‹ Dictionnaire des sciences philosophiquesChapitre 102 sur 135 · GALE · texte numérisé non relu

GALE

fiALE (Théophile) ) presbytérien anglais, né en 1628, i KingV Telguton, dans le DeTonshire, et mort en 1678 à Holboln . pastenld'dne congrégation secrète de nbn-conformistes , fdt le ibndatear de tëtte école moitié théologique , moitié philosophique, moitié païenne et inoitié chrétienne, en tons cas plus érudite que savante, qui cotnpiait dans son sein Cudworth, Henri Morus, Thomas Gale, et qu'on a coutume d'appeler I*écote platonicienne d'Angleterre. La lecture du livre de Grotius. de la Vérité de la religion chrétienne^ inspira à Théophile Gaie ridée ueson premier ouvrage, The court oftheûentiles {Aula deotufn gentilium, in-8', Londres, 1676), où il s'efïbrce de prouver que tout ee que nous admirons chez les sages du paganisme est un emprunt fait à la révélation ; qu'ils ont puisé à cette source les éléments les plus essentiels de leur théo1ogie,de leur philosophie, et jusqu'aux mots dont ils se servaient pour exprimer leur pensée. D'après cela on pourrait croire que la philosophie doit disparaître du nombre des sciences, et que la théologie seule, sévèrement renfermée dans les textes de l'Ecriture, doit être appelée a résoudre tous les problèmes qui intéressent la pensée humaine. Il n*en est rien cependant. Gale croyait, avec saint Jbstin et saint Clément d'Alexandrie, qtle la parole de Dieu fut révélée aux hommes de diverses manières et a différentes époques, et qu'il faut savoir la relrouTcr et la reconnaître partout où elle existe , si l'on veut avoir la vraie philosophie. De là l'éclectisme ; mais un éclectisme sans fhmchise et sans liberté, toujours subordonné à des croyances théologiques. L'école d'Alexandrie paraissait h Gale le meilleur modèle à suivre pour arriver à ce résultat. D'ailleurs la doctrine d'Alexandrie est, selon lui, Tinterprélation la plus légitimé de celle de Platon, et Platon, plus qu'aucun autre philosophe de l'antiquité païenne, a puisé aux sources de la révélation. 'Toutefois le néoplatonisme alexandrin, soumis an contrôle de la Bible, ne suffisait pas à noire théologien-philosophe ; il y ajoutait encore les idées kabbalistiqucs interprétées pat Keuchlin et Pic de la MIrandole. C'est dans cet esprit qu'il a écrit son second OMXTùfic, Philosophia universalis (in-8% Londres, 1676), composé de deux parties : dans la première 11 retrace l'origine et l'histoire de la philosophie, principalement de la philosophie platonicienne; dans la seconde il expose son propre système tel que nous venons de l'esquisser à grands traits. — C'est Tinfluence de Théophile Gale qui a S oossé Thomas Gale, plus philologue que philosophe , à publier les tu^tères dee Egyptiens , attribués à Jamblique, et la lettre de Porphyre à Anébon. X.

GALIEIV. Personne n'ignore quelle est la place de Galien dans l'histoire de la médecine ; mais on connaît moins bien le rôle qu'il a joué dans les destinées de la philosophie. Les historiens même de cette science en ont a peine parlé ^ le souvenir rapide et superficiel qu'ils ont consacré au mé-

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decin de Pergame ne nous apprend rien de certain sur ses doctrines et sar son influence. Cependant rien n'est plus injuste qu'un tel oubli. Entraîné dès sa jeunesse vers la philosophie par une vocation naturelle et décidée, Galien n'a jamais séparé Tétude de cette science de Tétude de la médé~ cine, et poussa même si loin cette alliance, qu*il composa des traités philosophiques à Tusage particulier des étudiants en médecine. Critiqué et historien plutôt encore que philosophe dogmatique; n'ayant pas toujours une doctrine bien arrêtée ; trop souvent incertain et en contradiction avec lui-même y soit par caractère, soit par principe; éclectique en philosophie plus encore qu'en médecine , mais de cet éclectisme eu quelque sorte matériel, qu'on a appelé le syncrétisme; dialecticien comme Aristote , dont il suivit presque tous les principes logiques et atiqUel il doit la disposition méthodique de ses ouvrages; psychologue comme Platon, qui lui a fourni ses plus belles inspirations sur la nature et sur la vie, Galien occupe une place à part dans Thistoire de la philosophie. Les Arabes surtout lui doivent peut-être autant comme philosophe c^ue comme médecin. On a comparé Galien à Aristote : cette comparaison est juste, si l'on tient seulement compte des connaissances encyclopédiques des deux écrivains, de leur esprit d'observation et de leur influence au moyen Age ; mais elle ne soutient pas l'examen , si l'on considère la direction générale de leurs idées , la trempe de leur génie, et, si l'on peut s'exprimer ainsi , leur valeur intrinsèque.

