COUS
Si
l'antre ; elle descend de Dieu et s'incline vers l'homme ; elle apparaît & la conscience comme nn hâte qni lai apporte des nouvelles d'un monde inconnu, dont il fui donne i la fois et l'idée et le besoin. Si la raison était toute personnelle, elle serait de nulle valeur et sans aucune autorité hors du sujet et du mot individuel. La raison Mt donc, à la lettre, une révélation, une révélation nécessaire et universelle, qui n'a manqué i aucun homme et a éclairé tout nomme i sa venue en ce monde : lUumitiat omnem hominem venientem in hune mundum. La raison est le médiateur nécessaire entre Dieu et l'homme, ce logos de Pythagore et de Platon, ce Verbe fait chair qui sert d'interprète à Dieu et de précepteur i l'homme, homme à la fois et Dieu tout ensemble. Ce n'est pas sans doute le Dieu absolu dans sa majestueuse indivisibilité, mais sa manifestation en esprit et en vérité ; ce n'est pas l'être des êtres, mais le Dieu du genre hnmain (Fragments philosophiques, Préface, p. 42 et 43 de la 1" édition, publiée en 1826 : p. 36 et 37 de l'édition de 1847).
Les adversaires de H. Cousin, surtout ceux li appartiennent de près ou de loin i l'école de indillac, ont tourne en dérision cette raison qui est dans l'homme, sans lui appartenir personnellement, qui est une révélation de Dieu, un médiateur entre Dieu et l'homme. Dieu luimême. Cependant, la doctrine dont on vient de lire l'éloquent résumé, est celle qu'ont professée quelques-uns des plus grands génies de l'antiquité et des temps modernes, un Platon, an Leibniz, un Malebranche, un Fénelon, un Bossnet et, dans certains moments, Aristoto luimême. Hais quand elle n'aurait point pour elle la recommandation de ces grands noms, elle se recommanderait toute seule. S'il y a des vérités évidentes par elles-mêmes, nécessaiires, universelles comme celles qui servent de fondements aux mathématiques, à la morale, i la métaphysique, est-ce qu'il m'est permis de dire que ces vérités m'appartiennent ou même qu'elles a|>partiennent uniquement à l'espèce humaine? Supposez qu'il y ait, en dehors et au-dessus de l'humanité, des êtres qui pensent, des êtres intelligents, est-ce que pour eux, comme pour moi, ce ne sera pas une nécessité absolue de croire que deux et deux font quatre, que les trois angles d'un triangle égiilent deux angles droits, que rien ne se produit sans cause, que tout phénomène et tonte qualité existent dans un être, que tonte succession a lieu dans le temps, que tout corps est placé dans l'espace, que le devoir suppose la liberté, et que le droit suppose le devoir? La faculté par laquelle nous connaissons les propositions de cet ordre et au nom de laquelle nous les affirmons, la raison, en un mot, aura nécessairement tous les caractères de ces propositions elles-mêmes, elle ne sera la propriété ni d'an homme, ni du genre humain: mais elle sera commune au genre humain et a Dieu; elle nous montrera la nature divine sous nn des aspects par lesquels elle se manifeste le
Îlns directement i notre conscience. Et comme es lois de la raison, en dépit des objections de Kant, ne sont véritsiblement aperçues de notre esprit que sous cette condition, qu'elles ne res- Uint point renfermées dans les limites de la pensée, mais Qu'elles représentent les lois suprêmes, les conditions absolues de l'existence, il n y a pas d exagération i les considérer comme nne révélation naturelle et universelle.
Il y a une antre théorie de M. Cousin qui n'a
{las rencontre moins de contradicteurs, et contre aquelle on s'est cru également assez fort en l'attaquant uniquement par le sarcasme. C'est
celle qni lui sert à expliquer, au moyen d'un petit nombre de lois générales, l'histoire entière de la philosophie. Tous les systèmes, malgré les innombrables différences qui les distinguent les uns des autres, malgré la diversité des esprits, des races, des circonstances qui leur ont donne naissance, se réduisent, selon lui, ï quatre types, éléments essentiels et permanents de lliistoire de l'esprit humain. Le sensualisme, qui fait dériver toutes nos connaissances de 1 expérience des sens on de la sensation, et ramène tontes les existences à des objets sensibles; l'idéalisme, qui n'admet que les principes éternels, que les idées innées de l'intelligence on les idées préexistantes i tons les faits, d'où il essaye de déduire les faits eux-mêmes en se passant de l'expérience, en répudiant le témoignage des sens comme un tissu d'illusions; le scepticisme, qui n'a le courage ni de rien affirmer ni de rien nier, qni, voyant l'esprit de l'homme partagé entre la raison et les sens, et la raison souvent divisée avec elle-même sans autre contrâle que sa propre autorité, se croit dans l'impuissance de discerner entre la vérité et l'erreur: le mysticisme, qui, estimant illusoires tontes les facultés humaines, la volonté pour faire le bien, l'intelligence pour connaître le vrai, va chercner l'un et l'autre dans le sein de Dieu, unique source de toute vérité et de toute perfection, et se figure avoir trouvé la solution de tous les problèmes dans l'extase et dans l'amour, parce que l'extase et l'amour font rentrer, en quelque sorte, l'&me humaine dans son principe divm : tels sont les quatre systèmes que, sous un nom ou sous un autre, on rencontre partout et toujours, dont l'expression peut varier, mais dont l'essence ne change pas. Invariables dans leurs principes, ils ne le sont pas moins dans leur marche. C'est le sensualisme qui commence, parce que les sens entrent en exercice avant les facultés d'un ordre plus élevé et que les phénomènes du monde extérieur sont ceux dont l'observation nous coiite le moins d'eflbrts.
En face du sensualisme vient se placer, au bout de quelque temps, le système contraire, celui qni supprime en quelque sorte la nature et les sens, l'expérience et les faits, pour ne tenir compte que des idées. La difficulté de prendre parti entre deux manières si opposées de comprendre et d'expliquer les choses^ surtout quand elles sont défendues avec une force i peu près égale, produit inévitablement le scepticisme. Hais le scepticisme c'est le néant, c'est le vide auquel l'&me a hê.te de se soustraire en se précipitant dans le sein de Dieu, en se perdant dans l'abime sans fond du mysticisme. Les excès du mysticisme ramènent la philosophie sensnaliste, et le cercle que nous venons de parcourir se renouvelle dans d'autres proportions et peut-être sur nne antre scène.
Il y a certainement beaucoup d'imagination dans ce tableau, en plutôt dans ce drame, dont les personnages, pareils au phénix de la fable, renaissent de leurs cendres pour recommencer éternellement la même action, terminée par le même dénoùment. Non, les systèmes ne rentrentpas dans ce cadre inflexible et ne forment point dans leur succession ce rhythme invariable qui n'appartient qu'aux mouvements des astres. If y a dos systèmes qui sont à la fois philosophiques et religieux, comme ceux des Pères de l'Ëgliso et la plupart de ceux qu'a produits l'Orient. On en pourrait signaler beaucoup qui, sensualistes ou sceptiques sur certains points, sont idéalistes ou spiritualistes, dogmatiques et affirmatifs sur d'autres. Ainsi Locke, et même Condillac, en soutenant qne toutes nos idées ont leur origine dans