‹ Dictionnaire des sciences philosophiquesChapitre 104 sur 135 · GALIEN · texte numérisé non relu

GALIEN

rapprochait évidemment par cette définition de la doctrine d'Empédocle et de Critiasy suivant qui Tâme était le sang.

Ce ne sont pas seulement les livres sur les Opinions d'Hippoerate et de Platon qui contiennent des données intéressantes pour l'histoire de la philosophie; dans son premier commentaire sur le livre hippocratique des Humeurs (t. xv, p. 37) , GaUen nous a conservé une explication curieuse de la manière dont Thaïes entendait que l'eau élait le seul élément; il prétend même que celte explication a élé tirée d'un livre authentique de Thaïes lui-même. De même, dans son Introduction dialectique (p. 17-20 et p. 36-45) , il nous a conservé quelques fragments de la théorie des anciens sur les syllogismes hypothétiques , qui peuvent servir à compléter ce que nous en savions déjà par Jean Philopon {Comment, in Analyt. Post., lib. i). Dans le dernier chapitre du traité sur lesSophismes qui tiennent à la diction (t. xiv, p. 595-598, éd. de Kiihn) , on trouve aussi un fragment de la dialectique stoïcienne^ qui était si renommée chez les anciens par sa subtilité. Nous irions beaucoup trop loin si nous voulions énumérer tout ce que les ouvrages de Galien contiennent d'intéressant pour l'histoire de la philosophie; il nous suffît d'avoir appelé l'attention sur ce sujet.

II nous reste une dernière question à examiner : c'est de savoir si Galien demeura entièrement étranger aux tendances mystiques qui commencèrent à se montrer chez quelques philosophes de son époque , et qui annonçaient, pour ainsi dire, la fondation de Técolc d'Alexandrie. Nous avons déjà vu que ce fut un songe de son père qui le détermina à s'occuper de la médecine ; de même ce fut un songe qui loi fit décliner Thonneur de suivre l'empereur Marc Aurèle dans son expédition contre les Germains {de Lib. prop., c. 2). Mais il va plus loin encore : il donne accès à celte croyance superstitieuse jusque dans ses écrits et dans son art. Dans le petit traité sur le Diagnostic des maladies par le moyen des songes, il en distingue trois espèces : les songes qui tiennent à nos occupations et à nos pensées habituelles ; ceux qui tiennent à l'état de notre corps, et ceux qui ont une vertu divinatoire: car, dit-il , l'existence de cette dernière espèce de songes est prouvée par l'expérience. Ailleurs il raconte trois cas de maladies guéries par les remèdes révélés en songe aux malades, et dont un lui est personnel ; dans le livre i", sur les Forces naturelles, il blâme les épicuriens de ce qu'ils méprisaient les songes, les augures, les prodiges et l'astronomie (t. II, c. 12, p. 29) ; c'est, sans doute, entraîné parVlç même ordre d'idées, que Galien admet l'influence de la lune sur les choses de la terre en général et sur les maladies en particulier {de Dieb. erit., t. III, p. 2-6) . Il paraît même, d'après Alexandre de Traites (liv. ix, c 4), que , dans un livre sur la Médecine d'Homère, il prend la défense des enchanteurs. Néanmoins ces rêveries mystiques n'exercèirent qu*une légère influence sur l'ensemble de sa doctrine.

La première édition des œuvres de Galien, en grec, a élé publiée par les Aldesà Venise, en 1525, 5 vol. in-r»j la seconde parut à Bâle en 1538 : elle est beaucoup plus correcte que la précédente. En 1679, René Chartier fit paraître les œuvres de Galien en latin et en grec, mêlées à celles d'Hippocrate, en 13 vol. grand in-f^ : Ktthn reproduisit en partie l'édition de Chartier, 20 vol. en 22 parUes, Leipzig, 1821 à 1833. — Les

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éditions latines sont nombreases; lear histoire est encore fort confuse : on distingue celles des Juntes, imprimées neuf fois y et celle de Cornarius, publiée à Bâle en 15Jh9. Parmi les collections renfermant nn certain nombre d*écrits de Galien y nous signalerons seulement celle de Goion , in-4% Londres y 16M.

