CONT
GONT
tiellement active; dans le dernier, nous croyons aTOir tronvé ce qne la réflexion cnerche encore, nons nous imaginons l'avoir en qnelqne sorte tons nos yenx et en notre ponvoir, et il ne nous reste plus qu'à en jouir par un regard, par une vision presque passive. Personne ne peut contester que la contemplation, telle que nons venons de la définir, ne soit nn fait bien réel et même assez commun de l'ime humaine j mais les mystiques, qui d'ailleurs l'ont décrite et analysée avec une rare finesse, en ont considérablement exagéré la portée, en même temps qu'ils l'ont rapportée exclusivement à Dieu. C est, dans leur opinion, le degré le pins élevé de l'intelligence, celui où elle parvient lorsque, entièrement libre de l'inflnence des sens, déjà familiarisée par de longues méditations avec le monde spiritnel, elle le voit sans effort et sans travail, et reçoit la lumière qni vient de la source même de toute vérité, comme notre œil reçoit les rayons du soleil. C'est an regard simple et amoureux sur Dieu, considéré comme présent à l'&me: c'est la fin de toute agitation, de toute inquiétude et, par conséquent^ de toute activité ; de là vient qu'elle a été définie par quelques-nns : • une prière de silence et de repos. • Cependant elle est an-dessous du ravissement ou de l'extase; car elle ne snspend pas, comme ce dernier état, toutes les facultés de l'Ame, elle la met seulement dans la situation la plus favorable pour recevoir l'action de la grice et suivre en tout l'impulsion divine. lA conséquence inévitable de ce principe, c'est que la vie contemplative est bien supérieure et préférable à la vie active. Voy. Mtsticismb.
CONTIMaENT. Cest ce qui n'est pas nécessaire, ce qu'on peut supprimer par la pensée sans qu'il en résulte aucune contradiction. Tout ce qui a commencé, tout ce qui doit finir, tout ce qui change est contingent; car tout cela pourrait ne pas être, et notre pensée peut se le représenter comme n'étant pas. Evidemment cela pourrait ne pas être, puisque en fait cela n'a pas toujours été, ne sera pas toujours, ni ne conserve tant qu'il est la même manière d'être. Le nécessaire, an contraire, c'est ce dont nons ne pouvons pas concevoir la non-existence, ce qui a toujonrs été, ce qui sera toujonrs et ne peut changer de manière d'être. Le contingent ne peut être connu ane par l'expérience, soit médiatement, à l'aide de l'analogie et de l'induction, soit d'une manière immédiate , par la conscience on par les sens. Le nécessaire est l'objet de la raison et la condition sans laquelle ce qui est contingent n'existerait pas. C'est ainsi qu'à la vue ou a la connaissance du contingent nous sommes forcés de nous élever à l'idée du nécessaire. Le nécessaire et le contingent sont les deux points de vue sous lesquels notre intelligence est forcée de concevoir, en général, l'existence de l'être. En d'autres termes, il n'y a que deux manières d'exister, deux manières d'être : l'une contin-
Sente, l'autre nécessaire; mais il y a différents egrés à distinguer dans le contingent : 1° les simples faits qui ne font en quelque sorte que
Îiaraltre et disparaître : ce qu'on appelait dans 'école du nom d'accidents; 2' les qualités, les propriétés inhérentes à un sujet : ce qui constitue son caractère et sa nature spécifique; 3* le sujet lui-même, considéré comme une existence particulière et finie.
