‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 5)Chapitre 88 sur 156 · EDUC · texte numérisé non relu

EDUC

EGYP

de le guider par la main pour que ses facultés s'épanouissent dans toute leur beauté à la lumière de la raison: tandis qu'un antre, moins heureusement doué ou plus enclin au mal, ne pourra être porté au bien que par la plus grande vigilance et le plus sévère régime. Que l'instituteur se rappelle qu'il n'agit point sur une matière passive et inerte, mais sur une âme pleine de mouvement et aspirant à la liberté; qu'élever, c'est nourrir, fortifier, ennoblir; et qu apprendre, c'est s'approprier des idées en se les assimilant, en les rendant siennes. Tandis que l'artiste ordinaire façonne le marbre & son gré on transporte sur la toile l'image qu'il lui plaît, l'instituteur est nn artiste qui opère sur une matière vivante et doit l'acheminer, selon sa nature, vers une perfection dont la raison fournit le modèle. Outre la nature générale de l'homme, il aura toujours à consulter les dispositions particulières des individus confiés à ses soins, et outre leur destination commune comme hommes et comme citoyens, leur vocation sociale et leur aptitude particulière. L'école est l'apprentissage de la vie, et la jeunesse ne suffit pas à l'œuvre du perfectionnement humain. L'éducation proprement dite ne peut qu'y préparer, le commencer. Son but est de mettre l'adolescent en état de se conduire un jour par lui-même, et de donner à toutes ses facultés une direction telle qu'il puisse la suivre toujours, quand il aura à se guider par sa propre raison. Elle doit appeler au jour tous les germes de raison, de vertu, de grandeur, mi constituent la vraie nature de PhommCj et les développer assez pour leur assurer la victoire sur toutes les dispositions contraires, pour que les orages et les nécessités de la vie ne puissent plus les étouffer ni leur donner une fausse direction; pour qu'ils paissent, au contraire, grandir et se fortifier par un continuel progrès.

Parmi les nombreux écrivains, tant anciens que modernes, qui ont traité de l'éducation, on peut citer particulièrement : Platon, République;

— Xénophon, Cyropédie; — Plutarque, de VÈducation des enfants; — Quintilien, de l'Institution oratoire; — Rabelais, Gargantua et Pantagruel; — Montaigne, Essai», liv. I, ch. XXV, de l'Institution des enfants; — Locke, Pensées sur l'éducation des enfants, trad. par Coste, dernière édition, Paris, 1821, 2 vol. in-i2;

— RoUin, Traité des études, t. I ; — Mme de Maintenon, Lettres sur Féducation des filles ; Entretiens sur Védtication, dans ses Œuvres complètes, Paris, 1854-1855, 10 vol. in-12;— Fénelon, de l'Éducation des filles: — Rousseau, Emile; — Mme Campan, de l'Education des 'emmes, Paris, 1823, 2 vol. in-18; — MmedeGenis, Adèle et théodore, oti Lettres sur Véduca-

tion, Paris, 1182, 3 vol. in-8; — Mme Guizot, le Journal cCune mère, dans les Annales de Véducation ; Lettres de famille sur l'éducation domestique, Paris. 1826, 2 vol. in-8 ; — Mme Neker de Saussure, Education progressive, 3 vol. in-8 ; — M. Guizot, Méditations et Études moroles, Paris, 1852, in-8;— P. Girard, de l'Enseignement régulier de la langue maternelle, Paris, 1844, in-8; Cours éducatif de la langue mcUernelle, Paris, 6vol. in-12; — Dnpanlonp, de l'Edttealion, Paris; Orléans, 1855-1857, 3 vol. in-8; — Barrau, de l'Éducation morale de la jeunesse, Paris, 1840, in-8 ; du Rôle de la famille dans l'éducation, Paris, 1853 ; — Prévost-Paradol, du Rôle de la famille dans l'éducation, Paris, 1857, in-8; — Thery, Histoire de l'éducation en France, 1858, 2 vol. in-8 ; — Cochin, Essai sur la vie et les méthodes d'instruction et d'éducation et les élalilitsemenu de H. Pestalotti, Paris, 1848,

ff

in-4, — le Tasse, le Pire de famille, dans le tome VII de ses CEuvres complètes, Venise, 1737:

— Pestalozzi, Œuvres, 1819, 1827, 15 vol. in-8;

— Niemeyer, Timolnée, 1780, 3 vol.; Vues «ur la pédagogie allemande et sur l'histoire dan* le xvni' siècle, 1801 ; Principes de l'éducation et de l'enseignement, 1834, 3 vol.; — Schwartz, Histoire générale de l'éducation, en allem., Heidelberg, 1829, 2 vol. in-8; — Théry, Histoire de Vêducation en France, Paris, 1858, 2 vol. in-8.

EFFET, voy. Cause.

