‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 5)Chapitre 66 sur 156 · CUSA · texte numérisé non relu

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lotophiae luAbianœ quum moralis tum civilis consideranlur et refutantur, in-4, Londres. Elle a été traduite en anglais par Jean Maiwel (in4, Londres, 1727) et en français par Barbeyrac (in-4, Amst., 1744) qui y a joint des notes et une Vie de l'auteur. Hobbes avait considéré le bien-être individuel comme la fin dernière de l'homme. la guerre de tous contre tous comme l'état naturel de l'humanité, les lois sociales comme une innovation utile des législateurs. C'est pour combattre ces funestes maximes que Cumberland a écrit son livre. Par une analyse approfondie des facultés intellectuelles et de la constitution générale de l'homme, il cherche à établir qu'il existe certaines vérités antérieures t toute convention et que la nature a gravées elle-même dans tous les esprits. De ce nombre sont les vérités morales et en particulier le devoir de la bienveillance. Ce devoir a un auteur et une sanction : pour auteur Dieu, qui en a inspiré le sentiment, pour sanction le bonheur qu'on obtient en le pratiquant ainsi que les peines que sa violation attire. Il offre ainsi tous les caractères d'une loi, et il est la première de toutes; il engendre toutes les obligations soit des peuples, soit des membres d'une même société, soit des familles et des individus. Tel est le principe fondamental de la morale de Cumberland, c'est-à-dire l'harmonie nécessaire de l'intérêt particulier et de l'intérêt public, la pratique des devoirs sociaux, considérée comme la source djgi bonheur individuel. Quoique cette doctrine soit plus près de la vérité que celle de Hobbes, cependant elle ne donne pas encore à la morale une base assez large. Si Cumberland est un penseur assez distingué, il n'est point écrivain. Le style de son Traité des lois naturelles est lourd et embarrassé, et il y a peu de livres de philosophie dont la composition laisse plus à désirer.

Consulter : Mackintosh, Histoire de la Philosophie morale, trad. de l'anglais par M. H. Poret, in-8, Paris, 1834; — Hallam, Histoire de la littérature de l'Europe pendant les iv, xvi' et xvn* siicUs, trad. de l'anglais par A. Borghers, Paris, 1840, t. nr, p. 216 et suiv. X.

CDPBR (François), philosophe hollandais, mort i. Rotterdam en 1595, et auteur d'un ouvrage qui a pour titre Arcana atheismi revelata, philosophice et paradoxe refutala examine Traclalut theologico-politici Bened. Spinoiae, in4, Rotterdam, 1676. François Cuper est compté parmi ces défenseurs timides de Spinoza, qui^ sous prétexte de réfuter ses déplorâmes doctrines , ne font réellement que les développer et les faire valoir. En effet, rien n'est plus faible que les objections qnll élève contre son prétendu adversaire et les .arguments par lesquels il défend en apparence la croyance en un Dieu distinct du monde. En même temps il soutient que l'existence de Dieu ne peut pas être prouvée par la raison, et qu'il nous faut les lumières surnaturelles de la révélation pour nous faire une idée d'une substance sans étendue et pour concevoir la différence du vice et de la vertu, du bien et do mal moral. Les intentions et les principes de Cuper ont été vivement attaqués par Henri Horus, 1. 1, p. 596, de ses Œuyyres philosophiques, ï vol. in-l^, Londres, 1679. Voy. aussi la dissertation de Jaeger : ÎFr. Cuperus malafideaut ad minimum frigide atheismutn Spinoxœ oppugnans, in-4, Tuningue, 1720. '

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"éventer. De Cusa suivit

ensuite les cours des principales universités allemandes, et alla recevoir le bonnet de docteur en droit canon à Padoue. 11 assista au concile de Bàle en qualité d'archidiacre de Liège, et publia, pendant la tenue du concile, son traité de Concordia catholica, on il soutient, avec modération, mais avec force, la supériorité des conciles sur le pape. Malgré ces opinions, généralement peu goûtées à Rome, de Cusa reçut du pape plusieurs légations très-importantes, et fut élevé à la dignité de cardinal. Il fut même chargé du gouvernement de Rome en l'absence du pape. Ayant voulu rétablir la discipline dans un couvent du diocèse de Brixen. dont il était l'évéque, le souverain temporel du pays, l'archiduc Sigismond, qui protégeait ces moines dissolus, le fit jeter en prison. Il n'en sortit que pour aller 'finir tristement sa vie à Todi, dans rOmbrie, où il mourut en 1464. De Cusa joignait à beaucoup de savoir une grande modestie, une extrême simplicité et un desintéressement tout évangélique.

Le système philosophique de Nicolas de Cusa est un singulier mélange de scepticisme et de mysticisme, d'idées pythagoriciennes etalexandrines, combinées d'une manière assez originale. En voici les points les plus importants.

Nous ne connaissons pas les choses en ellesmêmes, mais seulement par leurs signes. Aussi la première science est-eUe celle des signes ou du langage, et la seconde celle des objets signifiés ou des choses. Les choses ne sont pas connues directement et en elles-mêmes, mais par leur image qui va se spiritualisant et s'idéalisant de plus en plus en passant successivement des objets aux sens, des sens à l'imagination, et de l'imagination à l'entendement. Arrivée à cette dernière faculté, l'image n'est déjà plus qu'un signe, mais un signe intérieur de ce qu'il y a de qualités sensibles dans les objets. Par exemple, l'idée de la couleur ne ressemble en rien à la couleur elle-même. De là la nécessité de distinguer, pour chaque objet que nous percevons, comme deux formes on deux images : l'une qui représente véritablement l'objet sensible et qui a son siège dans l'imagination ; l'autre qui représente cette image elle-même et qui a son siège dans l'entendement.

On devine facilement les conséquences de cette théorie : si nous n'atteignons pas les objets en eux-mêmes; si, de plus, ils n'arrivent i notre connaissance que par deux intermédiaires qui, à certains égards, se contredisent ou du moins ne se ressemblent pas, il faut renoncer à la certitude et à la science proprement dite. Il n'y a pour nous que des conjectures et des opinions contradictoires^ et l'on ne trouvera pas autre chose dans l'histoire entière de la philosophie. Hais toutes ces opinions peuvent se résoudre en un point de vue supérieur, on toutes les oppositions disparaissent, ou résident véritablement l'unité et l'harmonie. Ce point de vue, c'est l'infini. C'est là que Nicolas de Cusa essaye de se placer pour concilier entre elles les idées les

Slns inconciliables. Notre esprit, selon lui, image e la nature divine, renferme comme elle tous les contraires; mais comme elle aussi il forme une harmonie, un nombre qui se ment lui-môme, un être à la fois identique et divers. Il a la faculté de produire de lui-même les formes des choses par vole d'assimilation, et de pénétrer jusqu'à l'essence de la matière. Chacun de nos sens a pour tâche de nous assimiler la partie de la nature qui lui correspond. Cette activité de notre esprit, cette ressemblance qui existe entre sa nature et la nature divine est, aux yeux de Nicolas de Cusa, la preuve de son immortalité. Nicolas de Cusa, a part quelques expressions

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pythagoriciennes, empruntées de la langue des mathématiques, parle de Dieu à peu prSs de la même manière que les philosophes de l'école d'Alexandrie. Il le met au-dessus de toutes les conceptions de l'intellLgence et de tontes les dénominations de la parole humaine. On ne peut ni rien affirmer ni rien nier de lui, ni lui donner on nom ni lui en refuser un. Il n'est, en un mot, ni l'être ni le non-étre {Dialog. de Deo abscondilo). On n'arrive à lui qu'en rejetant, ou, pour nous servir de l'expression originale, qu'on vomissant hors de son esprit {vomere oportel) toutes les idées oue nous avons acquises par les sens, par l'imagination et par la raison. C'est alors que nous atteignons « a cette intelligence absolument simple et abstraite, où tout est confondu dans l'unité {ubi omnia sunt unum), où il n'y a plus de différence entre la ligne, le triangle. le cercle et la sphère, où l'unité devient trinité et réciproquement, où l'accident devient substance, où le corps devient esprit, où le mouvement devient repos, etc.» (De Docta ignorantia, lib. I, c. X, et lib. Il, c. vn-z.)

