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toarbilloDS, qoi, pendant longtemps, a régaé en souveraine dans la science. Quoique détrônée aujourd'hui et remplacée par d'autres hypothèses, elle est bien loin de mériter le ridicule qu'ont tenté de jeter sur elle, par un esprit d'aveugle réaction, la plupart des philosophes du ivni' siècle.
Nous ne pouvons mieux faire que de rapporter le remarquable jugement qu'en porte d'Alembert, dont le témoignage ne peut être suspecté de partialité en faveur de la philosophie cartésienne. « On voit partout, dit-il en parlant de Descartes (Préface de l'Encyclopédie), même dans ses ouvrages les moins lus m^ntenant, briller le génie inventeur. Si on juge sans partialité ces tourbillons devenus aujourd'hui presque ridicules, on conviendra, j'ose le dire, qu'on ne pouvait alors imaginer mieux. Les observations astronomiques qui ont servi à les détruire étaient encore imparfaites on peu constatées, rien n'était plus naturel que de supposer un fluide qui transportât les planètes. Il n y avait qu'une longue suite de phénomènes, de raisonnements, de calculs et, par conséquent, une longue suite d'années, qm pût faire renoncer à une théorie aussi séduisante. Elle avait d'ailleurs l'avantage singulier de rendre compte de la gravitation des corps par la force centrifuge du tourbillon même, et je ne crains pas d'avancer que cette explication de la pesanteur est une des plus belles, des plus ingénieuses hypothèses que la philosophie ait jamais imaginées. Aussi a-t-il fallu, pour l'abandonner, que les physiciens aient été entraînés comme maleré eux et par des expériences faites longtemps après. Reconnaissons donc que Descartes, forcé de créer une physique toute nouvelle, n'a pu la créer meilleure, et que s'il s'est trompé sur les lois du mouvement, il a du moins deviné qu'il devait V en avoir.» L'hypothèse des tourbillons renferme l'idée mère de I attraction newtonienne, elle en est l'antécédent. Jamais peut-être Newton n'aurait conjecturé qne la même loi d'attraction devait s'appliquer au corps qui tombe à la surface de la terre et à l'astre qui accomplit sa révolution, si Descartes, avant lui, n'avait soupçonné que tous les phénomènes de l'univers physique s'accomplissent en vertu des lois générales du mouvement. L'hypothèse de l'attraction a trop fait oublier l'hypothèse des tourbillons; cependant elles se tiennent de beaucoup plus près que d'ordinaire on ne se l'imagine : toutes deux partent du même principe, toutes deux envisagent l'univers sous le même point de vue. Pour Newton, comme pour Descartes, le problème de l'univers est un problème de mécanique. Il était peut-être plus difficile de déterminer la vraie nature du problème du monde, que de le résoudre, sa nature étant déterminée. Or cette gloire revient tout entière & Descartes, puisque c'est lui qui le premier a eu l'idée que tous les mondes étaient assujettis aux lois générales de la mécanique. Par cette idée, il a préparé Newton, il a peut-être plus fait que Newton. La physique contemporaine semble d'ailleurs revenir à certains principes de la physique de Descartes.
Quelle part de vérité et d'erreur renferme cette grande philosophie? La part de vérité l'emporte infiniment sur la part de l'erreur. Par où elle a le plus péché, c'est par l'exagération d'une pensée incontestablement vraie, a savoir de la dépendance des créatures à l'égard du Créateur, et de la nécessité où elles sont, pour continuer d'être, de lui emprunter continuellement leur raison d être. De là la création continuée, de là la tendance à âter la causalité et la force aux substances créées pour attribuer exclusivement i Dieu toute activité efficiente ; de là enfin la
pente anx causes occasionnelles et ces semences de panthéisme signalées par Leibniz.
Ce qu'il v a de vrai dans le cartésianisme, c'est d'abord la méthode, fin effet, Descartes a reconnu et fait définitivement triompher le vrai
ftrincipe de la certitude, à savoir l^vidence on 'autorité de la raison, en constatant immédiatement cette évidence dans l'irrésistible autorité du témoignage de la conscience, qu'il oppose comme une invincible barrière à tous les efmrts du scepticisme. Il a placé le point de départ de la philosophie dans le retour de la pensée sur elle-même ; il a profondément distingué ce qui appartient à l'&me de ce qui appartient au corps, ainsi que la méthode propre à étudier la pensée et la méthode propre à étudier les organes. Il a mis hors de doute cette vérité profonde : l'tûne se conçoit mieux que le corps.
Mais ce n'est pas seulement par la méthode philosophique que Descartes a bien mérité de la philosophie moderne ; il y a aussi déposé de» résultats de la plus haute importance et d'une incontestable vérité. Ainsi, il a constaté dans l'intelligence l'existence d'idées qui ne viennent ni des sens, ni de notre activité intellectuelle; il a repoussé d'une manière triomphante tous les arguments que les philosophes sensualistes de son temps, tels que Hobbes et Gassendi, ont dirigés contre l'existence de ces idées. Il a particulièrement mis en lumière l'idée de l'infini ; il en a établi la valeur objective, et a fondé sur elle la vraie preuve de l'existence de Dieu. Enfin, si Descartes s'est trompé en définissant par une création continuée ce concours de Dieu nécessaire à l'existence et à la conservation de toutes les créatures, du moins il a on le sentiment et l'idée de la nécessité de ce concours. Il a vu que ce qui n'existe pas psir soi ne peut continuer d'être qu'à la condition de s'appuyer continuellement sur ce qui existe par soi, et il a établi la nécessité d'une participation continue des crà^tures avec le Créateur. Le cartésianisme tout eimer est pénétré de ce sentiment et de cette idée, qui, sous une forme ou sous une autre, se retrouvent dans tous les grands systèmes de philosophie.