ÉGTPTIEKS (Sagessb des). On conçoit facilement qu'un des peuples les plus anciens de la terre passe aussi pour un des plus sages. Ceux (\ai entrent après lui dans la carrière de la civilisation l'admirent naturellement en raison de leur propre ignorance ; c'est à lui qu'ils vont demander d'ulxird les connaissances qui leur manquent et qu'ils rapportent ensuite, par un effet de l'habitude ou de la reconnaissance, celles qu'ils doivent à leur seul génie. Si, de pins, cet ancien peuple, placé sous un régime purement théocratique, donne à toutes ses institutions une origine snrnatarelle, à sa propre existence une antiquité fabuleuse; si, gr&ce à Ta division des castes, sévèrement maintenue par les croyances religieuses encore plus que par le pouvoir politique, il a pu rester, pendant des siècles sans , nombre, à peu près immobile dans le même état ; si tout ce qui compose sa civilisation, ses idées sur l'art, sur la science, sur la politique, sur la religion, son histoire, ses lois, et le sens même des caractères qui forment son écriture, demeure enseveli dans l'ombre des temples, comme un secret inviolable que les prêtres, entre eux, se confient à l'oreille ; si, enfin, à tontes ces causes d'étonnement, il faut encore ajouter les phénomènes d'un climat exceptionnel; alors, l'attrait du merveilleux et de l'inconnu venant se joindre au prestige de l'antiquité, l'admiration ne connaîtra plus de bornes. Telle est précisément la position des Égyptiens par rapport aux Grecs. Ceux-ci, maigre l'immense supériorité de leur génie si fécond à la fois et si original, se faisaient passer pour les disciples iis premiers. C'était parmi eux une opinion presque unanime, une tradition qui a toujours vécu en paix avec l'orgueil national, que les plus illustres parmi leurs sages et leurs philosophes, So- Ion, Thaïes, Démocrite, Pythr^gore, Platon, ont puisé dans les temples de l'Egypte la meilleure et la plus solide partie de leur science. Tout le monde connaît les hautaines paroles que Platon met dans la bouche d'un prêtre de Sais : « 0 Solon, ô Selon, vous autres Grecs, vous êtes toujours des enfants ; aucun Grec n'est ancien. > L'engouement irréfléchi des Grecs a passé aux peuples modernes, augmenté encore par la distance et par le temps. On crut voir dans l'antique royaume des Pharaons une terre privilégiée, comme l'Ëdcn de la civilisation, où tous les arts, tontes les sciences, toutes les idées dont l'humanité s'honore s'étaient montrés tout d'abord dans leur plus completdéveloppement, avant d'arriver jusqu'à nous, divisés et obscurcis par les mille canaux de la tradition, ou laborieusement retrouvés par le génie. Il nous sulfit de rappeler les prétentions de la philosophie hermétique, les savantes extravagances de Kircber, les illusions philosophiques de Cudworth, oui, prenant au sérieux les mensonges de l'école d'Alexandrie, et les interprétant par ses propres idées, accorde libéralement aux prêtres d'Osiris une profondeur de vues et une élévation morale dont ils ne s'étaient certainement pas doutés. Il n'y a pas jusqu'aux incrédules au dernier siècle, par

ÉGYP

ÉGYP

«xemple Bailly et Dapuis, qui n'aient cédé à l'entraînement général j et lorsqu'on lit certaines histoires des mythes^ certains traités snr les symboles et les relisions de l'antiquité, publiés il y a quelques années seulement, on demeure ébloui et confondu de toutes les merveilles qu'on a sa découvrir dans les traditions mutilées ou dans les monuments informes avec lesquels on a essayé de reconstruire la science égyptienne. Hais aujourd'hui, devant les nouvelles conquêtes de l'arcnéologie et de la philologie, devant les résultats d'une érudition plus sûre et d'une critique plus étendue, de pareilles illusions ne sont plus permises. Et, en efTet, lorsqu'on a fait la part de l'imagination et de l'hypothèse; lorsqu'on a écarté les traditions qui ne se justifient par aucun fait; lorsqu'on a réduit i leur juste valeur les falsifications de l'école d'Alexandrie, ces prétendus livres hermétiques où Platon et la Bible sont si effrontément mis au pillage, il reste encore assez de documents jiositifs, et surtout assez de monuments de différents genres, pour nous montrer l'Egypte comme le foyer d'une civilisation fort ancienne, profondément originale et trës-remarquable pour le temps où elle était en vigueur ; mais on y chercherait en vain quel-

fue chose qui ressemble à de la philosophie et de la science, on du moins à ce que les modernes ont coutume de désigner par ce nom ; on y chercherait avec tout aussi peu de succès, des antécédents à ces profonds ou ingénieux systèmes de la Grèce, que les lois et la fécondité naturelle de l'esprit humain ont pu seules expliquer jusqu'à présent.

