‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 5)Chapitre 89 sur 156 · ÉLIS · texte numérisé non relu

ÉLIS

l'ÉgwU el de l'Ethiopie, in-f*, 18à3-57 (en allemand) ; enfin les récents mémoires de M. Mariette sur le culte du dieu Apis.

ËLËATiauE (École). Ou désigrne sons ce nom l'école de philosophie qui fut fondée à Ëlée, dans la grande Grèce, par Xénophaue de Colophon, et dont les principaux représentants furent Parménide et Zenon, tous les deux d'Ëlée, et Hélissus de Samos.

Diogëiie Laërca (liv. VIII, ch. lt et lti) et Simplicins (»n Arùiotelis Phys., p. 7, A) rangent Lencippe et Empédocle parmi les disciples de Parmenide; ce qui a conduit plusieurs historiens de la philosophie à distinguer deux écoles d'Ëlée, l'une de métaphysiciens et l'antre de physiciens. Hais ipart la prodigieuse différence qui sépare la doctrine d'Empédocle et celle de Leucippe d'avec le système de Xénophane et de Parménide, rien n'est moins prouvé que les relations de ces deux derniers philosophes arec les deux premiers. Tout ce qu'il est permis d'affirmer, c est que tous quatre furent à peu près contemporains, et que les écrits de Parménide contribuèrent probablement à susciter les modifications <|ui furent apportées par Leucippe aux idées ioniennes, et par Empédocle à celles de Pytbagore. Nous réserverons donc le titre d'éleates a Xénophane, Parménide, Zenon d'Ëlée et Mélissos; et nous allons exposer ici sommairement les principaux traits du système qui leur est commun à tous.

Il y a deux sortes de connaissances : les unes qui nous viennent par l'intermédiaire des sens, les autres que nous devons à la raison seule. La science qui se compose des premières n'est qu'une illusion ; elle ne contient rien de vrai, de fixe, de durable, de certain; elle n'est qu'une chimère et une apparence. La seule science véritable est celle qui ne doit rien aux sens, mais tout à la raison. Il faut laisser au vulgaire, aux hommes légers, aux enfants, la croyance à la réalité des apparences sensibles; mais le sage, le philosophe, celui qui veut atteindre le fond des choses ne doit en appeler qu'à la raison.

Ce point de départ une fois établi, voici ce que l'on peut admettre sur la physique et la cosmologie. Il y a deux principes dans la nature : d'un côté le feu on la lumière, de l'autre la nuit on la matière épaisse et lourde. Ces deux principes sont distincts, mais non séparés; ils agissent de concert avec une inégalité variable, et leur rôle dans le monde est perpétuel et universel : la lumière produit le chaud, le léger, le rare ; et la nuit, le froid, le lourd et l'épais. Le monde est divisé en trois parties, et c'est au milieu de ces trois parties que la nécessité rèçne en souveraine : la limite du monde aboutit i un cercle de lumière qui en est comme la ceinture. La voie lactée est un cercle, et c'est d'elle que sont sortis le soleil et la lune. Les astres ne sont que du feu condensé, et la terre est le corps le plus dense et le plus lourd. Elle est ronde et se trouve placée par son propre poids an centre du monde. Les nommes sont nés de la terre échaufi'ée par les rayons solaires: et dans l'homme la pensée est un produit de l'organisation. Ainsi ont commencé les choses que nos sens nous démontrent, et qui périront un jour.

Mais, dans tout cela, il n'y a rien qui se rap^ porte à la science véritable. Ce que la raison, qui est la source exclusive de toute certitude, conçoit et reconnaît comme atwolument vrai, c'est ('être, mais l'être en soi, c'est-à-dire déga^ de toute circonstance, modification, ou accident particulier, passager, périssable. Ainsi tout ce oui a commencé d'être, tout ce q^i est susceptible de changement ou de modification, de naissance

ou de destruction, tout cela n'a pas une existence véritable; tout cela n'est pas l'être, tout cela n'en a que les apparences ; tout cela, par conséquent, est formellement exclu par les éléates du domaine de la science proprement dite. En effet, suivant eux. tout ce qui n'est pas l'être n'est rien; en denors de l'être il n'y a que le néant; et le néant n'étant c^ue la négation de toutes choses, on n'en peut rien dire, ni le nier ni l'affirmer.