Une des expressions que Nicolas de Cnsa affectionne le plus en parlant de Dieu, c'est celle de maximum. Dieu est à la fois le maximum et l'anité absolue ; mais cette unité ne peut pas 4tre conçue sans la trinité : car l'unité engendre l'égalité de l'unité; de l'égalité de l'unité et de l'unité elle-même naît le rapport par lequel elles sont liées l'une i l'autre. Nous portons d'ailleurs en nous-mêmes l'image de cette trinité : car nous sommes obligés de distinguer en nous le sujet, l'objet de l'intelligence et l'intelligence elle-même. Nous la trouvons aussi dans l'univers, représentée par la forme, la matière, qui n'est que la simple possibilité des choses, et l'âme du monde.

Toutes ces idées ne sont certainement pas neuves; mais de Cusa est le premier parmi les modernes qui ait osé les exprimer avec autant de hardiesse et d'ensemble. Il est aussi le premier qui ait entrepris de ressusciter la théorie pythagoricienne du mouvement de la terre autour du soleil. Il est à regretter qu'un tel esprit se soit mêlé de prédiction, et qu'il ait annoncé la fin du monde {rânr l'année 1734.

Les principaux ouvrages philosophiques de Nicolas de Cusa sont: Idiota, lib. IV; — de Deo abtcondito (un dialogue); — de Docta ignorantia, lib. III; — Apologia docta ignorantiœ, lib. III; — de Conjeelun», lib. II;— (to Fortuna; — Compaidium, directiounitatis; — de Venatione tofnentiœ; — de Apice theorioc; — de Visione De»; — Commentaire philosophique d'un passage de saint Paul. Ces différents traités forment la matiire du premier tome des Œuvres complètes de l'auteur, 1 vol. in-f% Bêle, 1566. L'édition de Paris est de 1514, mais elle est moins complète que celle de Bêle. J. T.

CDVIEa (Georges), né à Montbéliard , en 1769,< mort à Paris, en 1832.

On ne vient pas chercher dans ce Dictionnaire une biographie de G. Cuvier, ni une exposition détaillée de ses travaux scientifiques, ni un catalogue complet de ses ouvrages; mais on peut lui demander la part que la philosophie a pu prendre i tant de grandes découvertes ou l'utilité qu'elle en peut recueillir.

On a dit souvent et avec raison que la question des méthodes est un des points où la philosophie M mêle i toutes les sciences, oii toutes les sciences deviennent philosophiques. Quand le géomètre analyse la méthode géométrique, il n'est plus géomètre, mais philosophe ; quand le naturaliste pote les principes généraux d'une classification, il est philosopne, il n'est plus seulement bota-

niste ou zoologiste. Aucun génie n'a eu, plus que Cuvier, le sentiment profond de la nécessité d'une méthode, aucun n'a mieux compris et mieux décrit ce que doit être, dans les sciences naturelles, une classification ; aucun n'a tiré de l'application de la méthode de plus nombreux et de plus magnifiques résultats. Ces résultats, i leur tour, outre que par leur grandeur et leur

ffénéralite ils appartiennent à ce qu'on appelle a philosophie naturelle, ont pour la philosophie proprement dite, pour la métaphysique ellemême, le plus vif intérêt. Vraies ou fausses, on comprend que les lois de la corrélation et de la subordination des organes apportent des arguments considérables dans un sens ou dans un autre à l'importante question des causes finales et de la Providence ; que l'existence d'une échelle continue des êtres ou d'un certain nombre de plans généraux et distincts de l'organisation animale, que l'identité ou la diversité des espèces fossiles et des espèces vivantes en apportent également sur les questions de l'origine de l'homme et de tous les êtres, de notre nature et de notre destinée. Il appartient au Dictionnaire des sciences philosophiques d'exposer d'une part la méthode conçue et appliquée par Cuvier, d'autre part celles d'entre ses découvertes ou opinions scientifiques qui peuvent servir directement à la solution des problèmes philosophiques.

Linné, dans son Système de la Nature, comprenait bien l'utilité de la méthode et la nécessite d'une classification de tous les êtres pour en ordonner l'étude ; mais si grands que soient les services qu'il a rendus aux sciences naturelles, sa fameuse classification est purement artificielle. II le savait bien lui-même, et aspirait à la découverte de la méthode vraiment naturelle. Cette méthode naturelle, presque en même temps que Laurent de Jussieu, héritier des idées de son oncle Bernard, la créait pour la classification des plantes, G. Cuvier l'inventait et l'appliquait à la zoologie. Linné partageait tous les animaux en six classes : les quadrupèdes, les oiseaux, les reptiles, les poissons, les insectes et les vers. Dans cette division les six classes étaient égales et placées sur le même rang, les quadrupèdes représentant un ordre de même généralité que les vers. Cuvier, frappé de la multitude et de la diversité des êtres réunis sous cette dernière dénomination, entreprit de dissiper la confusion de cette classe des vers, et fut conduit par là à une étude minutieuse de leurs organes internes. Dans un mémoire lu i la Société d'histoire naturelle en 1795, il sépare tons les animaux dits à sang blanc en six classes : mollusques, insectes, zoophytes, vers, crustacés, échinodermes. C'était déjà une grande lumière répandue sur une partie du règne animal. Un peu plus tard, comparant ses propres divisions entre elles et avec les autres classes de Linné, il aperçoit la nécessité de remanier la classification du règne animal tout entier. Il observe que ces divisions ne sont pas de même ordre, que telle classe, comme celle des mollusques, dépasse par son importance et sa compréhension telle autre donnée comme aussi générale, par exemple, celle des oiseaux ou celle des poissons ; qu'elle égale même, à elle seule, tout l'ensemble des quatre premières divisions de Linné : les quadrupèdes , les oiseaux, les poissons et les reptiles. Faisant alors de ces quatre classes une seule division sous le nom de vertébrés, il place à cêté, sur le même rang, les mollusques, i, cêté d'eux et toujours surle même rang, les articulés, et enfin les loophytes. Toutes ces classes ayant une égale valeur, le règne animal se trouvait réparti en quatre embranchements. C'était une révolution

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dans la zoologie: c'était la méthode naturelle substituée aux méthodes artificielles.

