DÉSIR
nous. Il est vrai que nos facnUés actives ne se développent pas en Tabsence de toute excitation ; pour agir, nous avons besoin d*y être poussés, el de tous les mobiles, la passion est, sans contredit, le plus puissant. Mais on ne saurait assimiler un simple mobile à une faculté proprement dite. Quel que soit l'aiguillon qu'elle y trouve , la volonté est si peu le désir, que souvent, comme nous l'avons fait remarquer, toute son énergie est employée à le combattre ; et, dans ce cas, ce n*est pas seulement un penchant qui entre en lutte avec d'autres penchants , et qui cherche à les étouffer ; la résistance part de plus haut ; elle procède d'une force que nous distinguons , ou plutôt qui se distingue elle-même de toutes les inclinations, et qui, victorieuse ou vaincue, se reconnaît le pouvoir de les surmonter.
D'autres philosophes, allant plus loin, ont cherché dans le désir l'élément primitif, la substance même de Tàme humaine. Cette nouvelle erreur, plus grave encore que la précédente, ne résiste pas davantage à l'examen. Tous les attributs d'un être, toutes ses opérations sont des résultats et, pour mieux dire, des traductions de sa nature. Si donc la nature de l'àme consistait primitivement à désirer ; si, envisagée dans son fond , dans son essence , elle n'était autre chose qu'un désir non interrompu poursuivant sans relâche une fin indéterminée, le désir devrait suflûre pour rendre compte de tout ce qu'elle est et de tout ce qui se passe en elle , de ses facultés et de ses modifications. Nous avons déjà fait voir qu'il ne rendait pas compte du phénomène de sa volonté, et que, loin de là, il avait précisément pour caractère d'être indépendant de la personne humaine; mais il y a chez l'homme un sentiment non moins énergique et non moins profond que celui du pouvoir volontaire, je veux dire le sentiment de son unité el de son identité. Chacun de nous sait clairement que le principe de son être est un , simple , indivisible ; qu'il ne change pas, ne se renouvelle pas, mais qu'il reste aujourd'hui ce qu'il était hier, et qu'il sera demain ce qu'il est aujourd'hui. Or serait-ce à la vue de cette multitude de désirs qui se mêlent et s'entre-choquent dans l'àme , que nous aurions acquis la persuasion de l'unité de son existence ? Certes , si quelque chose pouvait ébranler cette conviction , la première et la plus invincible de toutes, ce devrait être ce grand nombre d'affections, non-seulement différentes, mais opposées, qui se partagent le cœur humain, où elles se succèdent dejour en jour el souvent d'un moment à l'autre. La vie humaine trouve un fond plus solide, plus durable, dans l'activité naturelle de l'àme, dans cette énergie intime et impérissable, si bien comprise de Leibnitz et de M. de Biran , qui tend à l'action par un perpétuel effort. Nos désirs viennent se dessiner sur ce fond , et le varient; mais il y a une étrange illusion à prétendre qu'ils le constituent.
Après avoir distingué le désir des autres phénomènes de la vie psychologique, il s'agirait d'en indiquer les différentes espèces, correspondant à l'infinie variété des objets avec lesquels le mot se trouve en rapport, et qui deviennent pour lui une cause de plaisir ou de douleur. Mais un pareil tableau, s'il devait embrasser tous les faits de détail, nous entraînerait beaucoup trop loin ; aussi nous bornerons-nous à un petit nombre d'aperçus généraux.
Parmi les désirs actuàs de notre âme , il en est qu'elle a apportés ea