Galien (Claude) naquit l'an 131 de notre ère à Pergame, en Asie, soug le règne de l'empereur Adrien. Son père , nommé Nlcon , architecte trèsdistingué, possédait des connaissances étendues en mathématiques, en astronomie, en philosophie, et jouissait, en outre, d'une fortune considérable. Premier précepteur de son fils , il ne cx)ntribua pas peu à lui inculquer de bonne heure l'amour de toutes les sciences qu'il cultivait lui-même , surtout le goût des mathématiques, qu'on est un peu étonné de rencontrer chez un médecin , ce qui lui attira même quelquefois , ainsi qu'il nous l'apprend , les railleries de ses confrères. Dès Vftge de quatorze ans, Galien fut envoyé aux écoles de philosophie, qu'il fréquenta toutes en même temps. Nicon accompagnait partout son fils et lui servait de répétiteur. Ce fut à l'âge de dix-sept ans que, d'après un songe de son père , Galien se décida à embrasser la médecine , et se consacra dès lors tout entier à l'étude de celle science. Il avait un go&t prononcé pour les voyages; mais il n'en fit aucun sans un but vraiment scientifique. En l'an 16i il vint à Rome, où il passa la plus grande partie de sa vie , exerçant son art avec un succès presque inouï, rédigeant ses nombreux et immortels ouvrages , souvent en butte à l'envie de ses confrères, et cependant honoré par eux et par ses contemporains comme un des plus savants médecins de s.>n siècle. On ne connaît ni le lieu ni la date précise de la mort de Galien : on ém seulement qu'il parvint k un Age très-avancé.

Le nombre des écrits philosophiques de Galien était considérable ; mais la plupart ne sont pas arrivés jusqu'à nous, et cela se conçoit aisément par le peu d'importance qu'on devait leur accorder, en comparaison de ceux d'Aristote. Presque tous ses livres se rapportaient k la logique et à la dialectique, quelques-uns à la morale, et les autres, presque entièrement historiques, renfermaient l'exposition critique des

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quatre principaux systèmes suivis alors. C'est dans cette dernière classe que se rauge un fragment sur le Timée de Platon, publié seulement en latin, et le fameux traité des Dogmeê d^Hippoerate et de Platon en neuf livres, dont malheureusement nous avons perdu le commencement. Galien a, en outre, composé plusieurs écrits sur les mathématiques dans leur application à la philosophie, entre autres un livre intitulé que la Dénumstration géométrique est préférable à celle dee etotciem.

Malgré cette même prédilection , et peut-être à cause de cette prédilection pour les mathématiques, Galien, comme on en sera bientôt convaincu par l'exposé de ses doctrines, montre peu de rigueur dans ses recherches relatives à la philosophie : choisissant, dans les systèmes les plus célèbres, les idées qui lui offrent un certain degré de probabilité, il en poursuit les conséquences par le raisonnement , sans trop s'inquiéter de savoir quelle est la valeur de ces idées considérées en dles-mèmes, quelle en est la portée et la signification exacte, quelles sont les relations qui existent entre elles.

Privés, comme nous Tavons dit, de la plupart des livres de Galien, nous allons essayer de faire conidlre, à l'aide de ceux qui nous jrestent, ses opinions touchant les points les plus importants de la science philosophique, telle que les anciens la comprenaient. Nous exposerons donc successivement les théories de Galien sur la nature en générai , sur la nature particulière de Tàme et de ses facultés, puis les principes fondamentaux de sa morale, ce qu'il a sjoutéà la logique d Aristote, et enfin les avantages qu'on peut retirer de la lecture de ses œuvres pour Thistoire de la philosophie.