Les méthodes artificielles classaient les animaux d'après des ressemblances extérieures, superficielles, d'après des caractères accessoires, sinon accidentels, et faisaient rentrer violemment dans les caores établis les êtres mal connus. La méthode naturelle veut me ce soient les cadres qui s'accommodent aux êtres qu'ils doivent comprendre et en embrassent les contours; elle cherche les rapports essentiels de ces êtres dans leur constitution organique; elle accorde la plus grande valeur à ceux qui portent sur les organes les plus importants, et une valeur d'autant moindre que les organes eux-mêmes sur lesquels ils reposent diminuent d'importance. Ainsi les rapports qui concernent l'organe reconnu capital devront donner les premières et grandes divisions, les en^anchemenU ; le» rapports fondés sur 1 organe qui suit immédiatement quant à l'importance donneront les premières subdivisions et toujours ainsi. Quel est l'organe crai domine tous les autres? Le système nerveux, d'où dépendent tontes les fonctions animales. Ce sont donc les variétés dans la structure du système nerveux qui permettront à Cuvier de remanier la classification du règne animal et de le diviser en quatre embranchements du premier ordre ; les vertébrés ayant tous une moelle épinière enfermée dans des vertèbres, avec un renflement (érébral et un autre système nerveux, le grand tympathique ; les mollusques ayant un petit cerveau, mais sans moelle; les articulés ayant une sorte de moelle, mais sans vertèbres et courant en deux cordons nerveux sous les orgues digestifs ; les zoophytes, n'ayant qu'un système nerveux rudimentaire et disposé en rayons. Après le système nerveux, les organes les plus importants sont ceux de la respiration et de la circulation du sang; c'est sur la diversité de leur structure que seront établis dans chaque embranchement les ordres; par exemple, l'embranchement des vertébrés se divisera en mammifères, oiseaux, reptiles et poissons, suivant que la respiration est complète ou incomplète, et la circulation simple ou double.

Cette méthode de classification n'est que l'application de plusieurs principes que Cuvier na pas tons découverts sans doute^ mais qu'il a le premier mis en relief et aussi largement employés. Le plus simple et le fondement des autres est la loi des corrélaliom organiques. Une corrélation nécessaire unit entre eux les organes ou les fonctions ; tantôt la raison rend compte de cette corrélation, tantôt l'observation la constate comme un fait, empiriquement. Ainsi la raison explique la solidarité qui unit la respiration et la circulation du sang; car il faut ou que le sang aille chercher l'air, ou que l'air aille trouver le sang ; il faut que l'animal qui a un cœur ait des poumons ou des branchies , tandis que celui qui a des trachées n'a pas besoin de cœur. Ainsi, il est constaté empiriquement que tous les ruminants ont le pied fourchu, et que tous les animaux i cornes ruminent, sans que la raison puisse expliquer ce rapport. Le principe de la corrélation des organes ou des fonctions conduit à la loi de la subordination des organes on des fonctions. Un organe dont la fonction exige la présence et l'action d'un autre organe est subordonné à celui<i ; ainsi les organes de la locomotion sont soumis à ceux i" ^* ^^„fr»û^„""* de la circulation à ceux **« ""i/mf? i s 'n '°«» «" »y»'*«»« nerveux, *^'. ^éfaù d'S^ peuvent 'foncUonner. D^ i°^ÏÏ25ice d'Sn oroSS! ««P'ication raUonnelle, la eoirftwce d un organe est „„ signe empirique de

sa prédominance sur les organes variables. La

ftrincipe de la subordination des earactirt» est a conséquence naturelle de la loi de la subordination des organes et ne fait que représenter dans le tableau de la classification l'ordre biérarchique des organes eux-mêmes.

Une telle méthode, fondée sur de tels princi-

ftes, devait être féconde en résultats. Sans parer des avantages que la science retire nécessairement d'une classification naturelle, elle devait conduire Cuvier à la reconstruction des animaux fossiles et lui permettre de tirer les plus graves conséquences sur le plan de la nature et la genèse des êtres.

Le besoin d'une classification zoologique avait forcé Cuvier à développer, sinon à créer, l'anatomie comparée. Cette science lui avait révélé une telle solidarité entre les organes on les caractères, qu'un seul organe étant donné, il devenait possible de deviner l'organisation entière de l'animal. Les caractères ostéologiques étant liés aussi étroitement à tous les autres, cet organe pouvait être une partie du squelette, un os, une dent. De 1& les travaux de Cuvier sur les ossements fossiles. Ces dépouilles que l'on trouvait surtout dans les régions septentrionales de l'ancien et du nouveau continent étaient le sujet d'un étonnement profond pour tous, de mille hypothèses pour ies savants. Cuvier, armé de sa méthode et de ses principes, vint répandre sur elles une lumière soudaine et inespérée. Quelques-uns de ces os gigantesques étaient rapportes généralement à l^léphant, mais sans qu'on Sût dire si cet éléphant était le même que celui e nos jours. Bufibn avait soupçonné la possibilité que ces restes appartinssent & des espèces perdues, mais sans s'y arrêter. Cuvier commença par établir par l'inspection des dents qu'il y a de nos jours mêmes deux espèces distinctes d'éléphants, et que les os fossiles appartiennent à une troisième espèce aujourd'hui disparue. Appliquant à la masse entière des débris sa méthode éprouvée, il parvient i distinguer entre elles les espèces fossiles avec la même s&reté que les espèces vivantes. Les dents d'un de ces antiques animaux étant recueillies, il en déduit la mâchoire et la tête, puis le tronc, puis les pieds, enfin tout l'animal, et la découverte imprévue d'un squelette entier dans les carrières des environs de Paris vient confirmer de la façon la plus éclatante les reconstructions du savant. Il arrive ainsi à faire sortir de terre toute une faune fossile et i proclamer que les espèces qui la composent ne sont pas les espèces aujourd'hui vivantes, qu'elles ont été détruites et remplacées par la faune actuelle. Considérant enfin les couches terrestres dans lesquelles se rencontrent ces fossiles, il établit même que plusieurs faunes, toutes différentes^ toutes anéanties complètement, se sont succédé et ont fait place i celle qui vit autour de nous.

De cette imposante classification des espèces animales vivantes ou éteintes, des faits et des principes qui avaient servi à la construire, Cuvier tirait plus ou moins explicitement des conséquences d'un intérêt direct et immense pour quelques-unes des grandes questions qu'agite spécialement la philosophie. Réunies, ces idées représentent même quelques parties d'une véritable métaphysique.

Puisque les organes ou les fonctions sont unis par une corrélation si constante et si étroite que tel organe respiratoire exige telle circulation du sang et telles dents, tels estomacs, il s'ensuivait pour Cuvier que les organes sont laits pour remplir certaines fonctions déterminées, en uu mot, que la nature poursuit des fins dans la formation.

