G8 GORGIAS
Vitre et le non-être ne peuvent pas non plas coexister ; car ils s'excluent Tun 1 autre. Si Tun est, Tautre n'est pas, et Ton peat choisir.
2^. Si quelque chose existe, nous ne pouvons le connaître, — En effet, pour qu'un oDJet pût être connu, il faudrait que le sujet de la connaissance se confondit avec lui. Mais l'esprit devient-il blanc pour Knser à la blancheur? S'il en était ainsi , si l'esprit s'identifiait avec bjet de ses pensées, nous ne pourrions penser qu'aux objets réels, et l'on sait qu'il en est tout autrement. Enfin, avec les sceptiques de tous les temps, Gorgias triomphait des contradictions supposées de la raison et de l'expérience et de la diversité des jugements humains.
3"*. Si quelque chose existe et peut être connu , nous ne pouvons 1$ faire connaître aux autres. — En effet , chacun des sens est compétent dans la sphère qui lui est propre , mais pas au delà. La vue perçoit les couleurs, l'ouïe les sons; mais la vue ne peut percevoir les sons, ni l'ouïe les couleurs. Or, quand nous parlons , que transmettons-nous i nos semblables? Des sons et rien que des sons. Le langage arrive donc tout entier à l'oreille. Or l'oreille ne peut percevoir ni les idées ni leurs objets, sinon les objets et les idées seraient la même chose que notre parole.
D'ailleurs , le langage est né de l'impression que faisaient sur nous les divers objets de la nature. Les noms des couleurs, des sons, des odeurs, sont tirés de la manière dont toutes ces choses se présentent à nous. Loin donc que le langage puisse servir à faire connaître les objets, ce sont ces objets qui rendent raison du langage.
Enfin, Gorgias argumentait des erreurs des mots, et des imperfections de toutes les langues.
On nous fera grâce, sans doute, de la réfutation de tous ces sophismes dont les tristes conséquences éclatent en morale et en politique. Dans Platon , après avoir soutenu ces maximes d'une fausse rhétorique , que le devoir de l'orateur est de plaire par tous les moyens possibles; qu'A doit viser, non au vrai , mais au vraisemblable ; que pour paraître homme de bien il doit se résoudre à être un scélérat, Gorgias, en la personne de ses disciples Polus et Calliclès, fait reposer toute la morale sur les principes suivants : La destinée de l'homme est de chercher le bonheur, et il le trouve dans la puissance , c'est-à-dire dans la liberté de perdre ses ennemis^ de les ruiner, de les bannir, de les faire mettre à mort, en un mot de dominer partout. L'ordre de la nature est que les forts soient les maîtres, que les faibles soient opprimés. Les lois sont des chaînes forgées par les faibles , et que les forts doivent rompre en méprisant ceux qui les ont faites.
C'est dans Platon qu'il faut chercher la réfutation éloquente de ces vieilles et déplorables erreurs. Il est certain que Gorgias et les sophistes ont travaillé à corrompre la morale publique, mai^il n'est pas certain que l'auteur des Dialogues n'ait pas un peu chargé et assombri les couleurs de son tableau. On rapporte que le sophiste de Léontium , âgé de plus de cent ans, se fit lire un jour le dialogue qui porte son nom, et s'écria : « Ce jeune homme remplacera bientôt avec honneur le poète Archiloque. » Quoi qu'il en soit , malgré le faux éclat de son éloquence et le vide de ses déclamations emphatiques, Gorgias a rendu quelques services. Il a imprimé aux intelligences un mouvement salutaire, a
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éclairci dans un grand nombre d'esprits bien des idées obscures , a contribué à former Tart et la langue de la dialectique.
On attribue à Gorgias V Eloge d'Hélène et V Apologie de Palamedcy mauvaises déclamations que l'on trouvera dans les Oratores grœci de Reiske y Leipzig y 1773 ; et dans le Recueil des discours des rhéteurs grecs d'Henri Estienne, in-^, Paris ^ 1575.
