R18 GÉNÉRALISATION, IDÉES GÉNÉRALES
n'hésitons pas à regarder le résultat qa'elles nous ont fbnnii, comme la ]oi de tous les èlres semblables dans tous les points de l'espace et dans tous les instants de la durée. Cette croyance , ce jugement qae nous transportons des choses que nous avons vues à celles que noas ne pouvons pas voir^ d'un temps et d'un lieu déterminé i tous les temps et i tous les lieux ; voilà ce qu on appelle l'induction.
Or, ce jugement qui résulte de l'expérience, mais qui ladépasse, estil légitime? Sur quoi s'appuie-t-il y et où trouve-t-il sa base? Là où se trouve la base de tous nos jugements, et sur un de ces principes absolus de la raison, qui sont le fondement de toute science et de toute certitude. En effet , au nombre de ces vérités premières est la croyance que tout se fait dans l'univers en vertu de lois stables et générales , et qui peut être énoncée sous cette forme : « Dans les mêmes circonstances et dans des êtres semblables, le même effet résulte de la même cause. * Si ce principe n'était pas toujours présent en nous , les données de l'observation et de la comparaison seraient stériles pour la science , et la nature resterait une énigme inintelligible. Ainsi , bien que ce soit à l'expérience de dégager Félément commun et général, TexpérieDce est impuissante à expliquer, à justifler les principes généraux dont elle est la condition indispensable, mais dont elle n'est que la condition.
Ces deux modes de généralisation et les deux ordres de principes qui en résultent ont été reconnus de tout temps, et presque par tous les philosophes, ce qui ne veut pas dire qu'ils aient été d'accord sur la manière d'en expliquer la formation et d'en reconnattre la valeur et la légitimité. Loin de là , les opinions les plus différentes ont été émises à ce sujet. Nous nous contenterons de signaler brièvement les plus importantes et les plus opposées.
Platon remarqua particulièrement les principes absolus et lerAle qu'ils remplissent dans tous nos jugements. Leurs caractères de spontanéité et d'évidence immédiate, et l'impossibilité de les expliauer par l'expérience qu'ils^semblent devancer dans notre esprit , portèrent ce philosophe à imaginer son hypothèse de la réminiscence, suivant laquelle, ayant déjà connu dans une vie antérieure la vérité absolue , nous ne ferions que nous la rappeler à Toccasion des perceptions grossières de nos sens; comme à la vue d'un portrait mal fait, nous nous rappelons l'original. Descartes, considérant ces principes sous le même point de vue et frappé de la nécessité avec laquelle ils s'imposent à tous les esprits , « sans qu'il soit en notre pouvoir d'y diminuer ou d'y ajouter aucune chose , » négligea de reconnaître le rapport qui les lie à l'expérience, et conclut qu'il « ne restait plus autre chose à dire , sinon que ces idées sont nées et produites avec nous dès lors que nous avons été créés, ainsi que l'est l'idée de nous-mêmes (3* Méditation)^ » il les data donc de la même époque, sous le nom malheureux d'û/^f« innées, qui ne permettait pas de voir nettement si Tinnéité appartenait à Vidée, ou à la faculté qui nous la donne. Mais il est juste de dire que, se réduisant au fond à prétendre que tous nos principes généraux , ou , comme on disait alors , toutes nos idées ne proviennent pas de Tobservation et de l'expérience, Descartes a établi celte vérité avec une force inconnue à ses devanciers, et a frayé la voie à ses successeurs.
D'autres philosophes, plus particulièrement occupés des principes