à cause de l'estime générale dont il était environné. Un fait rapporté par Baillet, l'historien de la vie de Descartes, prouve à quel point son zèle était grand pour la propagation de la philosophie nonvellle. Avocat au parlement de Paris, et d'une famille riche et distinguée, il maria néanmoins sa fille à Jacqnes Rohault, qui était pauvre et d'une famille bien inférieure à la sienne. Il voulut absolument ce mariage dans un intérêt purement philosophique, et par la considération seule de la philosophie de Descartes, dont il prévoyait que son gendre devait être un jour un puissant appui. Il ne fut pas trompé dans cette espérance, et Jacques Rohault, par son zèle, par son talent, fut nn de ceux qui contribuèrent le plus puissamment à répandre les principes philosophiques de Descartes. Claude Clerselier mourut en 1686. Voy. Histoire de la philosophie cart^stenne, par M. Bouillier, Paris, 1854, 2 vol. in-8. F. B.

CXiNOHAaiXE, philosophe grec^ né à Thurinm, dans la Lucanie. fiit un des disciples d'Euclide de Hégare. S'il faut en croire Diogène Laërce (liv. II. ch. cxn), il serait le premier auteur qui eût écrit sur les prépositions, les prédicaments, et antres sujets du même genre. Sa vie, ses doctrines et ses ouvrages nous sont d'ailleurs entièrement inconnus. X.

CUTOMAOUE, un des chefs de la nouvelle Académie, était natif de Carthage, et se nommait Asdrubal dans son pays. Il quitta l'Afrique vers, le milieu du second siècle av. J. C, &ge, selon les uns, de vingt-huit ans, de quarante selon d'autres, et vint à Athènes suivre les leçons de Carnéade, auquel il succéda à l'Académie en 130. Sans ajouter aux arguments de son maître contre l'autorité do la raison, il se distingua par une connaissance profonde des écoles péripatéticienne et stoïcienne. Diogène Laërce le considère comme le chef de l'école dialectique et lui attribue quatre cents volumes, entre lesquels Cicéron cite un traité en quatre livres sur la Suspension du jugement (Tttpi "Et-ox^i;). Voy. Diogène Laërce, liv. rv, ch. Lxvn et suiv. ^-

COCdxas (Jean), théologien hollandais, né à Brème en 1603, commença ses études dans, cette ville, le» continua à Hambourg, et les acheva

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à Franeker. Sa connaissance proronde de la littérature raJbbiniqne le fit nommer professeur d'hébreu dans sa patrie ; il enseigna ensuite à Franeker ; en 1 649, il obtint la chaire de théologie de Loyde, qu'il a occupée jusqu'à sa mort, arrivée en 1669. Coccéius a attaché son nom à un système d'exégèse biblique, d'après lequel tous les éTénements qui doivent arriver dans l'Ëglise, jusqu'à la fin des siècles, se trouveraient annoncés par les figures de l'Ancien Testament. La science n'a rien a voir dans une pareille hypothèse, et Coccéius doit à une circonstance toute fortuite d'occuper une place dans l'histoire de la philosophie. Ses adversaires, entre autres Oesmarels et Gilbert Voét, afin de décrier sa doctrine auprès du clergé hollandais, le dénoncèrent comme fauteur des idées de Descartes, qni, selon eux, n'étaient

f)ropres qu'à ébranler rautorité. Il en résulta que es cartésiens et les disciples de Coccéius, réunis par la nécessité de combattre les mêmes adversaires, firent tout d'abord cause commune, et à la fin ne formèrent plus qu'un seul parti. On

F eut voir dans Brucker {Hisl. crit. pnil., t. V) histoire de ce grand débat qui a partagé les universités de Hollande, et auquel se rattache le célèbre synode de Dordrecht, ou le cartésianisme fut condamné. Il existe plusieurs éditions des oeuvres de Coccéius: Amsterdam, 1673-1675. 8 vol. in-^; Hid., 1701, 10 vol. in-^. — Voy. Nicéron, Mémoire* pour servir à l'Histoire des hommes illustres, 1727 et ann. suiv., t. VIII. X.

COtBCBBS. Il ne faut pas confondre l'université de Coimbre, toute laïque, avec le collège que fondèrent les Jésuites dans cette ville, et qui reçut d'eux l'empreinte religieuse qui caractérise leur enseignement: c'est le collège seul qni est fameux en philosophie. Il y avait quelques années que l'université de Coîmbre avait été fondée par Jean III de Portugal, et déjà sa réputation était

Sremière colonie, qui devait être suivie de bien 'autres. L'accueil que leur fit le roi fut plein de bienveillance et même d'enthousiasme. Bien qu'il fût lui-même le créateur de l'université, il n'hésita point à lui susciter une rivalité qui devait être fatale, en permettant aux nouveaux venus d'établir un collège dans la ville où elle résidait. Par suite de circonstances particulières, Coîmbre, sans être la capitale politique du pays, en était depuis longtemps la capitale intellectuelle; et aujourd'hui même c'est a Coîmbre et non à Lisbonne que siège la direction supérieure de l'instruction publique.

