‹ Dictionnaire des sciences philosophiquesChapitre 13 sur 135 · DESLANDES · texte numérisé non relu

DESLANDES

pas à les expliquer, c'est défaut de sagacité oa de mémoire. Secondement, ils ne sont pas universels , mais particuliers; ils sont le propre d'une nation, d'une famille, d'un individu, et ne se trouvent pas chez les autres individus, les autres familles, les autres nations. Est-il nécessaire d'ajouter qu'ils varient avec la foule des circonstances où chaque homme peut être placé, avec les associations d'idées qu'il peut former^ que le nombre en est iniini, et que, par conséquent, ce serait une tâche aussi fastidieuse que stérile de chercher à les énumérer?

Un dernier point digne d'être remarqué, c'est que nos désirs originels sont, de leur nature, inépuisables, insatiables. Vainement nous les jugerions comblés par la possession de l'objet qu'ils poursuivaient le plus ardemment : apaisés pour quelques heures, ils ne tardent pas à appeler de nouvelles satisfactions , aussi vaines et aussi fugitives que les premières. Quel est l'ambitieux entouré d'honneurs et de gloire; quel est le savant riche des dons du génie et des acquisitions de l'expérience, qui ne soient mécontents l'un de sa science, l'autre de son autorité, et qui ne révent un sort meilleur? L'homme désire toujours au delà de ce qu'il obtient. De même que l'intelligence porte en soi l'idée de l'infmi, de même il semble que i'inûni soit le premier besoin de la sensibilité ; car aucun objet borné ne peut remplir le vide immense de notre âme. Un fait pareil, fût-il isolé, démontrerait invinciblement les hautes destinées qui attendent l'humanité, et que les misères de cette vie ne loi permettent pas d'accomplir.

Voyez Reid , Essais sur Us facultés actives de V homme, liv. m, p. 2, c. 2 {OtiuvrescompL, t. vi);— Dugald Slewart, Esquisses de Philosophie mor., 2< partie , c. 1 , sect. 3 ; Philosophie des facultés actives et morales de l'homme ^ liv. i , c. 3 ; — et les articles Amour , Instinct, Penchants^ Sbnsibilité. c. J.

DESLAJVDES (André-François Bouebàc-) naquit à Pondichéri en 1690. Arrivé en France encore très-jeune, il rencontra le P. Malebranche, qui essaya de le faire entrer dans l'Oratoire. Mais, comme De»landes nous l'apprend lui-même dans une note (Histoire critique de lu Philosophie, t. rr, p. 192) , des considérations de famille et un voyage indispensable qu'il devait fiiire en pays étrangers rempéchèrent, à son grand regret, de prendre ce parti. Après avoir exercé pendant de longues années, d'abord à Rochefort, puis à Brest, les fonctions de commissaire général delà marine, il se relira à Paris, où il mourut le 11 avril 1757. Deslandes à beaucoup écrit et sur toutes sortes de sujets, sur la marine, le commerce, la physique, l'histoire naturelle, la politique et les mœurs. Il a même fait des romans et des vers; mais ce qui a fait sa réputation, et le rend digne d'être mentionné avec honneur dans ce recueil, c'est son Histoire critique de la Philosophie (3 voL in-12, Amst., 1737, et 4 vol. in-12, 1756), le premier livre de ce genre qui ait paru en France, et qui hors de notre pays n'a pas eu d'autre antécédent que la compilation de Jonsius (dfe Scriptoribus histonœ philosophia libri quatuor, in-4", Francfort, 1659, et léna, 1716) et l'histoire informe de Stanley. L'ouvrage de Deslandes ne se recommande pas seulement à notre attention par Tépoque où il parut, il intéresse «ussi par lui-même; il renferme , mêlées sans doute

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