BANI
l'antiquité s'allia chez Pierre Oamicn à des tendances hostiles à la philosophie. Il ne conteste pas qu'elle ne donne de la force à l'esprit dans fa méditation des saints mystères, mais il l'estime peu; il aurait du penchant a la proscrire, et il la subordonne entièrement à la théologie (/6., p. 271). En un mot, Pierre Damien est un écrivain plus prudent qu'original, dont les ouvrages solides et sensés ont joui au moyen 4ge d'une juste célébrité, mais qui n'a exercé aucune influence notible sur la marche des idées.
Les œuvres de Pierre Damien ont été recueillies, sous le pontificat du pape Clément VU, par le cardinal Constantin Cajélan, Rome, 1606-1613, en trois volumesin-f", réiinprimésà Lyon en 1623. Le premier volume contient cent cinquante-huit lettres, divisées en huit livres: le second, soixantequinze sermons ou biographies; le troisième, divers opuscules sur le dogme, la discipline et la morale,an nombre de soixante. Cajélan ajouta, en 1640, un quatrième volume rcnrermant des prières, des hymnes, etc. Cette édition a servi de base à celles de Paris, in-f*. 4 vol., 1642 et 1663. Consultez Dupin, Bmiolhique de» auteurs eceUsiaaliques du xi' siècle; — Oudin, de Scriptoribus ecclesiaslicis, t. II, p. 668; — Histoire littéraire de France, t. VIII. C. J.
DAMIRON (Jean-Philibert), né en 1794 à Belleville (RhC'ne), élève de Cousin, condisciple et ami de Jouflroy, est l'un des plus honorables représentants dd spiritualisme au xix* siècle. Sa vie tout entière^ dévouée à l'accomplissement du devoir, peut s'ccrirc en deux lignes. Admis à l'Ëcole normale en 1813, après quelques années passées en province, il revint à Paris professer la
K" ilosophie aux collèges Bourbon, Charlemagne, nis-le-Grand, à l'Eiole normale, et enfin à la Sorbonne. Cette existence paisible ne fut troublée qu'un moment ; la mort de JoulTroy lui eausa une vive douleur, et le devoir qui lui fut imposé de publier ses Nouveaux mélanges philosophiques souleva contre lui des récriminations passionnées qui durent bien étonner le meilleur des hommes. Mais,i purt ce petit orage, il n'eut qu'à se louer de sa destinée et des hommes. Il mourut en 1862, entouré d'amis et de disciples, en possession d'une renommée modeste, mais durable, et surtout environné d'un respect que des génies d'un ordre supérieur n'ont pas obtenu au mémo degré. C'estun de ces hommes qui servent de témoignage i une doctrine, ou tout au moins la font aimer en montrant combien elle les rend vertueux et bienveillants. Les mérites de l'esprit n'étaient pas chez Damiron inférieurs à ceux du caractère ; ses ouvrages ne renferment sans doute aucune de ces conceptions originales qui donnent la gloire ; mais ils ne manquent pourtant pas de vues neuves et d'heureuses observations. Ce qui lui donne un rang à part, quoique un peu secondaire, dans l'école de M. Cousin, c'est qu'il en est le moraliste et pour ainsi dire le prédicateur. En toute chose c'est la gaestion morale qui l'intéresse: c'est elle qui ■ inspire ses travaux, il ne la perd pas de vue, et entend qu'on le sache bien, dùt-il le répéter un peu trop souvent. Cette religion du devoir lui sert de principe de critique dans ses ouvrages historiques : Essais sur l'histoire de la philosophie en France au xvii* sifcle, Paris, 1846, — ou xviii' siècle, Paris, 1862, — au xix* siècle, Paris, 1834. Un système qui ne peut se concilier avec la loi au beau, à Dieu, et à la vie future, Mt pour H. Damiron une erreur: et prouver qu'il contredit ces croyances, c'est a peu près le réduire à l'absurde. Tel est encore le caractère dominant do son seul ouvrage dogmatique, le Cour» Ue philosophie, Pari», 1842. Certes,
