II. Zi
K46 GNOBUQUE.
D*aii antre côté , la poésie gnomique se rattache bien souvent à la politique. De leurs préceptes généraux sur les conditions do bonheur public, SoloD et Théognis , hommes d'£tat^ éprouvés dans les révolatioDS de leur patrie , passent bien vite à leurs souvenirs personnels: et, quand c'est un législateur qui parle, la poésie ressemble fort à de rhistoire écrite par un contemporain ; on dirait presque des méwtoirm en vers, non pas simple chronique , mais récit raisonné des événements auxquels le poète a pris part. Voilà comment Phitarque a pu puiser, dans les vers mêmes de Solon , une partie , et probablement Ja plus authentique, des détails qu'il nous a transmis sur oe législateur; ces digressions historiques nous ont conservé encore d'autres sentiments, d'autres souvenirs particuliers au poêle. Ainsi, Théognis et Solon décrivent les joies de la jeunesse avec une complaisance qui n'est pas sans quelque regret de leurs plaisirs perdus. Mais ici il faut bien distinguer entre la lettre et le sens de leurs vers. Des descriptions gracieuses de l'amour, des festins , l'éloge du vin, de la bonne cl^ère, de la richesse, n'expriment pas toujours la pensée personnelle du poêle; celui-ci n*est que rinterprète des passions ou des préjugés contemporains. Il n'approuve pas tout ce qu'il décrit ou raconte *, sa poésie alors touche de trè^près à la satire; seulement, comme elle s'abstient toujours de personnalités Injurieuses, on ne peut la confondre avec le genre iambigve, que perfectionnaient , à la même époque , Archiloque et Hipponai. Ainsi , quelques vers de Phocylide , où le sexe féminin est divisé en quatre familles, et ramené , avec fort peu de respect , h quatre origines, le chien , l'abeille , le porc et le cheval , pourront fournir plus tard, à Simonide d'Amorgos , la matière d'un petit poème satirique , qui formera comme une transition au genre d'Archiloque. Le premier fragment de Phocylide offre, en deux vers, une épigramme ingénieuse et mordante : « Les Lcriens sont des méchants , non celui-ci ou celui-là , mais tous , excepté Proclès ; encore Proclès est Lérien. » Mais ces traits de malice sont fort rares , et se distinguent sur le fond d'une morale ordinairement inoffensive à l'égard des personnes.
C'est donc entre l'hymne religieux, la cosmogonie dogmatique, la politique et la satire qu'il faut chercher le genre gnomique proprement dit. Aucun monument ne nous le présente aujourd'hui dans son ensemble et dans sa pureté. Les ouvrages de Xénophane , d'Ëvénus et de Phocylide sont presque entièrement perdus; il ne reste de Solon que deux ou trois cents vers ; le recueil plus considérable de Théognis oflfrc des traces nombreuses d'interpolation et de remaniement; les doctrines des sept sages ne sont nulle part exposées avec fidélité, pas même dans l'ouvrage où Plutarque réunit ces graves personnages à un banquet donné par Périandre. Peut-être, d'ailleurs, celte philosophie n'eut jamais , dans l'antiquité , la précision que l'esprit moderne lui demande pour la définir. Le recueil de préceptes adressé par Isocrate à Démonique n'a déjà plus le caractère gnomique : c'est presque un traité de^ devoirs. Cependant on peut encore aujourd'hui marquer, par quelques traits , l'esprit général et les tendances de la morale contenue dans les frap:ments que nous venons d'énumérer.
D'abord la philosophie gnomique raisonne peu et raisonne brièvement ; elle s'exprime d'ordinaire en couplets de deux ou trois distiques
GNOMIQUE. 54T
élégiaqucs y quelquefois même de moindre étendue y adressés à un ami du philosophe; elle se donne comme une tradition des ancêtres (Théognis , V. 59 , 60* édit.^ Welcker), et ne se pique pas d'accorder toujours ses axiomes entre eux avec une parfaite rigueur. Solon y Théognis^ £vénus se rencontrent souvent : d'où il résulte que les anciens eux-mêmes les ont souvent cités Fun pour l'autre; mais aussi ils se contredisent quelquefois. Solon accepte la loi qui fait retomber la punition d'une faute sur les fils et les descendants du coupable. Théognis, au contraire, s'en plaint avec amertume j et il accuse fort Tinjustice de Jupiter. Sur plus d'un autre point, il varie lui-même dans ses opinions, sans doute selon les accidents sous Timpression desquels il rédigeait chacune de ses sentences , plaçant ici , auniessus de tontes choses , Tintelligence et la volonté des dieux, là proclamant que les dieux ont donné à l'homme une raison souveraine qui embrasse le monde. Bien plus, il existe, sous le nom de Théognis, des parodies où quelques-unes de ses propres maximes sont retournées en un sens tout contraire, sinon par le poète lui-même, au moins par quelque moraliste de son école. Du reste, sur le détail des choses de la vie , son expérience est profonde, ses observations d'une finesse éternellement vraie, et qui nous surprend aujourd'hui par de curieuses ressemblances avec la morale de notre société moderne. Ce sont des conseils contre les mariages intéressés et les mésalliances, sur les dangers de la grandeur et des richesses. « Cyrnus, nous cherchons des béliers, des ânes, des chevaux de bonne race pour les faire reproduire , et l'honnête homme ne craint pas d'épouser la fille méchante d'un méchant père, si elle lui apporte beaucoup d'argent; une femme ne refuse pas d'être l'épouse d'un méchant, s'il est riche; elle lui demande l'argent, non la vertu. L'argent a toute notre estime; du méchant au bon , du bon au méchant , l'argent conclut les alliances. 9 (Vers 1 etsuiv.) — « Epargner est bonne chose; car personne ne pleure le mort qui ne laisse pas d'argent. » (Vers 241.) — « Beaucoup ont la richesse, non le savoir; d'autres cherchent le beau, sous le poids d'une dure pauvreté : tous incapables d'agir , ceux-ci foute de biens, ceux-là faute de bon sens. » (Vers 493.) — « Oh ! Plutus (dieu de la richesse)! le plus beau et le plus aimable des dieux , par toi, de fripon que j'étais, je deviens honnête homme. » (Vers 526.) — « Pour le pauvre, cher Cyrnus , il vaut mieux mourir que de vivre gémisÉMUit sous le joug de la dure pauvreté. » (Vers 539.)
