‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 5)Chapitre 80 sur 156 · DIVI · texte numérisé non relu

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et que toutes nos connaissances sont d'abord obscures et concises. Or, avant de rechercher par l'analyse quels sont les éléments d'un objet, il faut l'avoir séparé des objets avec lesquels il se trouve en rapport, l'avoir exactement réduit i lui-même, afin de ne point lui laisser des éléments étrangers qu'on serait exposé i prendre

Îtour des éléments essentiels, ce qui fausserait 'analyse d'abord, et plus tard la synthèse. Ceci suffit pour faire cotnprendre combien la distinction est importante, et quels soins on doit mettre à ne point laisser, par une distinction trop superficielle, des accessoires étrangers confondus avec les éléments naturels, comme aussi à ne point rejeter, par une distinction trop sévère, ou plutAt par une exclusion arbitraire, des éléments constitutifs essentiels. Il faut donc faire cette opération avec précision et exactitude, et ne voir m plus ni moins que ce qui rentre essentiellement dans la nature de l'objet observé.

11 arrive souvent que, dans un argument, on donne à une expression trop on trop peu d'extension, ou qu'on réunit sous un seul terme deux idées différentes, soit qu'on les ait confondues à dessein, soit qu'on n'ait pas vu les différences qui les séparent. Pour répondre à un semblable argument, il convient de distinguer ces deux sens et de les définir exactement, et de montrer comment la conclusion, vraie pour un sens, ne l'est plus pour l'autre, ou comment elle est fausse pour les deux sens, et ne paraissait vraie qu'à la faveur de la confusion. Les scolastiques avaient fait le vers suivant, pour rappeler les lois de ce genre de réponse :

Dimde, défini, concède, negato, probato.

C'està-dire qu'après avoir distingué les deux sens que renferment les prémisses, il faut définir exactement chacun de ces sens, accorder ce qui paraît vrai, nier le rapport qni parait faux, et prouver enfin ce que 1 on oppose soimême. G est par la distinction que roa résout les divers sopbismes fondés sur une ambiguïté de mots.

Toutes les fois que l'on fait usage de la distinction, il faut prendre garde de séparer des idées ou des rapports qui sont naturellement inséparables, et de se laisser aller ainsi à des distinctions subtiles et captieuses, ressources ordinaires des gens de mauvaise foi. Toutes les distinctions doivent être prises dans la nature même, et selon le point de vue particulier sous lequel on considère l'objet en question (Aristote, Topique», liv. Vin, ch. vil). J. D. }.

DIVISION, partage d'un tout en oe qu'il contient.

Platon cherche dans un de ses dialogues, le Poliligue, ce que c'est que l'homme. Le concevant d'abord comme un être animé, il distingue parmi les êtres animés ceux qui vivent en troupe et ceux qui vivent isolément. Parmi les animaux qui vivent en troupe, ceux qui vivent dans les airs on dans l'eau et ceux qui vivent sur la terre ; et enfin ceux qui ont deux pieds et ceux qui en ont davantage. Il conclut que l'homme est un animal à deux pieds sans plumes.

Si on veut n'envisager ici que la méthode, sans être arrêté par la puérilité du résultat, on reconnaîtra que le procédé suivi par Platon consiste à séparer les éléments d'ane totalité, & marquer les termes particuliers compris sous un terme commun, et, pour tout dire, a développer l'extension d'une idée. Cette opération logique, qui ne diffère de l'analyse que par quelques nuances, a reçu le nom de division. Socrate et Platon la regardaient comme une des parties essentielles de la méthode, et Aristote, qui y atta-

che moins d'importance, en reconnatt cependant les avantages et en a tracé les règles. Elle est, sans contredit, très-familière à l'esprit, et elle exerce une influence notable sur le jeu de ses facultés. C'est à elle que nous devons d'éclaircir nos idées, de les exposer avec ordre et de pouvoir les retenir. On retient mal et on oublie vite ce qu'on ne sait que confusément.

if peut arriver que l'objet à diviser soit une simple juxtaposition de parties réellement distinctes, comme les quartiers d'une ville et les appartements d'une maison : le partage de l'idée totale prend alors le nom de partition; dans les autres cas, il retient généralement celui de divi- $ion.

La division proprement dite présente ellemême plusieurs variétés. On peut, I" diviser le genre en ses espèces : toute substance est corps ou esprit ; tout animal est vertébré ou inverUbré ; 2* diviser le genre par ses différences : toute proposition est vraie on fausse ; toute ligne est droite ou courbe; tout nombre est pair ou impair ; 3" diviser un sujet d'après les accidents opposés qu'il peut offrir: tout corps est en repos on en mouvement : tout astre est lumineux par lui-même ou par réflexion ; 4* enfin diviser un accident d'après les sujets où il peut se trouver; les plaisirs se partagent en plaisirs des sens, de l'esprit et du cœur. Ces distinctions, qui occupaient beaucoup de place dans les anciennes logiques, ont aujourd'hui perdu de leur importance. Il est bon de remarquer cependant

Î[ue la division du genre et des espèces se conbnd avec la classification, si capitale en toute espèce de science.

La première condition d'une bonne division, c'est d'embrasser toutes les parties du sujet, d'être complète : « Il n'y a presque rien, dit la Logique de Porl-Royal, qui fasse faire tant de faux raisonnements que le défaut d'attention à cette règle; et ce qui trompe, c'est qu'il y a souvent des termes qui paraissent tellement op-

fiosés, qu'ils semblent ne point souffrir de miieu, qui ne laissent pas d'en avoir. Ainsi entre ignorant et savant il y a une certaine médiocrité qui tire un homme du rang des ignorants, et qui ne le met pas encore au rang des savants; entre vicieux et vertueux, il va aussi un certain état dont on peut dire ce que Tacite dit de Galba : Magi» extra vitia quam cum virtutibus...; entre sain et malade, il y a l'état d'un homme indisposé on convalescent; entre le jour et la nuit, il y a le crépuscule; entre les vices opposés, il V a le milieu de la vertu, comme la piété entre l'impiété et la superstition ; et quelquefois ce milieu est double, comme entre l'avarice et la prodigalité il y a la libéralité et une épargne louable; entre la timidité qui craint tout et la témérité qui ne craint rien, il y a la générosité qui ne s'étonne point des périls, et une précaution raisonn4>le qui fait abandonner ceux auxquels il n'est pas à propos de s'exposer. »

Mais s'il est indispensable de séparer tout ce qui diffère, il l'est aussi de ne point isoler des termes qui rentrent les uns dans les autres. Tout philosophe, par exemple, a le droit et le devoir de séparer, en psychologie, les sentiments, les pensées et les actions, qui constituent trois ordres de phénomènes à part; mais on ne pourrait sans erreur ranger dans une quatrième catégorie les faits de mémoire, qui sont une espèce de pensée. Je dirai avec raison que toute opinion est vraie on fausse; mais je n'ajouterai pas, ou probable, car ce dernier caractère peut aussi bien appartenir à la vérité qu'à l'erreur. En un mot, u ne suffit pas que la division soit

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