H. Damiron a comme toute son école le sentiment de l'importance de la psychologie , mais il estime qu'elle est un moyen pour nous apprendre notre destinée et pour nous dicter nos devoirs; la logique elle-même n'est pas soustraite à cette subordination, et la méthode n'est guère qu'une bonne habitude, c'est-à-dire une vertu de l'intelligence, pour laquelle le vrai est le bien. Il faut dire à ceux qui ne le savent pas, que ce cours de philosophie est un des meilleurs livres du temps : il abonde en idées qu'on appellerait hardies, si elles étaient annoncées avec iracas, et qui ont para neuves à ceux qui les ont reproduites sans en indiquer l'origine. M. Damiron a donné plusieurs articles au Dictionnairedea sciences philosophiques. On peut consulter Damiron dans le livre qu'il a publié sous le titre : Dix ans d'enseignement, Paris. 18ô9, in-8. et l'article que lui a consacré M. Ad. Franck, dans le» Moraliste» et Philosophes, in-8, Paris, 1872.
DANIEL (Gabriel), né i Rouen, en 1649, entra au noviciat des Jésuites de Pans en 1667, fut successivement professeur de théologie à Rennes, bibliothécaire de la maison professe de Paris, et obtint de Louis XIV, avec le titre d'historiographe de France, une pension do 2000 livres dont u jonit jusqu'à sa mort, arrivée en 1718. Le P. Daniel est connu principalement par son Histoire dt France; mais il s'est fait aussi un nom comme théologien et comme philosophe, ou du moins comme adversaire de la philosophie cartésienne, à laquelle son ordre avait déclaré une guerre d'extermination. Les ouvrages qu'il a écrits en cette dernière qualité, les seuls, par conséquent, dont nous ayons à nous occuper ici, sont : le Vo]jage du mande de Descartes, et le Traité métaf'hysique de la nature du mouvement, le premier publié en 1690. le second en 1724, et contenus l'un et l'autre dans le premier volame du recueil de tous les ouvrages philosophiques et théologiques du P. Daniel (3 vol. in-4, Paris, 1724).
Le Koya^e du monde de Descarte» est plutôt une satire qu'un traité de philosophie, mais une satire agréablement écrite et aussi bienveillante que l'esprit des Jésuites et le but même de leur institution pouvaient le permettre. Si le cartésianisme et la philosophie en général y sont traités avec le plus profond dédain et une légèreté qui n'exclut point les insinuations perfides, ni les plus odieuses prétentions sur la liberté de l'esprit humain, du moins le génie de Descartes et même son caractère y sont-ils respectés en apparence ; du moins, n'a-t-on pas eu la folie de dissimuler l'immense influence que ce philosophe a exercée sur son siècle. S'appuyant sur ce principe cartésien que l'essence de l'âme consiste tout entière dans la pensée, et que la vie et les mouvements du corps sont régis exclusivement par des lois mécaniques, l'auteursupposequeDescartes n'est pas mort; mais qu'ayant eu coutume de se servir de son corps à peu près comme on fait de sa maison, d'en sortir et d'y rentrer à volonté, de le laisser sur la terre plein de vie, tandis qu'il se promenait, pur esprit, dans les régions les plus élevées de l'univers, il lui arriva un accident semblable à celui que la tradition raconte d'Hermotime de Clazomène. Un jour que cette séparation se prolongeait au delà du terme ordinaire, le mcdctin suédois attaché à la personne de Descartes, ne trouvant à la pla.e du philosophe qu'un corps s^ns àuie, c'està-dire sans raison, le crut atteint de délire, et voulant le rendre a la santé, le tua. L'àme^ à son retour, se voyant privée de son asile ici-bas, alla fixer sa demeure dans le troisième ciel,