1**. Opinion de Galien eur la nature. — Rien n'est plus confus que la doctrine de Galien sur la nature : ici il en fait une force , et là un être; tantôt il entend ce mot dans le sens universel, tantôt dans le sens particulier : aussi est-il très-difficile, pour ne pas dire impossible, de tirer quelques notions générales des diverses définitions que nous trouvons dans ses nombreux ouvrages, où les opinions de ses devanciers sont presque toujours placées à côté de celles qui lui sont propres. Ainsi, Galien admet dans plusieurs passages la définition que Ton retrouve le plus souvent dans les écrits hippocratiques , c'est-à-dire que la nature est la substance universelle formée par le tempérament des quatre éléments, quelquefois des quatre humeurs. Ailleurs elle est « la substance première qui forme la base de tous les corps nés et périssables, » ou bien une force, une faculté mise en nous, et qui gouverne le corps. Dans le livre mr le Tremblement, la Palpitation, etc., il dit, en parlant de la chaleur innée : « La nature et l'&me ne sont rien que cela; de sorte que vous ne vous tromperez pas en les regardant comme une substance qui se meut elle-même et se meut toujours. — Il n'est personne de si stupide, dit -il ailleurs {de la Formation du fœtus, c. 6), qui ne comprenne qu'il y a une cause de la formation du fœtus; nous la nommons tous nature, sans savoir quelle est sa substance ; mais, comme j'ai montré que la construction de notre corps indique la sagesse et la puissance sublime de son créateur, je prie les philosophes de m'indiqoer si celui qui l'a fait est un Dieu puissant et sage, qui délibère d'abord comment il convient de construire le corp|S de chaque animal, et qui détermine ensuite la force par laquelle il

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poorra construire ce qu'il se proposait , on si c'est ane antre âme (^^x^ irtpx) différente de celle de Dien. Ils diront que la substance de ce qn*on appelle nature, qu'elle soit corporelle ou incorporelle, n'atteint pas cette sagesse sublime , puisque , selon eux, il est|impossib]e de prouver qu'elle puisse agir avec tant d'art dans la formation dn fœtus. Mais quand nous entendons dire cela à Epicure et à ceux qui croient que tout se fait sans Providence , nous ne les croyons pas. »

Ce qu'il y a de plus clair dans les idées de Galien sur la nature, c'est qu'il admet, avec Platon et Aristote, le principe des causes finales. Ce principe qui revient à chaque instant dans ses œuvres , et qu'il applique à tons les détails de l'organisme et de la vie, est aussi la' preuve sur laquelle il s'appuie pour reconnaître, au-dessus de la nature, un être infini en sagesse, en bonté et en puissance. Le passage où il exprime cette conviction {dt VVêage et de rutilité des parties, liv. m), est devenu classique, et mérite d'être reproduit ici.

« Pourquoi disputerais-je plus longtemps avec ces êtres dépourvus de raison (les blasphémateurs) ? Les personnes sensées ne seraientelles pas en droit de me blAmer et de me reprocher à juste titre de profaner le langage sacré qui doit être réservé pour les hymnes à l'honneur du créateur de Tunivers. La véritable piété ne consiste pas à immoler des hétacombes, ou à brûler mille parfums délicieux en son honneur, mais à reconnaître et à proclamer hautement sa sagesse , sa toute-puissance, son amour et sa bonté.... Le père de la nature entière a prouvé sa bonté en pourvoyant sagement au bonheur de toutes ses créatures , en donnant à chacune ce qui peut lui être réellement utile. Célébrons-le donc par nos hymnes et nos chants ! Il a montré sa sagesse infinie en choisissant les meilleurs moyens pour parvenir à ses fins bienfaisantes , et il a donné des preuves de sa toute-puissance en créant chaque chose parfaitement conforme à sa destination. C'est ainsi que sa volonté fut accomplie. »

Mais, tout en proclamant la tonte-puissance divine, il croit, avec toute l'antiquité païenne, qu'elle ne peut agir qu'en se soumettant à certaines conditions inhérentes à la matière éternelle. « C'est là, dit-il, ce qui distingue lopinion de Moïse de la nôtre, de celle de Platon , et de tous les (irecs qui ont bien traité la science de la nature. Car pour Moïse, il suffit que Dieu veuille arranger la matière , et elle est de suite arrangée. Il croit que tout est possible à Dieu , quand même il voudrait changer de la cendre en cheval ou en bœaf. Nous ne pensons pas ainsi ; mais nous croyons qu'il y a des choses naturellement impossibles, et que Dieu ne touche pas à ces choses-là^ mais qu'entre les choses possibles il choisit le meilleur. »