Pour se faire une idée de ce que pouvait être la sagesse des Égyptiens ou leurs opinions en morale et en métaphysique, il suffit de jeter un «oup d'oeil sur les traces qu'ils ont laissées dans les autres sciences, sur tous les éléments réunis de leur civilisation si vantée, et sur la constitution même de la société parmi eux. La société égyptienne, par sa forme politique, rappelle tout i fait l'enfance de l'esprit humain ; car on n'imagine pas une organisation plus grossière que cette division des castes si uière a l'Orient, et qui, nulle part, n'a été portée plus loin que sur les bords du Nil. Les castes égyptiennes, au nombre de six ou sept, et parmi lesquelles il y avait aussi des parias comme dans l'Inde, étaient véritablement autant de races et comme autant de peuplades différentes, qui subsistaient les unes à câté des autres, sans se mêler ni se fondre, éternellement enchaînées i la même profession. A leur tête était la caste des prêtres, maîtres absolus du pays, propriétaires des deux tiers du sol, juges, astronomes, astrologues, architectes, médecins, historiens, précepteurs et tuteurs des rois, qui ne pouvaient arriver sur le trêne qu'en passant, au ;moyen d'une initiation, de la caste des guerriers dans le corps sacerdotal. Entre leurs mains, comme nous l'avons déjà remarqué, se trouvait réunie toute la civilisation de l'Egypte. II est plus que probable que les règles mêmes de l'agriculture, si florissante dans le royaume des Pharaons, étaient tracées par eux, et que tous les travaux qui ont eu pour but la division et la conservation des eaux du Nil, ont été exécutés par leur inspiration. Mais quelles connaissances pouvons-nous, au juste, attribuer à ces prêtres si jaloux de leur science •et du pouvoir immense auquel elle servait d'excuse î Ils devaient être assez peu avancés en géométrie, puisque Pythagore, que l'on dit avoir été initié a tous leurs mystères, a découvert, par son wul génie, les propriétés du triangle rectangle. £videmment,s'il avait appris cette vérité dans les Jemplcs de Memphis ou de Sais, qu'il visita pen-

OICT. PHILOS.

dant sa jeunesse, il ne se serait pas cru obligé d'en rendre grâce aux dieux, en leur offrant une hécatombe. Nous ne savons pas ce que les prêtres égyptiens ont pu enseigner de cette même science à Thaïes; mais on assure que Thaïes leur enseigna à eux-mêmes comment on peut mesurer la hauteur des pyramides par leur ombre. On a cru longtemps qu'ils avaient porté très-loin, plus loin qu'aucun autre peuple de l'antiquité, y compris les Grecs, la science des astres et des temps; on parlait avec admiration du cercle d'Osymanâyas ; on leur attribuait l'invention de plusieurs cycles astronomiques, trèsbien imaginés pour rendre compte des phénomènes célestes, et pour rétablir, après un certain laps de temps, un accord parfait entre les diverses manières de mesurer le temps, à savoir : le cycle d'Apis, dont la durée était de 25 années civiles, au bout desquelles la lune devait se retrouver an même point, par rapport i Sirius ; le cycle du Phénix, dont la durée était de 500 ans : de là la fable du phénix, qui se consume lui-même et qui renaît de ses cendres ; le cycle Sothiaque, autrement dit de Sirius, qui embrassait une période de 1460 années astronomiques jugée égale à 1461 années vagues ; enfin ce qu'on appelle la grande année em/ptienne, dont la durée est de i6 525 ans, juste le nombre auquel Hanéthon portait les livres hermétiques. Il est certain, comme l'atteste la partie la mieux conservée de leur mythologie, et comme l%xigeaient d'ailleurs les besoins de l'agriculture, que les Égyptiens avaient fait des observations astronomiques. Ils avaient étudié particulièrement la marche de Sirius, on, comme ils l'appelaient dans leur langue, de Sothis, signe précurseur des inondations du Nil et divinisé sons le nom d'Anubis, le dieu cynocéphale. A l'année lunaire de 360 jours qu'ils avaient adoptée d'abord et dont on trouve le symbole dans plusieurs de leurs cérémonies religieuses, ils substituèrent plus tard l'année solaire de 365 jours. Hais quant au cercle d'Osymandyas et aux savants calculs dont nous avons parlé tout à l'heure, il a été démontré jusqu'à l'évidence que ce sont des inventions du génie grec, et que l'astronomie égyptienne, essentiellement mythologique et mêlée à toutes les rêveries de l'astrologie judiciaire, n'a commencé à prendre un caractère scientifique que sous la domination romaine. A l'aspect des monuments gigantesoues qui couvrent le sol de l'Egypte, à la vue oe ces pyramides, de ces pylênes, et de ces statues de eranit d'une monstrueuse grandeur, on a suppose, chez le peuple qui a laissé de telles traces de son passage, les ressources d'une mécanique admirable, auprès de laquelle les découvertes modernes ne seraient que des jeux d'enfants. Hais cette opinion est dénuée de toute vraissemblance. L'usage des plans inclinés et le nombre des hommes suppléaient à la puissance des machines. Nous savons, par Pline, que Rhamescs avait employé 120000 hommes à l'érection d'un des obélisques de Thèbes, et, dans les peintures qui nous représentent toutes les occupations de la vie chez les anciens Égyptiens, on n'aperçoit pas une seule machine, pas même une poulie; en revanche, on voit quantité de colosses érigés on traînés à force de bras. Les sciences naturelles n'étaient pas même connues de nom chez une nation qui expliquait tous les phénomènes par une intervention immédiate de la puissance divine. La médecine, qui était, comme toutes les autres sciences, le secret des prêtres, se réduisait tout entière, si l'on en retranche les pratiques superstitieuses, à l'art d'embaumer les morts. Du reste, il y avait des médecins pour