COKmADicnoN (de contra et de dicere, parler en sens contraire). Considérée dans l'acception la plus générale du mot, elle peut être définie : une affirmation et une négation qui se combattent et se détruisent réciproquement. Considérée an point de vue particulier ae la logique, elle consiste à réunir dans nn même ju-
gement deux notions qui s'excluent l'âne l'antre, ou, comme disait l'école, d'après Aristote, deox contraires entre lesquels il n'y a pas de milieu : Oppositio medio carens. Si l'on dit, par exemple, quhin cercle peut avoir des rayons inégaux, il y a contradiction; car l'idée même du cercle exclut l'inégalité des rayons, et réciproquement. Tout jugement de cette nature se détruisant luimême, représente le plus haut degré d'aberration et d'absurdité. Il résulte de là que les premières règles de la logique, que la condition suprême de tous nos jugements et, en général, de tous les produits de notre pensée, c'est qu'ils ne se détruisent pas eux-mêmes par l'association de deux notions contradictoires : cette condition est ce qu'on appelle le principe de contradiction. Aristote est le premier qui en ait parlé, et il en a fait à la fois la base de la logique et de la métaphysique, supposant, avec raison, que tout ce qui est contradictoire pour l'intelligence, est imirâssible dans la réalité. Voici en qaels termes il l'exprime ordinairement : « Une cnose ne peut pas a la fois être et ne pas être en un m(^me sujet et sons le même rapport. • On pins brièvement : • La même chose ne peut pas en même temps être et ne pas être. • A cette formule, dont le caractère est purement métaphysique, il en substitue quelquefois une autre plus particulièrement logique : • L'affirmation et la négation ne peuvent être vraies en même temps du même sujet. • Ou bien : • Le même sujet n'admet pas en même temps deux attributs contraires. • Ce principe, ajoute le philosophe de StaKire, n'est pas seulement un axiome, mais il est la base de tous les axiomes : aussi est-il impossible de le démontrer; mais on peut l'établir par voie de réfutation, en réduisant & l'absurde ceux qui osent le nier.
Leibniz a apporté quelques restrictions à la doctrine d'Aristote : il ne croit pas que le principe de contradiction soit le principe unique et suprême de toute vérité, ou qu'il puisse suffire à la fois & la logique et à la métaphysique^ il y ajoute un autre principe, dont on ne s'était pas occupé avant lui : celui de la raison suffisante. Voy. Leibniz,
Kant est allé encore plus loin que Leibniz : il a démontré avec beaucoup de justesse qu'il ne suffit pas que nous nous entenaions avec nousmêmes, ou que nos idées soient parfaitement d'accord entre elles pour qu'elles soient en même temps conformes à la nature des choses. Une hypothèse, une erreur même peut être conséquente avec elle-même. De li il conclut oue le principe de contradiction ne peut servir de critérium que pour une certaine classe de nos jugements ; ceux dont l'attribut est une simple conséquence du sujet^ et que Kant appelle, pour cette raison, des jugements analytiques. Ainsi, qnand je dis que tout corps est étendu, il est évident que la notion d'étendue est déii renfermée dans la notion de corps. Par conséquent, il suffit à la vérité de ce jugement qu'il ne renferme pas de contradiction.Mais, partout ailleurs, ou, pour employer encore le langage du philosophe allemand^ dans tous les jugements synthétiques, le principe de contradiction est une règle insuffisante, et pour être sûr de la vérité, il nous faut alors, ou une croyance particulière de la raison, on le témoignage de 1 expérience.
Non content de diminuer considérablement l'importance dn principe de contradiction, Kant va même jusqu'à rejeter les termes dans lesquels il a été exprimé par Aristote. et que Leibniz a fidèlement conservés. La formule qu'il propose de substituer à celle du philosophe grec est celles! : « L'attribut ne peut pas être contra-
COPU
dictoire au sujet. > Sans examiner ici les raisons •llégnées par Kant en faveur du changement qn'il propose, raisons peu solides et admissibles seulement au point de vue de l'idéalisme transeendantal, nous dirons que chacune des expressions entre lesquelles Aristote nous donne à choisir, est beaucoup pins générale et plus claire, et porte pins véritablement le caractère d'un axiome que la proposition du philosophe allemand. Voy., sur ce sujet : Aristote, Mitaph., liv. III, ch. m; liv. IX, ch. vu; liv. X, ch. v; Catég., ch. vi, etpcatim; — Kant, Critiguedela raiton pure; Analyligue tramcendantaU ; du Principe suprême de tous lei jugement* analytiques.
