‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 5)Chapitre 98 sur 156 · ELLE · texte numérisé non relu

ELLE

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ment du grossier sensualisme de l'école de Cvrëne. Elle avait du crédit, à c6té de celle de Platon, et le devait surtout au mérite de son auteur. « On croyait à ses théories à cause du caractère et de la vertu d'Eudoie, plutôt que par leur vérité propre. Il passait pour un (personnage d'une éminente sagesse, et il semblait soutenir ses opinions, non pas comme un ami du plaisir, mais parce qu'il était sincèrement convaincu de leur justesse. > ÉlhigueàNicomaque, X, 2.

Quelques critiques ont cru devoir supposer qu'il y a eu deux Eudoxe, et que l'astronome n'est pas le même (jue le philosophe. Cette distinction n'est justitiee par aucun texte. Uais il ne faut pas confondre, comme plusieurs écrivains de l'antiquité, le disciple de Platon avec un géographe du même nom, auteur du r>!; neptoôo;, ouvrage cité par beaucoup d'auteurs et qui a dû être composé vers 2à5 avant J. C.

Voy. Aristote aux lieux indiqués ci-dessus; — Platon, Lettre XIII (apocryphe) ; — Diogène Laérce. VIII, 86 ; — Cicéron, de liepubtica, I, 14 ; de Dimnatione, II, 42; — Aulu-Gelle, liv. XXII, 21. E. C.

Exn^IXt (Léonard) naquit à Bàle, le 15 avril 1107. Dès sa jeunesse, il étudia sous Jacques Bernouilli- tes sciences malliématiques où l'appelait sa vocation naturelle, et qui, après avoir occupé la plus grande partie de sa vie, devaient lui donner ses meilleurs titres à la gloire. Appelé tour à tour à Berlin (1741 à 1766), où il écrivit pour la nièce du roi de Prusse, Mme la princesse d'Anbalt-Dessau, les fameuses Lettres à une princesse d^ Allemagne, puis à Saint-Pétersbourg, où il resta jusqu à sa mort, il consuma dans l'étude des sciences et dans la composition de ses nombreux ouvrages, une des plus laborieuses, des plus honorables et des plus lé;: ondes carrières qui aient été parcourues. Le 7 septembre 1783, il cessa, dit Condorcet, de calculer et de vivre.

Les immenses travaux, les belles découvertes qui ont illustré le nom d'Euler dans la géométrie et dans la physique, sont depuis longtemps appréciés à leur juste valeur par les hommes versés dans ces hautes matières. Ce ne serait pas ici le lieu de retracer, après Condorcet, la carrière scientifique de ce génie, qui simplifia toutes les méthodes, cultiva et étendit toutes les branches du calcul, et marqua, pour ainsi dire, d'une empreinte lumineuse les objets sans nombre où il appliqua sa pénétrante intelligence et son inépuisable activité. Si la place de ce grand analyste reste pourtant au-dessous de celle des géomètres créateurs du zvii* siècle, les Descartes, les Newton, les Leibniz, elle parait fixée, bien glorieusement encore, par l'admiration unanime des savants, entre Daniel Bernouilli et d'Alembert.

La plupart des grands ouvrages d'Euler, consacrés exclusivement à l'analyse mathématique, ne nous montrent en lui que le géomètre. Les Lettres à une princesse d'Allemagne nous révèlent seules le philosophe. C'est ce côté des travaux d'Euler, le seul dont l'exploration soit opportune ici, que nous voudrions mettre en lumière.

L'époque où écrivait Euler n'était point une époque heureuse pour la philosophie. L'Aneleterre était toute à Locke et à Hume, c'est-à-aire & l'empirisme et au scepticisme ; la France s'enchainait à l'esprit de Voltaire, c'est-à-dire encore à la philosophie du doute uni à celle des sens. En Allemagne, Leibniz n'était plus ; et Kant, encore endormi de le sommeil dogmatique dont le réveilla David Hume, ne paraissait point encore. Depuis Newton, le cartésianisme pur était décrié

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dans tonte l'Europe. La philosophie de Leibniz, réduite en système, mais déjà altérée et comme desséchée sous le formalisme de Wolf, se corrompait chaque jour davantage entre les mains de disciples inintelligents, mille fois plus dangereux pour elle que ses plus mortels adversaires.

Les Lettres à une princesse d'Allemagne nous présentent le spectacle animé de ce tnmps de crise, d'épuisement et de dissolution. Euler s'y montre l'ennemi déclaré des wol/iens, comme il les appelle. Il combat avec force, avec passion, la monadologie et l'harmonie préétablie, vastes conceptions du génie qui se rapetissent singulièrement sous sa main et auxquelles il n'épargne pas, au milieu des accusations les plus injustes, des sarcasmes peu dignes d'un esprit si grave. Du reste, Euler ne prétend pas substituer un nouveau système à celui de Leibniz. Occupé d'autres objets, dominé d'ailleurs par l'esprit de son temps, il se défie des systèmes; s'il en adoptait un, plutôt que de suivre Leibniz il remonterait jusqu'à Descartes, et essayerait une sorte de cartésianisme mitigé, où la métaphysique des Mddilalions et des Principes, dégagés du cortège décrié de la théorie des tourbillons, viendrait se mettre en harmonie avec les progrès nouveaux de l'observation et du calcul.

II ne faut point demander aux Lettres à une princesse d'Allemagne ce qu'elles ne contiennent pas, ce qu'Euler n'y pouvait pas et n'y voulait pas mettre, c'est-à-dire un système entier de philosophie. Mais il no faut point croire, non plus, que les vues philosophiques qu'on y trouve (à et là répandues manquent absolument d'unité. Ce qui frappe l'esprit au premier abord, eu lisant l'ouvrage d'Euler, c'est son opposition décidée, ardente, au leibnlzianisme. Or, le secret de cette opposition est justement dans les vues propres d'Euler sur la nature et la communication des substances, lesquelles heurtaient, en effet, de front toute la philosophie des monades.

Euler avait beaucoup médité sur la question, si grave pour un physicien philosophe, de l'essence des corps. Descartes, comme on sait, et avec lui Malebranche et Spinoza faisaient consister l'essence des corps dans la seule étendue, comme celle des esprits dans la seule pensée; et de même que l'appétit, le désir, l'imagination et la volonté elles-mêmes n'étaient, aux yeux de cette école, que des modes de la pensée, toutes les propriétés réelles des corps se pouvaient déduire de l'étendue avec une rigueur mathématique.

Euler attaque avec force et réfute solidement cette théorie de l'essence des corps. Mais, en vérité, il n'y avait pas grande peine, ni, par conséç[aent, grand mérite à démontrer, après Leibniz, que l'étendue réduite à elle seule et destituée de tout principe d'activité, se confond avec l'espace géométrique et abstrait, avec !e vide, et ne saurait constituer aucun être effectif.

Euler établit donc la nécessité de reconnaître dans les corps une nouvelle qualité essentielle, qu'il appelle Vimpénétrabilité. Mais ici il s'écarte beaucoup au sens profond de Leibniz. L'impénétrabilité n'est pas pour lui une force véritable, unprin;:ipe d'activité réelle; car il va bientôt y joindre l'inertie^ comme propriété aussi essentielle à la matière que l'étendue et l'impénétrabilité elles-mêmes. L impénétrabilité d'Euler est une sorte de propriété géométrique et logique : c'est l'impossibilité que deux corps oocupeut le même lieu. Pourquoi cela? 11 n'y a pas de pourquoi, suivant Euler ; c'est la nature des choses.

Le problème de la nature des corps ainsi ré-

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