ÊGYP

EGYP

du corps

chaque maladie et pour chaque partie c humain. Enfin, Ton n'a plus aujourd'hui, comme autrefois, la ressource de suppcHter un abîme de sagesse et de science dans les inscriptions hiéroglyphiques qui couvrent tous les monuments de l'ancienne Egypte ; le voile qui nous en cachait le sens est en partie déchiré, et la déception des admirateurs passionnés de l'antiquité a d& être bien grande lorsqu'on leur a montré, à la place des mystères qu'ils imaginaient, des noms propres, des dates, des dédicaces et des faits sans intérêt. Il y a plus, ces signes si longtemps vénérés appartiennent i un système d'écriture extrêmement informe et désordonné, ou les mêmes caractères représentent tantât des sons, tantât des images symboliques, et tantôt tes objets mêmes qu'ils peignent aux yeux.

Il cstdifGcile qu'avec cette manière grossière de représenter leurs idées, les prêtres égyptiens aient pu composer un grand nombre de livres, et surtout des livres dont la matière exige un haut degré de développement dans la pensée j car l'écriture en usage dans les temples, parmi les prêtres, et qu'on appelle, pour cette raison, hiératique, n'était qu une aibréviation des hiéroglyphes dont on chargeait les obélisques et les murs des édifices religieux. Aussi, sans prendre au sérieux les 36 a'îb volumes dont Hanéthon fait honneur à Thot oi) à Hermès, ou les 20 000 que lui attribue Jamblique, ou les 1300 qae le même Jamblique avoue être une falsification des prêtres, avons-nous <juelque peine i admettre même les 42 mentionnes par Clément d'Alexandrie {Strom., liv. VI), dans la description qu'il nous a laissée de la procession, ou plutôt de la hiérarchie et des insignes des prêtres égyptiens. Quoi qu'il en soit, voici, d'après l'auteur que nous venons de citer, la classification de ces livres, regardés tous comme un don de Mercure Trismégiste : il y en avait un jui contenait des hymnes ; un antre, la manière le vivre prescrite aux rois ; quatre étaient consacrés i. l'astrologie judiciaire, aux conjonctions et aux mouvements des étoiles, à leur lumière, i leur coucher et i. leur lever ; dix à l'écriture hiéroglvphique, à la cosmographie, i la géogra-

Shic,ala topographie de l'Egypte, à la marche u soleil, de la lune et des cinq planètes, aux mouvements des eaux du Nil et i la description des lieux saints ; dix autres livres traitaient des sacrifices, des prémices, des prières et des hymnes, des cérémonies et des jours de fête, en un mot, de ce qui regarde le culte ; dix autres encore, que l'on appelait les livres sacerdotaux par excellence, traitaient des lois, des dieux, de toute la science sacerdotale. Celui qui était admis à la connaissance de ces livres portait le nom de prophète ou de hiérophante. Enfin, dans les six derniers, réservés i une dusse de prêtres subalternes appelés du nom de pastophores, il était question do médecine, d'anatomie, des maladies du corps humain, des diverses espèces de médicaments, et en dernier lieu des femmes. Les prêtres eux-mêmes se classaient i peu près de la même manière que les livres confies i leur garde. Nous avons déjà nommé les hicrophaniei et les pastophores, qui formaient les deux extrémités de la hiérarchie ; entre eux venaient se placer les chantres, particulièrement occupés de la musique religieuse ; les horoscopes ou astrologues, chargés de prédire l'avenir; les hiérogrammales, ou scribes du temple, qui joignaient à l'art des hiéroglyphes la connaissance de l'architecture et de tous les symboles dont on ornait les monuments reli(;ieux ; enfin les hiérostoUles, préposés aux sacrifices et aux cérémonies extérieures du culte («4» supra, et Por-

phyre, de Abstin., lib. IV, $ 8). II serait vraiment étrange que de toute cette science sacerdotale et de tous ces livres si pieusement conservés, absolument rien ne fut parvenu jusqu'à nous; que rien n'en eût été connu sous le règne des Ptolémées, lorsque l'Orient et la Grèce étaient si vivement attirés l'un vers l'autre, lorsqu'il existait depuis longtemps des Égyptiens accoutumés dès l'enfance à parler également le grec et leur propre langue.