En 1542, les Jésuites sont autorisés à ouvrir leur collège; et c'est le premier du monde entier

2ue posséda la Société, qui n'en eut jamais ni o plus illustre ni de plus considérable. Dans l'édition de Ribadeneira par Sotwel, c'est par erreur qu'on a donné la date de 1552; elle doit être rapportée dix ans plus haut. Dans ce collège, les Jésuites pouvaient enseigner ce qu'on appelait alors les arts, c'est-à-dire les belles-lettres, la philosophie et les langues, parmi lesquelles on comptait surtout les langues grecque et hébraïque. C'était là précisément tout ce dont se composait l'enseignement inférieur de l'université, Venseifpement supérieur comprenant le droit, la médecine et la théologie. Ils obtinrent tout d'abord de la faiblesse du roi les mêmes droits <jue ceux qu'il avait conférés à l'université, et ils se prétendirent complètement indépendants. L'université, qui les avait dédaignés à cause de leur petit nombre, dut bientôt s'en inquiéter; en 1545, elle eut la force d'exiger que le collège lui fût ouvert, et elle soumit les

études à une sévère inspection. Les Jésuites réclamèrent énergiquement. et il s'établit dès lors une lutte qui, à travers des phases diverses, ne dura pas moins de q[uarante ans, et qui se termina, pour l'ordre entreprenant et habile, par une victoire complète. En 1547, le roi vint en personne poser la première pierre d'une fondation dont il avait lui-même tracé tous les plans, et qui, malgré la protection royale, fut arrêtée

Quelque temps par l'opposition violente du peuple e Coîmbre; mais en 1550, le collège, triomphant de tous les obstacles, était construit, et le roi Tenait le visiter solennellement.

Trois ans plus tard, les Jésuites obtenaient de faire chez eux le cours de théologie que jusquelà ils devaient suivre dans les classes de l'université: etdès 1555, ils étaient à peu près vainqueurs, et ils se faisaient adjuger la moitié de l'université, en se chargeant de l'enseignement inférieur tout entier, qni fut retiré aux professeurs laïques. Seulement la Société eut le soin, pour se faire moins d'ennemis, de leur assurer des pensions viagères sur les fonds de l'État, et elle se fit accorder à elle-même les plus belles conditions. Elle consentit à tenir dans son collège toutes les classes mineures qu'avait possédées l'université, pourvu qu'on lui constituât des revenus indépendants, et que surtout on l'exempt&t de tonte surveillance. Ces conditions lui furent concédées à perpétuité par une ordonnance du roi que vint bientôt confirmer une bulle du pape. U y eut dès lors à Coîmbre deux collèges de Jésuites séparés, l'un pour la théologie, et l'autre appelé collège des Arts. Par un reste de condescendance pour l'université, les élèves du premier collège lui demandèrent encore leurs grades en thé(>logie: et les Jésuites ne s'affranchirent tout à fait de cette contrainte que vingt ans plus tard, en 1575, bien qu'elle fût tonte volontaire de leur part. Hais dès 1558 ils avaient su, pour les cours et les examens de philosophie, se faire attribuer tous les droits académiques. Les juges étaient tous pris parmi eux, et de plus les examens et la collation des grades se firent dans leur maison, tout en demeurant à la charge de l'université, condamnée à payer ceux qui la dépouillaient. Ce fut à cette occasion que le fameux Pierre Fonseca fut chargé de rédiger un manuel de philosophie, de tout point conforme à la doctrine d'Aristote, que la Société avait pris sous son patronage. Vers 1583, et grâce à quelques circonstances favorables, l'université tenta un dernier combat; elle voulut revendiquer son droit d'inspection. Hais après dix années de lutte nouvelle, rénergique Fonseca sut faire définitivement consacrer le privilège de la Société; et, de plus, il fut assez habile pour faire accroître encore les revenus déià considérables du collège. A dater de cette époque jusqu'à l'expulsion, c'est-à-dire pendant prèis de deux siècles, les Jésuites dominèrent à Coîmbre sans partage, et l'éducation de la jeunesse leur fut complètement abandonnée. Leur collège avait habituellement jusqu'à deux mille élèves. Mais la violence dont ils avaient usé envers l'université ne put être oubliée. En 1771, le marquis de Pombal qui avait le premier la gloire d'attaquer la Société et de la détruire dans son pays, fit renaître de trop Justes griefs, et une commission royale, composée des plus grands personnages de l'État, dut publier un récit officiel des manœuvres et des intrigues par lesquelles les Jésuites étaient parvenus à détruire l'université nationale. C'est un acte régulier d'accusation sur ce chef si grave; et ce factum, publié dix-neuf ans après l'expulsion des soi-disant Jésuites, est encore empreint de toute la juste colère qui l'avait provoquée [Recueil

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historique sur Vuniversité de CcXmbre, publié 1 par tordre du roi, petit in-f, en portugais, lisbonne, mi). Un appendice contient, en outre, la réfutation des doctrines morales et politiques les plus bl&mables qu'avait soutenues la Société dans les ouvrages quelle publiait, soit à Coïmbre, soit ailleurs.

