‹ Dictionnaire des sciences philosophiquesChapitre 122 sur 135 · GORGIAS · texte numérisé non relu

GORGIAS

GORGIAS, Tun des principaux sophistes, était de Léotilium en Sicile. L'époque de sa naissance n'est pas bien connue : on la place ordinairement vers l'an 485 avant notre ère. Disciple d'EinpédocIe et de Prodicus, àce que l'on pense , il avait longtemps étudié Pàirraénide et Se servait avec une grande facilité de tous les sophismes de Mélissus et de Zenon. Ce qui lui resta de ces diverses études, ce fut celte croyance qu'il n'y a rien de certain , rien dont on ne puisse disputer. Esprit souple et brillant y habile à entratuer ou à séduire un auditoire, rien ne lui manquait pour faire valoir et accréditer, par son exemple, cette détestable maxime. On voit , par VHippias de Platon , qu'il parcourut la Grèce et séjourna fen Thessalie, que partout il charma le peuple par ses discours publics , compta beaucoup de disciples, et amassa beaucoup d'argent. Les expressions -ycp^ialleiv , -vcp-YÎsca ayj.ixara, que l'on forgea pour lui, n'impliquèrent aucun blâme à l'origine, et prouvent du moins qu'il avait réussi à faire école. L'an 424- avant notre ère, ses concitoyens l'envoyèrent à Athènes solliciter du secours contre Syracuse. Les discours brillants du rhéteur (A«>7ca^e;), éblouirent les Athéniens; il obtint d'eux tout ce qu'il voulut, et consentit en retour à se Gxer pour quelque temps à Athènes. Les fragments qu'Arislote et Sextus nous ont conservés de ses écrits sont loin de justifier cette admiration de la Grèce entière, et ne peuvent passer que pouir des tésumés dépouillés de tout ornement. Avant lui , les ouvrages sortis deis écoles italiques étaient souvent intitulés sur l'Etre; c€ux des ionietis , sur la Nature. Gorgias, en tête de son principal ouvrage, inscrit ce double titre avec un seul mot de plus, une négation, sur le Non- Etre ou sur la Nature, Jamais titre ne fut plus vrai. Le livre de Gorgias est une guerre déclarée à toute est)èce de dogmatisme. Le seul but de TauteUr est d'y démontrer les trois propositions suivantes : 1* Rien n'existe j 2* Si quelque chose existe, nous ne pouvons le connaître ; S"" Si (juelque chose existe et peut être connu, nous ne jpouvons le faire connaître aux autres.

Si une seule de ces propositions est vraie , Gorgias a raison contre le dogmatisme ; mais, pour avoir raison contre Gorgias, il faut le forcer dans le triple retranchement dont il s'entoure. Voici comment il essaye de démontrer ces trois pro()ositions.

l^ Rien n'existé. — En effet, si qiielaue chose existe, ce ne peut être que Vétre ou le non-être, ou l'uii et l'autre tout ensemble. Or, ces trois suppositions sont également absurdes. D'abord, le non^étre n'est pas : car, s'il était, il serait et ne serait pas eh même temps. Il serait, c'est l'hypothèse. Il ne serait pas, puisqu'on l'appelle non-être. Donc le non-être n'est pas.

L'être n'est pâS davantage ; car, s'il est, il a ou n'a pas commencé* S'il n'a pas commencé, il est éternel et, par conséquent, infini : or, l'infini ne peut être contenu ni en lui-même, puisque rien ne peut être à la fois contenant et contenu, ni en quelqiie autre objet, puisqu'il est infini. L'infini n'est donc nulle part, autrement dit n'est pas. Si l'être a commencé, il est sorti de quelque chose ou de rieh : si de quelque chose, il existait auparavaiit et n'a fait que continuer d'être ; si de rien, le néant a donc donné ce qu'il n'avait pas. Donc l'être n'est pas.

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