En présence de tous ces faits, il n'est plus permis de transformer la mythologie égyptienne, c'es^i-dire les faibles débris que le temps nous en a conservés, en un vaste système de métaphysique où l'on retrouve, sons le voile de l'allégorie, les conceptions les plus hardies de l'esprit moderne. Sans doute chez une nation aussi peu homogène et maintenue par nue théocratie jalouse dans une éternelle enfance, la religion des prêtres, au moins des chefs de la hiérarchie, devait être un peu différente de celle de la multitude; mais, pour trouver cette différence, il n'est pas nécessaire de sortir ou de s'élever audessus de leur système mythologique. En effet, dès qu'on a passé en revue les divinités égyptiennes, il est impossible de ne pas s'apercevoir qu'elles se divisent en deux classes bien distinctes : les unes ont des attributs, moraux, universels, dont l'action s'étend sur l'univers entier, et l'on pourrait, avec un léger effort, les re^rder comme des personnifications ae certaines idées métaphysiques: les autres, au contraire, sont mêlées à des idées d'un ordre inférieur : on les représente avec des symboles empruntés de l'astronomie et de l'agriculture, avec des têtes d'animaux sur des corps humains; elles président non-seulement i certains phénomènes particuliers de la nature et à certaines actions de l'homme, mais à des actions et à des phénomènes qui ne peuvent se passer qu'en Egypte.

En tête des divinités du premier orare, on trouve Àmoun, le Jupiter Âmmon des Grecs, et dont le nom, selon Plutarque {de Iside et Otiride, c. nt), qui rapporte lui-même le témoignage de Manéthon. signifie ce qui est caché (ri )uxpv|iL|iivov), ou l'action même de se cacher (tijv «pOliiiv), ce que les alexandrins ont appelé l'ineffable ou l'inconnu, et les kabbalistes le mystère des mystères; en un mot, l'infini, le

Snncipe identique de tous les êtres. On ne lui cmandait jamais autre chose, dans les prière» qu'on lui adressait, que de sortir des ténèbres qui l'enveloppent, et de se faire connaître des hommes. Immédiatement après, vient Kneph, dont le nom a été converti par les Grecs en celui d'Agathodémon, c'est-àAlire le bon génie. Considéré comme l'esprit même, comme la pensée ou comme le verbe d'Amoun, il passait pour n'avoir pas eu de commencement, et l'on croyait qu'il n'aurait pas de fin ; son essence étdit trop pure pour qu'il put descendre sur la terre et s'incarner comme les divinités d'us ordre inférieur. Cependant on le représentait sur les monuments sous la forme d'un homme qui laisse tomber un œuf de sa bouche, pour dire que le monde est l'œuvre de la parole et de l'intelligence divine. U était particulièrement adoré i Thèbes, dont les temples, selon Plutarque (u6i supra, c. xxi), n'admettaient aucun dieu mortel. En regard de Kneph, vient se placer Athyr ou Athor, la mère de tous les êtres, des dieux comme des hommes, les ténèbres non révélées, le principe passif ou la matière première de l'univers, comme Kneph en est l'idéal et le principe actif. Selon Plutarque {ubi sxtpra, c. lv), le nom de cette divinité, que plusieurs pensent être la même qu'Isis, a pour signification, dans.

ÊGYP

ÊGYP

la langne égyptienne, la maison de fforug ; et, en effet, le monde dont Horus est la personnification est construit dans la matière. De l'oeuf qu'on voit lancé par la bouche de Kneph sort une miatrième divinité, qui a pour nom Phthas. C'est V&me du monde ou le démiurge, le forgeron céleste qui travaille la matière et lui donne la forme voulue par la suprême intelligence. C'est pour cette raison qu'on en a fait le Vulcain des Égyptiens et que les Grecs lui ont donné le nom de Héphaistos^ comMe ils ont donné à Amonn le nom de Jupiter. Il faut compter parmi les divinités de la même classe, non pas Phré, qui n'est pas autre chose que le soleil, le symbole matériel de Phthas et son agent immédiat, mais le fameux Tbot ou Hermès surnomme trois fois grand, le Mercure de la mythologie égyptienne. Thot est véritablement la sagesse divine, revêtue d'un corps et devenue visible sur la terre; c'est lui qui, en commençant par les Égyptiens, a enseiené aux hommes tout ce qu'ils savent d utile et de beau. Il leur a donné la parole et l'écriture; il a nommé toutes les choses qui auparavant n avaient pas de nom, comme Adam dans le paradis terrestre; il a ap-

Sorté la connaissance et institué le culte des ieux; il a inventé l'astronomie, la musique, la palestre ; il a construit la première lyre et composé les premiers chants ; il a élevé des colonnes où furent gravés les premiers hiéroglyphes, et que les prêtres égyptiens regardaient comme leurs premiers livres. Hais, toutes ces connaissances s'étant bientôt effacées de la mémoire des hommes, Hermès envoya sur la terre son fils Tat, qui fut le restaurateur de la religion, des sciences et des arts, comme lui-même en avait été l'inventeur.