Cette poésie de courte haleine , si l'on peut dire ainsi , et par là bien appropriée à la musique simple et grave qui en faisait l'accompagnement ordinaire (Voyez Théognis, vers i247), a pourtant çà et là des inspirations plus fécondes, qui donnent au vers élégiaque, alors d'invention nouvelle, une force et une chaleur dignes de Callinus et de Tyrtée. On en peut juger par le morceau suivant de Solon :
« Nobles filles de Mnémosyne et de Jupiter Olvrapien , Muses du Piérus, écoutez mes prières : faites qu'avec le bonheur qui vient des dieux , j'obtienne l'estime qui vient des hommes; que, doux envers mes amis , dur à mes ennemis, je sois honoré des uns et redouté des autres. Je souhaite la richesse , mais je ne veux pas jouir d'une riehesse injuste : têt on tard viendrait le châtiment. La richesse que donnent les dieux repose et grandit sur une base roébranlable; celle que pourstnt
548 GNOMIQUE.
l'homiiie, celle quil acquiert par la violence, et malgré la loi y suit à regret l'injuste qui l'attire à lui. Bien vile le malheur s'y mêle, petit d'abord comme Tétincelle qui commence un incendie ; mais on jour vient Tamertume. Les œuvres de la violence durent peu ici-bas. Jupiter veille
E>ur que tout ait sa fin. Quand le zéphire du printemps dissipe soudain s nuages y et qu'après avoir soulevé jusqu'au fond les flots de la mer bondissante y il vient ravager les belles œuvres de Thomme sur la terre nourricière du feu , et , s'élevant au ciel jusqu'à la demeure des dieux, rend à nos yeux la pure couleur de Téther, alors éclate et brille le souCQe ardent du soleil , et l'œil ne découvre plus un nuage. Telle est la justice de Jupiler, non pas cruelle pour un seul comme celle de rhorome. Jamais ne lui échappe celui qui cache au fond de son cœur une mauvaise pensée ; tôt ou tard il faut qu'elle voie le jour ; seulement l'un paye aujourd'hui, celui-ci dans un autre temps. Ou bien il échappera lui-même , et la vengeance des dieux qui le poursuit ne l'atteindra pas; mais elle arrivera pourtant à son heure, et la peine méritée tombera sur ses enfants on sur leur postérité. » C'est la doctrine même de Plutarque, dans son livre célèbre sur les retards de la vengeance divine , dont quelques pages semblent dérobées à la prédication chrétienne. Un trait , au cooimencement de cette magniOque tirade, montre des mœurs encore bien voisines de la barbarie héroigue. Théognis répète avec Selon le conseil de rendre à notre ennemi haine pour haine : « Sache tromper l'ennemi par tes paroles : une fois sous ta main,sache le punir sans écouter d'excuses. > (Versii^31.)EtilrevientpIusieursfois(vers605, 795, 829) sur cettesaovage maxime en variant seulement la forme. Heureusement pour l'honneur de la Grèce, parmi les sentences en prose attribuées aux sept sages, il y en a de plus humaines sur le même sujet. Déjà Théognis semble revenir à des sentiments moins cruels, quand il nous commande de ne point rire d'un ennemi, s il est honnête, et de ne point louer un ami malhonnête (vers 672). En général, il ne veut pas qu'on se moque des malheureux (vers k21). Avec tous les hommes de son siècle , û reconnaît, d'ailleurs, la souillure originelle de l'esclavage et n'admet pas qu'un fils libre puisse naître dlun père esclave (vers 845). Incrédule, nous l'avons vu, à l'égard de la providence de Jupiter, il croit à la divination (vers 229, 230); doutes et préjugés qui remontaient bien haut dans l'histoire, et qui devaient durer bien longtemps encore. Telle elle est aussi la doctrine du tyrannkide , si souvent disculée chez les modernes, et qu'on s'étonne de voir encouragée par un précepte de Théognis. Il est un autre mal ignoré de la Grèce héroïque , et dont Solon parle avec une étrange indifférence : c'est le vice que Platon devait commenter dans son Banquet , et comme dissimuler sous le luxe d'une interprétation quelquefois sublime. Cependant Xénophane attaquait déjà comme inutiles et sanglants les jeux athlétiques, l'une des principales causes de l'affreuse corruption des mœurs grecques ^ et que le christianisme seul a pu combattre avec succès.
Comme on le voit, la philosophie sentencieuse touche à tous les Intérêts de la vie publique, à tous les scrupules de la morale privée, à toutes les questions qui, plus tard, sont devenues dans les écoles l'objet de longs commentaires et de gros livres. Elle ne forme pas un ensemble d^axiomes savamment coordpnnés; mais elle change & sogets et
GNOMIQUE. 549
de tons suivant bien des caprices, tour à tour spiritnaliste on sensuelle , religieuse ou sceptique; souvent indulgente , souvent austère , c'est la morale du bon sens populaire , ennemie avant tout des excès du dogmatisme, ets'élevant quelquefois au sublime par un certain tour de pensée qui, chez les Grecs , s'unit sans effort à la naïveté : elle a précédé les grands systèmes, et elle leur a survécu gr&ce à la précision commode de ses maximes et au charme d'une expression originale. Les Dialogues de Platon et les Moralis d'Aristote n'ont pas fait oublier Phocylide, Solon et Théognis. Les Vers dorés de Pythagore , qui sont aussi de cette famille, ont trouvé des commentateurs au iv' siècle de notre ère. D'un autre côté, les sentences, qui déjà ornaient la poésie d'Homère, ont pris place dans celle de Pindare , de Sophocle, de Ménandre, dans les discours des orateurs attiques, dans les récits des historiens, d'où on les a souvent extraites pour en composer des recueils à l'usage des écoles. Ainsi , nous avons aujourd'hui plusieurs centaines d'ïambes sentencieux extraits des comiques grecs , d'autres puisés chez le mimographe latin Publius Syrus, des sentences en prose tirées de Démocrite, de Plutarque, de Varron ( celles-ci publiées, avec d'importantes augmentations ^ en 1843 , à Padoue , par M. Vinc. Devit ) , et de Sénèque.
Tous ces vers, ainsi que les apophthe.gmes et les proverbes en prose, ont passé plus tard dans les Anthologies morales, comme celles d*Orion , de Stobée , et de là dans une foule d'encyclopédies et de manuels. Remaniés à diverses dates , on les trouve tantôt avec l^mpreinle d'une philosophie toute chrétienne dans le poème grec du Pseudophocylide,etdans la collection des Oracles Sibyllins, dans les Sentences de Nilus , évéque et martyr; tantôt plus rapprochés des dogmes stoïciens, dans les Disti- ^tiff latins de Dionysius Caton : production de date incertaine, mais, sans doute, très-ancienne. De tels recueils, ainsi que ]eL Consolation de la philosophie, par Boëce, le Manuel d'Epictète, deux fois relouché par des auteurs chrétiens , pour servir à l'enseignement dans leurs écoles , et les extraits des Réflexions de Marc Aurèle ne pouvaient manquer d'obtenir, dans le moyen Age , une grande popularité. Ils furent de bonne heure traduits, paraphrasés, abrégés en plusieurs langues, et donnèrent naissance à plusieurs ouvrages originaux qu'il serait bien difOcile d'énumérer ici , mais parmi lesquels nous citerons du moins les Vers d^Abailard à son fils Astrolabus, récemment publiés par M. Cousin {Philosophie scolastique, appendice 10 ) ; quelques pages du Tesoretto de Brunetto Latini, le maître du Dante (c. 18); les Doctimenti d'amore , par Francesco da Barberino , livre curieux , dont le titre ne doit pas tromper sur la morale sérieuse de l'auteur ; le Pricke of conscience, de Richard Hampole {Voyez Warton, Histoire de la poésie anglaise, t. ii y p. 35, édit. 1840) ; enûn, et pour caractériser par un exemple immortel la philosophie sentencieuse de cette époque, l'/mi/ation de Jésus-Christ,
A la renaissance des lettres, tandis que les érudits recueillaient patiemment dans Tacite ou Tite-Live les sentences morales dont ces historiens ont semé leurs récits et leurs harangues, tandis que Scaliger refaisait la traduction grecque des Distiques de Caton, donnée au XIV* siècle par Planude, d'autres traduisaient en langue vulgaire les vieilles maximes de Pythagore, de Phocylide et de Théognis; de graves
S»0 GNOMIQUE.