Il n'y a donc que l'être qui existe et qui soit vrai et certain. Par cela même l'être est un; car comment concevoir quelque chose qui ne soit ni l'être ni le néant? Et l'être doit être éternel et immobile ; car tout mouvement est un changement; or, changer, c'est perdre quelque chose que l'on n'avait pas. De même encore, si l'être n'avait pas toujours existé, qui aurait pu lui donner naissance, puisqu'il existe seul? Il existe donc par lui-même; il n'a donc ni passé, ni avenir, ni parties, ni limites, ni division, ni succession; il est donc d'une unité absolue, et tout le reste n'est qu'illusion, apparence chimérique.

A cette théorie les éleates, et en particulier Zenon, joignaient les objections que leur suggérait contre la réalité sensible l'empirisme dis l'école d'Ionie. Ce système, on le voit, n'est autre chose que l'idéalisme sous sa forme la plas exclusive et la plus absolue. Son premier tort est de nier la réalité sensible en s'appuyant sur la prétention arbitraire et illégitime qui refuse toute certitude aux données des sens. Son second tort est de confondre les généralisations abstraites que fait la raison sur les données de l'expérience avec les principes que la raison applique dans toutes ses opérations, mais qu'elle ne doit qu'à elle-même et qu'on nomme les idées nécessaires. Cette notion de l'être en soi, qu'est-ce, en effet, sinon une pure abstraction, idée générale sans' doute, mais qui ne représente pas une réalité vraie et adéquate? Cette notion vague et générale de l'être, nous la recueillons, nous la formons, en faisant abstraction, dans l'idée que nous avons, soit des êtres particuliers, soit même de l'Être suprême et nécessaire, de toutes leurs qualités, de tous leurs attributs ; mais, une fois cette abstraction faite, qu'est-ce qui reste, sinon une idée vague, générale et qui ne représente rien de réel? Ainsi î'éléatisme, qui voulait, comme toute philosophie, expliquer la réalité, se servait pour cela de 1 abstraction seule I L'éléatisme devait donc aboutir à la mutilation et non à la science du réel, du vrai, c'est-à-dire des existences véritables et certaines. Il confondait l'abstrait et le concret.

Mais si l'éléatisme est faux comme système, le travail des éléates ne fut pas stérile. Les premiers ils dégagèrent la notion de l'unité, ^ui est indiquée da^s celle de tout être, et qui n'est autre que le principe de substance par lequel nous rattachons toutes qualités à un sujet: 2" en démontrant que rien ne vient de rien, ils conduisirent la réflexion à cette autre formule plus claire et plus positive du même principe, que tout effet, tout phénomène, tout ce qni commence d'exister, a une cause : 3* enfin ils insistèrent les premiers, quoique d'une manière trèsincomplète, sur l'idée d'un être nécessaire, et démontrèrent à l'empirisme l'impossibilité de tout expliquer par l'expérience seule. Voy., pour la bibliographie et les détails de doctrine et de biographie, les articles Parménide, Mélissus,

XÉNOPHANE et ZENON. Fb. R.

EUS et ÊIUËmiIE (ËcoLB D*). Il n'y a pas eu véritablement deux écoles distinctes, l'une d'Ëlis, l'autre d'Érétrie; mais une seule et même école.

ÊMAN

ÏMAN

établie successivement dans le Péloponnèse et dans l'Eubée, a changé de théâtre et de nom, sans changer d'esprit.

Après la mort de Socrate, un de ses plus fidèles disciples, Pbédon d'Ëlis, Tonda dans sa ville natale une école de philosophie dont le nom est resté obscur et dont le rôle n'est pas bien connu. A Phédon succéda Plistanus, à Plistanns Ménédème. Voilà toute l'histoire de l'école d'Élis.

Ménédème d'Érétrie, qui florissait dans la seconde moitié du iv* siècle avant notre ère, fit de sa patrie le siège de l'école dont il était le chef. Ainsi naquit non une nouvelle école, mais un nom nouveau. Ménédème, en effet, n'a pas innové en philosophie, et sa doctrine n'est que celle de ses devanciers. Voici cette doctrine :

Il n'y a qu'un seul bien appelé de différents noms : prudence, courage, justice, et ce bien réside dans l'intelligence, dans cette pénétration de l'esprit qui discerne le vrai du faux (Cic, Acad., lib. II, c. un). Assurément. Ménédème n'avait pas inventé cette doctrine (c'était celle des mégariques, à partir d'Euclide): seulement il l'exposait, dit Cicéron, avec plus de grandeur et d'éclat {uheriua et omatixit).