Les seuls qui doivent nous intéresser ici sont ceux qui concernent la philosophie. Us sont au nombre de vingt-deux, de 1542 à 1726. Ils portent snr la logique, la physique, la métaphysique, la morale, la politique et la philosophie générale. On peut en voir le catalogue exact dans les Annales de la Société de Jésus en Portugal, par Intonius Franco, in-f*, Augsboarg, 1726. Parmi tons ces ouvrages, il n'y en a point un seul de vraiment illustre. Les plus importants sont ceux de Fonseca sur l'Introduction de Porphyre, et surtout sur la Af^<ap/ii/»>9ued'Âristote. Le Cours de philosophie générale qu'on enseignait au collège de Coîmore est d Emmanuel eoés. Il a été publié en 1&99, in-4, à Cologne, et il comprend la physique, le ciel, les météores, la morale, les pâma naturalia, le traité de la génération et delà corruption, et le traité de Vime. Les véritables commentaires de Ck)ïmbre sur la Logique d'Aristote sont de 1607, in4, Lyon. Trois ans auparavant, Frobes avait publié un ouvrage apocryphe, qu'on attribuait aux Coîmbrois. Cet ouvrage était tout à fait indigne d'une si haute parenté : indigna tali parente proies, dit Ribaaeneira; et ce fut pour l'étouner que la Compagnie publia ses propres commentaires, dont la ré&ctjon fut confiée i Sébastien Contus ou Conto. Les œuvres des Coîmbrois n'ont rien de bien original pour la pensée philosophique : mais c'est cette absence même d'originalité qui leur donne le caractère qui leur est propre. Ils sont uniquement fidèles a la tradition péripatéticienne. Le besoin d'innovation qui, à la fin du xv« siècle, travaillait les esprits, leur est tout à fait étranger, et, de plus, il leur est tout à fait antipathique. Ils défendent Aristote et l'Ëglise avec une égale ardeur; et le péripatétisme ne leur est pas moins cher que la doctrine catholique. Ils se bornent donc, en général^ à de simples commentaires; et lors même qu ils n'adoptent pas cette forme, c'est toujours la pensée du maître qu'ils reproduisent. Hais ils la reproduisent aussi avec des développements que la scolastique lui avait donnés. Ils sont en ceci encore les représentants très-fidèles de la tradition dont ils n'osent guère s'écarter, et qui les rattache surtout à saint Thomas. Toutes ces questions, en nombre presque infini, les unes subtiles, les autres profondes, la plupart ingénieuses, que la scolastique avait soulevées à propos des principes péripatéticiens, surtout en logique, sont reprises par les Coîmbrois. Ils parcourent avec le plus grand soin et une exactitude vraiment admirable toutes les solutions qui y ont été données par les écoles et les docteurs les plus renommés; ils les classent avec une méthode parfaite ; ils les subordonnent selon l'importance qu'elles ont, et ils arrivent i. les exposer et à les discuter toutes sans confusion, sans prolixité, et sans perdre un seul instant de vue la question principale à travers les mille détours de cette minutieuse analyse. Pois, après avoir noté toutes les phases diverses et souvent si délicates par lesquelles a passé la discussion, ils la résument et donnent leur solution propre, conséquence souvent heureuse dé toutes celles qui ont précédé. Ils n'ajoutent pas beaucoup, si Ton veut, aux travaux antérieurs; mais ils les complètent en les rapprochant les uns des autres, et en en laissant voir le résultat dernier. Malheureusement ce labeur si patient

n'est pas toujours achevé ; et, pour la logique en particulier, les commentaires de Coîmbre, qui, a certains égards, sont un véritable chef<l'œuvre, présentent des lacunes considérables. Les premières parties de l'Organon ont été traitées avec un soin exquis et des développements exagérés; les dernières, an contraire, ont été mutilées, soit que le temps, soit que la patience peut-être ait manqué aux auteurs. Les commentaires de Fonseca sur la Métaphysique d'Aristote sont pleins de sagacité et de solidité tout & la fois, et ils pourront être toujours consultés avec trrût.

Les Coîmbrois tiennent donc, en philosophie, nne place assez considérable; ils maintiennent l'autorité d'Aristote par des travaux fort estimables, si ce n'est fort nouveaux, à une époque où cette autorité est menacée de toutes parts. Ils instituent les plus laborieuses études sur cette grande doctrine à une époque on elle est décriée, et ils cherchent à conserver dans toute leur rigueur des habitudes qui ne conviennent plus à l'esprit du temps. Ce sont des scolastiques aans le zvi* et le xvii* siècle. Ils n'imitent point les écoles protestantes, qui ne veulent connaître Aristote que dans Aristote lui-même. Les Coîmbrois veulent étudier Aristote avec l'arsenal entier de tous les commentaires qu'il a produits. Les Jésuites n'ont fait, du reste, en cela, que ce que faisaient les autres ordres plus anciens que le leur, et qui gardaient les traditions scolastiques avec la plus scrupuleuse fidélité. Brucker les en a bl&més, peu^étre avec un peu d'injustice. La Société de Jésus, avec les principes qu elle devait défendre, ne pouvait faire en philosophie que ce qu'elle a fait. Le rôle de novateurs appartenait aux esprits libres qui, comme Ramus, Bacon et Oescartes, cherchaient des voies nouvelles dans la science et dans la philosophie. Les Coîmbrois, pour leur part, ont rajeuni autant qu'ils l'ont pu la scolastique appuyée sur Aristote ; ils ne pouvaient aller au delà. Cette réserve a eu certainement son cété faible ; et, prolongée trop tard, elle put avoir au xvui* siècle son céte quelque peu ridicule. Mais elle a eu aussi ses avantages; et c'est elle en partie qui a conservé pour l'antiquité ces souvenirs ae respect et d'étude que Leibniz appréciait tant, et que notre &ge a ravivés avec succès. Brucker est plus juste, en pensant que l'histoire complète de la scolastique devrait comprendre les Coîmbrois. C'est un jugement équitaible qui doit démontrer et circonscrire à la fois l'importance de leurs travaux.

COUBBROOKE (Henri-Tbomas), né à Londres, le là juin 1765, mort en 1837, a aidé plus que personne aux progrès des études orientales en Europe, du moins en ce qui concerne la philosophie. Envoyé dans l'Inde en qualité de secrétaire de la Compagnie, et préparé par une solide éducation à profiter de son séjour pour s'initier à l'histoire de cette antique civilisation, il en apprit la langue sacrée et en recueillit partout les monuments écrits. II se fit aussi la plus riche bibliothèque du temps en ouvrages sanscrits, et s'attacha surtout à recueillir les écrits philosophiques dont personne jusqu'alors ne s'était sérieusement occupé. Après plusieurs travaux sur le droit et la législation des Hindous, il entreprit de faire connaître leur philosophie et publia de 1824 à 1829 les deux premiers volumes des Transactions de la Société Asiatique, une série de mémoires qui révèlent aux savants les principales doctrines, dont les noms apparaissaient pour la première fois, et qui furent longtemps I unique source où l'on pût puiser quelques renseignements sur l'histoire de la philosophie indienne. Abel Rémusat en donna de longs ex-

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traits dans le Journal des Savants, de 1825 à 1831, et M. Cousin les mit à profit dans ses leçons à son cours de 1828. Sans doute il a pu se glisser