COMTRAXRZB. Les anciens se sont beaucoup occupés de la théorie des contraires, et Aristote, qui loi-méme y attache une extrême importance, fait remarquer avec raison (Mitaph., liv. IV, ch. m) que la plupart des philosophes ses devanciers ont cherclié parmi les contraires les principes générateurs de tontes choses. Pour ceux-ci, c étaient le chaud et le froid, le pair et l'impair -, pour d'autres, par exemple pour Empédocle, l'amitié et la discorde, c'est-à-dire l'attraction et la répulsion; à quoi l'on pourrait ajouter le dualisme persan de la lumière et des ténèbres, et cet antre dualisme beaucoup plus général de l'esprit et de la matière. Les pythagoriciens ont même été plus loin : ils ont essayé de donner une liste, une table des contraires, qui occupe dans leur doctrine à pen près la même place que la table des catégories dans plusieurs systèmes postérieurs (voy. Pythagore et Alcméon de Crotone). Après les pythagoriciens, Aristote rencontrant le même sujet, l'a étudié avec la profondeur et la sagacité qn'il apportait en toutes choses, et le résultat de ses recherches, religieusement conservé par la philosophie scolastique, peut trouver encore aujourd'hui sa place légitime dans une classiBcation générale des idées. D'abord il définit les contraires : • ce qui dans un même genre diSëre le plus ; • par exemple, dans les couleurs, ce sera le blanc et le noir ; dans les sensations, le plaisir et la douleur ; dans les qualités morales, le bien et le mal. Les contraires n'existent jamais en même temps ; mais ils peuvent se snccéder dans le même sujet, lis se divisent en deux classes : les uns admettent un moyen terme qui participe à la fois des deux natures opposées : ainsi, entre l'être absoln et le non-être, il y a l'être contingent. Pour les antres, ce moyen terme n'est pas possible; et tels sont tons les contraires dont l'an appartient nécessairement au sujet on se trouve être une simple privation, par exemple, la santé et la malaaie, la lumière et les ténèbres, la vue et l'absence de cette faculté. Les convaires qui n'admettent pas de milieu sont des choses contradictoires et forment, quand on les réunit, une contradiclion (voy. ce mot). A cette théorie des contraires se rattache toute la logique par le principe de contradiction. Aristote a voulu aussi en faire la base de la morale, en cherchant à démontrer que la vertu n'est
au'un terme moyen entre deux excès contraires, [ais cette tentative ne devait pas réussir. CONVERSION DES PROPOSITIONS, VOy.
Proposition.
COPtJLE. C'est dans une proposition ou un jugement exprimé le terme qui marque I» liaison que nous établissons dans notre esprit entre l'attribut et le sujet. Quelquefois la copule et l'attribut sont renfermés dans un seul mot ; mais il n'y a aucune proposition qu'on ne puisse convertir de manière à les séparer. Ainsi, quand je dis : Dieu existe, existe contient la copule et
l'attribut, qu'on séparera si l'on dit : Dieu est eceislant. C'est sur la copule que tombe toujours la négation ou l'affirmation qui bit la qualité
de la proposition ; les autres affirmations on négations modifient le sujet ou l'attribut, mais ne donnent pas à la proposition elle-même le caractère affirmatif on négatif. Voy. PaoposiTtoH,
JCCEHENT.
CORSEXOT (Giraud de), né & Paris an commencement du XVII* siècle, d'une ancienne h.mille originaire d'Auvergne, abandonna le barreau, qu'il avait d'abord suivi avec succès, poar s'adonner à la philosophie. £n 1665, la protection de Bossuet le fit placer auprès du Dauphin, fils de Louis XIY, en qualité de lecteur. En 1678, il fut admis & l'Académie française : il est mort en 1684. Cordemoy avait employé les dernières années de sa vie à écrire une Histoire de France, «jui ftat publiée après sa mort (2 vol. in-f, Paris, 1685-1689). Considéré comme philosophe, il s'est montré disciple fervent et ing^ nienx de Descartes, dont il a reproduit et soutenu avec habileté les principales opinions dans plusieurs ouvrages, entre autres : Le Discemetnenl de l'âme et du corps en six discours, in- 12, Paris, 1666 ; — Discours physique de la parole, in-12, tfc., 1666; — Lellre à un »a»an« religieux de la Compagnie de Jésus (le P. Cossart) pour montrer : !• que le système de Descaries et son opinion n'ont rien de dangereux; 2* 9ue tout ce qu'il en a ieril semble être tiré de la Genèse, in-4, «6., 1668. le Discernement de l'âme et du corps et le Discours physique de la parole ont été réunis en 1704, in-4, Paris, avec quelques fragments de critique et d'histoire, et deux opuscules de métaphysique, l'un ayant pour objet d'établir que Dieu fait tout ce qn'il y a de réel dans les actions des hommes, sans nous êter la liberté; l'autre, où l'auteur recherche ce qui fait le bonheur ou le malheur des esprits. — Cordemoy laissa un fils, l'abbé de Cordemoy, mort en 1722, chez qui se tinrent pendant quelque temps des conférences pour la conversion et la réiutation des hérétiques. Ce fut là que le P. André fît connaissance de Haiebranche, dont il défendit plus tard les opinions avec une si courageuse persévérance. X.