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des êtres. Le principe des canses finales était on «orollaire du principe de la corrélation des organes. Pais(iue certains or^nes s'appellent nécessairement, il en concluait que certains organes ne s'excluaient pas avec moins de nécessite; la dent du Carnivore appelle la griffe ponr saisir la proie vivante et exclnt le salx>t ; le vol des oiseaux appelle le poumon et exclut les branchies. Toutes les combinaisons d'organes ne sont donc

Sas possibles; il y a donc des types différents 'organisation, sans transition entre ces types. Le règne animal ne forme pas une échelle continue sans solution, sans niatns; il représente l'exécution de plusieurs plans parallèles dans la nature. Dans chaque plan les détails varient, et l'on peut voir la nature passer par degrés d'une modification à une autre; mais entre les plans primitib et généraux il y a un abime qu'aucune modification intermédiaire ne peut combler. Les vertébrés ont leur plan que l'oiseau avec ses cellules aériennes ou le poisson avec ses branchies, réalise autrement, mais aussi bien que le mammifère avec ses poumons. Les mollusques ont le leur, les articules en ont un antre qui diffère essenuellement de celui des zoophytes. Il est donc impossible qu'un zoophyte, avec son système nerveux rayonné, devienne un mollusque avec son cerveau ; qu un articulé, avec ses cordons nerveux courant sons le ventre, se transforme en on vertébré avec son grand syînpathique et son épine dorsale. Le type des espèces n'est pas moins fixe que celui des embranchements; il n'est pas possible que les espèces vivantes déri- Tent des espèces fossiles qui leur ressemblent le

J>lus. Les révolutions du globe, qui nous ont ajssé tant de débris de ces anciennes créations. Bons auraient aussi laissé, dans des espèces inbrmédiaires, des traces d'une transformation qui n'aurait pn être ^e lente et graduée. Elles nous ont, au contraire, donné des preuves de leur violence et de leur soudaineté qui n'anraient pn permettre ces changements insensibles.

Ces idées de Cuvier sont pour la plupart en opposition formelle avec celles d'un autre grand naturaliste, de Geoffroy Saint-Hilaire , dont la Philotophie anatomique a pour principe l'unité de composition de tons les êtres, et pour conséquences la négation des causes finales et la variabilité des espèces. Cuvier et Geoffroy étaient liés dès le principe d'une étroite amitié; ils avaient, en commun, fait plus d'une découverte et pubhé plus d'un mémoire ; partis à peu près du même point, ils n'ont jamais cessé de s'accorder sur beaucoup de questions particulières: mais la diversité de leur génie les engage peu a

S eu dans des voies différentes et de plus en plus ivergentes. Pendant de longues années, l'antagonisme de leurs vues demeura ignoré d'eux-mêmes ; mais insensiblement il se révélait, et il devait éclater le jour où tous deux, en pleine possession de leurs doctrines, en verraient et en proclameraient hautement les conséquences. Il éclata en effet à plusieurs reprises devant l'Académie des sciences dans les séances mémorables des mois de février, mars et juillet 1830. La lutte des deux savants, qui, malgré sa vivacité, ne cessa jamais d'être courtoise, eut, même a la veille des journées de juillet, le plus grand retentissement. Gœthe voyait dans la doctrine de Geoffroy Saint-Hilaire et dans son triomphe possible une révolution bien autrement importante pour la science, et qui l'intéressait bien plus que la chute des Bourbons. La philosophie anatomique s'accordait avec ses propres travaux en histoire naturelle et flattait ses idées en philosophie. Aussi, dans (îeui articles qu'il consacre i la discussion des deux savants français et dont les der-

nières pages sont i la fois les dernières qu'il ait écrites, tout en rendant hommage au g^nie de Cuvier, le juge-t-il avec sévérité et même avec injustice. Selon Gœthe, Cuvier ne serait qu'un ordonnateur iystématiqrte , séparant, <U*lm-

méconnaissant les ressemblances et les analogies, ennemi de la svnthèse.

On peut, comme Goethe, préférer la doctrine de Geoffroy Saint-Hilaire k celle de Cuvier: on a le droit de penser que la question qui (ait le fond de la discussion entre les deux savants n'est pas encore résolue; il est permis de croire i l'impossibilité ou i la difficulté de concilier dans une mesure convenable l'esprit d'analyse et l'esprit de synthèse ; mais il est injuste de représenter Cuvier comme le génie mesquin des détails et des divisions. Celui qui a ressuscité le monde fossile, créé des animaux de toutes pièces avec une dent on une facette d'os, qui a réuni tous les êtres vivants sous quatre types, qui a reconnu l'unité du plan de la nature dans les limites de chacun de ces quatre grands embran- cbements, ne peut être accusé d avoir méconnu l'importance des analogies et la puissance de la synthèse. Seulement Cuvier n'a pas voulu poursuivre cette synthèse, en dépit des faits ou sans l'autorisation de l'expérience, jusqu'aux dernières limites, jusqu'à la conception d'un type unique de tous les êtres, jusqu'à confondre tons les êtres dans l'unité de ce Dieu-natnre dont Gœthe était épris et qu'il regardait, i tort ou i raison, comme la conclusion dernière de la philosophie anatomique.

Parmi les nombreux ouvrages de Cuvier, nous citerons comme intéressant plus particulièrement la philosophie : le Bègne animal distribué d'après son organisation, Paris, ISlî, 4 vol. in-8, et 18Î9, 5 vol. in-8; — Leçons d'anatomie comparée, recueillies et publiées par C. Duméril et G. L. Duvernoy, 1800-1805, 5 vol. in-«; — Recherdies sur Us ossements fossiles des quadrupèdes, 1812, 4 vol. in-4; dernière édition, 1834, 10 vol. in-8; — Discours sur les révolutions de la surface du globe, 1825, in-8 (cet ouvrage n'est antre que 1 Introduction de la troisième édition des Recherches).

On peut consulter : Et. Geoffroy Saint-Hilaire, Principes de la Philosophie loologique, Paris, 1830, 1 vol. in-8 (c'est le résumé de la discussion entre Cuvier et Geoffroy): — Flourens, /Inaiuse raisonnes des travaux de G. Cuvier, précédée de son Éloge historique, Paris, 1845, in-18 ; — Isid. Geoffroy Saint-Hihire, vie, travaux et doctrine scientifique d'Etienne Geoffroy Saint- Hilaire, Paris, 1847, in-8; — Gœthe, Œuvres (thistoire naturelle, traduites en français par C. F. Martins, Paris, 1837, in-8. Voy. Geoffbot

SAmT-HiLàIRE. A. L.

UUVim (Frédéric), né à Hontbéiiard en 1773, directeur de la ménagerie du roi, inspecteur général de l'Université, membre de l'Académie des sciences, professeur au Muséum d'histoire naturelle, mort en 1838, à Strasbourg, pendant une tournée d'inspection générale.

L'histoire naturelle fut l'unique objet des études et des écrits de Fr. Cuvier ; mais dans cette science même il tient une place à part parmi les zoologistes, et il s'occupa spécialement d'un sujet qui rattache ses travaux a la philosophie. Tout en suivant la voie de son illustre frère et en étudiant la structure des animaux, il s'attacha particulièrement à observer leurs mœurs. La question de l'intelligence des bêtes, traitée presH que exclusivement comme un problème de mé-

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Uphysiqne par Descartes et même par BnfTon, devient entre ses mains une question de fait. Fr. Carier ne constate pas seulement au nom d'une longue expérience l'intelligence des bétes comme un faU incontestable, il nie de tous les èfités les limi:es de cette intelligence. D'abord il trace celles qui séparent l'intelligence des espèces différentes, puis celles qui séparent l'intellicence de l'instinct, enfin celles qui séparent l'infelligence des bétes de l'intelligence de l'homme. Comme ses idées ne sont fondées qnie sur l'ob- ■ervation, et qu'il a surtout observé les mammifères, ce sont les seuls mammifères qu'il classe selon le degré de leur intelligence. Au plus bas de l'échelle, il place les rongeurs, par exemple, le castor ; au-dessus, les ruminants, le bison ou le bélier : beaucoup plus haut, les pachydermes, le cheval et l'éléphant : plus haut encore, les carnassiers, le chien en tête ; au-dessus de tous, les quadrumanes, et en première ligne parmi eux, 1 orang-outang et le chimpanzé. A ces animaux supérieurs il n'hésite pas a reconnaître la facnlté de généraliser.