magistrats y le président de Pibrac, les conseillers Faura et Mathieu, publiaient des centaines de quatrains moraux à l'usage de la jennesse. Ces compositions naïves ont eu dans les écoles une célébrité modeste, mais durable, malgré les plaisanteries de Boileau et de Molière; elles ont passé dans presque toutes les langues de TOccident, et, dit-on, même dans quelques langues orientales. On les réimprimait encore cbei nous au milieu du XTiir siècle. Voltaire n'en parle pas sans respect; n ne leur reproche que d'avoir un peu vieilli , et il en a renoavelé quel* ques-unes avec bonheur, par exemple dans les vers suivants :
Tout annonco d*an Dieu réterneUe eiittence ; On ne peut le comprendre , on ne peut Tiguorcr. La Toix de TunÎTers annonce sa puissance , Et la voix de nos cœurs dit qu*ii faut l'adorer.
( ToBM in , p. &S8, éd. Bevchot.)
Mais il a bien fait de respecter un quatrain tel que celui-ci :
Ris , si tu TOUX , un ris de Démocrîtc , Puisque le monde est pure vanité , Mais quelquefois , touché d'humanité , Pleure nos maux des larmes d'Heraclite.
(PiBBAC.)
En void un autre qu'une légère correction an troisième vers rendrait excellent dans sa simplicité gauloise :
Tout l'univers n'est qu'un cité ronde :
Chacun a droit de s en dire bourgeois ,
Lb Scythe et Maure j autant que le Grégeois (le Grec) ^
Le plus petit que le plus grand du monde.
Il n'est pas étonnant que dans les premières années de ce siècle, lors du renouvellement des études en France ^ on ait reproduit par l'impression ces quatrains souvent incorrects , mais d'une morale toujours pure , quoique moins sévère çà et là que celle de l'Evangile. De nos jours encore, on a tenté d'introduire dans les écoles des livres du même genre : ils répondent en effet à un besoin sérieux , dans l'instruction élémentaire, et servent d'utile complément aux caiéchiitnes.
Mais les distiques et les quatrains à la manière de Pibrac ne sont pas la seule composition moderne qui se rattache à l'ancienne forme gno^ miquc. Les Pensées de La Rochefoucauld et de ses imitateurs continuent en prose cette tradition de la philosophie sentencieuse. On la retrouve encore dans les courtes moralités de l'apologue ésopique. 11 nous était impossible de suivre ici tous les développements d'une philosophie populaire, dont les origines remontent jusqu'à l'Orient, où la Bibîe seule nous en offre deux exemples, VEcclésiaste et les Proverbes de Salomon, et dont on retrouve des exemples jusque dans les littératures d'un monde longtemps étranger au nôtre, comme dans celle du Mexique. Qu'il nous suffise d'avoir montré le rôle important et original des gnomiqucs grecs, qui représentent une des phases de Thistoire de la philosophie ancienne , et d'avoir rattaché à ces philosophes quelquesuns de leurs nombreux imitateurs dans les siècles suivants.
(ÎNOSTICISME. 351
Pour plus de détailB sur ce sujet, on pourra consulter Fabricius, Bibliothèque grecque, t. r% p. 704, 750, édit. de Harles. — Les Recueils des poêles gnomiques, par Brunck, in-6<>, Strasbourg, 1784' $ par M. Boissonade, in-18, Paris, 18â3. — Théo^nis, édit. spéciale, par M. Welcker, in-B», Francforl-sur-le-Mein ^ 1826. — 0. Wagner, i>ttsertation sur les dtu^ù Evénus, in-8**, Breslau, 1838. — Les Traductions de Lévesque, in-8«, Paris^ 1783, et de Coupé, in-8», Paris > 1796; celle de Pillot, in-8*, Douai, 1814. — Les Pottœ minores de Gaisford , in-B*", Oxford , 1814 , et Leipzig , 18â2. — Les Opuseula Grœcorutn sententiosa et moralia de M. Orelli , in-8'', Leipzig, 1818-1821 (recueil dont le second volume renferme aussi un Recueil de sentences des Hébreux et des Arabes, traduites en latin), 1837. — Les Poetœ lyricide Bergk , in*-8*, Leipzig, 1843. — Sur Dionysius Caton, l'édition et la dissertation de M. J. Travers, in-8% Falaise. — Sur les Quatrains do Pibrac et de ses deux continuateurs, la Bibliothèque de Goujet , t. xii, p. 263, 287, 466 et 467. — L'éditeur anonyme des Distiques de Caton et des Quatrains de Pibrac, in-8% Paris, 1802. E. E.
GiVOSTIGISME. On désigne sous ce nom un ensemble de doctrines religieuses et pbilosopbiques qui ont été professées au nom do la gnose (pâ»<rtç, connaissance ou science supérieure, mystérieuse) par un grand nombre d'écoles , sorties , dans les premiers siècles de l'ère chrétiennne, les unes du judaïsme, les autres du christianisme et du polythéisme, toutes désignées sous la dénomination commune de gnostiques, en raison de la communauté de certains principes, si diverses que fussent d'ailleurs les nuances qui les distinguaient. Nous allons indiquer successivement Yorigine et Y enseignement, les tamifica" tions et les progrès, les destinées et la chute de ces écoles ; mais nous devons avouer dès le début que nous ne pouvons plus apprécier le gnosticismé aujourd'hui , si ce n*est d'après queluueis lambeaux de textes, quelques monuments peu intelligibles, et d'après les écrits de ceux qui Tont réfuté avec tous les sentiments d'une sainte horreur pour cette doctrine. C'est qu'une erreur fondamentale a longtemps régné à l'égard des gnostiques : on les a pHs pour des déserteurs du christianisme , pour des hérétiques. Ce point de vue , fondé pour quelques-uns de ces docteurs , est le plus faux de tous à l'égard du grand nombre , et il a nécessairement faussé' l'opinion sur leur compte. Or, ce point de vue est très-ancien. Il domine déjà dans les écrits d'Origène , de Clément d'Alexandrie, de saint Ëpiphane , de presque tous les écrivains qui ont traité du gnosticisme dans les siècles primitifs. Il s'eât propagé jusque dans ces derniers temps. A cette erreur dogmatique , qui a dû en enfanter beaucoup dautres, il faut substituer aujourd'hui la vérité histo-' rique pour amener une appréciation plus calme. L'ère de la critique introduite dans ce domaine comme dans tous les autres, il n'y aura plus pour le gnosticisme ni hostilité ni sympathie ; il n'y aura plus pour lui que de la justice. Toutefois il n'est pas facile de faire pénétrer un jour complet dans Ihistoire d*un parti qui a toujours aimé le mystère, et qui a voilé son origine comme son enseignement.