S lus d'une erreur dans ce premier débrouillement 'une philosophie, qui jusqu'à présent attend son historien; mais il était difficile d'y porter plus de sagacité et de critique. Aujourd'hui encore ces mémoires restent un des plus importants documents de cette histoire obscure. On a sur le bouddhisme, d'une part, et sur les védas, de l'autre, des travaux de premier ordre, et qui laissent bien loin derrière eux les Essais de Celebrooke. Mais la philosophie proprement dite, orthodoxe ou non, n'a pas beaucoup profité de ces belles recherches, et les notices du savant anglais sont encore à neaucoup d'égards, malgré leur insuffisance, l'unique ressource de ceux qui ne peuvent pas consulter les originaux. On trouvera les Essais sur les védas et sur la philosophie des Hindous, dans les Mélanges publiés à Londres en 1839; ils ont été réimprimés en 1858 sous ce titre : Essais sur la religion et la philosophie desHindous. Us avaient été traduits en 1 834 par le savant M. Pauthier, avec quelques autres Ragments intéressants pour l'histoire de la philosophie orientale. M. Barthélémy Saint-Hilaire, dont on peut lire dans ce dictionnaire les savants articles sur les philosophes de l'Inde, a rendu on hommage mérité aux travaux de Colebrooke.

COIiUER (Arthur), philosophe anglais, naquit en 1680. Son père était recteur du collège de Langford-Hagna, dans le comté de Witts. 11 lui succéda en 1704, et conserva ces fonctions jusqu'à sa mort, arrivée en 1732.

Collier est l'auteur d'un ouvrage assez curieux, publié en 1713, sous le titre de Clef ttmverselle, ou Nouviile recherche de la vérité, contenant une démonstration de la non-existence ou de l'irruaossibilité d'unmondeextérieur. Ce titre seul décèle l'esprit et le but de l'ouvrage. Partisan déclaré de l'idéalisme, Collier vent établir que les corps n'existent pas indépendamment et en dehors de la pensée. On ne peut, en effet, donner d'autre preuve de l'extériorité des objets matériels, que la notion même que nous en avons en nous ; or, cette preuve, dit Collier, est dénuée de valeur, puisque nons nous représentons beaucoup de choses qui ne sont pas extérieures à l'esprit, mais de pures idées de l'esprit, comme les chimères qui remplissent l'imagination du poète et la raison pervertie de l'halluciné, ou même comme le son, la couleur, le chaud, le froid et plusieurs autres qualités de la matière, qui, aux yeux de tout homme éclairé, sont de simples modifications du sujet pensant. Collier demande, d'ailleurs, comment l'ame verrait des objets qui existeraient en dehors d'elle? Elle ne peut en voir aucun qui ne lui soit présent, qui ne se confonde, pour ainsi dire, avec elle-même. Dans l'hypothèse de la réalité d'un monde extérieur, ce monde resterait donc ignoré de nous «t différerait de celui que nous pensons et connaissons. Collier va plus loin, n soutient au'à parler d'une manière absolue, l'existence d'un pareil monde est en soi impossilDle : sa démonstration se compose de neuf arguments, dont les uns sont des corollaires des précédents, et dont les antres sont tirés des contradictions de toute espèce qu'entraîne l'existence de la matière, soit quant à son étendue qui ne peut être ni finie ni inOnie. soit quant à sa divisibilité qui ne peut être ni limitée ni illimitée, soit par rapport à Dien et à 1 àme humaine, dépendant, malgré la nature tout idéale des objeU corporels, on ne doit pas renoncer, en parlant de ces objets, aux ' expressions du langage ordinaire: car ce langage a «té sanctifié par la Divinité qui s'en est servie

pour manifester sa volonté. La dernière conclusion de Collier est, ainsi qu'on pouvait s'y attendre, l'utilité de sa doctrine pour le genre humain ; il y découvre, entre autres avantages, le moyen de terminer les controverses sur le dogme de la transsubstantiation.

La doctrine de Collier présente do frappantes analogies avec celle de Berkeley; ce sont de part et d'autre mêmes conclusions et à peu près mêmes arguments; tonte la différence réside dans la forme, élégante et enjouée chez l'évêque de Cloyne, plus didactique et surchargée de divisions chez Collier. Cependant Berkeley n'est cité dans aucun passage de la Clef universelle, dont l'idée fondamentale remonte, à l'idée de l'auteur, à 1703 environ, c'est-à-dire a précédé de plusieurs années le Traité de la Connai»sance humaine et les Dialogues cCHylas et de Philonoiis. Les véritables maîtres de Collier furent Descartes, Malebranche et Norris. dont les ouvrages paraissent lui avoir été très-familiers ; peut-être même a-t-il personnellement conna Norris, qui habitait à quelques milles seulement de longford-Magna, et qu il appelle, dans une lettre, son ingénieux voisin. Malgré la pénétration remarquable dont il fut doué, il n a exercé aucune influence, et son nom est aemenré longtemps ignoré, même dans sa patrie. Reid est, a notre connaissance, le premier qui ait appelé l'attention sur ses doctrines. Dugald-Stewart se borne à regretter l'oubli où il est resté; Tennemann le mentionne en passant ; les autres historiens et tons les biographes se taisent. La bizarrerie du système de Collier explique cet injuste silence, auquel a d'ailleurs beaucoup contribué l'extrême rareté de son principal ouvrage. Il y a quelques années, on ne connaissait pas en Angleterre dix exemplaires de l'édition originale de la Cle/' universelle,- elle vient d'être reimprimée dans une collection de Traités métaphysiques par des philosophes anglais du xviu* siècle, Londres, 1837^ in-8, avec un second ouvrage de Collier, intitulé: Spécimen d'une vraie philosophie, Discours sur le premier chapitre et le premier verset de la Qenèse. On peut aussi consulter les Mémoires sur la vie et les ouvrages du Rév. Arthur Collier, par Robert Benson, in-8, Londres, 1837. Voy. Bekkbist.

