DIST
DION, surnommé ChrysosiomeouBouehed'or, naquit vers le milieu du i" siècle, à Pruse dans la Bithynie, d'une famille considérable. Il cultiva d'abord l'art oratoire, tel qu'on le comprenait alors, c'est-à-dire la rhétorique des sophistes; puis, ayant pris goût pour l'étude de la philosophie, il s'attacha & l'école stoïcienne, dont il adopta sans restriction tous les principes. Hais sa manière de vivre et sa conduite extérieure auraient pu le faire passer pour un disciple d'Antisthène. Ainsi, au lieu du manteau des philosophes, il portait habituellement une peau de lion et s'élevait contre la corruption de son temps d'une manière plus propre à irriter les esprits qu'à les ramener au bien. Un de ses amis ayant été enveloppé dans une conspiration contre la vie de Domitien et condamne à mort, Dion craignit pour lui-même et se réfugia dans le pays des Gètes, où il vécut longtemps ignoré, travaillant de ses mains et n'ayant d autres livres que le Phédon et le discours de Démosthène sur l'Ambousade. Après la mort de Domitien, il retourna à Rome, où il vécut quelque temps en très-grande faveur auprès de Néron et de Trajan; puis il retourna dans sa patrie, et y mourut dans un &ge fort avancé. On a conservé de lui quatre-vingts discours qui ne témoignent pas seulement de sa fécondité et quelquefois de son goût, mais aussi de ses connaissances et de son esprit philosophiques. Ils furent publiés pour la première fois a Venise, en 1551, in-8;puis d'autres éditions en ont paru, à Paris, in-f", 1604, et à Leipzig, 2 vol. in-8, 1184. On trouve dans le II* vol. des Vies des orateurs grec», par de Bréquigny (2 vol. in-12, Paris, 1742). une Vie de Dion Cbrysostome et la traduction de plusieurs de ses discours. Consultez encore : L. Etienne, Dio philosophut, Paris, 1849, in-8; — Martha, Dionis philotophantit effigies, Paris, 18â4, in-8, et du même auteur, là Moralisles sou» l'empire romain, Paris, 1864, in-8. X.
DIONTBOSORE DE Cbios, frère d'Euthydème, qui a donné son nom à un dialogue de Platon, ou ils sont tous deux mis en scène et représentés comme des sophistes de l'espèce la plus frivole. Tout ce que nous savons, ou plutôt toutes les conjectures qu'on a faites sur Dionysodore, s'appliquant aussi à Enthydème, nous renvoyons le lecteur i. ce dernier nom. X.
DI8AUIS. Terme mnémoniqtie de convention par leguel les logiciens désignaient un mode de la troisième figure du syllogisme. Voy. la Logique de Port-Royal, 3* partie, et l'article Sil-
UMISIfB.
DISJONCTION (Argument sisjonctip), (dislungere, disjoindre, séparer). On appelle disjonction ou proposition disjonctive une proposition dans laquelle on rapporte i. un sujet, comme attributs possibles, plusieurs déterminations qui s'excluent réciproquement; ainsi : Les animaux sont ou raisonnables o« privés de raison. Et on appelle argument di^onclif celui dont la majeure est une propasition disjonctive, comme : 11 est nécessaire que le vice soit puni dans cette vie on dans une autre; or, il n'est pas toujours puni dans cette vie; donc, il y a nécessairement une autre vie où il sera puni.
Les attributs rapportés au sujet dans la majeure s'excluant réciproquement, il s'ensuit que si, dans la mineure, on affirme du sujet un de ces attributs, les autres doivent en être niés dans la conclusion, et que si la mineure nie tous les attributs sauf un seul, la conclusion doit affirmer celui-ci. En d'autres termes, si la mineure est affirmative, la conclusion est négative, et si la mineure est négative^ la conclusion est affirmative; ce qui est particulier i cette sorte d'argu-
ment, et tient i la nature de la disjonction. Uais il convient de remarquer que la négation et l'affirmation s'entendent ici des attributs, non de la qualité des propositions.
Ce qu'il faut principalement observer dans l'emploi de cet argument, c'est la parfaite opposition des attributs dans la proposition disjonctive; ce qui n'a lieu rigoureusement que quand cette proposition présente deux attributs contradictoires. Dans les antres cas, il faut donner & la disjonction autant d'attributs qu'il y en a de possibles, avoir soin qu'ils soient bien distincts et qu'ils ne rentrent pas les uns dans les autres, et examiner s'ils ne peuvent pas être attribués tous ou plusieurs en même temps. Ainsi, dans l'exemple si souvent cité : On ne peut gouverner les hommes que par la force ou par la raison : or, il ne convient pas d'employer la force, qui est un moyen trop peu durable et trop peu digne de l'homme ; donc, il faut gouverner par la raison; il pourrait être vrai de dire que, pour gouverner les hommes, il faut unir la force à la raison. Hais, quelque complète que soit l'énumération des attributs qui s'excluent, comme rien n'indique nécessairement que cette énumération est complète, il en résulte que, dans ce cas, cet argument, n'ayant rien de nécessaire, est plutôt un argument probable qu'un argument démonstratif. Il est d'ailleurs bien rare que l'énumération disjonctive soit complète; on entrevoit quelques attributs, et l'on croit avoir tout examiné. De là vient que • les fausses disjonctions sont, comme le dit Port-Royal [Logique, 3* partie, ch. xn), une des sources ies plus communes des faux raisonnements des hommes. •
DISTINCTION (SiaCpeott). Ce terme de logique a reçu plusieurs acceptions. Dans l'école on traitait de la distinction réelle et de la distinction de raison. Par distinction réelle, on entendait celle
3ui se trouve dans les objets mêmes, indépenamment de tonte conception de ces objets : par exemple, les étoiles, les bommes, la volonté, le mouvement, etc. On établissait que cette distinction est de trois sortes : de chose d chose, comme de Dieu à homme; de mode à mode, comme de bleu à blanc, de sentir à vouloir ; et de monde à chose, comme de corps à mouvement, d'homme à liberté. Par distinction de raison, on entendait celle que nous faisons en séparant par un acte de la pensée des choses urnes et inséparables dans la réalité, comme quand on ne considère dans un corps que sa longueur, ou sa largeur, ou sa profondeur. On ajoutait que la distinction réelle se fait en niant une chose d'une autre : Seipion n'est pas Annibal; et la distinction de raison en considérant une qualité sans l'objet auquel elle est unie, ou sans les autres qualités qui l'accompagnent. Ces deux expressions, empruntées d'Aristote, ne sont plus guère en usage : on dit généralement abstraction au lieu de distinction de raison, et souvent différence au lieu de distinction réelle (voy. les articles Abstraction et Différence. On peut aussi consulter Bossuet, Logique, liv. I, ch. XXT).
Deux antres sens sont encore donnés à ce terme. Suivant l'un, la distinction consiste à séparer un objet de connaissance de tout ce qui n'est pas lui; suivant l'autre, à discerner et à expliquer les divers sens d'un mot confondus dans un argument.
Prise dans le premier de ces deux sens, la distinction fait partie de l'observation, et est le préliminaire obligé et la condition de toute bonne analyse. Nul objet n'existe isolé dans la nature, et de li vient qu'en apercevant un objet, on l'aperçoit nécessairement uni à d'autres objets,