Consultez sur Gorgias, outre les Dialogues de Platon, déjà cités , l'ouvrage d'Aristote de Xenophonte, Zenone et Gorgia, et parmi les modernes, H. E. Foss, de Gorgia Leontino, in-S"", Haie, 18^ , et un article de Belin de Ballu dans son Histoire de l'éloquence. D. H.
GOTAMA, nom nouveau dans Thistoire de la philosophie, où il doit désormais tenir une place considérable. Gotama est Tauteur d'un système de dialectique qui , dans l'Inde, a joué le même rAle à peu près
Sue YQrganon d'Aristole dans TOccident, qui y est cultivé depuis plus e deux mille ans , et qui le sera sans doute aussi longtemps que l'Inde connaîtra la philosophie. Ce système s'appelle le iVydya^ mot sanscrit, qui veut dire raisonnement, et dont le sens est, comme on le voit, analogue à celui du mot grec xo^ocy d'où nous avons tiré notre mot logique. Ainsi le Nydya, ou le système de Gotama, est la logique de la philosophie indienne, et l'on peut ajouter qu'il y est la seule , bien que les autres écoles aient aussi quelques principes de logique , mais incomplets et peu scientifiques. L'école particulière deGotama se nomme neiyftyikâ, c'est-à-dire l'école du raisonnement, et c'est encore aujourd'hui la plus répandue de toutes.
On ne sait rien de précis sur le personnage auquel on donne le nom de Gotama. L'érudition européenne, malgré sa sagacité et sa persévérance, n'a rien pu découvrir, et la tradition nationale ne donne sur Gotama, comme sur tant d'autres, que des fables insoutenables. Suivant elle, Gotama est un des douze grands rishis ou saints, qui sont les ancêtres de toutes les familles brahmaniques , et qui sont comme les douze patriarches de l'Inde. Le RAmayâna et les Pouranas attestent
!|u'il naquit sur l'HimAlaya, et qu'il vécut longtemps en ascète dans la orêt de Mithila et à Prayaga. Il épousa l'une des filles de Brahma , Ahalya , ou'il dut répudier, parce qu'elle s'était laissé séduire par Indra. Retire dans les montagnes qui l'avaient vu naître, passant sa vie au milieu des plus pieuses et des plus rudes mortifications, il légua au monde ses axiomes de logique, que ses disciples commentèrent aussitôt après sa mort, et qui sont parvenus jusqu'à nous. Ainsi, pour les Indiens , Gotama est un personnage presque divin , et l'époque où il vivait se perd dans la nuit des temps à l'origine du monde. On ne dit point cependant que le Nydya soit une révélation directe de la Divinité ; mais Tun des disciples de Gotama passe pour l'auteur d'un hymne dix Rig-Véda.
On a cru, mais à tort, que le Nydya était cité dans les Lois de Manou (liv. XII , sloka 109). Il n'en est rien, et c'est William Jones qui , sur la foi d'un commentateur, a introduit dans sa traduction cette notion , qui serait si grave si elle était exacte. La traduction française s'est également trompée en la reproduisant d'après William Jones. On ne trouve le Nydya cité aulhentiquement que dans des ouvrages posté-
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rieurs à l'ère chrétienne ; mais Ton ne peut doater qull ne soit beaucoup plus ancien y el qu*il ne soit même antérieur à VOrganon d'Aristotc.
On ne connaît jusqu'à présent le système de Gotama que par l'analyse qu'en a donnée l'illustre Coiebrookc dans ses Essûis sur la philosophie indienne, et par lanalyse , plus détaillée el plus spéciale , accompagnée d'une traduction , qu'en a donnée l'auteur de cet article dans le troisième volume des Mémoireê de l'Académie des Sciences morales et politiques. Colebrooke a eu le tort de mêler le système de Gotama à celui d'un aulre philosophe appelé Eanada, fondateur de recelé veiséshikâ. De là quelque confusion et des obscurilés qu'il ciit été facile d'éviter.