En dialectique, Ménédème rejetait toutes les propositions négatives, toutes les propositions composées, et n'admettait que les propositions simples et identiques. Son principe, c'était que nulle chose ne peut être affirmée d'aucune autre. Principe et conséquences, tout se trouve déjà dans Stilpon.

De tels emprunts s'expliquent. Le fondateur de l'école d'Ëlis, réfugié a Mégare avec les autres socratiques, y avait suivi les leçons d'Euclide. Un enseignement qui a influé sur Platon luimême pouvait subjuguer à jamais toute autre intelligence. Ménédème, qui a entendu Platon et Xénocrate, n'a pour eux que mépris. Stilpon, son autre maître, est l'objet de son enthousiasme. » C'est un homme libre, > dit-il, et pour lui cela renferme tout.

Ce même esprit philosophique, cette même

Euissance d'invention, caractérisent jusqu'au out les écoles d'Élis et d'Érétrie. Comme Phédon avait répété Euclide, et Ménédème Phédon, les derniers érétriaques répètent Ménédème, représentants ignorés d'une école obscure, qui ne valent que par le nombre, et dont les noms ne sont plus cités.

Aux yeux du philosophe, les écoles d'Élis et d'Érétrie se confondent avec l'école de Mégare, dont elles ne sont qu'un appendice sans valeur. Consultez : D. Henné, l'Ecole de Mégare. Paris, 1843, in-8; — C. Mallet, Histoire de l école de Mégare et des écoles d'Élis et d'Érétrie, Paris, 1845, in-8. Pour les détails de bibliographie, de biographie et de doctrine, voy. les articles Mégarique (école), Phéuon, Ménédèue.

IXB'WICH (Jean Hermann d'), théologien luthérien, né en 1684 à Rensbourg dans le Holstein, mort en 1721. Quoique sa vie ait été courte, il a laissé un grand nombre d'ouvrages qui ne nous intéressent pas. On mentionne ici son nom parce qu'il a publié en 1720 à Wittemberg une édition du livre très-connu de Launoy : de Varia Arisioteli» in Academia parisiensi fortuna, ièik trois fois réédité; il y a ajouté un supplément très-intéressant sous ce titre : de Varia Aristotelis in prolestnntium scholis fortuna. C'est un document liistorique indispensable à l'histoire du péripatétisme au temps de la réforme.

ËKANATION (de ex et de manare, couler dehors). Selon quelques systèmes philosophiques et religieux de l'Orient, tous les êtres dontl'univers se compose, esprits ou corps, ne sont |

qu'une extension, un écoulement et, par conséquent, autant de parcelles de la substance divine; ils sont sortis et sortent éternellement du sein de Dieu, sans le diminuer ni l'épuiser, comme les étincelles sortent de la flamme on comme la lumière se sépare du soleil. Telle est, sous sa forme la plus simple et la plus générale, ce qu'on est convenu d'appeler la doctrine de l'émanation. La comparaison même que nous venons d'employer n'est pas choisie au hasard; elle fait jusqu'à un certain point partie de la doctrine qu'elle sert à éclaircir ; car, partout où elle a pu se faire jour, l'idée de l'émanation se trouve associée aux idées du feu et de la lumière, et nous croyons que cette association étrange n'a pas été prise tout d'abord pour une image, mais qu'elle a eu pour but de représenter la substance des choses comme une sorte de fluide universel, qui, s'échappant avec ordre et mesure d'une source inépuisable; qui, plus ou moins pur, selon qu'il est plus près ou plus loin de cette source, suffit à la génération de tous les êtres. En eflet^ quand voyons-nous paraître pour la première fois^ d'une manière un peu précise, le principe général de l'émanation? C'est immédiatement a la suite du sabéisme ou du culte des astres, dans la Chaldée et dans la Perse régénérées par la religion de Zoroastre. Au culte des astres, qui n'est, a proprement parler, que le culte du feu ou de la Inmière, Zoroastre substitua la croyance supérieure en un principe invisible et infini, d'où sortent également et de toute éternité deux autres principes, dont l'un, le seul qui mérite l'adoration des hommes, est représenté par la lumière, et l'autre par les ténèbres. Ces deux principes engendrent à leur tour divers ordres de puissances animées de leur esprit et formées a leur imago, et enfin tous les êtres dont se compose l'univers. Mais ce n'est là que la première forme, l'expression la plus grossière de la doctrine de l'émanation. Bientôt les personnifications mythologiques di»paraissent ou du moins s'affaiblissent pour faire place aux abstractions métaphysiques. La puissance des ténèbres, ou Ahrimane, n'est plus que la matière ou le dernier degré de l'existence, quelquefois la négation même de l'être ; Ormnzd . ou le génie de la lumière, c'est le principe d'oii découlent tous les esprits et ce qui est propre à l'esprit, l'intelligence, la vie et la force. Enfin, l'esprit et la matière, le principe de l'inertie et le principe de la vie, l'être et le non-être, sortent également d'une substance unique, qui, ne pouvant pas être définie, puisqu'elle ne possède en propre aucun attribut déterminé, est ordinairement appelée le Pire inconnu, ou VlneffabU. ou le Mystère des mystères. C'est avec ce caractère, moitié métaphysique et moitié poétique, moitié spirituel et moitié matériel, que nous rencontrons la doctrine de l'émanation chez les adeptes de la Kabbale et chez la plupart des sectes du Gnosticisme (voy. ces deux mots). 11 faut remarquer que plusieurs gnostiques, entre autres Hanès, avaient été élevés dans la religion de Zoroastre , et que les Juifs, depuis la fameuse captivité de suixante-dix ans, ont eu des relations très-suivies avec la Babylonie et la Perse. On retrouve encore la même doctrine , avec un caractère à peu près semblable, quoique plus grossier, dans une partie de la mythologie des Égyptiens, prubablement née sous 1 influencé de la domination persane. Amoun est le pire inconnu do tous les êtres. Immédiatement au^essous de lui sont deux principes de nature opposée, mais également éternels, et qu'aucun être fini ne saurait représenter : Kneph, qui représente l'inteUigence on