COLUNS (Jean-Antoine) naquit le 21 juin 1676 à Heston, dans le comté de Middiesex. d'une famille noble et riche. Après avoir acheva ses études à l'Université de Caiobridge, il vint i Londres, dans le but de se consacrer à la jurisprudence ; mais la carrière du barreau convenait peu a ses goûts, et il abandonna bientôt le droit pour la littérature et la philosophie. Le premier ouvrage sorti de sa çlume en 1707 est un Essai sur l'usage de la raison dans les propositions dont l'évidence dépend du témoignage humain. Il publia, la même année, une lettre adressée à Henri Dodwell, dans laquelle il critiquait les arguments de Clarke en faveur de l'immatérialitéet de l'immortalité de l'&me. et en 1713, son fameux Discours de la liberté de penser, dont la hardiesse et l'impiété firent beaucoup de scandale, et le contraignirent à se réftaâier en Hollande. Revenu peu de temps aprt» ans son pays natal, il continua de se livrer i ses études favorites, et fit paraître quelques nouveaux ouvrages, entre autres des Recherches sur la liberté humaine, publiées en 1724. Vers la même époque, il fut nommé juge de paix an comté de Snsseï, et remplit cette charge jnsqu a sa mort, arrivée en 172ff.

ColUns a longtemps vécu dans l'amitié de Locke, qu'il avait gagné par son caractère et

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ses talents, et qui, avant de mourir, lui adressa une dernière lettre remplie des témoignages de la plus vive affection. Après des rapports aussi intimes avec un pareil maître, il n'est pas étonnant que CoUins se soit trouve imbu de ses doctrines, et qu'il n'ait fait que les développer en les poussant d'ailleurs à leurs conséquences les plus extrêmes. Cette phrase trop célèbre oii J/>cke émet le soupçon que Dieu aurait pu accorder l'intelligence à la matière, a évidemment inspiré la lettre i Dodwell et les nombreuses répliques qui l'ont suivie. La thèse de CoUins, dans cette grave discussion, est 1° que, l'unité du principe intellectuel fût-elle nécessaire à la connaissance, chaque partie distincte de la matière forme un être individuel qui peut avoir conscience de son individualité, c'est-a-dire penser ; 2" que plusieurs molécules corporelles peuvent être unies si étroitement par la puissance divine, qu'elles soient désormais inséparables et forment un nouvel être un et simple ; 3° que l'intelligence peut résider dans un sujet composé, et n'être que le résultat de l'organisation et du jeu des éléments, comme on voit les membres posséder des propriétés et accomplir des fonctions dont chacune de leurs parties est incapable par elle-même. Collins ajoutait que l'immortalité de l'àme ne découle pas nécessairement, comme le voulait Clarke, de son immatérialité, et que d'ailleurs, en regardant l'âme humaine comme immortelle, on était amené à des conséquences inacceptables, soit à ne voir dans les animaux que de pures machines, soit à supposer l'anéantissement de leur âme à l'inst^t de la mort II concluait de là, et ici encore il est resté fidèle à l'esprit général de l'Essai sur l'entendement humain, que la vie future est une vérité de foi qu'il faut croire en chrétiens, mais que la philosophie ne peut démontrer. L'unité substantielle du moi étant le point qu'il importait le plus de maintenir contre l'argumentation du disciple de Locke, Clarke y insista dans une suite de réponses avec une profondeur qui parait avoir mis en défaut l'esprit cependant si souple de Collins ; car celui-ci n'opposa aucune délense à la dernière réplique de son opiniâtre et vigoureux antagoniste.

Dans des RMterehes sur la liberté, Collins a suivi de moins près les traces de Locke, dont l'inflaence se fait toutefois sentir en plus d'un passage. Le but de cet ouvrage est d'établir que l'homme est un agent nécessaire dont toutes les notions sont tellement déterminées par les causes qui les précèdent, qu'il est impossible, dit Collins, qu'aucune des actions qn'il a faites ait pu ne pas arriver, ou arriver autrement, et qu'aucune de celles qn'il fera, puisse ne pas avoir lieu. Collins énumère les éléments qui, suivant lui, constituent tonte détermination, savoir : 1* la perception, 2* le jugement, S" la volonté, 4* l'exécution. La perception et le jugement ne dépendent pas de nous^ car il n'est pas en notre pouvoir de former telle ou telle idée, ou bien de juger que telle proposition est vraie ou fausse, évidente ou obscure, douteuse ou probable. D'une autre part, l'exécution suit toujours et nécessairement les résolutions de la volonté, à moins qu'elle ne soit arrêtée par un obstacle extérieur. La volonté est donc le siégo de la liberté humaine, ou bien l'homme n'est pas libre; mais la volonté est-elle une faculté indépendante et maîtresse d'elle-même? Collins le nie par les raisons suivantes : 1« Ëtant donnés deux partis contraires, nous ne pouvons pas ne pas choisir l'an on l'antre ; 2* notre choix n'est au fond qu'un jugement pratique par lequel nous déclarons une chose meilleure quune autre j et

comme tout jugement est nécessaire, tout choix l'est aussK 3* dans les actions qui paraissent le plus indifférentes, notre préférence est déterminée par une multitude de causes, telles que le tempérament, l'habitude, les préjugés, etc. ; 4* quand on ne se rendrait pas compte aes motifs qui ont amené une détermination, ce ne serait pas une raison de les révoquer en doute, puisqu'elle doit nécessairement avoir une cause, comme tout autre phénomène. Collins appuyait ses arguments par d'autres considérations, pair exemple : Que le dogme de la liberté fut admis par 1 école impie dïipicure, tandis qu'il était rejeté par les stoïciens ; qu'en effet, il introduit ici-bas l'empire du hasard et peut conduire à regarder le monde comme un effet sans cause, c'est-â-dire mène à l'athéisme; qu'en supposant l'homme indifférent à tout, il rend inutiles les exhortations et les menaces, les récompenses et les peines ; qu'il détruit tonte idée du bien ou, du moins, toute raison de s'y attacher, etc. Cependant comme les mots libre et liberté font partie du vocabulaire de toutes les langues, et que les idées qu'ils expriment paraissent être communes à tous les hommes, (filins consent à admettre dans l'âme une certaine liberté ; mais quelle liberté? la liberté d'exécution, le pouvoir de faire ce qu'on veut, ce pouvoir que Collins déclare ailleurs n'être que le résultat nécessaire des déterminations également nécessaires de la liberté. C'est par une aussi étrange confusion de langage et, il faut le dire, par ce misérable subternige, qu'il essaye de réconcilier avec la croyance universelle du genre humain une doctrine que le sens commun désavoue.