1. Son origine est placée d'oMinaire atl commencement du ii** siècle 3 mais elle remonte plus haut» Le gnosticisme parut à peu près à
352 GNOSTIGISME.
l'époque o& le polythéisme et le jadalsme forent attaqués Tan et Tautre par le christianisme; et dès son début il manifesta la prétention de remplacer ces trois systèmes en leur empruntant leurs principes les plus élevés. L'éclectisme régnait alors dans le monde ancien , dont les neuples les plus célèbres, puissamment agités par le génie de la Grèce , étaient puissamment gouvernés par le génie de Rome. Cet éclectisme variait de contrée en contrée , d'une école à l'autre ; mais il dominait en philosophie comme en religion, en politique comme en morale. En offrant un éclectisme plus complet que tout autre, en embrassant l'Orient et l'Occident, en résumant la cosmogonie, la théogonie , Téonogonie, la pneumatologie et l'anthropologie de toutes les écoles, les gnostiques se flattèrent de l'emporter sur toutes. Ils s'emparèrent donc des textes de toutes; mais ils les interprétèrent à leur manière, et, déclarant faux ceux qui les contrariaient, ils dirent aux polythéistes : « Vous n'avez plus de religion et plus de philosophie; vous n'avez plus que de la mythologie et du scepticisme. » Ils dirent aux jui£s : « Votre révélation n'est pas de l'Etre suprême; elle est l'œuvre d'une divinité secondaire, du démiurge; vous ne connaissez donc ni l'Etre suprême, ni sa loi. » Ils dirent aux chrétiens : « Votre chef est une inteUigenœ de l'ordre le plus élevé; mais ses apdtres n'ont pas compris leur maître, et, à leur tour, leurs disciples ont altéré les textes qu'on leur avait laik^s. » Ils dirent à tous : a En vertu d'une science qui émane directement de la sagesse divine , et qui nous a été secrètement transmise de génération en génération , par une race sainte , nous venons vous enseigner la vérité ; faites-vous initier à nos mystères. »
On le voit bien , ces docteurs rendaient justice au caractère général du christianisme; mais ce n'étaient pas des chrétiens devenus infidèles, des hérétiques : c'étaient, au contraire, des théosophes ou des philosophes aussi indépendants du christianisme que de toute autre religion. Les uns montraient plus de prédilection pour le judaïsme , les autres pour le polythéisme; mais ni les uns ni les autres ne prétendirent y soumettre les esprits, ou contester certaines idées chrétiennes; ils ne prétendirent pas non plus accepter toutes les idées exposées dans les évangiles ou dans les éptlres. Au premier aspect, les gnostiques ne sont que des théosophes : ce ne sont ni des philosophes qui suivent la raison , ni des fidèles qui suivent la religion. En effet, ils parlent d'ordinaire au nom d'une science mystérieuse, d'une tradition seerète ; ils ne parlent pas au nom de Tintelligence humaine. Cependant ils agissent, ils enseignent au nom de la raison. Leur méthode est analogue a celle de Philon , qui rattache à des écrits révélés toute la philosophie qui lui convient , même celle qui ne convient pas du tout aux textes qu'il parait suivre. On a cru retrouver l'origine même du gnosticisme dans Philon. C'était lui assigner un berceau trop étroit. Philon lui a fourni des aliments , il ne lui a pas donné le jour. Au moment où naquit le gnosticisme , deux autres écoles se trouvaient dans Alexandrie à côté de celle de Philon , le plus illustre et presque le seul représentant de l'école juive de cette savante cité : c'étaient l'école grecque, qui est si connue maintenant, et 1 école égyptienne, qui ne l'est pas encore. Or, ces deux écoles ont contribué l'une et l'autre, comme celle de Philon, à la naissance, à l'éducation et à Teptretien du gnosticisme ; mais aucune des trois ne Ta
GNOSTIGISMË. S5S
fait nattre. Le gnosticisme ne naquit pas et n'eot pas son berceau en Egypte. Où faut-il chercher ce berceau? Est-ce en Perse et en Chaldée y ou bien dans llnde et dans la Chine? On est allé jusque-ià , mais on a été trop loin. Sans doute, il se trouve des éléments bouddaïsleSy chinois, indiens y persans et chaldéens dans les doctrines des gnostiques , comme il s y trouve des éléments grecs , judaïques et égyptiens; mais d'abord ce n'est qu'en Syrie, qu'en Palestine , que ces éléments sont devenus des corps de doctrine ; ensuite c'est du sein du judaïsme que sont sortis les premiers fondateurs ou les précurseurs de la gnose. Simon , Ménandre, Dosithée et Cérinthe étaient juifs. C'est là ce qui explique les rapports primitifs de la gnose avec la kabbale {Voyez ce mot). Les gnostiques d'Egypte ont modifié profondément les doctrines de leurs prédécesseurs de la Syrie et de la Palestine ; ils en ont fait de vastes systèmes, et quelques-uns de ces systèmes ont été hostiles au judaïsme ; néanmoins les vestiges de la kabbale se retrouvent dans tous ces systèmes , et jusque dans celui de Valentin , qui parait le plus s'éloigner du judaïsme.
Les noms de Cérinthe et de Simon, personnages que certains critiques traitent de simples précurseurs de la gnose , mais qui en furent les véritables fondateurs , indiquent suffisamment que ces doctrines sont à peu près contemporaines de celles des apôtres du christianisme; car les deux chefs que nous venons de nommer se sont trouvés en rapport d'antagonisme avec saint Pierre , saint Paul et saint Jean. On a relevé dans les Epitres de ces derniers, aussi bien que dans V Evangile de saint Jean, une série d'allusions qui mettent ce fait hors de doute (Histoire du Gnosticisme, 1. 1'', p. 190, 2* édition). L'époque de la naissance du gnosticisme ainsi établie, nous passons à son enseignement.
IL Dès leur origine , les gnostiques , qui ont beaucoup varié et qui ont singulièrement développé leurs idées primitives dans le cours des siècles , professèrent néanmoins un certain nombre de principes auxquels la plupart de leurs écoles sont demeurées fidèles. Emanation du sein de Dieu de tous les êtres spirituels , dégénération progressive et affaiblissement commun de tous a chaque degré d'émanation , rédemption , et retour de tous dans le sein de leur Créateur, et par là rétablissement de la primitive harmonie et de la félicité divine : voilà les éléments constitutifs du gnosticisme à toutes les époques. A ces éléments essentiels, il s'en rattache d'autres qui sont plus secondaires, et qui varient d'une école à l'autre : tels sont, par exemple, ces dogmes, que la gnosis est une tradition propre à une race sainte; qu'elle est une science supérieure à toute autre; qu'elle seule est la véritable sagesse; qu'elle se trouve bien indiquée dans quelques écrits secrets, mais qu'elle n'y est pas entière; que les textes sacrés du judaïsme ne sont pas inspirés par le Dieu suprême, mais qu'ils viennent du démiurge; que ceux du christianisme ont été altérés et sont pleins de préjugés ; que l'initiation au gnosticisme peut seule conduire à la vérité, et mettre l'àrae, ce rayon divin, en rapport avec le Dieu suprême, par l'intermédiaire des puissances célestes ou éons, puissances dont les unes veillent sur l'homme emprisonné dans la matière et engagé dans l'œuvre de la création à la suite d'une chute antique, et dont les autres sont
chargées de le ramener de son égarement y afin de le rendre à sa primttive destinée.