EMPE

EMPÊ

l'esprit, et Âthor, (jai représente la matière, les ténèbres non révélées. De la bouche du premier, c'est-à-dire du sein de l'intelligence, sort le monde, et entre le monde et rintellig:ence, vient se placer l'àmé du monde, le génie du feu, Pbtbas, qui a pour symbole et pour agent immédiat le soleil. Enfin, c'est dans l'école d'Alexandrie (pie la théorie de l'émanation, s'associant aux résultats les plus élevés de la philosophie grecque, est arrivée & toute la perroction dont elle est susceptible. Là ce n'est pas un système de métaphysique qu'il faut deviner, qu'il faut chercher à surprendre dans une théogonie et sous des symboles religieux ; mais c'est la religion elle-même, c'est le paganisme tout entier qui est transformé en un vaste système de métaphysique. Quant à la matière, qui, sous un nom ou sous un autre, joue encore un si grand rôle dans les systèmes précédents, elle est à peu près supprimée, à moins qu'on ue la considère comme le degré le plus intime d'une existence toute spirituelle. Aux yeux de Plotin et de ses disciples, tous les êtres ne sont qu'une extension ou un développement du même être; ils sortent par différents degrés, en formant une chaîne non interrompue de natures subordonnées les unes aux autres, du sein de l'Unité suprême, de l'Un immobile, incompréhensible et ineffable. Immédiatement an-dessous de l'Un, on rencontre l'intelligence qui découle de i'Un, ainsi que la lumière, selon l'expression de Plotin, découle du soleil. Après l'intelligence et après les idées, qui ont ici, sous le nom d'hypostases, une réalite toute substantielle, vient 1 àme du monde, qui, à son tour, est le principe générateur de tous les êtres multiples et contingents. Mais cette àme du monde et le monde lui-même ne constituent pas deux existences substantiellement distinctes; ils ne isont l'un et l'autre qu'une extension de l'intelligence ou de la nature intelligible qui sort éternellement de l'Un ou du premier. En un mot, c'est l'intelligence qui remplace dans ce (ystème la lumière du sabéisme et qui devient la substance universelle des choses. (Voy. Alexandrie, Plotin et Pboclus.)

Il est facile de voir aue la théorie de l'émanatioa, même quand elle a atteint le plus haut degré d'abstraction métaphysique, n'est qu'une des formes du panthéisme; car en supprimant l'idée de cause et de force dans le principe suprême des choses, eile efface toute distinction entre les êtres, et nous les fait concevoir tous, non comme la production, mais comme l'extension nécessaire d'un seul. Il serait faux de dire que tout système panthéiste implique nécessairement le principe de l'émanation, et il nous suffira de citer par exemple l'école d'Elée et la doctrine de Spinoza. Quant à la valeur philosophique du principe de l'émanation, elle ne peut être appréciée qu'avec celle des diSërents systèmes dont ce principe est le fondement commun et auxquels nous avons renvoyé le lecteur dans le cours de cet article.