Nous sommes obligés de confesser que cette partie de la mythologie égyptienne nous laisse quelques doutes ; car on Ta chercherait vainement dans Hérodote, et même le précieux livre de Plutarque sur Isis et Osiris ne la contient pas tout entière ; Plutarque ne parle ni de Tat, ni de Phthas, ni de Thot^ considéré comme une image vivante de la divine sagesse. On ne risque rien, dans tons les cas. de la regarder comme la plus récente ; et si l'on ne vent pas absolument que le platonisme y ait quelque part, y aurait-il de l'invraisemblance à supposer que la domination des Perses, qui a précédé de deux siècles celle des Grecs, n'y est pas restée tout à fait étrangère? Le système que nous venons d'exposer a une grande analogie avec la partie la plus élevée et les éléments les plus profonds de la théologie de Zoroastre. Amoun nous rap^ pelle parfaitement Zerwane Akérène, l'infini roprement dit, le principe suprême et inconnu 'ou sortent à la fois le bien et le mal, l'intelligence et la matière, la lumière et les ténèbres : Kneph, le principe de la bonté et de la sagesse, le génie du bien, ou, comme le dit son nom, le bon génie, nous lait penser sans effort à Ormuzd. Ath^r nous représente, comme Ahrimane, la matière et les ténèbres; enfin dans Phthas, le génie du feu, l'àme du monde, le médiateur universel entre Dieu et les êtres, on reconnaît Mythra, qui joue exactement le même râle dans la religion des mages. Quant au personnage de Thot, on le rencontre également, sons un nom ou sous un autre, dans toutes les religions; il doit être compté parmi ces universattx poéii-

ndont parle Vico, et qui ont leur fondement la nature même de 1 esprit humain.

Les autres divinités de l'Egypte, celles dont le culte était accessible à tout le monde et dont la plupart portent visiblement l'empreinte du pays, sont loin de nous offrir un système aussi régu-

lier, une allégorie aussi transparente que celles dont nous avons parlé jusqu'à présent. Elles forment dans leur ensemble une vaste et conÂtse m^hologie où il est impossible de ne pas reconnaître plusieurs ordres d'idées, plusieurs degrés de civilisation religieuse, amenés successivement par le temps et se conservant sans effort l'un k côté de l'autre, gr&ce à la division des castes et à l'immobilité des conditions. En effet, la religion égyptienne a d'abord un côté par où elle se confond avec le fétichisme ; car il est hors de doute que, jusqu'au dernier jour de son existence, elle a conservé le culte des animaux, non-seulement de ceux que leur utilité devait naturellement rendre chers, par exemple le bœuf, la vache, l'ibis, le chien ; mais des plus malfaisants et des plus hideux à voir, comme le serpent et le crococtile. Par le culte des astres, et peut-être aussi des éléments, elle se rapproche du sabéisme; car, ainsi que nous l'avons déjà dit, il y a un système astronomique dans cette vieille mythologie. Hérodote nous apprend que les Égyptiens ont trouvé à quels dieux appartiennent chaque mois et chaque jour, ce qui signifie évidemment qu'ils ont fait marcher de front leurs idées religieuses et leurs découvertes en astronomie. Les douze dieux cabires dont nous parle le même historien, les douze dieux protecteurs de l'Egypte, tous enfants de Vulcain, c'est-à-dire du feu, ne nous font-ils pas penser aux douze signes du zodiaque ? Nous voyons aussi figurer, dans un autre ordre de divinités, le Soleil, la Lune, Saturne, Mercure, c'est-à-dire les corps célestes plus particulièrement connus des anciens et qui ont donné leurs noms aux jours de la semaine. Hais ce n'était pas assez d'avoir ainsi divinisé les planètes qui indiquent les divisions de la semaine et les signes du zodiaque qui distinguent les mois; on essaya de faire entrer dans le même système, à la fois astronomique et religieux, les cinq jours qu'il fallut ajouter aux 360 dont se compose l'année lunaire, et que les Grecs ont appelés les jours épagomène». De là la fable de Ilercure, jouant aux dés avec la Lune, lui gagnant la soixantedixième partie de ses lumières, et formant ainsi cinq jours nouveaux, pendant lesquels cinq autres dieux sont appelés à l'existence, à savoir : Osiris, le premier en date et en rang, adoré par tous les Égyptiens comme le dieu national par excellence ; Isis, à la fois sa femme et «a sœur ; Horus, leur fils; Typhon, leur ennemi à tous trois ; Nephtys, la femme de Typhon, généralement regardée comme la Vénus égyptienne. Ces dieux, représentés dans le ciel par diverses constellations, mais qui, revêtus d'un corps mortel, ont vécu sur la terre parmi les hommes (Plutarque, de hide et Otiride, c. zxi), ne passent pas sans raison pour les derniers venus; ils nous montrent les croyances religieuses de l'Egypte s'élevant du fétichisme et du sabéisme à une sorte de polythéisme poétique, à un certain culte de l'idéal analogue a celui de la Grèce, mais beaucoup plus pur au point de vue de la morale. En effet, si on laisse de côté toutes les interprétations arbitraires énumérées par Plutarque et ayant déjà cours de son temps; si l'on prend la légende d'Isis et d'Osiris telle qu'elle est, telle que Plutarque aussi nous l'a conservée, sans y chercher un autre sens que celui de la lettre, il est impossible de ne pas être frappé, malgré quelques bizarreries ou quelques naïvetés antiques, du caractère profondément moral qui y règne. Osiris, dont le nom signifie, selon Plutarque (uii supra, c. xii), te grand roi bienfaisant, est en effet le modèle des rois et des hommes. Après avoir fait fleurir, en Egypte sa