La doctrine de Gotama n'est pas une doctrine logique au sens où l'est celte d'Aristole ou celle de Kant; c'est plutôt le recueil des règles de la discussion , et l'auteur indien est fort loin de la profondeur des deux philosophes qui ont le plus fait dans celte partie de la science. On en pourra juger par quelques détails fort courts.
Le Sydya se compose de cinq lectures entre lesquelles se trouvent tràs-inégalement répartis cinq cent vingt-cinq axiomes. La première lecture est toute dogmatique; les quatre autres sont toutes polémiques, et ne pourront être bien comprises que quand on connaîtra davantage les objections des écoles anciennes auxquelles Gotama prétend répondre. La première lecture est la seule dont, jusqu'à présent, on se toit occupé, et c'est en effet la pitis intéressante. Elle ne reiifei*me que soixante axiomes.
Gotama proinct la béatitude éternelle à tous ceux qui connaîtront parfaitement la doctrine qu'il enseigne; et cette doctrine se compose tout entière des seize points suivants : la preuve, Tobjet de la preuve, le doute, le motif, l'exemple, Tassertion, les membres de l'assertion régulièrement formée, le raisonnement supplétif , la conclusion ; puis l'objection, la controverse, la chicane, le sophisme, la fraude, la réponse i\ilile , et enfin la réduction au silence. La connaissance approfondie de tous ces points de doctrine a pour but la destruction de l'erreur, et de tous les maux que Terreur entraine. Voilà ce qu'on doit appeler les seize topiques du Nydya, et non point les seize catégories, comme le dit Colebrooke, adoptant ici un mot consacré à exprimer de tout autres idées. Ainsi , dans le système de Gotama, pour que la discussion soit régulière et complète, il faut d'abord établir la preuve sur laquelle on prétend fonder l'assertion que l'on soutient. Est-<;e la perception sensible qu'on prétend invoquer? Est-ce le raisonnement mdépetidammtnt des faits sensibles? Est-ce l'analogie ou la comparaison? Est-ce enfin le témoignage, celui des hommes ou celui de la révélation ? Tel est le point qu'il faut fixer avant tout. Ceci posé , on doit indiquer l'objet de la preuve. Cet objet ne peut dune manière générale qu'être l'un des douzcsuivahls : l'àme, le corps, les organes des sens, les objets des sens, etc. Après la preuve et l'objet de la prouve, vient le doiite qu'on peut élever sur cet objet, et qu'il faut tout d'abord résoudre pour que l'existence en soit parfaitement certaine. Le doute se fonde bur un motif qiiil faut justifier ; et pour que l'objet de la preuve, qui va devenir tout à l'heuire l'objet de l'assertion, soit aussi clair que
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possible, il faut prendre dd exemple qui le fasse comprendre , en étant plus clair que lui , et en le mettant dans tout le jour nécessaire. Ces précautions préliminaires une fois prises , on peut poser Tassertion que l'on prélend soutenir, et qui peut être universelle ou particulière , spéciale ou hypothétique ) selon qu'elle s*appuie sur les quatre preuves, ou sur une seule, ou sur un exemple admis par les deux interlocuteurs, ou sur une simple hypothèse dont ils conviennent. L'assertion , pour être régulière et complète, doit avoir cinq membres : la proposilion, la raison, l'éclaircissement, l'application et la conclusion. C'est ce que Colebrookc a appelé le syllogisme indien, et l'on doit dire que ce rapprochement, s'il n'est entièrement faux, est pourtant fort peu exact. Pour appuyer l'assertion reposant sur ses cinq membres, il .faut ajouter de plus un raisonnement supplétif que Colebrooke appelle encore , par une analogie un peu forcée , réduction à l'absurde. Enfin y après ces huit topiques, vient la conclusion ou nirnaya, qui pose déGnitivement la thèse. Il ne reste plus, quand elle est ainsi posée, qu'à la défendre contre toutes les attaques de l'adversaire qu'on réduit enfin au silence, après avoir réfuté contradictoirement ses objections, avoir démasqué ses chicanes, réfuté ses sophismes, éludé ses fraudes et démontré la futilité de ses réponses.