Clarke, qu'il paraissait dans la destinée de Collins d'avoir toujours pour adversaire, ne laissa pas sans réponse les Recherches sur la liberté. Dans quelques pages pleines de sens et de précision, il rétablit la distinction du jugement par lequel nous affirmons qu'une chose doit être faite, et de la résolution qui consiste à la vouloir, 1 un nécessaire et passif, l'autre essentiellement actif et libre; il ramena l'influence des perceptions de l'intelligence et des motifs à sa véritable portée, qui est de solliciter le pouvoir volontaire, mais non de l'entraîner irrésistiblement, comme les plateaux d'une balance sont entraînés par les

fioids; il dévoila les antres sophismes de Colins, concernant la nécessité morale, la causalité, les récompenses et les peines, etc., et, pour tout dire, il sauva des atteintes d'un dangereux scepticisme cette grande cause du libre arbitre, qui est en même temps celle de la morale, de la religion et de la société. Voltaire, qui inclinait par position pour l'avis de Collins, sauf à en médire dans ses bons moments, reproche à Clarke d'avoir traité la question en théologien d'une secte singulière pour le moins autant qu'en philosophe. Ce qui est plus conforme à la vérité, c'est que le témoignage de la conscience et de la raison est seul invoqné par Clarke, tandis que son adversaire ne s'était pas fait scrupule d'étayer une erreur manifeste par un luxe de citations empruntées aux écrivains de tous les âges et de toutes les communions.

l,es ouvrages de Collins furent introduits de bonne heure en France, où ils ont acquis une influence notable sur la marche des idées philosophiques. Au commencement du xvm* siècle, tandis que, parmi les adeptes de l'école empirique, les plus modérés s'attachaient au sage Locke, les plus emportés accueillirent avec enthousiasme un écrivain dont le matérialisme et le fatalisme se déguisaient â peine sous un faux respect pour la foi. Les Recherches sur le libre

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arbitre, la Lettre à DoduieU et le Di$eourt sur la liberté furent traduits, commentés, propagés par les écrivains du parti, et l'auteur se trouva classé parmi les fortes têtes de la science moderne. Cette réputation usurpée ne pouvait survivre aux passions qui en furent les instruments. Esprit moins pénétrant que subtil, et plus propre i défendre un paradoxe qu'à découvrir une vérité, CoUins n'a légué i ses successeurs aucune méorie profonde et durable. Son meilleur titre est peut-être l'énergie avec laquelle il soutint les oroits de la raison ; mais il a tellement exagéré ce principe excellent, qu'il se trouve, en dernier résultat, avoir plntdt compromis que servi les intérêts permanents de la philosophie.

Les auteurs deVEncyclopédieméthodique ont inséré, à l'article Coluns, ses divers écrits sur l'immortalité de l'&me, et ses Recherches sur la liberté. One autre traduction de cet ouvrage fait partie des Rectieils de diverses pièces sur la philosophie, publiés par Oesmaissaux, 3* édition, 2 vol. in-12, Lauzanne, 1759. Il existe aussi une traduction française du Discourt sur la liberté dépenser, in-8, Londres, 1714; 2vol. in-12, ib., 1766, avec une réfutation par Crousaz. On peut consulter, sur la vie et les ouvrages de CoUins, l'Histoire critique du philosophisme anglais, par M. Tabarand, 2 vol.. in-8, Paris, 1806, t. 1, p. 387 et suiv. C. J.

COIjOTËS, disciple d'Ëpicure, ne doit pas être confondu avec Colotès de Lampsaque, cité par Diogëne Laârce (liv. VI, ch. en) comme maître de Ménédème et attaché à l'école cynique. Il avait écrit un ouvrage sous ce titre : Qu à suivre les maximes des philosophes autres qu'Epieure, on ne jouit pas de la vie. Il a fourni i Plutarque la matière de deux traités employés à le réfuter: On ne peut vivre même agréablement en suivant la doctrine d^Èpicure; contre l'épicurien Colotès. On a retrouve parmi les papyrus d'Herculanum quelques fragments de Colotès, mais ils n'ont encore pu être publiés.

COHËNTUS ou COMENBKT (Jean-Amos) naquit, en 1592, dans le village de Comna, non loin de Prenow, en Moravie. C'est le lieu de sa naissance qui lui fournit le nom sons lequel il est connu, çt par lequel il remplaça son nom de famille, afin «réchapper aux persécutions dont il eut à souffrir en sa qualité de protestant. Il ap- ^tenait, ainsi que ses parents, & la secte des Frères Moraves. Après avoir fait ses études aux universités de Herhorn et de Heidelherg, il parcourut une partie de l'Angleterre et de la Hollande, et fut nommé recteur, d'abord à Préran. ensuite à Fulncck. Cette dernière ville ayant été brûlée eu 1621 par les Espagnols. Coménins, poursuivi lui-même avec la dernière rigueur, s'enfuit en Pologne, et s'arrêta dans la petite ville de Lissa ou Lesna,où il fut bientôt nommé recteur de l'école et évêque de la petite église des Frères Moraves. Après avoir passé successivement plusieurs années de sa vie en Angleterre, en Suède, en Hongrie, et dans quelques villes de l'Allemagne, on il était appelé pour réformer le système des études, il retourna en Hollande, se fixa à Amsterdam, et y mourut le 15 novembre 1671, un des plus ardents admirateurs de la célèbre Antoinette Bourignon. La réputation de Coménins, qui était fort grande de son vivant, se fonde pluidt sur ses travaux philologiques, sur les réformes, la plupart très-judicieuses, qu'il introduisit dans l'étude des langues et dans l'organisation des écoles, que sur ses recherches philosophiques, si toutefois on peut donner ce nom aux rêveries sans originalité dont il fut occupé sur la fin de sa vie. lùirchimt sur les traces de Jacques Boehm et de Robert Flndd, il crut