Tels sont donc les principes fondamenUox et les dogmes secondaires de l'enseignement gnoslique. On le voit^ ce n'est pas là une doctrine originale et à laquelle on paisse appliquer le titre de système philosophique; mais elle est d'une richesse et d'une audace extrêmes. Pour apprécier cette richesse et cette audace^ il faut suivre le gnosticisme dans ses principales ramlGcations.
III. Ces ramifications y je l'ai déjà dit, sont très-nombreuses, et quelques historiens semblent avoir pris plaisir à les multiplier encore, à inventer des partis ou des écoles pour expliquer l'existence de certains écrits y par exemple, celle des Clémentines, écrit pseudonyme, communément attribuées à Clément de Rome. Le fait est qu'on peut ranger en cinq groupes toutes les écoles du gnosticisme. Ce sont : le groupe palestinien ou primitif, le groupe syriaque, le groupe égyptien, le groupe sporadique, le groupe asiatique (Asie Mineure).
l*". Le groupe primitif ou palestinien se compose de quatre à cinq partis , pour lesquels le nom de sectes ou d'écoles serait un peu ambitieux , mais dont plusieurs ont eu beaucoup plus d'importance qu'on n'a cru jusqu'ici. C'est ainsi qu'un certain Euphrate , que M oshelm indiquait autrefois comme le fondateur d'une secte ophitique antérieure à l'ère chrétienne, est demeuré un personnage à peu près inconnu. En effet , l'histoire ne connaît pas d'euphratiens. D'un autre c6té Simon el Cérintbe, dont on affectait de faire peu de cas depuis quelque temps, eurent de nombreux disciples, et professèrent des opinions dignes de plus d'attention qu'elles n'en ont obtenu.
^v Les simoniens , dont le fondateur, Simon le Magicien , avait été élevé en Samarie, cet ancien berceau du syncrétisme, professèrent déjà l'éclectisme religieux le plus indépendant. S'élevant aux plus hautes questions de la philosophie, à celles de l'origine et de la destinée de Thommeet du monde, ils les tranchèrent, pleins de confiance, tantôt d'après le christianisme, tantôt d'après le judaïsme ou le polythéisme, mais sans se soumettre réellement à aucun de ces trois systèmes. Ils jetèrent même hardiment une théogonie à la tète de leur cosmogonie et de leur anthropggonie. Leur théogonie, d'abord simple, était composée seulement de trois syzygies ou couples émanés du Dieu suprême, Nous cXEpinoia, Phoné et Énnoia, Logismos et Enthymésis. Mais cette doctrine primitive se modifia bientôt et se développa. Toutefois ce furent les noms plutôt que les idées qui changèrent, quand on substitua aux trois couples primitifs que nous venons de nommer, ces quatre autres, Bythos cl Sigé, Pneuma et Aiéthëia, Logos et Zoé,Anthropoê et Eccle^ sia, Théodoret, qui nous fournit ces indications, ne dit pas quelle fut, pour le gouvernement du monde ou celui de l'homme, l'action de chacune de ces puissances. Il nous apprend seulement aue, d'après les simoniens, le Dieu suprême, qu'ils appelaient quelquefois la racine de l'univers, mais plus communément le feu, et auquel ils attribuaient une double série d'effets , les uns visibles (les créations matérielles) , le^ autres invisibles (les créations intellectuelles), opérait toujours par voie de déploiement, iï émanation ; quil n'était connu cependant que depuis Simon , la grande puissance de Dieu; qu'il s'était fait représenter auprès
GNOSnCISME. SS&
des païens par le Saini-BspHt , aaprès des juifs par Jésus^hrist ; que y dans FAneien Testament, on n'avait possédé que Tinspiration d'une puissance suballerne; qu'à la vérité Ennoia, la pensée de Dieu, avait fait le monde, les anges et les archanges, et qu'elle avait confié à ces derniers le gouvernement de l'univers; mais qu'ils avaient abusé de ce pouvoir, méconnu l'autorité de leur mère , et dégradé sa personne. En effet, sous le nom à' Hélène et de Minerve, reléguée dans un corps humain , assujettie à la métempsycose , elle avait eu à subir tous les genres d'humiliations, jusqu'à ce que la grande puissance de Dieu vint l'affranchir, elle et toutes les autres Ames trompées comme elle par les anges déchus.
Nous ne donnons naturellement qu'un résumé rapide de ces théories; mais ce résumé montre que les indications qui nous restent à cet égard dans Théodoret et saint Irénée sont assez complètes. Il fout ajouter qu'outre les trois ou les quatre couples qu'on vient de nommer, les simoniens admettaient d'autres éons, tels que la grande puissance de Dieu et Jésus-Christ ou le Fils.
A peine l'école de Simon se fut-elle bien établie , qu'elle se partagea; mais nous avons beaucoup moins de renseignements positifs sur les diverses branches qui sortirent du tronc commun , les corthéniens , le^i masbothéens, les adrianites, les eutychètes, les cléobiens, les dosithéens et les ménandriens , qui , pour n'avoir pas changé l'esprit général et les bases du système, en ont dft modiûer singulièrement les détails , puisqu'on les distingua en autant de partis différents.
Deux autres parlis, qu'on rattache au même groupe primitif, par des raisons de chronologie plutôt que de généalogie, les cérinthiens et les nicolaïtes, différèrent d'avec les précédents même sur les principes. Cérinthe s'attacha davantage au judaïsme, dont il interprétait les textes comme Philon , tout en niant qu'ils fussent émanés du Dieu suprême , et en les attribuant à l'inspiration d'un aiige secondaire. 11 procédait avec la même liberlé à l'égard du christianisme, dont il n'admettait les textes qu 'en partie (il rejetait ceux de saint Jean et de saint Paul), ainsi que la divinité de son fondateur. Nicolatls, moins savant, ne parait s'être distingué que par ses principes de morale. Ceux qu'il enseigna furent aussi contraires au polythéisme qu'au judaïsme et au christianisme, et il pnratt qu'il faut voir en lui le véritable précurseur des aiactiles, qui s'insurgèrent contre les lois humaines de tous les temps , pour pouvoir professer plus librement les lois divines de leur façon.