Pour séparer l'instinct de l'intelligence, c'est de l'observation du moins intelligent des mammifères, du rongeur, du castor, qu'il tire ses preuves. Tout admirable qu'elle est, Fr. Cuvier ne rapporte pas i l'intelligence l'industrie du castor. De jeunes castors, placés isolément dans une cage, tout exprès pour qu'ils n'aient po.s besoin de b&tir, b&tissent malgré tout ; il en conclut qu'ils agissent sans intelligence, poussés par une force machinale, l'instinct, qu^il essaye de distinguer de l'habitude. Il remarque que l'habitude consiste en ce qu'une action corporelle, d'abord accomplie avec le concours de Tintelligence, finit, après avoir été longtemps répétée, par s'exécuter sans c« concours; de telle sorte que l'habitude établit une dépendance immédiate entre les besoins et les organes d'action. Or, ditil, • si cette dépendance pouvait exister naturellement, tous les phénomènes de l'instinct seraient expliqués. » L'instinct et l'intelligence •ont deux forces également primitives, mais distinctes et même contraires : l'une aveugle, fatale, invariable, particulière; l'autre libre, progressive, générale.

Entre l'intelligence du plus intelligent des animaux et l'intelligence de l'homme, la distinction n'est pas moins profonde. Aux bêtes, Fr. Cuvier accorde la puissance de recevoir par les sens les mêmes impressions que nous, d'en conserver la trace, de les associer, de les combiner, de tirer des rapports de ces combinaisons, d'en déduire des jugements. Hais elles n'ont pas la réflexion, c'est-à-dire la puissance qu'a seule l'intelligence humaine de se considérer ellemême, de s'étudier, de se connaître.

Fr. Cuvier pensait que les facultés instinctives et intellectuelles pouvaient fournir i la classification des animaux des caractères aussi distinctifs que les caractères physiologiques. Il trouvait dans l'instinct de la sociabilité la raison de la réduction faite ou à faire par l'homme de certaines espèces i l'état de domesticité ; les seules espèces douées de cet instinct, qui vivent natoreUement en société i l'état sauvage, seraient capables de devenir domestiques ; celles dont les individus vivent solitaires ne pourraient jamais être qu'apprivoisées. Toute la puissance de l'homme sur les individus des espèces sociables consisterait à entrer en quelque sorte dans leur société et à se faire reconnaître pour le chef du troupeau.

TJn grand nombre de faits particuliers et instructifs pour le philosophe sont épars dans tous les ouvrages de Fr. Cuvier, et malheureusement

difficiles i recueillir. Le résultat et le résnmé^ philosophiques de toutes ces observations et de tous ces écrits seraient une sorte de psychologie générale des animaux supérieurs.

Outre son grand ouvrage, VHUloire généraU det mammifires, Paris, 1818-1837, 70 livraisons in-l*, les écrits de Fr. Cuvier, jui se rapportent particulièrement à la question de l'instinct et de l'intelligence, sont : Obiervatùmt sur U chien de Ut NouveUe-Hollande, précédées de quelques réflexions sur Us FcicuUés morale$ det animaux, 1808, Annales du Muséum, vol. XI; — Deteription d'un orang^utang et observa' tion* sur ses facultés inleUectueUes, 1810. ibid., vol. XVI ; — Observations sur les faeûllà physiques et intellectuelles du phoque commun, 1811, ibid., vol. XVII; — Examen des observations de M. Dugald Stewart, qui tendent à détruire Vanalogie des phénomènes de Vinstinct avec ceux de ehabituae. 1829, Hémoires du Muséum, vol. X ; — delà Sociabilité des animaux, 1825, ibid., vol. XIII; — Essai sur la domesfteilé det mammifères, précédé de Considérations sur les divers états des animaux dans lesquds il nous est possible d'étudier leurs actions, 1835, ibid., vol. XIII ; — de l'Instinct des animaxtx, dans le Dictionnaire des sciences naturelles, vol. XXIII.

On peut consulter : Flourens, Éloge historique de Fr. Cuvier, dans les Hémoires de l'Académie des sciences, vol. XVIII; du même auteur, de l'Instinct et de l'inteiligénee de» animaux. Résumé des observations de Fr. Cuvier sur ce «wjet, Paris, 1845, in-18. A. L.

CTMI01JE (Écolr). Après la mort de Socrate, Antisthène réunit queiràes disciples dans le Cynosarge, gymnase d'Athènes, situé près du temple d'Hercule, et fréquenté par les citoyens de la dernière classe. Ces disciples s'appelèrent d'abord antisthéniens ; plus tard ils reçurent le nom de cyniques à cause du lieu de leurs réunions et surtout a cause de leurs habitudes beaucoup trop semblables i celles des chiens.

L'école cynique n'a, dans l'histoire de la science, qu'une importance secondaire. Plus libre, plus personnelle qu'aucune autre école, amie de la singularité jusqu'au fanatisme, elle n'a pas ce qui lait l'originalité véritable, un principe qui lui soit propre. Je passe sous silence la logique d'Antistnène, renouvelée de celle de Gorgias, logique toute négative, que les successeurs cr Antisthène n'ont pas même conservée (voy. Antis- THÈNB et DiooiNE). La morale des cyniques, c'est-i-dire leur doctrine entière, sur quoi repose-t-elleT sur ce principe que la vertu est le seul bien : principe assez peu nouveau même au temps d'Antisthène. Pythagore l'avait introduit dans son école, Socrate l'avait proclamé sur les places publiques, presque tous les socratiques l'acceptaient d'un commun accord. Le principe des cyniques est un principe d'emprunt ; mais ce qui leur est propre et ce que personne ne leur conteste, ce sont les conséquences qu'ils en tirent. La vertu est le seul bien, disent-ils; donc le plaisir est un mal; la beauté, les richesses, la santé, la naissance, tout ce qui n'est pas la veKu est pour le moins indifférent. La douleur est un bien véritable. Il faut aimer la douleur et la rechercher pour elle-même. La vertu est le seul bien, donc les arts, les sciences, la politesse, tontes les bienséances sont des superfluités condamnables; la civilisation ne fait qu amollir et corrompre les &mes : en toutes choses le mieux est d'en revenir i la simple nature, à la nature animale, parfait modèle de la nature humaine. Enfin, puisque la vertu est le seul bien, le sage jouit do tous les avantages possibles ; il se suffit i lui- .

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mime. Par suite, il ne fait rien pour ses semblables ; il trouve en lui-mime son but et sa règle, et abaisse les lois de l'Etat devant celles de la vertu et de la raison.