2**. Opinion de Galien mr Vime humaine. — Malheureusement Galien ne sait pas suivre longtemps le même ordre d'idées. L'indécision que nous avons trouvée chez lui , quand il essaye de nous faire comprendre ce qu'est la nature en général , ce qu'est chacune des forces dont elle fait usage, se reproduit à propos de la nature particulière de Tàme et de ses facultés. L'Ame est-elle une substance matérielle ou immatérielle? Galien n'ose pas se prononcer, déclarant qu'il lui est impossible d'arriver sur ce point à une démonstration évidente. 11 est résolu à rester neutre entre les deux solutions contraires, entre le spiritualisme et le

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matérialisme , et se console de cette incerlitude par la réflexion peu philosophique qoe la connaissance de ces choses n est pas absolument nécessaire pour l'acquisition de la sanlé ou des vertus morales {de Subsi. facuU. nat., t. iv, p. 760 et suiv.).

Cependant, à la manière dont il entend la définition qu'Aristotea donnée de l'âme , il est facile de voir qu'il incline beaucoup pins du cùté du matérialisme. Selon lui, en effet, cette fameuse proposition : Udme têt Itntéléchit d'un corps naturel qui a lame en puissance y signifie positivement qup les facultés de Tâme suivent le tempérament du corps , et que TAme elle-même est formée par le mélange de ces quatre qualités 'primitives des corps : le chaud, le froid, le sec et l'humide.

Avec une telle façon de penser, il ne pouvait accepter limmortalité de TAme, ou plutôt de la partie pensante de l'Ame, enseignée par Platon. « Si Platon vivait encore, dit-il, je voudrais surtout apprendre de lui pourquoi une perte abondante de sang, de la cigu(^ prise en boisson , ou une fièvre ardente, sépare l'Ame du corps; car, selon Platon , la mort arrive quand l'Ame se sépare du corps. » 11 ne saurait comprendre, dit-il un peu plus loin {ubi supra, p. 776) , que l'Ame, si elle n'est pas quelque chose du corps, puisse s'étendre par tout le corps.

£t cependant c'est justement la doctrine de Platon sur le siège , les divisions et les facultés de l'Ame, qui a inspiré à Galien la profonde admiration qu'il professe pour lui^ car il l'appelle le prince des philosophes. Les sept premiers livres que Gaiien a écrits sur les Opinions d^IIijfpocrate et de Platon servent uniquement à exposer la doctrine de Platon sur les trois Ames de l'homme , doctrine attribuée aussi à Hippoerule et empruntée en partie aux pythagoriciens. II défend à outrance celte Ihéorie contre Aristote et contre les stoïciens, qui n'admettaient qu'une seule Ame dont le siège est dans le cœur.

3**. Morale de Galien. — Conséquent avec lui-même, au moins sur ce point, c'est encore à Platon que Galien emprunte la partie essentielle de sa morale. On reconnaîtra sans peine dans le passage suivant {Opinions d'Hippocrate et de Platon, liv. i, c. 1) la théorie des quatre vertus cardinales, qui a passé, comme on sait , de Platon aux stoïciens hétérodoxes : « Si le meilleur est un , si la perfection est une, il est nécessaire que la vertu de la partie rationnelle de l'Ame soit la science, et si cette partie rationnelle existe seule dans nos Ames, il ne faut pas chercher d'autres vertus. Si , au contraire , il y a en outre l'Ame courageuse , il est nécessaire qu'il y ait également une vertu correspondante. De même, s'il y a une troisième Ame, c'est-à-dire la concupiscente, trois vertus se succéderont également , et il y aura de plus une quatrième qui natt de la relation des trois autres entre elles. » C'est encore un principe platonique que Galien exprime, lorsqu'il dit {Quod animi mores corp. temp. seq., c. 2} «que, par noire nature, nous aimons, nous désirons le bien; qu'au contraire nous ahhorrous, nous haïssons et nous évitons le mal. 0 En même temps, par une contradiction inexplicable, il accumule les preuves et les témoignages pour démontrer que les mouvements de l'Ame suivent en général ceux du corps, et que presque toutes les opinions sont le résultat d'une disposition physique. Il en est de même , selon lui, du vice et de lu vertu. «Tous, dit-il {ubi supra ^ c. li), ne sont pas ennemis de la justice, ai tous amis de la justice par leur

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