On trouvera les délails les plus amples , sur la vie, la doctrine médicale et les écrits de Galien , dans l'excellente Biographie de Galien par Ackermann y insérée d'abord dans la nouvelle édition de la Bibliothèque grecque de Fabricius, et reproduite par Kûhn en tête de son édition de Galien, dont elle fait le principal ornement. On pourra consuller avec fruit VElogium chronologicum Galeni, de Ph. Lobbe, in-8*, Paris, 1660; et la Vita Galeni expropriis operibus collecta, du même auteur, in-8**, ib., 1660. M. Dubois (Frédéric) a lu, en IS^i, devant TAcadémie royale de médecine, sur Galien, un travail remarquable inséré dans le Bullelin de cette société savanle (t. vu, p. 281 et soiv.).

GALL (François-Joseph), créateur de la prétendue physiologie intellectuelle ou cérébrale qu'on désigne sbus le nom de phrénologie, est né à Tiefenbrunn, près de Pforzheim, dans le duché de Baden, le 9 mars 1758. Après avoir fait ses études médicales à Strasbourg , il se rendit à Vienne, où il prit ses grades et fut reçu docteur en 1785.

Il se destinait d'abord à la pratique de son art , et il avait cherché à se former une clientèle à Vienne ; mais on ignore si comme praticien il obtint quelques succès. Ce n^est que beaucoup plus tard qu'il se fit connaître par Texposilion de son système. A quelle époque a-t-il conçu la première idée de ce système? Si on l'en croit, ses premières observations, en ce sens, dateraient de ses études au collège, et depuis il n'aurait cessé d'être dominé par les mêmes idées. Quoi qu'il en soit , c'est seulement dans les dernières années du xvin* siècle, en 1798 , qu'il annonça, dans une lettre adressée au baron de Retzer, son intention de publier un ouvrage ^uv sa prétendue doctrine : celte lettre fut insérée dans le Mercure de Wieland.

Plus tard, Gall voulut faire des leçons publiques sur le même sujet; mais la cour de Vienne en fut alarmée, et un édit impérial lui intima l'ordre de suspendre son cours; il n'en fallait pas d'avantage pour lui donner un commencement de célébrité , à une époque surtout où toutes les têtes fermentaient en Europe. Gall pro6ta habilement de la position qu'on venait de lui faire : il se mit à voyager, disant qu'il allait exposer son système dans des pays où l'obscurantisme ne lui fermerait pas la bouche comme en Autriche. Il alla d'abord à Berlin, où il commença un cours de phrénologie, le 3 avril 1805. Il paraît qu'il n'y 6t pas fortune; car bientôt il quitta Berlin, et, dans cette même année 1805, il se rendit à Dresde, où on prétend qu'il lui fut défendu de recevoir des femmes dans son auditoire. La encore la doctrine du novateur ne put s'implanter, car on le voit quitter presque aussitôt Dresde pour se rendre à Torj:au, puis de Torgau aller à Woerlitz, puis de là à Halle, où, dit-on, il convertit à sa doctrine les anatomistes Reil et Loder.

Toutefois ce n'était pas encore là que sa doctrine pouvait prendre

racine; il quitta donc Halle pour se rendre à léna. An commencement de ISOëy nous le retrouvons à Copenhague, pois à Hambourg, puis à Amsterdam, à Leyde, à Francfort et à Carlsrhne. Au commencement de 1807, il s'arrèla à Heidelberg, où il trouva un contradicteur sérieux dans le professur Ackermann ; de là il passa à Munich^ c'était au mois d avril; trois mois après il est à Zurich^ et enfin, vers la fin d'octobre 1807, il arrive à Paris.

Nous examinerons tout à Theure les bases de la prétendue doctrine de Gall; nous verrons où il avait puisé ses observations, et surtout quelle est la valeur de ces observations ^ nous dirons seulement ici que Gall prétendait avoir fait tourner toutes ses pérégrinations au profit de sa doctrine; que pendant ses voyages, dans toute l'Allemagne, il aurait étudié Torganisation des hommes les plus éminents de l'époque, et en même temps celle des hommes les plus bornés; et qu'il aurait ainsi parfaitement saisi, par le rapprochement , les nombreuses différences des uns aux autres.