Cette révolte audacieuse contre la société, ce mépris de tout ce qu'elle estime, s'expliquent par les antécédents et la condition des principaux cyniques. Antistbène, pauvre et né d une mère tbrace, était exclu de toutes les fonctions publiques. Diogène, fils de faux-monnayeurs , fauxmonnayeur lui-même, avait été chassé de sa ville natale. Cratès était dinorme et contrefait. Maxime avait été le domestique d'un banquier. Hénippe était esclave. Disgraciés des hommes et de la fortnne, tous ces malheureux ne devaient-ils pas en appeler des lois de la société à celles de la nature, devant lesquelles pauvres et riches sont égaux? Durs et durement élevés, ne devaient-ils pas s'indigner contre la mollesse de leur siècle et fiùre de la volupté divinisée par une autre école (voy. Abistippe et École crtiinAlQUE) la source de tous les maux? Hais, en mime temps, au milieu d'une société élégante et polie, cet étroit rigorisme était à jamais frappé d'impuissance. Pendant le premier siècle de son existence, l'école cynique a eu trois chefs remarquables : Antisthène, Diogène. Cratès. Voici leur histoire : Antisthène, objet ae la risée publique, n'a laissé, en mourant, qu'un seul disciple. Diogène, le plus distingue des cyniques, n'est pour Platon qu'un Socrate en délire. Cratès a produit Zenon. Zenon a porté à la doctrine cynique un coup mortel. Il l'a rendue impossible en la tempérant. Après lui, l'école cynique se traîne sans gloire pendant un demi-siècle, et finit par disparaître. Au temps des empereurs, elle renaît à Rome, représentée par quelques hommes obscurs, esprits malades pour qui le stoïcisme est une faiblesse, et dont 1 austérité tout extérieure touche de près au charlatanisme. Durant tant de siècles, quelques traits de vertu, pas un ouvrage remarquable, pas un écrit que 1 on puisse citer.

Sur les cyniques en général, il faut consulter Diogène I.aêrce, liv. VI, ch. cm, les Histoires de Tennemann et de Ritter, et surtout les dissertations suivantes : Richteri, Dissert, de eynicis , in-4, Leipzig, 1701; — Heuschenii , Disput. de eynicis, in-4, Kel, 1703; — Joecheri, Progr. de cyntcw nulla re teneri volenttinu, in-4, Leipzig, 1743; — Mentzii, Progr. de cynismo nec philosophi> nechominedigno, in-4, ibid., 1744 ; — Delaunay, de Cynitmo ac prœcipue de Antisihene, Diogène et Cralete, in-4, Paris, 1831. — Pour la bibbographie de chacun des cyniques, voy. leurs noms. D. H.

CTB£NAlaUE(ËcoLB). Pendant qu'Antisthène s'établissait dans le Cynosarge, un autre disciple de Socrate fondait à Cyrène, colonie d'Afrique, une autre école aussi exclusive que l'école cynique et destinée à la contredire sur tous les points. L'histoire de l'école cyrénalqne se divise en deux périodes.

An commencement de la première, Aristippe, un ami de la volupté, un homme de cour, égare

Îiarmi les socratiques, enseigne que le plaisir est e seul bien, que le seul mal est la douleur, et se comporte en conséquence. Arété, sa fille, recueille cette doctrine et la transmet à son fils Aristippe le jeune, qui érige en système de morale les idées éparses de sa mère et de son aïeul (Aristote, Ap. Euseb. Prœp. ewmg., lib. XIV, c. xviii). Rien de plus facile à résumer que ce système : sa base est, comme toujours, dans la psychologie. L'esprit, dit-on, connaît les diverses modifications qu'il éprouve, mais non les causes de ces modifications. Par conséquent, la morale ne doit tenir compte que des divers états de no-

tre &me, c'est-à-dire de la peine et du plaisir. Or. relativement au plaisir et à la peine, il n'y a aucune seule règle possible, c'est de ' I un et d'éviter loutre. Hais les plaisir:

. a chercher ^ [aisirs sont de diverses espèces. Il y a les plaisirs des sens et les plaisirs de l'esprit : il faut préférer les plaisirs des sens. Il y a aussi le plaisir présent que la passion réclame et le plaisir éloigné que poursuit l'espérance : il faut préférer le plaisir présent. Cela est clair et positif.

Restent les conséquences : elles éclatent d'elles-mêmes pendant la seconde période. Théodore l'athée, disciple du second Aristippe, s'autorisant de ce principe, que nous connaissons nos sensations, mais non pas leurs causes, oblige le sage à se concentrer en lui-mime, traite de folies l'amitié et le patriotisme, nie l'existence du monde avec l'existence de Dieu, et arrive au plus grossier égolsme par un système complet d'indifférence morale et religieuse. Deux de ses disciples, Bion et Ëvhémère^ tournent ces doctrines contre la religion établie. Et, pour aller jusqu'au bout, Hégésias, étonné qii'un être fait pour le plaisir soit en proie à tant de misères, déclare que la vie n'a aucun prix, et prêche ouvertement le suicide. C'est en vain qn'Anniceris, le dernier des cyrénaïques, se révolte contre ces elTrayantes théories et sépare son école de celle d'Hégésias : pendant que, par une honorable inconséiquence, il parle de délicatesse et de vertu; pendant qu'il s eflbrce de réhabiliter toutes les nobles affections de l'âme, l'école cyrénaîque perd entre ses mains la seule originalité à laquelle elle puisse prétendre, et se confond désormais avec l'école épicurienne.

Ainsi, l'école de Cyrène, fondée, comme l'école cynique, dans les premières années du IV* siècle avant notre ère, disparait comme elle un siècle plus tard, lorsqu'une école nouvelle s'est emparée de ses principes et les a rendus plus applicables en les tempérant. Au fond, malgré le nombre des sectes dont elle est la mère,

restreinte. En un siècle elle no produit ni un seul grand ouvrage ni un seul grand homme ; elle n'attire guère à elle que des habitants de Cyrène, et sa doctrine, pendant trois générations, semble n'être qu une tradition de femUle. L'isolement de Cyrène. jetée entre les sables et la mer à l'extrême limite de la civilisation grecque, explique en partie cette impuissance ; mais la cause principale en est ailleurs : elle est dans la nature humaine, qui réprouve tous les excès, gui se rit de toutes les extravagances, aussi éloignée de l'abjection de la doctrine du plaisir que de la folie d'un rigorisme qui défend jusqu'à l'espérance.

Pour la bibliographie, voy. les noms des principaux cyrénaîques. D. H.

CTTHÉNAS, plus exactement appelé Saturnin Cylh&naa, fut, selon le témoignage de Diogène Laërce (liv. IX, ch. cxvi), le disciple de Sextus Empiricus, et suivit, comme son maître, l'école empirique. Nous ne savons rien de plus de sa vie et de ses opinions. X.

D Dans les termes mnémoniques par lesquels les logiciens désignent les différents modes du svlloeisme, cette consonne indique que tous les modes des trois autres figures, qui ont cette initiale, peuvent être ramenés au mode de la première qui comment», par la même consonne ; par exempfe que Darepti ou Disamis se ramènent au modeDarii. syllogisme.