Il faut consulter, pour la biographie, la Vie de Deaeartes, par Baillet, 2 vol. in-4, Paris, 1691.
Les principaux ouvrages de Descartes, dans l'ordre de leur apparition, sont : le Discours de la Méthode, etc., publié à Leyde en 1637 ; — Jtfeditaiiones de pnma philosophia in gu^ni» Dei earistentia et animœ immortalitas demonstrantur, in-4, Amst., 1644. Cet ouvrage a été traduit et publie en français par le duc de Luynes, sous le titre de Méditations métaphysiques de René Descartes, touchant la première philosophie, in-4, Paris, 1647; — Principia philosophiœ, in-4, Amst., 1644. Cet ouvrage a été aussi traduit en français par un de ses amis, Claude Picot, in-4, Paris, 1647; — (es Passions de l'âme, publiées en français, in-8, Amst., 1649. — Apres la mq^t de Descartes furent publiés, par les soins de Clerselier et de Rehaut : le Monde de Descarte», ou le Traité de la lumière, in-12. Paris, 1664 ; — le Traité de l'homme et de la formation du fœtus, in4, ib., 1664 : —les Lettres de Bené Descartes, i\ol. in-4,ib., 1657-1667. — Les principales éditions des Œuvres complètes de Descartes sont : Opéra omnia, 8 vol. in-4, Amst., 1670-168.3; — Opéra omnm, 9 vol. in-4, ib., 1692- 1701 ; — Œuvres complètes de Descartes, 9 vol. in-12, Paris. 1724; — Œuvres complètes de Descartes, publiées par Victor Cousin, Il vol. in-8, ib., 1824-1826; — Œuvres philosophiques de Descartes, 4 vol. in-8, ib., 1835, publiées par M. Ad. Garnier, avec une biographie de Descartes et une analyse dé tous ses ouvrages; — Œuvres
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dt Detcartet, Bibliothèque philosophique de Charpentier, 1 vol. gr. in-18, io.. 1843. contenant le ZHseours de la Méthode, les Méditations, le Traité de» passions, avec une introduction par H. J. Simon. Histoire de la philosophie earté-
s Desilupartdesonvrages déjà cités & l'article CARTésuntsuE. F. B. DESCHAMFS (Léger-Marie), né à Poitiers en
dans sa confrérie, et y jouit de l'estime de ses confrères : en 1765 il fut nommé procureur du
Srieuré de Montreuil-Bellay, en Poitou. Il publia eux petits livres, qui sont restés très-oubliés : Lettres sur l'esprit du siècle, Londres, 1769; — la Voix de la raison contre la raison au temps, Bruielles, 1770. Il mourut en 1774. On avait accordé jusqu'ici peu d'attention à ce personnage auquel cependant il est fait pins d'une allusion dans les livres du temps : on pouvait soupçonner seulement qu'il avait été matérialiste et athée. II. T. Beanssire a retrouvé i Poitiers un manuscrit considérable qui le révèle comme une figure très-originale ; et il a pu, en consultant les archives de la famille Vover d'Argenson, à laquelle Deschamps avait été très-attaché, retrouver une volumineuse correspondance avec J. J. Rousseau, Voltaire, Helvetius, d'Alembert, Moncref, Voyer d'Argenson et d'autres hommes célèbres. Dom Deschamps lui est apparu comme le précurseur de l'hégélianisme, poussant déjà & l'extrême les conséquences de cette doctrine et en tirant le socialisme le plus communiste. Ce prêtre athée, restant attaché de bonne foi aux pratiques extérieures du culte, défendant même la religion contre les attaques de la philosophie, expose avec une sérénité parfaite et non sans exprimer l'espérance de gagner à ses théories les théologiens et les savants, les thèses d'un panthéisme matérialiste qui n'alarme pas un moment sa conscience. LeaLettressurrespritdusiiclesontcommela préface du système: c'est une véhémente sortie contre la philosophie régnante, an besoin il emploierait sans scrupule contre elle les procédés sommaires de l'inquisition, sons prétexte qu'on peut détruire ceux qui détruisent la vérité. Le réquisitoire est en apparence prononcé en faveur de la religion, mais en réalité il est destiné à déblayer le terrain pour la vraie philosophie. Dans la Voix de la raison, etc., Dom Deschamps foit un pas de plus ; il laisse entrevoir son principe comme une hypothèse, que la philosophie doit prouver^ si elle veut venir à bout de la reli-
g'on ; mais comme elle ne la prouve pas, elle isse dans leur égale nécessité en face l'une de l'autre, la religion et l'irréligion. Le théisme n'a jamais démontré l'existence de Dieu : tous les arguments qu'il répète sont fondés sur l'existence de la loi morale et d'une sanction ; mais les idées morales sont elles-mêmes créées par la loi : « C'est par la loi que nous sommes sous la loi. • Elles ne valent donc qu'autant qu'elle, et on ne peut se fonder sur elfes pour en conclure leur principe. En fait, si les hommes pouvaient revemr au régime de l'égalité absolue, « un athéisme éclaire • serait la nouvelle philosophie. Le grand ouvrage qui devait faire suite a ces essais est intitulé : m Vérité ou le vrai système. C'est un traité de métaphysique qui commence par un éloge de cette science alors si décriée. Puis 1 auteur donne en quatre thèses • le précis du mot de l'énigme métaphysique. I. Le tout universel est un être qui existe, c'est le fond dont tons les êtres sensioles sont des nuances.