Gall assurait qu'il avait rassemblé des faits innombrables dans les écoles qu'il avait visitées , dans les maisons d'orphelins , d'enfants trouvés, dans les hospices d'aliénés, dans les prisons, dans les audiences des tribunaux, et jusque sur les places d'exécution^ au pied des échafauds; qu'il avait fait, en outre, de nombreuses recherches sur les diffé* rcnls cas de suicide, sur les idiots et les aliénés; qu'il avait mis à contribution les collections anatomiques et physiologiques, et qu'enfin il avait passé une grande partie de sa vie dans les musées à contempler les statues ou les bustes des grands hommes de l'antiquité, etc., etc. Gall , arrivé à Paris vers la fin de 1807, y exposa sa doctrine en toute liberté , et on sait qu'elle y excita le plus vif engouement, mais presque uniquement parmi les gens du monde ; bientôt il s'associa un de ses compatriotes, G. Spurzheim, et publia avec lui la plupart de ses ouvrages. 11 adressa ses premières recherches à l'Institut, sous forme d'un mémoire, le ik mai 1808; et comme ce corps savant ne paraissait nullement disposé à adopter les conclusions physiologiques que Gall croyait pouvoir déduire de ses recherches sur le système nerveux, c'est au public que furent ensuite adressées ses différentes publications.

En 1809, il publia ses Recherchée tur le système nerveux en génétal, et sur celui du cerveau en particulier.

Dans le courant de 1808 , il avait fait imprimer son Introduction au Cours de physiologie du cerveau, ou le discours prononcé à la séance d'ouverture de ce même cours.

De 1810 à 1820, il publia, conjointement avec Spuriheim, en i volumes in-il^*", avec atlas , l'ouvrage intitulé Anatomie et physiologie du système nerveux en général, et du cerveau en particulier, avec des obser^ valions sur la possibilité de reconnaître plusieurs dispositions intellect tuelles et morales de V homme et des animaux, par la configuration de leur tête.

De 1822 à 1825 , il publia 6 vol. in-8'*, sur les Fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur lapossw bilité de reconnaître les instincts , Us penchants , les talents elles dupositùms morales et intellectuelles des hommes et des animaux, par la eonfirgtÊrmUd^dôbmreêrvêÊueidêhwrtéte.

Cet ouvrage se compose de quatre parties : 1« Sur rorigîne des qna* lités morales et des facultés intellectuelles de l'homme et sur la coDdilion de leur manifestation j 2*" De FinQuence du cerveau sur la forme du crâine; difficultés et moyens de déterminer les qualités et les facultés fondamentales, et de découvrir le siège de leurs organes; 3® Organologie, ou exposition des instincts, des penchants, des sentiments et des talents, ou des qualités morales et des facultés intellectuelles fondamentales de rhomme et des animaux , et du siège de leurs organes; k"". Revue critique de quelques ouvrages anatomico-physiologiques, et exposition d'une nouvelle philosophie des qualités morales et des facultés intellectuelles^

C'est dans cet ouvrage qu'il faut chercher les fondements de la doctrine de Gall ou de la phrénologie ; il croyait avoir mis le sceau à sa renommée, et avoir à jamais fermé la bouche à ses adversaires par cette publication; mais, il faut le dire, ce livre eut peu de succès : l'engouement était passé , il n était plus de mode de s'occuper de phrénologie; aussi peu d'années après, c'est-à-dire en 1828, Gall termina sa carrière à Paris d'une manière obscure, et presque inaperçue.

Il nous reste maintenant à examiner le système philosophique que Gall avait cherché à faire prévaloir ; nous allons procéder à cette appréciation avec quelque étendue et en nous basant sur ce qu'il a émt lui-même dans le grand ouvrage pubhé de 182£ à 1825.

Dès les premières pages, Gall a exprimé les propositions'fondamentales de sa doctrine; elles sont au nombre de cinq ; les voici textuellement :

l"*. Les qualités morales et les facultés intellectuelles sont innées.

2"". L'exercice ou la manifestation des facultés ou qualités morales dépend de l'organisation.

S"". Le cerveau est l'organe de tous Us penchants , de tous les sentiments et de toutes les facultés.

4°. Le cerveau est composé d'autant d'organes particuliers qu'il y a de penchants, desendments, de facultés qui diffèrent essentiellement entre eux.