CORNXJTtJS {Lucius Annceus), né à Leptis, en Afrique, dans le premier siècle de l'ère chrétienne, professa à Rome le stoïcisme. L'histoire compte an nombre de ses disciples, Lucain et Perse, dont la cinquième satire lui est adressée, et qui en mourant lui lé^ua sa bibliothèque. Il nous reste de lui un traité de la Nature de* Dieux, consacré à l'exposition de la théologie stoïcienne, et qui a été plusieurs fois imprimé sous le nom de Pharnutus. Le savant Villoison en avait préparé une nouvelle édition qui n'a pas vu le jour. Voy. Th. Gale, Opuscula mylhologica ethica et physica, in-8, Cambridge, 1671 ; in-8, Amsterdam, 1688 ; — G. J. de Martini, Disputatio de L. Ann. Comuto philosopha stoico, in-8, Uyde, 1825.
COROLLAIRE. Ce terme, qui n'est plus guère en usage qu'en géométrie, est tout à fait synonyme de conséquence. Il désigne une proposition qui n'a pas besoin de s'appuyer sur une preuve particulière, mais qui résulte d'une autre proposition déjà avancée ou démontrée. Ainsi, après avoir prouvé qu'un triangle qui a deux câtés égaux a aut*i deux angle* égaux, on en tire ce corollaire : qu'un triangle qui a le» (rots côté* égaux a aussi le* troi* angles égaux.
CORPS, voy. HatUbb.
COUSIN (Victor), le fondateur, le chef, l'interprète éloquent d'une école de philosophie à laquelle il a donné lui-même le nom d'c'ckc-
cous
titme, et pend&ni plas de vingt aimées le directear tont-pnissant de l'enseignement philosophique dans l'Université de France, naquit à Paris, le 28 novembre 1792. Ckimme J. t. Rousseau, avec qui, par la chaleur du style et même par le fond des idées, il a plus d'un trait de ressemblance, il était le fils d'un horloger. En 1810, après une série de brillants succès^ couronnés par le prix d'honneur du concours général, il entrait, déjà presque célèbre, & l'Ëcole normale, récemment créée, et deux ans après, avec le modeste titre d'élève répétiteur, il en est an des maîtres les plus écoutes. Cependant la matière de ce premier enseignement n'était point celle qui lui donnait le plus de prise sur les es-
Îirits : c'étaient les langues anciennes, particuièrement le grec. Aussi n'est-ce que plus tard, Ed on lui permit de traiter des questions de Sophie, qu'il exerça sur ses jeunes disciples, encore ses camarades, l'ascendant que lui donnaient ses remarquables facultés. En 1815, •près les Cent jours, pendant lesquels il s'était enrôlé dans les volontaires royaux, il fut chargé
Sar Royer-Collard de le suppléer dans la chaire lUstoire de la philosophie qu'il occupait à la Faculté des lettres. C'est dans la chapelle i demi ruinée du vieux collège du Plessis, où la Faculté des lettres de Paris tenait alors ses séances, que le jeune suppléant parut pour la première fois aux yeux du public. Il n'y resta pas longtemps, car il fallut bientdt ouvrir i 1 affluence croissante de ses auditeurs le vaste amphithéAtre de la Sorbonne.