EKPÊDOCLE d'Agbigentb florissait dans la Lxxxiv* olympiade, vers l'an 444 avant notre ère. Il a d& naître au commencement du v* siècle, au moment où Gélon s'emparait de Syracuse, où Uiéron montait sur le trône d'Agrigente, au plus beau temps de sa ville natale et de la Sicile.

Empédocle ne manquait pas même des dons de la naissance et de la fortune. Méton, son père, était, à Agrigente, le chef du parti populaire. Empédocle, son aïeul, avec lequel on l'a souvent confondu, avait remporté aux jeux Olympiques le prix de la course des chars. Né dans l'opulence, formé aux leçons de Parménidc, .surtout aux leçons des pythagoriciens, qui de

la grande Grèce avaient reflué dans la Sicile» homme de génie du reste, Empédocle était réservé à de grandes destinées. D'ailleurs, comme son père, il s'était montré l'adversaire des tyrans, il avait sauvé la république menacée par une conspiration, et il misait servir ses immenses richesses à soulaiger toutes les infortunes. Ses concitoyens lui offrirent la puissance suprême, il la refusa. Prêtre et poète comme Orphée, médecin comme Hippocrate, physicien comme Démocrite, pour ses contemporains il fut plus qu'un roi, il fut un dieu; Platon et Aristote 1 admirèrent; Lucrèce l'a chanté^ la postérité

fieut lui donner une place parmi les nommes es plus éminents. Citons quelques faits.

Depuis plusieurs jours, une femme était plongée dans la léthargie la plus complète ; tous les remèdes étaient impuissants. Empédocle, par la supériorité de son art, la fit sortir de cet état. On publia, et il fut admis, qu'il avait ressuscité des morts.

IjCS vents étésiens répandaient dans Agrigente toutes sortes de maladies. Empédocle ferma une ouverture placée entre deux montagnes et mit ainsi la ville à l'abri. La multitude imagina qu'il avait recueilli le vent dans des outres, et l'appela, dans sa vénération superstitieuse, celui çut orrite les vents, xcdXutrav^ita;.

La peste désolait Sélinonte. Empédocle fit passer à travers les marais qui entouraient la ville deux courants d'eau qu'il détourna. La peste ayant cessé, l'admiration fut au comble. Sur des médailles dont deux suhsistent encore, Empédocle fut représenté sur le char d'Apollon, d'une main retenant les rênes, de l'autre arrêtant le dieu prêt à lancer ses traits. Quelque temps après, s'étant montré subitement aux Sélinontins rénnis, tous se levèrent d'un mouvement spontané et lui rendirent les honneurs divins.

Empédocle avait provoqué ces hommages autrement encore que par ses bienfaits. Depuis longtemps, il ne paraissait en public qu'au milieu d'un cortège de serviteurs, la couronne sacrée sur la tête, les pieds ornés de crépides d'airain retentissantes, les cheveux flottants sur les épjaules, une branche de laurier à la main. Sa divinité fut reconnue par toute la Sicile. Il la proclama luimême.

• Amis qui habitez les hauteurs de la grande ville baignée sur le blond Acragas, écrivait-il au début d'un de ses poèmes, zélés ohservateurs de la justice, salut 1 Je ne suis pas un homme, je suis un dieu. A mon entrée dans les villes florissantes, hommes et femmes se prosternent. La multitude suit mes pas. Les uns me demandent des oracles, les autres le remède des maladies cruelles dont ils sont tourmentés. » (Diogène Laërce, liv. VIII, ch. lxii.)

Il parle ailleurs de ses secrets pour échapper à la vieillesse, pour exciter ou apaiser les tem-

Îiétes, rendre le temps sec ou humide, rappeler es morts des enfers.

Certainement cette manière de s'emparer des esprits n'est pas très-philosophique; mais, comme nous l'avons déjà dit, Empédocle n'était pas seulement un philosophe. Il entrait dans le rôle qu'il voulait jouer parmi les hommes, et dans les idées mêmes qu41 cherchait à répandre, de frapper l'imagination autant que la raison. L'enthousiasme était d'ailleurs un des éléments de son génie.

Comblé de gloire et déjà vieux, Empédocle quitta la Sicile. Il n'alla pas, comme on le dit, converser avec les mages, moins encore avec Locman, sage de Syrie, contemporain de David, comme l'atlesle un historien arabe ; mais il enseigna la philosophie & Athènes, il visita Thurium,

EMPE

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