ÉGYP

EGYP

terre natale^ les arts, les sciences, l'agriculture, la religion, il parcourut dans le même but le reste de la terre, pour la conquérir à la civilisation par les seules armes de l'éloquence, pour l'éclairer par sa parole et la couvrir de ses bienfaits. Tout au contraire du Jupiter des Grecs, il demeure tonte sa vie fidële à Isis, qu'il aima dès le sein de sa mère. Il n'a pas moins de tendresse pour son fils Horus, sur qui il ne cesse de veiller, même après avoir perdu la vie; il revient tout exprès des enfers pour achever son éducation, que la mort l'avait forcé de laisser incomplète. Isis est le modèle des femmes et des reines. Rien de plus touchant et de plus pieux que sa douleur, lorsqu'elle va chercher la servitude dans une cour étrangère, pour être plus près du corps inanimé de son époux tué par Typhon, et pour recueillir ensuite ses restes disperses dans toutes les parties de l'Egypte. Après la mort d'Osiris, elle a pour son ombre le même amour que pour son époux vivant : c'est en s'unissant avec cette ombre qu'elle donne le jour à Harpocrate, enfant chétif et mutilé, véritable symbole de l'amour entre la douleur et la mort. Horus est l'image de la piété filiale. D'abord il défend contre Typhon les droits de son père absent; puis il le venge quand il le sait mort, et s'efforce de le faire revivre en marchant sur ses traces. On lui demanda un jour^ lorsqu'il n'était encore qu'un enfant, quelle était, selon lui, l'action la plus belle ? « Venger, répondit-il, les injures de son père et de sa mère. • (Plutarqne, de Iside et Osiride, c. xix.) Quand on songe que les prêtres égyptiens n'épousaient qu'une femme, laissant au peuple la polygamie ; quand on se rappelle l'austérilé de leur vie et la pureté de leurs mœurs, il n'est guère possible d'admettre que l'esprit qui règne dans cette légende soit l'effet du hasard. Du reste, il se peut qu'avant de revêtir ce caractère moral, avant de représenter l'idéal de l'homme et de la famille, les noms d'Isis, d'Osiris et de Horus n'aient ex-

tard, on a pu attacher à ces fictions un sens métaph]fsique ; c'est ainsi que, prenant Osiris pour le principe actif de l'univers, Isis pour le principe passif ou pour la nature elle-même, on a pu graver sur une de ses statues placées dans le temple de Saïs^ cette inscription fameuse : « Je suis tout ce qui a été, tout ce qui est et tout ce qui sera, et aucun mortel n'a encore levé mon voi}e. > (Ubi supra , c. ix.) Quant au couple stérile et maudit de Typhon et de Nephtys, il suit exactement, dans un sens contraire, la même fortune que celui d'Isis et d'Osiris. Dans l'ordre moral, il représente l'alliance de la volupté et du crime; dans l'ordre physique, Typhon, c'est la mer, l'ennemi naturel de l'Egypte, et Nephtys la partie de ce pays que la mer baigne de ses eaux ; enfîn^ dans l'ordre métaphysique, ils figurent le génie de la destruction. On voit ainsi le dualisme dominer, dans toutes ses

Sorties et sous toutes les formes, le polythéisme es Égyptiens.