Cette faveur d'un public d'élite, H. Cousin ne la devait pas seulement à l'éclat incomparable de sa parole, mais i la nouveauté et à l'élévation de ses opinions. Laromiguière, avec son esprit élégant et fin, mais superficiel, ne sortait
Îias de la question de l'origine des idées et s'éoignait à peine de la doctrine de Condillac, qn^l ébranlait cependant en se proposant de la compléter. Royer-ColIard faisait une guerre infatigable à cette même doctrine, qui semblait pour un instant être montée au rang d'une philosophie nationale. Il déployait contre elle Tautorité de son austère bon sens et la force de sa sévère dialectique; mais ses attaques ne portaient que sur des points isolés et en petit nombre. H. Cousin ne suit aucun de ces deux exemples, tout en parlant avec respect de Royer- Collard comme du premier de ses maîtres. Se faisant un devoir d'unir ensemble l'histoire de la philosophie et la philosophie elle-même, il passe en revue, expose, analyse, juge tons les systèmes que les attributions de sa chaire lui permettent d'aborder, c'est-i-dire tous ceux qui appartiennent i l'histoire de la philosophie moderne, et chemin faisant, an nom de la critique, il traite les grandes questions de morale, de métaphysique, d'esthétique, de psydiologie, dont le système étroit de la sensation transformée était parvenu à détacher les esprits. C'est pendant les cinq premières années de son enseignement, celles qui s'étendent de 1815 à 1820, que M. Cousin a produit au jour toutes les vues qui lui appartiennent, et qu^il a posé les fondements de son éclectisme. Il n'a eu, dans un âge avancé, qu'à refondre les matériaux de ses anciennes leçons, pour en tirer ses ouvrages les plus accomplis : son Hittoire de l'école écossaise, le livre du Vrai, du Beau et du Bien, et cette irréfutable critique de Locke, qui, ébauchée dans le cours de 1819, était reprise et complétée dans celui de 1829.
Enlevé i sa chaire en 1820 par l'esprit de réaction qui inspirait alors le gouvernement de la France, M. Cousin perdit en 1823 sa place de
maître de conTérencea par la suppression de I*^ cole normale. Hais les sept aimées pen<hmt lesquelles il resta condamne an silence ne furent r tint perdues pour la philosophie. Il les employa publier les œuvres de Proclus (6 vol. iU'^, Par ris, 1820-1827, et 1 voi. in-4, Paris, 1864), i donner une nouvelle édition des œuvres de Descartes (Il vol. in-8, Paris, 1826), à commencer sa traduction des Œumt» eompUtes de Platon (13 vol. in-8, Paris, 1825-1840), et i parcourir l'Allemagne, qu'il avait déjà visitée en 1817. Cest durant ce second voyage, fait en 1824, et dont on peut lire dans la dernière édition de ses Fragment» (t. V, in-8, Prris, 1866) un récit plein de charmes, que, soupçonné de carbonarisme, il subit i Berlin une détention de six mois.
An nombre des ouvrages qu'il composa à cette époque, il y en a un cependant où l'esprit philosophique n'a aucune part : c'est an livret d'opéra-comique écrit pour Halévy, et qui devait s'appeler le» Trois Flacons. C'est le titre d'un conte de Harmontel qui en avait fourni le sujet. Mais cette pièce est restée inédite, ainsi que la musique i laquelle elle était destinée à servir de thème.
En 1828, après l'avènement du ministère Kartignac, la parole est rendue à H. Cousin. H. Guizot, sur qui la même interdiction pesait depuis 1825, est également autorisé à reparaître dans sa chaire. M. Villemain, sans avoir été touché par les rigueurs du pouvoir, se joint à eux en appliquant à la littérature le même esprit de libre investigation qu'ils ont introduit l'un dans la philosophie et l'autre dans l'histoire. Tous les trois, soulevés par la popularité et embrasés d'une commune ardeur, font luire sur la France cet &ge d'or de l'enseignement public dont le souvenir immortel peut être comparé i celui qu'ont laissé les plus brillantes époques de l'éloquence politique et religieuse. C'est alors, mais surtout dans son cours de 1828, que M. Cousin, sous une forme qui lui est propre, expose pour la première fois devant un public français les idées sur lesquelles repose la philosophie de ta nature, c'est-a-dire la doctrine de Schelling et de Hegel, et que sa parole est peut-être d'autant plus puissante sur l'imagination qu'elle est moins claire pour l'intelligence.