DAB^riB^"^''''"® mnémonique de convention

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par lequel les logiciens désignaient on des modes indirects de la première des trois figures du syllogisme reconnues par Aristote. Voy. la Logique de Port-Royal. V partie, et l'article Syllogishe. DAI3ERO (Charles-Théodore prince de), né en 1144 à Hemsheim, près de Worms, est un personnage dont le nom appartient avant tout & l'histoire de l'Église et de fa politique, puisqu'il fat à la fois arcnevéque et prince primat de la confédération du Rhin. Son goût pour les lettres, ses relations avec Herder, Goethe, Wieland, Schiller, et quelques-uns de ses ouvrages lui assurent aussi une place honorable dans l'histoire de la littérature. Enfin il n'est pas resté étranger à l'étude de la philosophie, et la meilleure partie de ses écrits est consacrée i cette science. On cite de lui : Réflexion» aur l'univers, Francfort, 1777, six fois réimprimées jusqu'en 1821 ; — Pemies sur ladtant<^tnoraie,Erfurt. 1787; — Principes cCesthittque, Francfort, 1791 : — de la Conscience comme fondement général de la philosophie, Krfnrt, |1793. Ces ourrages ont été publies en allemand, bien que l'on rapporte que plusieurs ont été écrits en français. Ils ont eu peu d'influence en Allemagne, peut-être parce que leur auteur était justement suspect aux yeux de ses compatriotes. Le mouvement qui a depuis emporte la philosophie allemande a laissé bien loin derrière lui ces essais dont les critiques contemporains font à peine mention.

DAMASCËNE (saint Jean)^ né à Damas, en Syrie, a été l'un des plus illustres Pères de l'Eglise au vin* siècle. Il eut pour précepteur un religieux italien, nommé Cdme, que son père avait racheté de la captivité, et sous lequel il fit de rapides progrès. Ayant succédé i son père dans la charge de conseiller du calife, sa fidélité au christiamsme le fit bientét tomber dans la disgr&ce ; mais, quoique réintégré plus tard, il abandonna le monde, donna la liberté i, ses esclaves, distribua ses biens aux pauvres, et se retira dans la lanre de Saint-Sabas avec un autre disciple de Côme. Il se soumit à la volonté du patriarche de Jérusalem, qui lui ordonna de recevoir la prêtrise ; et bientôt après, ayant pris la plume pour défendre le culte des images, il visita Constantinople, dans l'espérance d'y trouver la couronne du martyre. Ce désir n'ayant point été satisfait, il retourna dans sa solitude, où il mourut vers la fin du vni* siècle.

Les ouvrages de saint Jean Damascène ne sont pas exclusivement théologiques. Plusieurs sont consacrés i la philosophie, et, dans ceux même qui traitent des questions principales de la foi chrétienne, de nombreux passages font connaître les doctrines philosophiques de ce Père.

Il reconnaît que les Gentils ont cru en Dieu, et que la Providence elle-même a pris soin d'en déposer la connaissance dans nos esprits. Il s'appuie surtout, pour démontrer la réalité du principe suprême, sur la nécessité d'une cause première, créatrice et conservatrice de l'univers \Orlh. fid., lib. 1, c. m). Il démontre ensuite l'unité de Dieu par sa pe.-luction, qui ne saurait appartenir à plusieurs êtres à la fois {Ib., c. v). II cherche aussi, dans la nature, des témoignages de l'existence du Verbe divin, et les trouve surtout^ comme saint Augustin avant lui, dans des similitudes Urées de notre constitution iniellectuelle ; il reconnaît néanmoins que, quand il s'agit de l'essence divine, toutes ces compa-

Dieu (Ib., c. xyi). Quant aux attribnU divins. Il les énnmère, les décrit en peu de moU, et n'en apporte guère O^ntres preuves que la perfec-

tion divine qu'ils constituent (/&., c. xix). n est, sur la nature du temps, moins explicite encore que sur celle de l'espace; ce qu'il en dit, on plutêt ce qu'il dit du mot siècle, souvent usité dans l'Écriture, se borne à la défiîiition des sens divers dans lesquels ce mot est employé, aoit dans la Bible, soit dans les écrivains ecclésiastiques (/6., lib. II, c. i). Il attribue la création i un acte libre de la bonté de Dieu, dont l'amour ne pouvait se contenter de la contemplation de lui-même et de lui seul {Ib., c. n).

Une partie du second livre du traité de la Foi orthodoxe comprend une sorte de psychologie de la sensibilité, de l'intelligence et de la volonté. Les passions y sont énumérées dans une classification très-incomplète et tout i fait arbitraire, qui n'a rien d'ailleurs d'original, et rappelle des écrivains antérieurs et des doctrines antiques. Quelques détails sur les sens et leurs propriétés ne présentent rien de neuf, et n'ont

fioint de portée. Les facultés qu'il reconnaît dans 'intelligence sont la pensée et la mémoire. Il distingue la parole interne, qui n'est autre chose que la pensée, de la parole externe et articulée, distinction qui ne lui fournit aucune considération de quelque importance. Il n'y a pas plus de profit à tirer de ses définitions de la passion. de l'action et de la volonté (Ib., c. zni-xxn). Il définit avec raison la Providence : la volonté divine par laquelle toute» chote» sont sagement et harmoniquement gouvernée» {Ib., c. xxn). La prescience étant la condition nécessaire de la Providence, il en cherche l'accord avec le libre arbitre. Dans ce but, il distingue les choses que Dieu prévoit et fait, de celles qu'il prévoit seulement. C'est parmi ces dernières que se rangent les actes humains. Cette distinction, comme on sait, ne résout pas complètement la difficulté; mais on voit facilement que ce Père n'a pas sdiordé la question dans toute son étendne, telle qu'elle est posée par saint Paul {Èpit. aux Philipp., ch. Il, f. 13), telle qu'elle avait été développée par saint Augustin, et telle qu'elle le fut C' is tard par les thomistes, par Descartes et par lebranche.

Dans son traité de la Dialeeti^ue on de ia Logique, il donne plusieurs définitions de la philosophie, dont la meilleure est celle-ci : « La Philosophie est la connaissance des choses qui sont, en tant qu'elles sont, c'est-A-dire de leur nature. • Dans cet opuscule, il définit successivement l'état, la substance, l'accident, le genre, l'espèce, conformément aux traditions de la philosophie péripatéticienne. Il modifie cependant le sens de ces mots, toutes les fois qu'ils ne se prêtent pas assez i l'exposition de la foi orthodoxe : la théologie préludait ainsi aux subtilités de la scolastiqne. Il emprunte à Aristote ses catégories, qu'il explique avec quelque développement, et suit Por- Shyre pour les genres et les espèces. Les mêmes énnitions se reproduisent dans son opuscule sur les Institutions premOreê^ et sa Phwnque n'est autre chose que l'exposition de quelques principes empruntés à celle d' Aristote.

Dans son Dialogue contre les Manichéen», il réfute le dualisme du bien et du mal, admis tous deux comme principes absolus, à l'aide de la doctrine adoptée, avant et après lui, par les écrivains ecclésiastiques, qui considèrent le mal comme n'existant pas en lui-même, mais seulement en vertu de rapports faux, créés par l'homme. Il soutient donc que toutes choses sont bonnes, mais qu'elles peuvent devenir mauvaises par l'usage que nous en faisons.

On voit, par ce rapide exposé, que la philosophie de saint Jean Damascène n'a rien d'original. Elle se retrouve presque tout entière dans

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la philosophie grecque, principalement dans la philosophie péripatéticienne, modifiée par qnelques-uns des Pères ses prédécesseurs: mais elle est loin de montrer, dans ses écrits, la richesse de développement et la finesse d'aperçus qai la distinguent dans saint Augustin. Saint Jean Damascène fut célèbre, parmi ses contemporains, par sa vie solitaire et sa lutte contre les iconoclastes. La gloire que méritèrent sa piété et sa constance dans la foi a pu rejaillir sur ses écrits, sans que la critique moderne soit obligée de ratifier un jugement trop favorable.