2^. Le second groupe, le groupe syriaque , offre moins de partis que le groupe palestinien ; mais il présente des théories plus importantes et plus nettes. Il se rattache d'ailleurs au premier par son fondateur, Saturnin , qui professa dans Anlioche, sous le règne d'Adrien , et qui était disciple de l'enseignement oral ou des traditions de Simon, de Ménandre et de Cérinthe. Attaché de cœur aux idées fondamentales du christianisme. Saturnin les modifiait néanmoins , d'après le Zend-Avesta et peut-être d'après la kabbale , d'une manière profonde. D'abord il qualifiait Dieu de Père inconnu, et entrait ainsi dans l'opinion que la révélation judaïque n'était pas émanée de lui. Il ajoutait ensuite que Dieu , source de tout ce qui est parfait et pur, n'avait donné naissance, intellectuellement parlant, qq'à des puissances pures (^uva(AEi;Tcû (>y7cç),
556 GNOSTIGISME.
mais que ces puissances s'étaient affaiblies de degré en degré y en s*éloignant de leur origine. Toutefois elles ne s'étaient pas perdues dans Tempire des ténèbres. Sur le dernier degré du monde pur, sept anges (mettait-il les sept esprits sidéraux en place des Eiohim de la Gen^?) avaient créé le monde y et s'en étaient réservé le gouvernement pour mieux combattre Tempire des ténèbres. Ils avaient aussi créé Vbommey afin qu'il secondât leur œuvre; mais, après en avoir produit le corps ^ masse informe , ils n'avaient pu l'animer, et il avait fallu que la puissance suprême vtnt donner à leur création un rayon de lumière divine, une âme. Cette Ame, en vertu de son origine et de sa nature , devait retourner un jour dans le sein de celui de qui elle était émanée; mais, auparavant, elle avait à ressaisir sa pureté première , à lutter contre le principe du mal et ses agents , ou Satan et sa race, ses créatures on celles dont il est parvenu à s'emparer. Les destinées de cette Ame étaient très-compromises. Il lui fallait un sauveur, elle l'obtint. Le Pète inconnu, touché de ses misères et de ses souffrances, lui envoya sa />tit>sance suprême, être sans corps matériel , sans forme réelle, n'étant pas né d'une femme, mais qui apparut néanmoins sous la formed*un homme. Tel fut Jésus-Christ. Il révéla le Père inconnu, éclaira les siens par toutes les vérités , les arma de tous les secours spirituels , et leur enseigna tous les moyens moraux qui pouvaient assurer leur triomphe. De ces moyens, le principal était la chasteté ou plutdt la continence, que Saturnin prêchait aux siens avec une sorte d'enthousiasme. Saturnin forma-t-il un parti , ou bien la savante école d'exégèse fondée par les chrétiens d'Antioche étouiïa-t-elle .son enseignement au berceau, en éclairant la Syrie sur la valeur et le sens des textes apostoliques? C'est là une question difficile à résoudre. Ce qui est certain , c'est que Saturnin eut des disciples , et que des écrits pseudonymes propagèrent ses doctrines {Acta sancti Thomœ , éd. Thilo) , mais que son école se dispersa ou s'éteignit sans avoir exercé une influence un peu sensible.
Celle de Bardesaned'Ëdesse, la seconde de ce groupe, fut considérable et persévérante. Elle fut fondée sous le règne de Marc Aurèle , vers l'an 161 de l'ère chrétienne, par un chef également instruit dans les doctrines de l'Orient et dans celles de la Grèce, par un chrétien zélé, qui avait vu d'abord avec chagrin l'enseignement de Saturnin et combattu celui de Marcion, par un homme que les églises de son pays regardèrent longtemps comme une de leurs gloires, dont elles estimèrent les écrits et chantèrent même les hymnes sacrés ; mais qui bientôt , et sans afficher aucune opposition , professa de grandes innovations, tout en conservant le respect extérieur des textes bibliques. En effet , il les expliqua de la façon la plus arbitraire , et y rattacha une pneumatologie, une éonologie et une anthropologie tout à fait étranges. Consultant le Zend-Avesta pour interpréter la Bible, il mit à côté de TEtre suprême , qu'il qualifia de Père inconnu, la. matière éternelle, dont la partie ingouvernable et mauvaise donna , suivant lui , naissance à Satan. De son coté, le Père inconnu enfanta avec sa compagne (sa pensée? ) un ûls que Bardcsane appela Christos, qui eut à son tour une compagne , une sœur, le Saint-Esprit. Le Christ et sa compagne enfanttront deux autres syzygies ^ la terre et l'eau, le feu et l'air, et ils
créeront avec elles et avec trois syzygies nouvelles, qui vinrent les aider, tout l'univers visible. Au tronc de ces sept syzygies, ii se joignit une seconde heptade , celle des sept «esprits , qui eurent le gouvernement du soleil , de la lune et des cinq planètes. Douze génies préposés aux constellations du zodiaque et trente-six esprits sidéraux , présidant aux autres astres et désignés sous le nom commun de doyens, complétèrent la hiérarchie ou le gouvernement céleste. Ce gouvernement n'était pas purement mécanique ou physique; il ne s'agissait pas seulement d*e&ts et de causes matérielles, il s*agissait de lois morales et de combinaisons providentielles , de passions violentes et de grands égarements qui s*étaient manifestés jusque dans le sein des syzygies divines. Ce gouvernement n'était donc pas facile.
La compagne de Christos,lePneuma ou Sophia-Âchamoth, s*était passionnée pour le monde matériel, était tombée dans de profondes aberrations et avait troublé la création entière en se détachant de son divin compagnon. Elle reconnut enfin se« torts, s*en afYligea et brûla du désir de rentrer dans Tordre parfait d'où elle était follement sortie. Elle y rentra, aidée de celui qu'elle avait abandonné, mais qui , plein d'indulgence, la ramena dans Je sein du plérôme des perfections, et célébra en l'honneur de cette réunion un banquet moral ou mystique, qui est une sorte de type , comme toute cette histoire, ou plutôt toute cette allégorie. En effet, la compagne deChristos est ici la figure de toutes les ùmes qui se laissent tenter par le désir de connaître et le péril d'aimer le monde matériel. Toutes doivent bientôt s'affliger de cette aberration , aspirer au retour dans le sein de l'ordre et de la perfection , et prendre part avec les Ames pures, les pneumatiques, au banquet des saintes et divines extases.
L'anthropologie de Bardesane répondait ainsi parfaitement à son éonologie. L'Ame humaine a transgressé la loi , comme son modèle , et la loi de son destin veut qu'elle expie ses fautes. Cette expiation a lieu dans un corps emprunté au monde matériel , qui est la source du mal. Bardesane avait étudié spécialement la question du destin : il l'avait examinée surtout selon les vues de la Grèce ancienne ; mais il la rattachait à une théorie de rédemption, à une christologie qui se rapprochait de celle de l'Eglise, où se trouvaient indiquées quelques idées d'élection, de prédilection , ou, comme disent les théologiens, de prédestination. On sent combien une pareille tAche était a la fois délicate et difficile. Bardesane , à en juger par un fragment qui nous reste ( Eclog. nob., t. I", p. likl ) fut très-réservé. Ses disciples ne furent ni très-nomhreux , ni très-fidèles à leur maître. On ne distingua parmi eux qu'Harmonius, fils du fondateur de la secte, etMarinus. Esprits prudents l'un et l'autre , ils paraissent avoir suivi très-scrupuleusement l'exemple de leur chef, et avoir caché autant que possible toute opinion et tout enseignement qui les séparait des chrétiens. Cependant saint Ephrem découvrit leur dissidence, la signala avec chaleur, montra le danger d'une morale qui niait la liberté-dans l'homme ou dans l'Ame unie au corps , et substitua aux hymnes de Bardesane des chants orthodoxes composés sur les mêmes airs. Sa vive polémioue arrêta les progrès de ce parti, qu'on ne retrouve plus après le ▼* siècle. Les deux partis ou les deux écoles du groupe des gnostiques syriens diq[MurareDt ainsi sans
&S8 GNOSTICISMË.
être parvenus ni l'un ni Vautre , soit a un développement complet , soit à un enseignement public.