Après la révolution de 1830, i laquelle l'esprit libéral de ses écrits et de ses leçons avait contribué dans une certaine mesure, M. Coasin tut nommé coup sur coup conseiller d'Ëtat, membre du Conseil royal de l'instruction publique, professeur titulaire i la Faculté des lettres, membre de l'Académie .française et de l'Académie des sciences morales et politiques, directeur de l'Ëcole normale, pair de France. Entré comme ministre de l'instruction publique, aa 15 mars 1840, dans le cabinet présidé par H. Thiers, il ne resta au pouvoir que huit mois, pendant lesquels il introduisit dans l'administration et dans les différentes branches de l'enseignement des réformes utiles. Lai-même a pris soin de les rappeler et de les justifier dans un article de la Bévue de» Deux-Mondes (février 1841). Il reprit sa place au Conseil royal de l'instruction publique en 1842, après la mort de Jouffroy, et se démit de ses fonctions de conseiller d'Ëtat. En 1844, à la tribune de la Chambre des pairs, il défenditavecautantd'éloqnence que d'énergie, l'Université et la philosophie, violemment attaquées par deux sortes d'ennemis : les partisans sincères de la liberté d'enseignement et ceux mil, sous le nom de la liberté, ne songeaient qu'a rétablir la domination cléricale. Les discours prononcés alors par H. Cou-
cous
fin ont été plusievrt fois publiés soos ce titre : Défenie de rUniversili et de la philotophie (in-8, Paris, 1844 et 1845). Enlevé à la vie politique par la révolution de 1848, U. Consin termina sa carrière universitaire après le coup d'Ëtat du 2 décembre, qui le privait de son siège à la section permanente du Conseil supérieur de l'instruction publique, et après le décret de 1852, qui le plaçait, avec MH. Villemain et Gnizot, au rang de professeur honoraire de la Faculté des lettres. II est mort à Cannes, le 13 janvier 1867.
Si l'on veut se faire une idée exacte et équitable de la valeur philosophique de II. Cousin, il faut passer par-dessus les années où il n'est pas encore en possession de tonte sa pensée. Tantdt il semble appartenir i l'école écossaise, fortifiée et comme unie à la France par les originales observations de Haine de Biran ; tantdt, quand il revient de son second voyage dans la patrie de Schelling et de Hégel. on dirait qu'il s'est donné tout entier à la pnilosophie de la nature. Alors il écrit cette phrase, qu'il a en la faiblesse de supprimer plus tard : • Ce système est le vrai. » Pour un esprit impartial, la philosophie de U. Cousin n'existe que du moment ou il lui a imprimé le sceau de la maturité, et sous la forme dont il l'a revêtue lui-même quand il «roit l'avoir conduite & sa dernière perfection.
Cette philosophie a reçu de lui le nom d'éclectisme, sous lequel, vraie ou fausse, elle appartient désormais & l'histoire des idées du zix* siècle. Un autre se serait peut-être moins
Ïirêté aux interprétations erronées ou malveilantes. Cependant il n'était guère possible de prévoir comment ce nom, porté par deux écoles illustres, celle de PloUn et celle de Leibniz, devait être quelquefois compris par la critique contemporaine. Ne s'est-on pas imaginé que l'éclectisme consistait à recueillir dans tous les systèmes successivement adoptés et abandonnés par l'esprit humain, quelques lambeaux de doctrine, quelques propositions isolées, qu'on ajustait ensuite tant bien que mal, qu'on réunissait «omme on pouvait, sans règle, sans plan, sans mesure précise de la vérité et de l'erreur, dans une sorte de mosaïque philosophique? Si cette opinion était fondée, l'éclectisme serait au-dessous de la discussion.
Qu'est-ce donc que l'éclectisme de H. Cousin? C'est une philosopiue qui repose sur ce principe jncontestable et incontesté, que la puissance de faire quelque chose avec rien ou de créer d'une manière absolue étant étrangère à l'homme, les systèmes sont construits avec des éléments préexistants dans l'esprit humain, comme les iBuvres de l'industrie et de l'art avec des éléments préexistants dans la nature. S'il n'en était pas ainsi, un système philosophique ne pourrait
^amai8 en appeler à l'autorité de la raison et de a conscience. Hais pourquoi les systèmes sont-ils si divers et si contradictoires? C est que chacun d'eux ne prenant dans le fonds commun qu'une portion déterminée des éléments constitutifs de notre nature, en croyant les prendre tous, se figure qu'il a le droit d'accuser les autres d'erreur et de fausseté. Qu'on songe en effet que l'illusion est ici plus facile que (utns les sciences physiques et mathématiques. Lorsqu'il s'agit du monde extérieur, personne n'oserait se vanter -de connaître ce qui, en raison de la distance et du temps, est placé hors de la portée de ses observations. Quand il est question, au contraire, des choses de l'&me, c'est-a-dire des forces et des phénomènes invisibles qui se déploient au dedans de nous, chaque homme en particulier se prend volontiers pour la mesure de l'humanité.