Voilà toute la dialectique de Gotama : elle est fort loin, comnae on peut le voir d'après cette très-rapide esquisse , de la prodigieuse analyse de VOrganon, ou même des théories moins profondes et moins exactes de la Critique de la Uaison pure. C'est un code ingénieux et un peu superficiel de l'argumentation ^ mais Gotama a pu s'acquérir parla, dans l'Inde, une gloire qui n'a pas été moins durable ni moins utile que celle d'Aristote dans l'histoire de la logique chez les Occidentaux. Voilà son titre unique en philosophie-, et ce serait traiter fort légèrement les choses que de ne pas le trouver considérable! Il n'a pas été donné à tous les peuples de produire des systèmes de logique. Il faut descendre bien profondément dans l'intelligence humaine pour y découvrir les dernières et fermes assises sur lesquelles reposent son développement et son activité régulière. Aristote est infiniment plus profond et plus complet que Gotama. Il arrive jusqu'aux principes essentiels, et il a poussé si loin la recherche, que personne de{Aiis lors n'a pu le dépasser, et ne le pourra jamais dans le domaine de la logique pure. Gotama n'a pas connu le sylîogisnie, pas plus qu'il n'a connu les catégories, malgré ce qu'en ont pu dire Colebrooke et quelques auteurs qui, comme William Jones, ont cru, sur la foi d'une tradition fort incertaine, que le Nyâya avait servi de modèle à VOrganon. Maïs si Gotama est fort au-dessous d'Aristote et de Kant, son mérite relatif n'en est pas moins immense : il a eu le génie qui convenait à l'Inde, au pays où il était né, et au développement intellectuel que ce pays pouvait acquérir; La dialectique de Gotama a produit un mouvement d'études aussi grand au moins que l'Or^andn^ quoique fort différent. Il l'a entretenu et l'entretient encore. En d'autres termes, létude de la pensée dans l'Inde ne devait pas être poussée aussi avant qu'elle l'a été dans des pays et dans des siècles plus heureux et plus civilisés, tl n'a pas tenu à Gotama qu'elle ne fût étendue et approfondie autant qu elle pouvait l'être par la philosophie indienne^ et
la preuve y c'est qae depuis plus de vingt siècles la philosophie indienne s*est contentée de cette dialectique. A ce résultat y limité comme il Test y il y a certainement des causes fort graves que pourrait découvrir la philosophie de Thistoire. Ces causes ont été nécessaires : le génie indien a dû s'y soumettre y et c'est assez pour la gloire impériisable d'un philosophe d'avoir mené la science jusqu'à cette limite infranchissable où s'arrêtait l'esprit même du peuple auquel il s'adressait. Gotama doit donc, toute réserve d'ailleurs étant faite, se placer désormais à côté du législateur de la logique en Grèce ) et s'il est ao-dessous de lui, il n'en est pas moins le seul j avec Kant chez les modernes , qui soit digne de Ggurer à ses côtés.
Voyez plus loin, pour de plus complets détails , Tarticle Ntatac^ aussi l'article Philosophie didibiinb. B. S.-H.
GOUT (Suis bu). Voyez Sens.
GOUT [Esthétique]. On appelle goût cette focolté de l'esprit qui nous fait discerner et sentir les beautés de la nature et ce qu*il y a d'excellent dans les ouvrages de l'art.
Cette dénomination est empruntée au sens physique qui perçoit les saveurs : on a transporté le nom de ce sens à la faculté de l'esprit qui perçoit ce qu'il y a de beau et ce qu'il y a de laid dans les objets qoe nous contemplons.
I] en est du goût intérieur comme du goût extérieur : certaines choses lui agréent y d'autres lui répugnent; un grand nombre le laissent indil^ férent ou incertain y et l'habitude y les associations d'idées et la mode exercent la plus grande inOuence sur ses jugements. Ce sont ces analogies frappantes qui y dans toutes les langues polies y ont fait donner le nom qui désigne le goût physique à la faculté de percevoir , avec un sentiment de plaisir, ce qui est beau y et avec un sentiment de dégoût, ce qui est laid dans chaque espèce de chose (Reid, Essai sur les faeultét de l'esprit humain , liv. m ).
