‹ Dictionnaire des sciences philosophiquesChapitre 12 sur 135 · DESIR · texte numérisé non relu

DESIR

naissant; il en est d'autres qu'elle tient des circonstances et de l'habitude. Les premiers peuvent être appelés originels; les seconds ^ acquis.

Les désirs originels dépendent de la constitution de l'homme, et seulement de sa constitution; aussi se retrouvent-ils chez tous les individus, à quelque nation que ces individus appartiennent, et quelle que soit la position où ils vivent. Dès les premières années de l'existence , on les voit se manifester ; ils se développent dans la jeunesse et l'âge mûr, et subsistent jusque dans la plus extrême vieillesse. C'est en vain qu'on essayerait d'en rendre raison : tout ce que Ton peut dire, c est que nous les éprouvons parce que nous sommes ainsi faits. Le rôle de la volonté n'est donc pas de les étouffer, car, en cela, elle tenterait une œuvre impossible; mais d'en prévenir les déviations , de les contenir, de les modérer et de leur refuser toute satisfaction illégitime, en leur accordant celle qu'ils peuvent légitimement réclamer.

Au nombre'de ces désirs primitifs'Ct innés, qui marquent véritablement les fins dernières de l'homme , nous indiquerons la curiosité ou désir de connaissance, l'ambition ou désir de pouvoir, la sympathie ou amour de nos semblables. Il n'est pas un homme, en effet, pour qui la découverte de la vérité ne soit, dès son plus jeune âge , une source de délicieuses émotions , et qui ne la recherche avec ardeur. Il n'en est pas un qui reste insensible à la possession et à l'exercice du pouvoir, depuis le monarque absolu qui dispose de la vie et de la fortune de ses sujets , jusqu'au laboureur qui tourmente la terre, jusqu'à l'enfant qui brise les objets de ses plaisirs. Il n'est pas un homme, enfm, qui ne se plaise au commerce de ses semblables, et pour qui la solitude ne soit une cause de tristesse et d'affliction profonde. De là les progrès des sciences cultivées chez tous les peuples ; de là les luttes perpétuelles de l'homme contre la nature physique, en vue d'asservir et d'améliorer sa condition terrestre ; de là, enfin, l'établissement des familles et des sociétés, et toutes les institutions qui s'y rattachent. La curiosité, l'ambition, la sympathie sont la source d'un grand nombre d'autres passions, moins générales qu'elles-mêmes, à n'en considérer que l'objet, mais aussi profondes, aussi durables, telles que l'amour du beau et des arts, celui de l'indépendance , des honneurs , de l'estime , et les affections de tontes jsortes, depuis l'amour paternel jusqu'à la philanthropie. Peut-être la Providence a-t-elle déposé encore d'autres penchants dans notre àme ; mais il. n'en est certainement pas de plus puissants ni de plus féconds.

Les désirs que nous avons appelés acquis se développent généralement en présence des objets qui favorisent ou qui accompagnent la satisfaction des désirs originels. Par exemple, nous n'avons originellement reçu aucun penchant pour les richesses; mais elles sont un moyen d'arriver au pouvoir, aux honneurs : on conmience par les rechercher à ce titre , en souvenir des avantages qu'elles procurent ; on finit par les confondre avec les véritables biens et par les désirer pour elles-mêmes, et c'est ainsi que crott peu à peu la passion de l'avarice.

Il est aisié de voir par là que les désirs acquis ne présentent aucun des caractères des désirs originels. D'abord, ils n'ont pas leurs racines dans notre constitution, mais dans un fait ultérieur, dans une association d'idées qui suppose l'expérience. On peut donc en rendre compte en indiquant l'association qui y a donné lieu -, et, quand on ne réussit

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