Il en résulte que, pour démêler ce qu'il y a de vrai on de faux dans les systèmes, il faut les comparer avec la nature humaine, avec l'esprit même dont ils ont la prétention d'être l'expression complète, après qu'on l'a soumis aux procédés de l'observation la pins sévère ; et pour être sûr que l'observation n'a rien oublié ni méconnu d'essentiel, il faut interroger les systèmes, prêter l'oreille aux objections qu'ils élèvent les uns contre les autres, les suivre dans leurs transformations et leurs retours périodiques à travers toutes les époques de l'histoire. Est^e donc là une philosopnie si inconsistante et si méprisable ? Le principe sur lequel elle est assise est d'une telle fécondité qu'il a suffl pour faire naître parmi nous une foule d'excellents ouvrages consacrés i l'histoire de la philosophie. Sans doute l'exemple de tt. Consin et son ascendant personnel y ont puissamment contribué. Hais, en agissant ainsi, M. Cousin ne cédait pas à l'attrait de l'érudition, qu'il n'a jamais aimée pour ellemême ; il obéissait à la nécessité que lui imposait sa doctrine.
Oui, H. Cousin a une doctrine qui, s'appuyant sur la double autorité de la conscience et de l'histoire, ne se croit pas seulement obligée d'être complète ou de réunir tous les faits, tous les principes, toutes les facultés dont se compose la nature humaine, mais d'être exacte, c'est-à-dire de les présenter dans l'ordre hiérarchique que leur impose leur essence même, plaçant l'esprit, la personne libre, consciente, identique, an-dessus des forces aveugles de l'organisme, l'intelligence au-dessus des sens, la raison au-dessus de tons les autres modes de la pensée, la volonté dirigée par la raison ou Tàme dans la pleine possession de son existence au-dessus de ta raison tonte seule, tt. Cousin n'a point failli à cette condition, ear les plus constants et les plus vigoureux efforts de sa dialectique sont dirigés surtout «outre ceux qui, se refusant à reconnaître 1» hiérarchie naturelle de nos facultés, effacent toute différence entre l'esprit et la matière, entre l'àme et le corps, entre la pensée et la sensation, entre la raison et l'expérience, entre la volonté et l'instinct ou la passion. Aussi sa philosophie recevrait-elle plus justement la qualification de spiritualiste que celle d'éclectique. Le spiritualisme en est le but, l'éclectisme n'en est que le moyen, à moins qu'on ne veuille définir 1 éclectisme un spiritualisme démontré tout à la fois par la raison individuelle et par la I raison du genre humain.
Hais peu importe un nom ou un autre : c'est an fond des choses qu'il faut s'attacher. Voyons donc ce qu'il faut penser d'un certain nombre d'idées qu'on a particulièrement reprochées à U. Cousin, et qu'on se représente comme sa propriété personnelle dans la philosophie qu'il a enseignée.
La première qui s'offre à l'esprit, c'est la fameuse théorie de la raison impersonnelle. La raison, selon H. Cousin, n'est pas une faculté personnelle de l'homme, par conséquent une faculté variable d'un individu à un autre : il ne suffit pas même qu'elle appartienne à rbnmanité, M elle doit être considérée comme une propriété particulière de notre esprit, par laquelle il nous est impossible de rien savoir de la nature des choses; il veut qu'elle soit commune à l'humanité et à Dieu, et que ses lois, en même temps qu'elles commandent d'une manière souveraine à la pensée, nous représentent les conditions absolues de 1 existence. « La raison, dit» il, est en quelque sorte le pont jeté entre la psychologie et l'ontologie, entre la conscienc» et l'être ; elle pose à la rois sur l'une et sur