Nous sommes loin de vouloir contester ces analogies y mais on ne peut trop se mettre en garde contre une assimilation exagérée qui mbnerait aux plus fâcheuses conséquences. Il ne s'agit pas seulement de maintenir à l'une de nos plus éminentes facultés son rang et ses prérogatives ; cette confusion ouvre la porte au sensualisme et au scepticisme y et leur livre le domaine des arts et de la littérature. La science^ qui étudie le beau et les principes de l'art ^ doit attacher la plus haute importance à cette question psychologique et ne laisser planer sur elle aucune équivoque. Il y va de son existence comme de la dignité de son objet. Si une part doit être faite à la sensibilité y dans l'analyse du goût on ne peut trop faire ressortir l'élément rationnel qui le constitue dans son essence.
Quand je dis qu'un objet est beau, le jugement que je porte ne se confond pas avec le plaisir quetne fait éprouver la vue de la beauté. Le premier de ces faits est un acte de ma raison; le second , une impression de ma nature sensible, et , pour s'accompagner , ils n'en sont pas moins profondément distincts. Il y a plus, la perception et le jugement doivent précéder la sensation. Si l'objet ne m'était apparu comme beau^ si je
ne ]*ciYais jugé tel, je serais resté indifférent à son égard, il n*aurait éveillé en moi aucun sentiment. Ensuite, quelle est cette qualité qui ine ]e fait nommer beau? exprime-t-elle une simple relation entre lui et ma sensibilité? n'est-il beau que parce qu'il est approprié à mes organes et à mes besoins? cessera-t-il de l'être quand je ne le verrai plus? le serai l-il moins quand il ne ferait sm* moi aucune impression? Non ; il est clair que cette qualité est indépendante de tout rapport avec moi et avec mes organes, avec ma constitution sensible , et que , quand j'afûrme qu'une chose est belle ou laide, je ne veux pas dire seulement qu'elle est capable de me faire éprouver une sensation agréable ou désagréable , comme lorsque je porte un fruit à ma bouche , et qu'il me parait doux ou amer. Mais il est un autre caractère par lequel le goût intellectuel diffère essentiellement du goût physique , et ses jugements des perceptions sensibles, c'est qu'en réalité il nous met en rapport avec l'invisible. Nous l'avons démontré {Voyez Beau) , la beauté physique elle-même ne réside point dans la matière en soi et dans ses propiiétés , mais dans les rapports selon lesquels ses éléments sont combinés, dans sa forme, dans la régularité des mouvements, l'éclat, la pureté, la vivacité des couleurs. Or, la proportion , l'ordre et la régularité sont les effets visibles de l'intelligence; la matière n'est belle qu'autant qu'apparaît en elle la force , la vitalité , qu'autant qu'elle porte l'empreinte et le cachet de l'esprit. A plus forte raison les sens ne sontils pas capables de comprendre et d'apprécier la beauté morale ou spirituelle. Il est donc évident que la faculté qui est appelée à discerner le beau dans les ouvrages de la nature et de l'art dépasse l'étroit horizon des sens, qu'elle atteint dans le visible l'invisible^ le spirituel , l'idéal, et, qu'en ce point, elle oiïre la plus grande analogie avec cette faculté supérieure de rintelligence qui nous met en communication avec le monde des idées. Toutefois il faut prendre garde de tomber dans une autre exagération , et d'assimiler tout à fait le goût à la raison qui conçoit les vérités abstraites, à l'entendement qui, dans ses jugements et ses raisonnements, sépare et rapproche le particulier et le général, l'abstrait et le concret, l'idéal et le réel. Le goût est une faculté mixte; c'est là son caractère distinctif : il renferme un double élément comme son objet. La beauté ne se révèle à nous que sous des formes sensibles, xlans des images ou des symboles qui nous la cachent et nous la montrent à la fois. L'idée pure dépouillée de toute forme, dans sa nature abstraite, s'adresse à l'entendement et non au goût; elle ne nous apparaît pas comme belle mais comme vraie. La faculté qui voit et contemple le beau ne le saisit donc que dans sa manifestation sensible; elle habite à la fois deux mondes, celui des sens et celui de la raison; messagère entre le ciel et la terre , elle supprime la distance qui les sépare ; interprète des choses invisibles, elle nous traduit leurs vivants symboles. Elle n'a pas besoin de comparer l'idée et la forme , elle les perçoit simultanément, dans leur conformité et leur convenance , par une sorte d'intuition. Telle est la vraie nature de la faculté qui nous met en relation avec le beau. Elle prend le nom de goût lorsqu'on l'envisage dans sa fonction législatrice et judiciaire. Quoiqu'elle offre un côté sensible, l'élément essentiel qui la constitue appartient à la raison; elle n'est même, à vrai dire, qu'une des formes de cette faculté souveraine
qui prend différcnls noms selon les objets auxquels elle s*applique : raïfo/i proprement dile lorsqu'elle s'exerce dans la sphère des vérités spécnlalives ; coru^cience lorsqu'elle nous révèle les vérités morales ou pratiques ; goût lorsqu'elle apprécie la beauté et la convenance^ dans les objets du monde réel ou dans les productions des arts.