Hérodote nous assure que ce peuple fut le premier qui crut à l'immortalité de l'âme ; et cette immortalité, si nous en croyons le même historien, était comprise tout entière dans l'idée de la métempsycose. L'&me, après avoir quitté la vie, devait, dans l'espace de 3000 ans, passer successivement par les corps des animaux terrestres, des animaux marins, des oiseaux, et enfin revenir dans le corps d'un homme. C'est la loi des révolutions astronomiques appliquée & la nature humaine; mais cette manière grossière

de concevoir un dogme aussi saint n'a pas tonjours été conservée. Selon Plutarque {tibt tupra, c. xxix), les Égyptiens croyaient à un empire des morts, appelé Amenthes, c'est-i-dire qui donne et qui reçoit. Sur cet empire, où chacun était traité suivant son mérite, régnait Osiris sous le nom de Sérapis. Le même fait nous est attesté par la plupart des peintures que nous offrent les caisses des momies et par le rituel funéraire renfermé dans ces caisses. Selon Porphyre (de Abstinentia, lib. VI, § 16), les Égyptiens, s'adressant aux dieux au nom de leurs morts, récitaient une prière ainsi conçue: « 0 soleil, le maître de toutes choses, et vous, tous les autres dieux qui donnez la vie aux hommes, recevez-moi et faites que je sois admis dans la société des dieux étemels. > Ainsi comprise, la croyance à l'immortalité s'accorde très-bien avec les sentiments moraux que nous avons rencontrés dans le mythe d'Isis et d'Osiris.

Les ouvrages où il est question de la sagesse et de la civilisation des Égyptiens sont en très-

grand nombre. Parmi les anciens, nous citerons érodote, le II* livre ; Diodore de Sicile, le I" livre; Plutarqne, de Iside et Osiride; Porphyre, de Abstinentia; les fragments plus ou moins authentiques de Hanéthon {Manethonis ^gyptiaca), publiés par Scaliger dans son Thesaurits temporum, in-f", Leyde, 1606 et 1658; le livre anonyme qui a pour titre HorapoUinis Hieroglypnica, grec et latin, publié avec des notes de Pauw, in-4, Utrecht, 1727, et traduit en français par Re^uier, in-12, Paris, 1779; Jamblique, de Mytlerit» jÊgyptiorum, publie par Th. Gale, in-f", Oxford, 1678 (composition purement alexandrine i, laquelle il ne faut pas donner la moindre confiance)^ enfin les derniers chapitres de la Genèse, depuis la descente de Joseph en Egypte jusqu'à la aélivrance des Israélites. — Les modernes sont : Kircher, Œdipus .^gyptiacus, in-f", Rome, 1652-1654, et Obeliscus pamphilius, ib., in-f*, 1656 (ouvrages de pure imagination) ; Jablonski, ■ Panthéon ^gyptiorum, 2 vol. in-8, Francfortsur-l'Oder, 1750-1752; Ckinrad Adami, Comment, de sapientia, erudittone atque inventis jEgyptiorum, dans les Exercilatioms exegeticce; Schmidt. Opuscuia quibus rea antiquœ, prœcipueyEgimtiacœ^planantur, in-8, Carlsmhe, 1765; de Pauw, Recherches philosophiques sur les Égyptiens et let Chinois^ 2 vol. in- 8, Berlin, 1773; Meiners, Essai sur l'histoire relimeuse des anciens peuples, particulièrement lies Égyptiens, in-8, Gœttingue, 1775 (ail.); Horitz, Sagesse symbolique des Égyptiens, etc., in-8, Berlin, 1773 (ail.); Stroth, JËgyptiaca, seu veterum scriptorum de rébus jEgypti commentarii et fragmenta, i vol. in-8, Gotha, 1782-1783; Plessing, Osirisch Socrate, in-8, Berlin et Stralsund, 1783 ; Vogel, Essai sur la religion des anciens Égyptiens et des Grecs, in-4, Nuremb., 1783 (ail.) ; Heeren, Idées sur la politique, le commerce, les relations de l'ancien monde, in-8, î vol., Gœttingue, 1815 (ail.); Zoéga, de Origine et «su Obeliscorum, in-^, Rome, 1797; Champollion le jeune, tous ses ouvrages sur l'Egypte; Creuzer, Symbolique et Mythologie des anciens peuples, 5 vol. in-8, Leipzig et Darmstadt, 1819- I82I, 2' édit. : le même ouvrage, traduit en français et refondu par H. Guigniault. sous le titre de Religions de l'antiquité,PàTis, 1824; Goerres, Histoire des mystères du monde asiatique, 2 vol. in-8, Heidelberg, 1810 (ail.); Letronne, Recherches pour servir à Fhistoire de t Egypte, in-8, Paris, 1823. et un article publié dans la Revue des Deux-Mondes 1*' février 1845: Rosellini, les Monuments d'Egypte et de Nubie, 10 vol. in-8; Paris, 1833-45; Lepsius, Monvmtnt* de

ÊLÊÀ

Page 1