3"*. Le troisième groupe, celui des gnosliques d'Egypte, offre à la fois plus de variété dans son enseignement et plus d'ambition dans les diverses fractions dont il se composait. 11 fut plus savant, écrivit davantage montra plus de franchise, fit plus d'efforts pour fonder quelques institutions et jouit de plus de liberté. Au milieu de la diversité des religions et des écoles qui se trouvaient en présence dans Alexandrie , il put à la fois se développer davantage et se manifester plos librement : ce parti fut naturellement celui de tous qui laissa plus de monuments. Nous avons déjà dit que tous ses écrits ont disparu; mais c'est de lui que proviennent la plupart des pierres gravées qu'on connaît sous le nom û'abraœas , et dont Tinterprétation est devenue si difficile pour nous. Ce qui distingue le groupe égyptien dans les trois écoles ou partis dont il se compose (les basilidiens, les valentiniens et les ophites)^ ce n'est pas seulement une plus grande instruction, c'est aussi no plus grand éloignement pour les doctrines asiatiques qu'on retrouve chez les trnostiques de la Syrie , un plus grand rapprochement de la théogonie égyptienne, et une sorte de sympathie pour la philosophie grecque, telle qu'on la professait alors dans Alexandrie.
Le fondateur de la première des trois écoles égyptiennes, Basilide, était originaire de la Syrie et formé, sans nul doute , par les gnostiques de son pays; cependant il conçut pour Alexandrie, qu'il visita, et pour la science qu'on y enseignait, une prédilection qui le fixa dans cette ville vers l'an 131 de notre ère. Il y trouva une liberté inconnue en Syrie , et il y exposa sa doctrine, autant qu'il convenait d'exposer un enseignement mystérieux , dans un ouvrage composé de vingt-quatre livres, intitulé È;r.7r.7tjcâ. Lcs sourccs qu'il indiquait comme les plus précieuses à consulter étaient des livres très-apocryphes, les Prophéties de Cham et (le Barchor, écrits fabriqués par lui ou quelqu'un de ces faussaires qui abondaient alors à Alexandrie. 11 y joignait 1 epltrc canonique de saint Pierre et une prétendue tradition de cet apôtre, transmise par un personnage fort obscur, nommé Glaucias. Basilidc ne rejetait pas tous les écrits de saint Paul; mais, dans ses prédilections pour quelques cérémonies judaïques, il les consultait peu et repoussait entièrement plusieurs épttresdc Tapôtredes gentils, celles aux Hébreux, à Tito et à Timothée. Puisé à des sources choisies d'une façon aussi arbitraire, le système de Basilide offrait un syncrétisme trè^s-largcment dessiné. D'accord avec la théogonie égyptienne, qu'il unissait à la théorie des sépbirolhs de la kabbale et à quelques idées do platonisme alexandrin, il enseignait une doctrine d'émanation plos riche que celles de ses prédécesseurs. Le Dieu sans nom et étemel s'était manifesté, suivant lui , au moyen de cinquante-deux déploiements d'attributs : chaque déploiement ou chaque série se composait de sept éons. Ces manifestations avaient produit trois cent soixante-quatre êtres divins, ^ns ou intelligences, qui formaient lavec leur auteur un nombre éccal à celui des jours de l'année. C'est ce nombre qu'expriment les lettres grecques abp.vâaz. La première de ces heptades, composée de proieginwif, 7)ovx^ loffiff , phronéHs, fophiu, dynamis et dikaioêyné , présentait une sorte dl'imitation des amshaspands, du monde aiilwth de ta
GNOSTICISMB. 550
kabbale et de la première série de la théogonie égyptienne ; mais y au fond y elle formait le point de départ ou la tète d'une doctrine différente de chacun de ces trois systèmes. Basilide admettait deux ordres de choses^ deux empires, Tun bon, Tautre mauvais; mais dont aucun n'était resté ce qu'il avait été. En effet, il enseignait une invasion de la part des esprits de ténèbres dans l'empire de la lumière , et, par conséquent, un état de confusion entre les deux; cette confusion, suivant lui , avait amené une création , celle du monde matériel, fait pour servir de théâtre, au grand acte d'épuration qui était devenu nécessaire (J'taxpKTt;), et pour fournir à chaque chose le moyen de sortir du mélange et retourner à sa nature primitive (o(trcx9L7«<TTa<rtç). Ces théories lui en fournissaient une autre sur une des questions qui offrent le plus de difficulté à la raison , celle de Texistence du mal. Les souffrances mo- , raies et physiques, disait-il, sont, dans les desseins de la Providence, un moyen spécial de purification; la métempsycose en est un autre. La rédemption est le plus spécial de tous. Elle fut opérée par la première des trois cent soixante-quatre intelligences, par Vlnielligence (ivoûç) qui se réunit à l'homme Jésus au baptême du Jourdain , et dont l'apparition dans le domaine du Prince de ce monde (le monde matériel) surprit d'autant plus douloureusement ce chef, qu elle s'annonçait avec une supérioiité qui lui était inconnue. Cette apparition avait pour but un changement complet dans la condition morale et psychique de l'homme. Elle venait pour arracher l'dme vériiabie, le rayon divin dans l'homme , au despotisme des dmes advenues en elle , et appartenant au monde matériel. En effet, il faut savoir que Basilide admettait, à côté de la métempsycose, une psychologie fort bizarre, et dont Clément d'Alexandrie disait assez plaisamment : L'homme, tel qu'il le conçoit, est comme le cheval de bois des poètes, qui renfermait toute une légion d'ennemis.
A ces théories peu rationnelles , mais qui choquaient moins dans un temps où la foi aux possessions n'était pas éteinte , les basilrdiens joignirent bientôt des pratiques de magie fort communes à l'époque à laquelle ils enseignaient , mais peu dignes d'une secte qui s'élevait à côté des écoles philosophiques et religieuses d'Alexandrie. Ce qui offrait le plus de dangers dans leur enseignement, c'était ce principe de morale qui se rencontre trop firéquemment dans l'histoire du mysticisme, que les parfaits ne sont tenus à aucune loi ; que leur corps peut suivre tous ses penchants sans que l'àme en soit atteinte , sans que sa pureté en soit souillée. Ce principe porta chez eux ses fruits naturels : une dégénéralion profonde et une rapide décadence. Cependant les basilidiens, qui se propagèrent jusqu'au y' siècle, se répandirent jusqu'en Espagne , et furent nombreux sur plusieurs points.
