GÉNÉRALISATION, IDÉES GÉNÉRALES
^cflvoaa>v)y couiposé à Vïmildiiou dôi Lots de Vlàion y publié quelque temps après sa mort et détruit par les ordres de Gennade, alors patriarche de CoDslantlnopIey coiume hostile à la religion chrétienne. On dit y en effet, que dans cet écrit singulier le paganisme, tel qu'on l'expliquait dans récole de Plotin et de Proclus, était ouvertement préféré à la religion du Christ; que les dieux de l'Olympe y conservaient leurs noms et leurs rangs; qu'on n'y reconnaissait point d'autre morale que celle du Portique et de l'Académie, et que la politique de Sparte, à part quelques adoucissements apportés à l'éducation de la jeunesse, y était représentée comme la seule digne d'un peuple intelligent. On répandit aussi le bruit que l'auteur avait annoncé avant sa mort, a quelques-uns de ses amis, que le Christ et Mahomet ne tarderaient pas à être détrônés Tun et l'autre, et qu'une religion plus digne de l'humanité ferait la conquête de la terre. Georges do Trébizonde assura l'avoir entendu prophétiser en termes semblables au concile même de Florence. Ces accusations répandues par les adversaires les plus acharnés de Gémiste ne doivent pas, sans doute, être accueillies légèrement; mais on ne les trouve pas invraisemblables , quand on se représente l'enthousiasme de l'époque pour les questions de philosophie et de pure érudition; quand on voit, un peu plus tard, Marsile Ficin recommander au prône la lecture de Platon, et tirer du système de ce philosophe toutes les consolations qu'il adresse à une pauvre femme, sa parente, pleurant sur une tombe récemment fermée.
On peut consulter sur Gémiste Plélhon et sur les autres Grecs ses contemporains, la savante dissertation de Boivin, dans le t. ii des Mémoires de V Académie des Inscriptions. Pour les ouvrages de Gémiste , nous renvoyons à Fabricius, Bibliothèque grecque, t. x, p. 741.
GÉiNÉRALISATIOlV, IDÉES GÉNÉRALES. Toutes nos connaissances, quand elles sont le simple résultat de Texpérience , sont des connaissances particulières. Mais des connaissances particulières, si nombreuses et si exactes qu'elles puissent être, ne constituent point la science. La science proprement dite n'a point pour objet ce qui n'appartient qu'à un individu , ce qui n'existe qu'en un point de l'espace et du temps , ce qui passe et disparaît pour ne plus jamais renaître. La science a pour objet ce qui demeure , ce qui est essentiel et constant dans les choses : en un mot , ce qui est général.
Or, s'il est vrai que les objets de nos perceptions ne sont que des individus, il est également vrai que dans chacun de ces individus il y a non-seulement ce qui lui appartient en propre, mais aussi des qualités qui lui sont communes avec les autres. Dans chaque homme, outre les qualités d'organisation et d'intelligence qui lui sont particulières , se présentent les lois générales de l'intelligence et de l'organisation humaine; de même la chute actuelle de ce corps offre de^ circonstances particulières unies aux circonstances générales et essentielles à la chuta de tous les corps. En un mot, « les lois générales, comme le dit Laplace, sont empreintes dans tous les cas particuliers. » Or, le procédé qui nous permet de dégager le général du particulier, de l'en séparer, de l'en abstraire, afin de le voir séparément, c'est la généralisation.
Ce sont les principes généraux , ainsi tirés et abstraits des connais-
:;iG GÉNÉRALISATION, IDEES GÉNÉRALES.
sances particulières y qui constituent la science. Hais aa premier coup d'œil que Ton jette sur une science, on remarque que les principes généraux qui la composent sont loin de se ressembler, et qu'il y a de trèsgrandes différences entre ces deux principes de physique, par exemple : dans les mêmes circonstances , le même phénomène résultera de la même cause, et, dans le mouvement uniformément accéléré, les espaces parcourus croissent comme les carrés des temps. Le premier nous apparaît comme ayant toujours été et devant toujours être connu et compris par tout le monde, sans travail et sans peine ; le second est le partage exclusif de ceux qui ont cultivé la science ; et pour le découvrir il a fallu beaucoup de peine et de travail, beaucoup d*autres connaissances préalablement acquises. 11 y a donc pour nous deux manières d*acquérir les principes généraux ou de généraliser : Tune qui tire tmmédiatement des perceptions du particulier Télément général qu'elles renferment; l'autre qui ne procède que médiatement, c'est-à-dire qui ne passe de la perception primitive d'un fait particulier au dé^gement du principe général qu*au moyen de nouvelles perceptions et de nombreuses comparaisons, qui permettent d'écarter les différences, de saisir les ressemblances et d'en former le principe commun. Plus brièvement, il y a une double généralisation, une généralisation immédiate et absolue, et une généralisation médiate et comparative.
