‹ Dictionnaire des sciences philosophiquesChapitre 101 sur 135 · PRIES · texte numérisé non relu

PRIES

vidions les plus nobles et les plus fortes. Sous ce rapport encore , il est on vrai disciple de Kant. Son ronnan de Juliuê et Èvagoraê est une œuvre remarquable par Télévation des sentiments qui y régnent.

£a métaphysique, Pries ne reconnaît qu'une certitude subjective* G*est là la base de sa doctrine : tout le resle n'en est que le développement. Le sujet connaissant ne peut jamais se comparer qu'à luimême] il peut bien rechercher si ses idées sont ou ne sont pas d'accord entre elles; mais il ne peut raisonnablement se demander si elles sont d'accord avec quelque chose d'extérieur à lui. Nous ignorons comment nous pouvons être en rapport avec un objet qui n'est pas nous, comment nous en sommes affectés , comment nous pouvons agir sur lui. La connaissance porte uniquement sur ce qui est en nous : elle n'est qu'une connaissance de soi-même. Kant a donc eu tort, suivant Pries, de rechercher la valeur objective des connaissances intuitives des sens par l'application du principe de causalité. 11 lui reproche encore de n'avoir pas assez nettement établi le rapport qui doit exister entre ses trois Critiques, de n'avoir pas fait ressortir l'unité absolue de conscience qui doit régner entre les objets également absolus de ces trois grands ouvrages. Peut-être que Pries ne s'est pas assez rappelé la préface de la Critique du Jugement,

La vérité de nos connaissances, suivant Pries, n'a rien de commun avec leurs rapports aux objets ; c'est une question d'accord entre ellesmêmes. De plus, loule connaissance véritablement primitive est vraie, et la raison est infaillible en ce sens. De là un idéalisme sceptique, qui défend de porter un jugement décisif sur quoi que ce soit de réel , qui se renferme exclusivement dans les lois de la pensée. Ainsi, le principe de la permanence des substances ne prouve absolument rien quant aux substances considérées en elles-mêmes; il n'indique qu'une façon de concevoir nécessaire dans une raison finie telle que la nôtre. 11 en est de même du principe de causalité. D'où l'on conclut que l'existence de Dieu ne se démontre pas , mais seulement qu'elle est crue de toute raison finie.

Jusque-là, rien de bien original dans la doctrine de Pries. Mais il prend une physionomie plus caractérisée, lorsqu'il gradue la connaissance, et qu'il distingue et superpose, pour ainsi dire, le savoir, le croire cl ]e pressentir. Ici se montre le disciple de Jacobi.

Le savoir se fonde toujours immédiatement ou médiatement sur l'intuition. Nous demander si nous savons quelque chose, c'est rechercher si la vérité d'une connaissance a sa raison dans l'enchaînement nécessaire de notre intuition sensible : c'est là ce qui constitue le savoir médiat. Mais lorsqu'il s'agit de nos idées rationnelles ou des différents états de notre àme, par exemple de l'idée de beauté, des sentiments de respect et d'amour, notre savoir est réfléchi, certain, immédiat; c'est le savoir accompagné de croyance. Le pressentiment, supérieur à ce savoir et à la croyance elle-même,est aussi un jugement primitif dont la certitude parfaite arrive à la conscience sans se fonder sur une perception, comme dans l'intuition du savoir, ou sur une notion, comme dansia croyance imniédiate aux sentiments et aux idées de la raison. Nous savons donc, au moyen de l'intuition des sens et des notions de l'entendement, comment l'existcncedes clK;srsnous6r/)j>arai^ dans la nature ; nous croyoïM^d'après

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les idées de la raison, & Vêêsence étemelle des choses de pure raison, telles que le beau, le vrai, le bon, et nous pressentons dansie sentimenl TexisteDce des choses en elles-mêmes, pressentiment qui n*est ni perception ni notion.

Nous pourrions insister davantage sur cette distinction; mais elle n'en deviendrait ni plus radicale, ni plus claire, ni plus vraie. En donnant plus de précision à sa pensée, pour mieux faire ressortir ces trois degré de la connaissance, nous risquerions de la fausser. D'ailleurs, comment la foi ou le pressentiment, qui semble être la faculté de la connaissance objective dans le système de Pries, se concilie-t-elle avec ridéalisme ou le mode de connaître tout subjectif que notre philosophe a commencé par établir? Comment le disciple de Jacobi peut-il se mettre d'accord aVec celui de Kant? Cette difficulté de concilier Pries avec luimême a déjà été signalée par M. H. Pichle, qui le représente aussi comme édifiant d'une main et détruisant de l'autre.

Pries a beaucoup écrit; voici la liste de ses principaux ouvrages philosophiques : Reinhold, Fichte et Sehelling, in-8% Leipzig, 1803, in-8**. Halle , 1824 ; — Théorie philosophique du droit , et critique de toute législation positive , in-8'', Leipzig, 1804; — Système de ùiphi^ losophie, considérée comme science évidente, in-8'', ib. , 1804; — Savoir, foi et pressentiment, in-8'', léna, 1805; — Critique nouvelle ou anthropologique de la raison, 3 vol. in-^*", Heidelberg, 1807-1828; — Nouvelles doctrines de Fichte et de Sehelling sur Dieu et le monde, in-8*', ib., 1807; — Système de la logique, et Esquisse de la logique, in-8*, ib., 1811-1828; — Delà philosopnie, du genre et de Vart allemands; un Vœu pour Jacobi contre Sehelling, in-8*, ib., 1812; — Manuel de philosophie pratique, 1. 1*', comprenant Véthique générale et la théorie philosophique de la vertu, in-8*', Leip7Jg, 1818 ; — Manuel (^anthropologie psychique, 2\o\. in-8% léna, 1820, 1821 et 1837; — Philosophie mathématique de la nature, in-8'', Heidelberg, 1822 ; — Les doctrines de Pamour, de la foi et de Vespérance, ou points principaux de la morale et de la foi, in-S**, ib., 1823; — Système de métaphysique, in-8'', ib., 1824; — Julius et Evagoras, ou la Beauté de Idme (roman philosophique), 2 vol. in-6% Heidelberg , 1822 : le premier volume du Manuel de philosophie pratique ou de Théologie philosophique contenait l'éthique générale ou la morale philosophique; le second, qui a paru à Heidelberg, 1832, in-8^', contient la science philosophique de l'État ou la politique, la philosophie de la religion ou la théorie des fins dans le monde, et l'esthétique ; — Histoire de la philosophie, exposée d'après les progrès de ses développements scientifiques, t. i*', in-8% Halle, 1837. — Divers articles philosophiques du même auteur ont été insérés dans les Etudes, recueil publié par Daub et Creuzer. J. T.

FÎJLLEBORIV (Georges-Gustave) , né à Glogau, en 1769, professeur de latin , de grec et d'hébreu à Breslau , a publié un recueil précieux. On y trouve une foule de dissertations remarquables sur difTérents points de l'histoire de la philosophie. Outre ce recueil intitulé Memoirespour servir à Vhistoire de la philosophie , 3 vol. en 12 cahiers in-8'', Zluilichau et Preystadt, 1796, Pullebom a fait paraître aussi quelques leçons de philosophie dans la Revue mensuelle de Silésie (cah. 6, 7 et 9). 11 mourut en 1803. X.

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