ESSE
involontaires, et soit dans leur point de départ, qui est nne affection irrésistible, soit dans leur développement, dont la forme nons est imposée, nous sommes un mot passif, on qni éprouve, et qui connaît qu'il éprouve et ce qu'il éprouve. Kn tant qu'il connaît en divers temps ces faits divers, il est identique, il est un. La connaissance la moins active, la plus involontaire, est l'acte et la preuve d'une unité connaissante.
Mais, quoique déterminé à éprouver et & connaître par une affection qui est donnée; quoique soumis, dans cettt série d'opérations, à un ordre et i des formes immuables, le moi, en la traversant, se sent agir, et comme il agit successivement, et qu'il a conscience de la liaison de ses actes dans un seul et même agent qui est luimême, il se connaît un, il se juge tel, par l'action comme par la passion. Et lorsqu'à l'activité forcée il unit une activité qu'il sent volontaire, ces phénomènes d'activité éminente lui révèlent, ou pluti't lui démontrent, pins pleinement encore, que le sujet de la volonté est un. La notion de son identité, donnée par la conscience, se transforme dans la raison et y devient la notion de l'unité.
Comme pensant, comme voulant, le moi est donc un, et ses volontés, ses pensées, surtout ses sensations, tout cela se manifeste à lui dans un milieu per..'evable ou concevable qui n'a pas la même unité. Sa personnalité, que constitue le témoin intérieur, identique, de tons ces actes, est placée elle-même au sein d'un monde manifesté par une multiplicité de phénomènes différents, les uns dans l'espace, les autres dans le temps. Ainsi, en présence de l'identique et de l'un, est le divers et le multiple. Si ce qui connaît n'était pas un, rien ne serait connu. Si le divers n'eiistait pas, rien ne serait i connaître. La connaissance, vérité primitive de conscience, suppose donc l'un et le divers. L'identité du tout est contradictoire, et l'unité absolue serait le néant dn moi, de la conscience, de la connaissance, de la pensée. Or. si ces choses n'étaient pas, le reste serait comme s il n'était pas. L'identité universelle équivaudrait donc an néant anivcrsel.
Il suit qu'une certaine diversité est la condition de l'être, et que l'unité est la condition de la connaissance. L'être divin qui est connu sera nommé comme on voudra; l'être un qui connatt pourra se nommer esprit
Unité qui connaît et qui vent, c'est ce que la conscience nous révèle en nous. Hais, par une induction naturelle, d'une autorité irrésistible, peut-être d'une certitude démonstrative, le monde entier du divers suppose, dans son existence même, une unité dont la connaissance l'égale. Tout ce qui est est nécessairement connu; car que serait ce (]ui ne serait ni connu ni connaissable? Il existe donc nne unité connaissante, dont la connaissance est universelle et absolue; rien n'empécbe de l'appeler également esprit. D'autres inductions non moins puissantes nous autoriseraient à lui attribuer une volonté en rapport avec sa puissance, une puissance en proportion avec l'existence du monde; mais cette recherche nous mènerait trop loin^ et elle n'est pas de notre sujet. Qu'il nous suffise d'indiquer que l'existence et la connaissance dn tout atteste un être qui connaît tout, et dont l'unité s'égale i l'infini.
En d'autres termes, l'homme est esprit, Dieu est esprit. L'esprit est l'unité intelligente. On
Courrait concevoir l'nnité sans l'intelligence. elle peut-être serait la notion de la force; mais la force n'est pas nécessairement esprit. On ne pourrait concevoir l'intelligence sans l'unité. Cette unité est-elle purement phénoménale, la forme de l'acte intellectuel? Uais alors elle est la forme
de l'être en acte : d'ailleurs les actes intellectuels, divers dans le temps, supposent un agent identique, et l'identité de 1 agent suppose en Ini l'unité suDstantielle. Cet agent connaît ses actes, il se connaît dans ses actes, et ces actes ne seraient
Sas des actes d'intelligence, s'ils n'étaient connus e lui. Penser n'est que se connaître intelligent, et, pour l'être intelligent, c'est se sentir être. D'oii nous tirons cette définition de l'esprit : Une substance simple ayant conscience d'elle-même.
ESSENCE (de et$entia, introduit pour la première fois dans la langue latine par Cicéron et formé du verbe esse, être, à l'imitation du grec (oùoia), qui dérive de la même manière de eivai, rinfimtif du verbe être dans la langue grecque. — En allemand, essence se traduit par wesen, qui est dans un rapport à peu près semblable avec le verbe être [sein), ainsi que le prouve le participe passé {gewesen). — Dès les premiers pas que l'on fit dans la métaphysique, on ne tarda pas à s'apercevoir qu'il y a dans chacun des êtres dont l'nnivers se compose deux sortes d'éléments bien distinctes : les uns sont mobiles, variables, fugitifs, multipliés à l'infini, ne faisant que paraître et disparaître ; les antres permanents, identiques, toujours semblables i eux-mêmes, constituent le fond et l'unité de chaqne existence. On a appelé les premiers des accidents (<iv|tte£i|xoTa); on a donné aux derniers le nom d'<Mene< (oùaia). Le mot essence avait donc autrefois, dans la métaphvsique des Grecs, une signification plus étendue et en même temps plus nette qne dans la nêtrej il désignait le contraire des accidents on des simples phénomènes, c'est-à-dire le plus haut degré de realité et de durée, ce qui constitue le fond même de l'être, soit en général, soit dans chaqne existence en particulier ; il ne s'appliquait pas moins à la substance qu'à la qualité la plus invariable, à ce que nons appelons aujourcPhui plus particulièrement du nom d'essence. En effet, pour Platon comme pour Aristote et pour les philosophes qui ont marché sur leurs traces, l'essence, c'est tout ce qui est véritablement, ce qui dépasse la sphère de l'observation des sens et n'est connu que par la raison, ce qui occupe le premier rang dans la parole, dans la pensée et dans le temps (Métaphysique, liv. IV, en. vm). Platon la fait consister dans les idées, parmi lesquelles on voit figurer l'unité de l'être, c'està-dire ce qne nous appelons la substance. Pour Aristote. elle est la première des catégories, c'est-à-dire la plus nécessaire parmi les conceptions de notre entendement, et le nom qui lui est consacré (ovotoi) s'applique également à ces trois choses : 1* à la forme, c^est-à-dire aux qualités qui constituent la nature spécifique de chaque être, les qualités qui nous représe.itenl le gjenre et l'espèce, et dont l'énoncé est l'objet propre des définitions; 2* à la matière, dans laquelle les qualités nous apparaissent d'une manière sensible, au substratum on sujet (Cijcoxeiixevov) par lui-même indéterminé, auquel vient s'appliquer la forme comme le cachet s'imprime dans la cire ; 3* à l'être concret ou à l'individu (<Tûvo>.ov) formé par la réunion des deux éléments précédents, ou plutôt dans lequel ces deux éléments ont une véritable existence. Ainsi tout le monde tombait d'accord sur la signification du mot; mais on était divisé sur la nature de la chose. Pour le chef de l'Académie, les essences, comme nous l'avons déjà dit, ce sont les idées r
ce qu'il y a de plus général, de plus universel, de plus abstrait dans la pensée, c'est précisément ce qu'il y a de plus réel dans les choses. Au contraire, selon le fondateur du Lycée, ce qu'il y a de plus réel, ce qui contient an plus haut