façon tout à fait arbitraire. Son nom s'attache surtout à l'idée d'une physique mosaïque tirée de la Genèse. Il admettait au-dessous de Dieu trois principes générateurs des choses, mais qui appartiennent eux-mêmes au nombre des choses créées, à savoir : la matière, l'esprit, la lumière. La première est la substance commune de tons les corps; l'esprit est la substance subtile, vivante par elle-même, invisible, intangible, qui habite dans tons les êtres et leur donne la sensibilité et la vie. C'est le premier-né de la création, et c'est de lui que l'Ëcriture veut parler, lorsqu'elle dit que l'esprit de Dieu flottait sur la surface des eaux. Enfin la lumière est une substance intermédiaire entre les deux principes précédents : elle pénètre la matière, la prépare à recevoir l'esprit, et par là lui donne la forme. Chacun de ces trois principes est l'œuvre d'une personne distincte de la sainte Trinité: la matière a été créée par le père, la lumière par le Fils, et le Saint-Esprit a fait cette substance spirituelle qui tient évidemment ici la place de l'&me du monde. L'ouvrage où Coménius développe ces idées a pour titre : Synovie ph^fsices ad (umen divinum reformates, in-^, Leipzig, 1633. Les antres écrits de Coménius qui méritent d'être cité* sont : le Theatrum divinum, in-4, Prague, 1616, et le Labyrinthe du monde, in-4, ib., 1631. Tous deux f&rent composés en langue bohémiezme, et sont regardés, à cause du style, comme des ouvrages classiques. Le premier, qui est un tableau des six jours de la création, a été traduit en latin, et le second en allemand, sous ce titre: ]^oyages philosoj^iques et satiriques dans tous les états de la vie humaine, in-8, Berlin, 1787. On peut consulter aussi plusieurs articles du Tageblat des Menschheit lebens (Ëphémérides de la vie de l'humanité), publiés par Ch.-Chr. Krause, 1811, n** 18 et suiv., sur un ouvrage de Coménius, intitulé : Panégersie^ ou Considérations générales sur Vamélioratton de la condition humaine par le perfectionnement de notre espèce, in-4. Halle, 1702.

COMPARAISON. Parmi les nombreux rapports qui peuvent exister entre les divers objets de nos connaissances, il en est quelques-uns qui se présentent d'eux-mêmes à l'esprit; mais la plupart nous resteraient inconnus, si nous ne cherchions à les découvrir. Cette recherche est ce qu'on appelle acte de comparer ou comparaison.

Lorsque l'esprit compare, il s'applique & deux objets a la fois; il est à la fois attentif à deux objets; la comparaison n'est donc autre chose qu'une double attention mêlée du désir on de respérance d'apercevoir un rapport entre les idées qui occupent l'esprit.

Il suit de là que la comparaison est essentiellement ce que Pattention est elle-même, c'est-àdire une opération volontaire que diverses causes peuvent bien rendre plus facile, plus prompte ou plus sûre, mais qui n'en est pas moins sous la dépendance étroite de la volonté.

Il suit de là aussi qu'elle ne doit pas être confondue avec la perception même du rapport : car cette perception ne dépend pas de l'activité Ubre du mot. Tantêt elle précède l'application volontaire de l'esprit; tanUt elle ne la suit pas et, en quelque sorte, y résiste. Que de vérités écpappent aux re^ds du savant qui en poursuit la découverte avec le plus d'ardeur I

Une dernière conséquence du principe que nous avons posé, c'est que la comparaison est moins un phénomène intellectuel par sa nature propre que par ses résultats, moins un ponvoir

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de l'entendement qu'une intervention particulière de l'activité dans le domaine de la connaissance, ou, pour mieux dire, que l'activité même appliquée à une certaine classe d'idées.

La comparaison exerce une influence notable sur la formation de la pensée. Elle engendre la plupart de nos idées de rapport, et elle contribue l les éclaircir toutes; elle devient par là la condition de celles de nos idées générales qui sont dérivées de l'expérience ; car, étant l'expression des caractères communs à une quantité d'objets, ces idées no se seraient jamais formées, si plusieurs objets n'avaient pu être observés ou successivement rapprochés. Elle explique enfin une catégorie de jugements, tels que les théorèmes des matbémati({ttes consistant dans la perception d*an rapport qui échappe à la simple vue.

Quelques auteurs, entre autres Condillac et U. Laromiguière, vont plus loin, et pensent que le raisonnement n'est qu une double comparaisonj mais cette opinion paraîtra sans doute peu fondée, on du moins exagérée, si on réfléchit que la comparaison est, comme nous avons dit, un acte libre, et qne le raisonnement est souvent involontaire. Voy. Ualebranche, Recherche de la vérité, lib. VI, 2- partie, c. vu. C. J.

COKPIXXE se dit à la fois d'une proposition et des différents termes d'une proposition. Une proposition complexe est celle qui a plusieurs membres, c'est-à-dire qui n'est pas simple. Les termes complexes sont ceux qui désignent plusieurs idées. Voy. Proposition.