A la première nous devons les principes que Ton trouve en tète de toutes les sciences; par exemple : « Le tout est égal à la somme de ses parties ; — Tout ce qui commence d'exister a une cause; — Tout acte libre est imputable à son auteur ; etc. , etc. »
Voici les caractères qu'un examen attentif fait reconnaître dans ces principes :
l"". Ils apparaissent en nous d'eux-mêmes et comme malgré nous, c'està-dire spontanément. La spontanéité est donc leur premier caractère.
2**. Bien qu'ils ne nous aient pas été et ne puissent nous être démontrés , ils nous paraissent et nous ont toujours paru parfaitement évidents; nous ne les avons pas d'abord soupçonnés, puis vériûés, puis enfm adoptés ; du premier coup ils ont produit en nous la certitude complète ; ce qui leur donne pour second caractère V évidence immédiate.
3**. Déplus, ces principes généraux ne nous paraissent pas s'appliquer à une classe déterminée d'existences, ni dépendre de telle ou telle condition ; mais nous les concevons comme la condition même de toute existence, comme applicables à tout , comme ayant toujours été , n'ayant pas pu et ne pouvant pas ne pas être la loi de tout ce qui est , quelque hypothèse qu'on se plaise à imaginer : d'où le caractère de fiecessité absolue,
k"*. Enfin, un autre caractère de ces principes est l'universalité; ce sont, pour emprunter la belle expression de Bossuet, «des vérités éternelles que tout entendement aperçoit toujours les mêmes; » sans avoir besoin d'être exprimées, ils se trouvent dans tout être intelligent, accompagnant tous les faits intellectuels dont ils semblent être les éléments constituants.
Ainsi, spontanéité, évidence immédiate, nécessité et universalité, tels sont les caractères des principes que nous donne la première généralisation.
GÉNÉRAUSATION , IDÉES GÉNÉRALES, 517
Quelles facaltés suppose ce mode de généralisation? Une seule ^ la raison : la raison par laquelle nous dégageons sponlanémenl et immédiatement l'élément nécessaire, absolu , des éléments individuels et particuliers auxquels il était mêlé dans la perception des objets.
C'est donc toujours à l'occasion d'un fait particulier, d'une perception de l'expérience , que nous découvrons en nous ces principes absolus dont nous venons de parler, Mais un seul fait sufût pour que nous puissions en dégager chacun de ceç principes et lembrasser dans toute son étendue^ du premier coup il est ce qu'il doit être et ce qu'il doit rester dans toute intelligence^ et c'est en ce sens seulement qu'on dit ces principes indépendants de l'expérience et antérieurs à elle.
Quel rAie ces principes remplissent-ils dans la science? Il est évident d'abord que, réduits à eux-mêmes, ils n'ajoutent rien à ce que nous savons. En effet, on ne nous apprend rien de nouveau lorsqu'on nous dit, par exemple, que tout phénomène qui commence a une cause ; que deux quantités égales à une troisième sont égales entre elles. Mais, d'un autre côté, sans ces données primitives et nécessaires de la raison, toute science ultérieure serait impossible. Qu'on examine les différentes sciences, et l'on verra qu'il n'en est pas une qui n'implique un certain nombre de ces vérités, soit qu'on les énonce formellement, soit que, par suite de leur absolue nécessité, on les regarde comme trop familières à toutes les intelligences pour avoir besoin d'être exprimées. Au delà des principes de cette espèce, notre raison ne cherche plus rien; ils nous offrent ce type absolu de la certitude et de la vérité , auquel toute vérité et toute certitude est tenue de ressembler pour nous satisfaire pleinement.
Examinons maintenant les principes que nous donne la généralisation médiate. De tels principes ne peuvent être connus qu'à la suite de longues et pénibles recherches. Ce n'est pas à la première vue de la flamme ou de la chute d'un corps qu'on découvre les lois de la gravitation et de la combustion. Il faut que des observations attentives et répétées nous permettent de distinguer les éléments des objets , leur nombre, leur ordre, leurs rapports de toute nature; il faut que des expériences nombreuses et variées viennent vérifier et compléter les résultats de l'observation ; il faut que des comparaisons exactes nous révèlent ce qui, dans tous ces objets particuliers, est commun, général et essentiel. Alors seulement nous pouvons dégager cet élément commun et essentiel, ce principe général, et le regarder comme la loi des faits observés. La formation de «es principes est donc le résultat de l'expérience. Avec chaque observation et chaque expérience , nous les voyons peu à peu se dégager, s'étendre à de nouveaux faits, ou se restreindre si nous les avons trop étendus, en un mot, se corriger et se perfectionner^ 3i, à quelque degré qu'ils soient parvenus, il ne nous est pas permis de dire que de nouvelles expériences ne viendront pas leur donner plus d'exactitude.
Mais ici une question importante se présente. L'expérience nous a seulement révélé que cet élément était commun à tous les faits observés par nous. Or, quelque multipliées qu'aient été nos observations, le nombre en est limité; elles ne peuvent pas s'étendre à tous les êtres d'un même genre, à tous les faits d'ohe même classe ; cependant nous