5". La forme de la tête et du crâne, qui répètent dans la plupart des cas la forme du cerveau , suggère des moyens pour découvrir les qualités et les facultés fondamentales. {Op. cit., t. v, vi. )

Telles sont les conditions que Gall veut qu'on suppose pour rendre possible sa doctrine ; mais il est évident que les trois premières sont complètement étrangères à ses prétendues découvertes : professées avant lui à tort ou à raison, professées après lui, il a pu en user, mais il n'avait pas le droit de les donner comme les résultats de ses propres observations; il n'en reste donc que deux, ou plutôt qu'une seule, véritablement à lui , c'est la prétendue multiplicité des organes encéphaliques , organes qui répondraient tous à un égal nombre de facultés ou de qualités morales.

Ceci une fois admis, nous allons, pour abréger, passer immédiatement à l'examen de celte dernière et unique proposition.

Longtemps avant Gall, quelques physiologistes avaient eu l'idée de

giqaes et palhologiqaes , Tanatomie compai*ée de cet organe, les vivisections, et d'autres moyens du même genre. Nous dirons tout à l'heure à quels résultats ils sont arrivés par cette voie ; mais Gall nous prévient lui-même qu'il n'a pas suivi cette marche. Nous allons citer ses propres paroles pour montrer comment il procédait , soit pour découvrir les facultés , soit pour trouver les protubérances extracràniennes qui sont censées leur correspondre.

Lorsqu'il enfanta sa doctrine , il avait bien cette notion vague et générale, que, d'une part, le cerveau est un assemblage d'organes, et que , d'autre part , l'intelligence est un assemblage de facultés ; mais il ne savait ni où étaient les protubérances, ni quels noms on devait donner aux facultés. « Je ne savais, dit-il (t. ly, p. 2), si je trouverais dans la langue des expressions pour désigner toutes les qualités et les facultés fondamentales. »

Comment faire alors ? comment résoudre cette première difficulté ? Le voici :

a Je rassemblai dans ma maison, dit-il {ubi supra)^ un certain nombre d'individus, pris dans les plus basses cl(isses,el se livrant à différentes occupations : des cochers de ûacre, des commissionnaires, etc.; j'acquis leur confiance, et je les disposai à la franchise en leur donnant quelque argent, et en leur faisant distribuer du vin et de la bière. Lorsque je les vis dans une disposition d'esprit favorable, je les engageai a me dire tout ce qu'ils savaient réciproquement, tant de leurs bonnes que de leurs mauvaises qualités, et j'examinai soigneusement les tètes des uns et des autres.

« Je ne pus point être dérouté par les fausses idées que se font les philosophes sur l'origine de nos qualités et de nos facultés : chez les individus auxquels j'avais affaire, il ne pouvait pas être question d'éducation .'.... Des hommes semblables sont les enfants de la nature ! »

On a dit , et avec raison , que Gall , dans ses recherches , n'avait recueilli que des anecdotes , que des commérages , mais, en vérité , ici ce sont des propos d'ivrognes que Gall va invoquer : il ramasse dans les rues de Vienne la fange de la population , il gorge de vin et de bière quelques misérables, et il a la naïveté de nous dire que, quand il les voyait dans une disposition d'esprit favorable , il les prenait à part et les faisait jaser les uns sur les autres, et que c'est ainsi qu'il a formé la langue de sa science nouvelle !

Quoi qu'il en soit, fort de recherches aussi exactes, aussi bien instituées , Gall s'exprime de la manière suivante (t. m, p. 208) :

a C'est ainsi que naquit cette carte cràniologique , saisie avec tant d'avidité par le public... Les savants, les artistes s'en sont bientôt emparés ; ils l'ont exécutée tant bien que mal, sans jamais me consulter, et en ont répandu un grand nombre dans le public, sous toutes sortes de masques. »

£t on devait accueillir, en effet, avec une sorte d'engouement, cette topographie cérébrale , sans en rechercher les fondements et l'origine > les demi-savants devaient en orner leurs cabinets. Il est si flatteur de passer pour un homme profond , de laisser croire au vulgaire qu'on possède le merveilleux secret de lire jusqu'au fond de l'âme, et cela en promenant la pulpe des doigts sur le crâne da premier ^enu!

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