COMPBÉHENSION. Autrefois on entendait par ce mot l'acte même de comprendre, ou le fait le plus complet de l'intelligence ; souvent il servait a désigner l'intelligence elle-même. Aujourd'hui il a cessé d'être employé dans ce sens ; mais il exprime l'nn des deux points de vue généraux sous lesquels les logiciens ont coutume d'envisager nos idées. En effet, il y a dans chacune de nos idées, du moins de nos idées générales, deux choses à considérer : 1* les éléments constitutifs, c'est-à-dire les attributs qu'elle renferme et qu'on ne peut lui êter sans la détruire : c'est ainsi que dans l'idée de triangle il y a l'étendue, la figure, les trois lippes qui terminent le triangle, les trois angles, légalité de ces trois angles a deux angles voits, etc. ; 2* le nombre plus on moins considérable des objetsauxquels celte même idée peut s'appliquer, et dont elle représente le type commun : ainsi, pour conserver l'exemple que nous venons de citer, l'idée générale de triangle s'applique à la fois au triangle rectangle, au triangle scalène, au triangle isocèle et a toute espèce de triangle. Le premier de ces points de vue se nomme la eomprihemion d^ne idée : le second c'est son extension, ou plutôt son étendue au degré de généralité. Ainsi que nous venons de le dire^ on ne peut rien changer à la compréhension a'nne idée, sans que l'idée elle-même soit détruite. Hais la même chose n'a pas lieu, soit qu'on augmente, soit qu'on diminue son extension.

COMTE (Auguste), philosophe français, né en 1798 i Montpellier, fit ses études au collège de cette ville et entra en 1814 à l'Ëcolc polytechnique, d'où il fut obligé de sortir, à la suite de quelque acte d'indiscipline, avant d'y avoir terminé le cours de ses deux années. En 1818, alors qu'il vivait en donnant des leçons de matnématiques, il se lia avec Saint-Simon, dont il adopta d'abord les opinions; mais dès 1822 il se sépara de lui, en déclarant que sa rencontre avec le célèbre socialiste avait été pour lui un malheur sans compensation. Des froissements d'amourpropre, l'esprit de domination du maître et l'indocilite de l'élève paraissent avoir amené cette

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rupture. Elle éclata à propos de la publication d'un opuscule de Ck)mte, intitulé : Système de politique positive (1822). où le jeune réformateur énonçait les lois de l'évolution sociale qui, aux yeux de ses disciples, sont une de ses plus belles conceptions. Il n en donna pas moins plusieurs articles au Producteur, et, pressé par la gêne que son mariage avait aggravée, il essaya Couvrir en 1826 un cours de philosophie positive. Ses travaux excessifs, ses débats avec les saints-simoniens, une sorte de manie orgueilleuse qui lui faisait reconnaître partout comme siennes des idées qu'il se désespérait de se voir enlever, déterminèrent chez lui un premier accès d'aliénation mentale (1826). II put néanmoins reprendre son cours en 1828. et réunit à ses leçons un certain nombre de disciples, dont plusieurs furent bientôt éloignés par le caractère despotique d'un maître qui leur disait : • Je ne conçois pas d'association sans le gouvernement de quelqu'un. • Il tal en 1832 nommé répétiteur, et bientôt après examinateur d'admission à l'École polytechnique, où il essaya vainement d'obtenir une chaire. On lui préféra M. Sturm ; il en garda un profond ressentiment contre Arago, qui ne se repentit pourtant pas, dit-il, d'avoir préféré un illustre géomètre au concurrent chez lequel il ne voyait de titres mathématiques d'aucune sorte, ni grands ni petits. > Il poursuivait alors la publication de son Court de philosophie positive, dont le sixième et dernier volume parut en 1842. La perte de sa place d'examinateur à l'Ëcole polytechnique le mit de nouveau aux prises avec la gêne; il vécut dès lors en partie des subsides fournis par ses disciples et qu'il acceptait d'eux comme l'accomplissement d'un simple devoir social. Il en avait de trèsJévoués en Angleterre et en France, et parmi enx des hommes du plus grand mérite, comme HM. Grote, Mill, de Blainville, Littré et Robin, qui cependant n'ont pas consenti à le suivre dans sa dernière évolation. En effet, à partir de 1845, A. Comte, sous l'influence de quelques troubles nerveux qui firent craindre le retour de sa première mitladie, et aussi dans l'ardeur d'un sentiment passionné, sa plongea inopinément dans les contemplations mystiques. On eut alors ce singulier spectacle d'un homme qui avait mis toute sa gloire à établir scientifiquement que l'ère des religions avait disparu, pour faire place à celle des sciences positives, et qui non-seulement proclamait la nécessité d'un culte, mais encore prétendait en être le législateur et le grand pontiie. Beaucoup de ceux qui avaient applaudi le philosophe, se refusèrent a consacrer par leur assentiment les étranges illusions du prêtre de l'humanité, et la publication du Système de politique positive (18àl), qui instituait la religion nouvelle et prêchait l'absolutisme, affligea la plupart de ses disciples, qui protestèrent au nom des principes mêmes et « de ta méthode objective. » Us ne lui en restèrent pas moins attaches de cœur, et depuis sa mort, arrivée en 18a7, ils n'ont cessé de témoigner pour lui le plus profond respect; tons pensent avec H. Littré • qu'il fut illuminé des rayons du génie, et qu'il mérite une grande place à côté des plus illustres coopérateurs de cette vaste évolution, qui entraîna le passé et qui entraînera l'avenir. « Ce n'est pas le lieu d'examiner si A. Comte doit être compté au nombre des grands philosophes; il est juste de le juger par sa doctrine; cette doctrine, on le sait, est le positivisme; nous renvoyons i ce mot. Voici les ouvrages les plus considérables où l'on en trouve l'expression : Cours de philosophie positive^ Paris, 1830-1842, 6 vol. réimprimés pour la troisième fois en 1864; Système de politique positive, ou Traité de socuh

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