II y a plusieurs éditions des œuvres de saint Jean Damascène. Les principales sont celles de Jac^es de Billy, abbé de Saint-Hicbel en l'Erm, Varia, 1619. Cette édition ne contient guère que les traductions latines des différents ouvrages de ce Père. Trois ont été données à B&le par Marc Hopper, en 1548, lôb9 et 157à; la dernière est bMucoup plus ample que les précédentes. Enfin la meilleure et ta pins nouvelle est celle du P. Lequien, Paris, 1112, chez I.-Bu>t. Delespine, 2 vol. in-f . H. B.

DAMASCnJS DE Damas, philosophe alexandrin du VI' siècle, a été compté mal à propos au nombre des stoïciens par Suitlas, suivi en cela par Fabricius. Il étudia d'abora à Alexandrie, sous Théon et Ammonius, fils d'Hermias; puis il se rendit à Athènes, on Zénodote lui apprit les mathématiques, et Marinus la philosophie. Mais ce qui le forma surtout à la dialectique, ce furent les entretiens et les leçons d'Isidore. Une étroite amitié se forma dès lors entre Isidore et Damascius; et lorsque le premier, pour se rendre à Alexandrie, abandonna cette chaire d'Athènes illustrée par les Plutarque, les Syrien et les Proclus^ ce fut Damascius qui lui succéda. 11 fut le dernier anneau de cette chaîne glorieuse ; car le décret de Justinien qui ferma l'école d'Athènes mit bientôt fin à ses leçons, et le contraignit de chercher hors de l'empire un lien on la philosophie pût respirer. Il se rendit auprès de Chosroes, avec Simplicins et les derniers débris de l'école de Plotin. et n'y trouva qu'un esclavage plus dur. Rentré dans le monde romain avec ses amis découragés, on croit qu'il se réfugia dans Alexandrie, ou subsistaient encore quelques traces des étndes philosophiques, et qu il y mourut obscurément. Ses principaux ouvrages sont des Commentaires sur divers dialogues de Platon, une Biographie des Philosophes, dont il nous reste des fragments où il est sans cesse question d'Isidore, et enfin des Problèmes et solutions sur les principes des choses, dont on a également retrouvé quelques lambeaux. Photius parle avec mépris de Damascius, dont les écrits, ailril, sont remplis de fables puériles, et d'attaques aégnisées, mais perfides, contre la religion chrétienne. S'il s'agit bien de notre Damascius, dans ce passage de Photius, on peut dire du moins que ce jugement est d'une témérité excessive ; car les seules traces qui nous soient restées de sa doctrine indiquent un esprit pénétrant, et capable d'imprimer à son école une direction nouvelle. On sait la double origine de la spéculation aleiandrine; Plotin et ses successeurs suivaient Platon diuis son ascension dialectique, et arrivaient. sinon avec lui, du moins par sa méthode, à l'unité des éléates ; mais une fois parvenus à cette hauteur, au lieu de se perdre dans l'absolu comme les éléates et de nier le relatif faute de pouvoir l'expliquer, ils acceptaient, au contraire, les données de rex[>érience, et mettaient tous leurs soins à concilier les résultats opposés de ces deux méthodes, c'est-à-dire le Dieu puibsant et intelligent, auquel le spectacle du monde nous oonduit, et 1« Dieu absolu, supérieur & l'intel-

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ligence et à l'être, qne nous donne la dialectique. Cette conciliation s opérait, dans l'école d'Alexandrie, an moyen de la théorie des hypostases, qui sauvait l'unité de Dieu pair l'unité substantielle du principe, et la pluralité des points de vue par la frinite. On avait même poussé si loin l'abus de ces divisions inintelligibles, que Plotin et Porphyre n'admettaient pas seulement une Trinité, mais une Ennéade. La solution proposée par Damascius fut toute différente. Il repoussa cette supposition d'une pluralité bypostatique qm n'altère pas l'unité substantielle; il laissa tout entière l'unité absolue de Dieu^ qui le rend incompréhensible et ineSahIe; mais il soutint que, si nous ne connaissons pas sa nature, nous connaissons du moins son gouvernement, et son efficace par rapport au monde et à nous-mêmes.

Selon lui, nous savons clairement que Dien est et qu'il est infini, et nous savons ce que c'est qu'être infini^ sans pour cela comprendre les attributs de l'infinité. Par l'idée que nous avons spéculativement de Dieu, Dien est infini et incompréhensible ; par les preuves que nons avons de la Providence, Dieu est bon, intelligent, puissant. Ce n'est pas que nous arrivions par cette voie détournée à comprendre Dieu ; mais nous jugeons, par les eff'ets de sa puissance, qu'il n'y a rien en lui qui ressemble à la négation de l'intelligence, de la bonté, de la puissani;e. Nous lui donnons ces attributs, parce qu'ils expriment ce que nous connaissons de plus parfait après lui, avec cette réserve qu'il ne les possède pas sous la forme que nous connaissons. Damascius, en parlant ainsi, était tout près de pénétrer le mystère qui a tant troublé cette école, et de rendre au dieu mystique des alexandrins, à ce dieu qui n'est pas 1 Être, le vrai caractère do Dieu de la raison, c'est-à-dire de l'Être absolu, incommunicable, sans mesure commune avec l'être que nous sommes; mais cette spéculation incomplète et inachevée resta sans écho dans une école qui n'avait plus de souffle, et dont Proclus avait clos sans retour les brillantes destinées. Le livre des Problèmes a été publié en partie par J. Kopp, Francfort, 1826, in-8. Consultez ¥ Histoire critique de l'école d'Alexandrie, par M. Vacherot, Paris, 1846-50, 3 vol. in-8. et l'Histoire d^ Alexandrie, par M. /. Simon, Paris, 1845, 2 vol. in-8.

DAMŒSr (Pierre], né à Ravenne, dans les premières années du xii* siècle, quitta le monde, jeune encore, pour entrer au monastère de Fontavellana. dont il fut élu abbé en 1041. Les services qu'il avait rendus au Saint-Siège dans plusieurs occasions importantes, ayant décidé le pape Etienne IX à le nommer, en 1057, cardinal et évêque d'Ostie, il n'accepta ces hautes dignités que pour les résigner peu d'années après. Malgré son penchant pour la solitude, il fut encore appelé à remplir les fonctions de légat en France, en Allemagne et en Italie. Il est mort à Faenza, le 32 février 1072.

Pierre Oamien n'a émis dans ses nombreux ouvrages aucune opinion qui lui soit propre. Théologien orthodoxe, il reproduit fidèlement la doctrine de l'Église, et craindrait de l'altérer en cherchant à l'approrondir. Il n'était pas étranger à la connaissance de l'antiquité; mais il n'a aucune sympathie pour ses écrivains II veut ne recourir, selon ses termes, ni aux sources de l'éloquence cicéronienne, ni à la science de Platon et de Pythagore, mais suivre les sentiers frayés par la divine sagesse (0pp., t. 111, p. 97, édit. de Paris). Ailleurs, il gourmande les moines qui étudient les règles de Donat de préférence à la règle de saint Benoit (/6., p. 130). Comme il est ordinaire, cette rigueur envers

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