‹ Dictionnaire des sciences philosophiquesChapitre 103 sur 135 · ALIEN · texte numérisé non relu

ALIEN

nature; car ces deux espèces d'hommes sont ainsi faits par le tempérament de leur corps. » Un peu plus loin ^ il s'écarte encore davantage de la doctrine platonicienne, en soutenant que presque tous les enfants sont mauvais , et qu'un très-petit nombre seulement d'entre eux sont disposés à la vertu. Pour pallier une contradiction aussi choquante , il reconnaît dans l'homme trois penchants naturels qui se développent successivement et correspondent aux trois âmes dont nous avons parlé un peu plus haut :.]e premier de tous est le goût du plaisir, qui a son siège dans Tàme concupiscente ; puis vient le penchant qui nous porte à la victoire, et dont le principe est Tàme courageuse ; enfin le dernier, cest l'amour du bien et du beau, entièrement réservée l'âme rationnelle. Mais cette hypolbèse ne remédie à rien, puisque nous apprenons ailleurs (ubi $upra, c. k) que l'âme rationnelle est, comme les deux autres, subordonnée au tempérament du corps. Du reste, il croit avec Aristote que les vertus, du moins celles qui ne dépendent pas exclusivement de la raison , s acquièrent par l'exercice; que le bien consiste à savoir garder un juste milieu entre deux passions contraires, et qu^enOn les avantages de l'âme ne suffisent pas à notre bonheur^ qu'il y faut joindre, dans une mesure convenable, les biens extérieurs. W*. Influence de Galien sur la logique, — U nous est difficile aujourd'hui de savoir positivement en quoi Galien a pu contribuer à élargir le domaine de cette partie de la science, et deux faits seulement nous permettent de croire qu'il n'a pas été étranger à son développement. On admettait depuis longtemps, sur la foi des commentateurs arabes d* Aristote, que Galien avait découvert la quatrième forme du syllogisme, dans laquelle le terme moyen est attribut dans la majeure et sujet dans la mineure, quoiqu'on n'en trouvât pas la moindre trac« dans ses ouvrages conservés jusqu'à nos jours. Grâce à la découverte de M. Minas, nous savons maintenant que Galien mentionne vérit2d)lement cette quatiième forme de syllogisme dans Ylntroduction dialec^ tique (retrouvée au mont Athos et publiée pour la première fois en grec, chez Didot, en 18H, in-S^"). Cependant, comme Galien n'en parle que très-brièvement et, pour ainsi dire, en passant, il semble qu'il n'y attachait pas lui-même une grande importance ; il ne la présente pas non plus comme une découverte qui lui soit personnelle et dont aucun de ses prédécesseurs n'avait parlé. C'est donc peut-être à tort que les Arabes lui ont attribué cette découverte; du moins M. Minas nous cite dans sa préface (p. â6) , un passage d'un commentateur grec inédit sur les Dernien Analytiques, où il est dit que Théophraste et Eudème avaient déjà quelques combinaisons de syllogismes, outre celles d'Aristote, mais qu'ils les rangeaient sous la première forme, tandis que les auteurs plus récents en avaient fait une quatrième forme et regardaient Galien comme le père de cette opinion. Nous citerons , en second lieu , pour caractériser les ti*avaux de Galien sur la logique , l'explication qu'il a donnée d'un passage fort obscur d'Aristote {Saph. Elench. , lib. i, c. 3) , sur les diverses causes qui peuvent donner un double sens à une proposition ; c'est précisément à cet effet que Galien a écrit son traité des Sophisme* qui tiennent à la dictûm. L'explication de Galien a été accueillie par les commentateurs d'Aristote, qui vinrent après lui; car Alexandre d'Aphro^ise (in Sopk. ek$ifik. , t. tr» p. fHHi, éd. ^ J^-

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lin) la mentionne et Tadmet. Il ressort de là qae les ouvrages de Galîen étaient 1ns aussi bien par les philosophes que par les médecins. Malgré l'assertion contraire de M. Minas (ppéfac« , p. 45) , on doit en conclure que le silence gardé par les commentateurs grecs d*Aristote sur la quatrième forme de syllogisme , dite de Galien, tient au peu d'importance qu'ils attachaient à ce point de doctrine et non à l'indifférence qu'ils avaient pour les écrits du médecin de Pergame.

Comme nous venons de le voir , le côté dogmatique dans Galien ne se présente pas sous un jour très-favorable; mais ses écrits sont, en revanche , une mine riche et encore mal exploitée pour l'histoire de la philosophie.

5"*. Utilité des (Buvrei de Galien pour rhistoire de la pkiloêopkie. — Dans son traité sur les Opinions tfHippocrate et de Platon (liv. ii, c. 12; liv. m, c. 3) , tout en réfutant les doctrines des stoïciens, Galien nous expose clairement les différentes phases et les transformations par lesquelles a passé ce système. Nous voyons, par exemple, qu'à dix-neuf siècles de dislance les mêmes opinions conduisirent aux mêmes conséquences : ainsi, en identifiant entièrement l'âme avec la pensée, les stoïciens, aussi bien que Descaries, furent obligés de refuser toute espèce d'âme aux animaux. Nous voyons dans un autre endroit comment cette identification de l'âme avec la pensée avait influé sur la théorie des passions que les stoïciens regardaient comme de faux jugements; ainsi selon Chrysippe (liv. iv , c. 2) , la douleur est l'opinion récente de la présence d'un mal; la peur, l'expectative d'un mal; le plaisir, l'opinion récente de la présence d'un bien. Par suite du même principe, les vertus ne sont plus que des applications diverses de la science, et la science elle-même est aussi la vertu dans son unité et sa généralité.

Nous ne comprenons ]>as plus que Galien comment Chrysippe a pu combattrecette doctrine, qui nous parait parfaitement conséquente. Environ un siècleaprèsChrysippc,Posidoniu$, que Galien (^/'^iic.//t/]>pocr. et Plat. ,\ib, viii, c. 1) appelle le plus savant des stoïciens, enseigna, en se rapprochant de Platon , qu'il y a trois facultés qui nous dirigent : la concupiscente , la courageuse et la pensante. Comment n'avait-il pas compris que cette théorie renversait de fond en comble la philosophie stoïcienne! Il serait intéressant de voir par quels artifices il cherchait à se persuader qu'il était encore véritablement dans la voie du stoïcisme. On sait que , selon les stoïciens , la règle suprême de la morale, celle qui résumait en elle toutes les autres, c'était de vivre selon la nature. Eh bien , Galien {ubi supra, liv. y, c. 6) nous a conservé un endroit de Posidonius, où ce dernier se vante que lui seul peut donner une explication satisfaisante de ce précepte. « Celui-là, dit-il {ubi supra, lib. III, c. 1), vit d'accord avec les règles de la nature, qui suit en tout les commandements du démon intérieur, parent de celui qui r^t le monde entier, et qui n'a aucune indulgence pour l'autre démon de la nature animale dans les corps. » Galien nous apprend sur le même philosophe, et sur l'école stoïcienne en général, quelques autres détails qu'on ne trouve pas ailleurs, et qui répandent un jour nouveau sur cette école célèbre. x\insi nous savons par lui que Diogène de Babylone regardait l'âme comme une évaporation de la nutrition ou du sang. Galieo remarque {ubi supra, lib. ii, c. 8) que ce philosophe se

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