Une seconde école gnostique se forma bientôt et presque sous les yeux de Basilide. Le fondateur de cette école, Valentin , avait été élevé dans le christianisme, selon les uns, dans le polythéisme, selon les autres. Tertullien le quahfie de /^{aronirten. Use présenta comme chef de parti immédiatement après la mort de Basilide , Tan 136 de l'ère chrétienne; il enseigna, et publia quelques ouvrages (des homélies, des épttres et un traité de la Sagesse , que l'on croyait retrouvé : vwjezMeX^ ter, Histoire du Gneefieistne , t. ii, p. 40) qui le mirent à la tète des
5(i0 GNOSTiaSMË.
gDostiques d'Alexandrie. Par forme d'opposition contre les théories de Basilide, il admit tout le code sacrée sans distinguer entre celui des juifs et celui des chrétiens, et se rattacha ostensiblement à Théodas, disciple de saint Paul , comme Basilide se rattachait à Glaucias , disciple de saint Pierre. Mais sa déférence pour les codes sacrés des jai£s et des chrétiens était plus apparente que réelle , et, au fond, il ne se liait à aucune autorité , prenant partout ce qui lui convenait. Son système est le plus riche y le plus complet de tous ceux qu'offre l'histoire du gnosticisme. La base de ce système est Tidée de l'émanation , qui s'y combine avec celle des syzygies, que Saturnin et Bardesane avaient ébauchée , que Basilide avait négligée ou passée sous silence , et que son successeur développa avec une grande fécondité d'imagination. Voici sa théorie. L'Etre suprême (BuOoc ou npooîpx^)» après avoir passé de^ siècles dans le silence et le repos, se manifeste par une première diathèse (dépJQiement). Ce mouvement est sa pen«ée^ et avec elle il donne naissance à trois autres syzygies {Manogénès ou Nous et AU-thêta. Logos et Zoé, Anlhropos et Ècdesia), Ces quatre syzygies fondamentales constituent une ogdoade , semblable mais non pas identique à celle que Basilide avait déjà adoptée , et qu'il avait empruntée à la théogonie égyptienne ou à la théogonie persane. E^n effet, Basilide avait mis, après l'Etre suprême, Protogonos, Nous et Logos, puis quatre éons féminins qui diffèrent également de ceux de Valentin. Mais Basilide avait enseigné des déploiements sans syzygies. Il était allé jusqu'aa nombre de trois cent soixante-quatre éons , mais sans en donner les noms , à moins que ses adversaires n'aient trouvé bon de les taire. 11 n'avait pas adopté non plus la théorie égyptienne de la décade et de la dodécade. Valentin , au contraire , prit cette théorie , et fit sortir de Logos et de Zo^> après une première syzygie enfantée par eux et déjà nommée, cinq autres couples qui composèrent la d^de. A cette décade il joignit encore six autres syzygies, qui paraissent avoir présidé principalement à l'ordre moral et religieux tel qu'il le concevait, et qui étaient enfantées par Anthropos et Ecdesia. Cette série formait la dodécade, et complétait le plérôme des trente intelligences. De ces trente nous ne nommons ici qu'une partie , et nous n'en donnons que les noms grecs ou traduits en grec. Le rôle de la plupart de ces personnages plus ou moins allégoriques est inconnu; mais celui de la dernière de ces puissances, son ambition, son désir de connaître Byihos, c'est-à-dire la profondeur ou 1 infini , malgré la distance où elle s*en trouvait, semble offrir une sorte de type des destinées de l'intelligence , ou de rame humaine qui se livre avec ardeur à l'investigation des problèmes de la science. Sa curiosité , d'ailleurs si sublime, la fit tomber dans de grandes aberrations, dans des passions qui l'ajiraient anéantie, si Bythos n'eût envoyé à son secours l'éon Horos, si Nous n'eût engendré , pour la secourir , Christos et sa compagne Pneuma. Grâces à 1 assistance de ces trois intelligences extraordinaires, Sophia connut le mystère des déploiements divins , et sa félicité retrouvée rendit le calme au plérôme agile par des douleurs intellectuelles et morales. Dans leur reconnaissance pour Bythos, qui avait ainsi délivré l'un d'eux, les trente éons s'entendirent pour donner le jour à un être qui eût toutes les perfections. Leur création commune^ cet être si parfait, ce fui Je-
GNOSTIGISME. 561
SUS y qui ramena de régarement une autre Sophia (Âchamoth), la fille de la première y comme Christos avait ramené celle-ci , ce qui lui valut le surnom de Christos, Il ne put toutefois conduire la jeune Sophia au plérôme, d*où elle n'était pas émanée. Elle demeura donc planant entre les deux mondes ^ le monde supérieur et le monde inférieur , qu'elle fit au moyen du Créateur ^ du démiurge y auquel elle donna le jour. En effet y elle est à peu près ce que d'autres philosophes, et surtout les cosmologistes de lancienne Grèce, appelaient Vdme du monde. Elle fit le monde par son ouvrier, le démiurge; mais, à son tour , celui-ci créa l'homme et le fit à son image , au lieu de le faire à l'image de la Sophia céleste. Cependant son œuvre fut moins imparfaite qu'elle ne devait léire y Sophia ayant communiqué à la créature qu'il avait faite un rayon de lumière divine. Il en résulta même que cette créature fut supérieure à son créateur. Alors ce dernier, aidé de six esprits qui partageaient son courroux, précipita l'homme , ou plutôt l'âme humaine, dans un corps matériel, où il lui est fait trois conditions diverses. C'est d'abord celle des. hommes que Valentin et d'autres .appellent les hy ligues, c'est-à-dire des hommes qui demeurent toujours sous l'empire de ces esprits ; c'est ensuite celle des pneumatiques , ou de ceux qui parviennent à s'affranchir de cette domination ; c'est enfin celle des psychigues, qui flottent entre les deux classes dont il vient d'être question. Une rédemption s'accomplit à tous les degrés de l'existence, et ceux qu'elle délivre échappent aux suites delà douhle chute, à celle des deux 5ophia, et à celle qu'ils ont faite par suite du courroux , de la vengeance de leur créateur. Ainsi tout ce qui est pur rentre dans le Plérôme. La palingénésie est complète.
Tels sont les principaux traits du système de Valentin.
Ce système a-t-il offert de puissantes séductions et a-t-il fait de grandes conquêtes? Elles furent telles qu'on s'en alarma. Mais Valentin ayant quitté Alexandrie^ où l'on souffrait une grande variété de doctrines, pour Rome, où dominait Tesprit d'unité et où il fut traité avec rigueur, son école, devenue un instant si nombreuse qu'elle inquiéta TEglise, s'affaiblit rapidement en se divisant en plusieurs partis. Les chefs de ces partis, Axionicus, Isidore, Secundus, Ptolémée, Marcus, Colarbasus, Héracléon , Théodote et Alexandre , tous inférieurs à leur mattre , modifièrent fort peu un enseignement qui aurait eu besoin de se fortifier à la fois sous le rapport de la science , de la religion et de la critique , et qui , au lieu de se poser au grand jour sur un théâtre où la lutte était vive entre trois systèmes religieux et plusieurs écoles de philosophie, ne cessa d'affecter le mystère. Toutefois les ptoléméens, qui s'adressèrent surtout aux femmes , et les marcosiens, qui marchèrent sur leurs traces avec plus de finesse , émirent quelques idées nouvelles. Ils les propagèrent jusques sur les bords du Rhdne , où saint Irénée les trouva sur la fin du ii* siècle , et où elles ne s'évanouirent pas tout à fait, puisqu'au temps d'Abogard on eut encore à combattre , dans le diocèse de Lyon , des hérésies 'gnostiques.
Cependant l'école valentinienne la plus considérable et la plus dangereuse, celle des ophites, ne parait s'être rattachée à aucun de ces chefs. Du moins les ophites ne tiraient leur nom d'aucun d'eux. C'est le rôle que le serpent, ou plutôt le génie dont le serpent était le symbole,