Nous aurions à rechercher maintenant les caractères d'un autre élément qui accompagne les jugements du goût : le sentiment que fait naître en nous la perception du beau. Quoiqu'il appartienne tqut entier a la sensibilité , il ne difîère pas moins des plaisirs des sens que la perception du beau et les jugements du goût des notions sensibles. Sur ce point , il faut consulter la savante et profonde analyse de Kant (Critique du Jugement). Sa description des caractères de la jouissance esthétique ne laisse rien à désirer. Selon Kant , te plaisir qui accompagne les jogemonls du goût est d'une nature déaintércssée , il ne provoque en nous aucun désir; l'objet nous intéresse, sans doute, en ce sens qa'il noos plaît, nous aimons h le contempler, un charme particulier nous attire vers lui, mais nous n'éprouvons aucun besoin de le faire servir à notre usage, de le consommer ou de le détruire. Loin de In, il nous semble devoir subsister par lui-même et pour lui-même , et n'avoir aucun rapport avec notre nature individuelle. L'àmc se sent libre en sa présence, comme lui est, vis-à-vis d'elle, libre et indépendant: c'est donc unejouissance d'un ordre tout particulier; une jouissance libérale. Cet oubli de nous-mêmes et de nos besoins fait que nous ne songeons pas même à l'existence réelle de l'objet ; une belle conception , une image , une représentation fictive nous plaît autant et souvent plus que la réalité même. Le goût est encore barbare lorsqu'au sentiment du beau doit se mêler l'agrément qui natl d'un dcsir satisfait. Les plaisirs du goût ne se distinguent pas moins de ceux qui accompagnent les jugements de la conscience morale. Ceux-ci sont d'une nature tout à fait noble , sans doute , mais ils ne nous laissent pas indilTérents à l'existence de leur objet, ils éveillent en nous lidéc d'une loi obligatoire à laquelle la volonté de l'agent est soumise. Il y a trois sortes de plaisirs qui correspondent aux idées de l'utile , du bien et du beau : le premier est purement sensible , le second est pratique , le troisième contemplatif. Ou les objets nous agréent, ou ils provoquent notre estime , ou ils nous plaisent. Nous partageons la première de ces jouissances avec les bêtes , la seconde appartient aux êtres raisonnables , la troisième est
f)articulière à l'homme et ne peut se rencontrer que dans une nature à a fois intelligente et sensible. — Nous ne suivrons pas Kant dans les détails de cette analyse semée d'observations profondes autant qu'ingénieuses. Il est un point d'ailleurs sur lequel nous sommes forcés de nous séparer de ce philosophe. Kant reconnaît le caractère d'universalité qui appartient aux jugements du goût; mais, dominé par l'idée qui fait le fond de son système , et préoccupé du côté sensible que nous avons signalé plus haut, il fait du beau l'objet d'une jouissance générale et du goût une sorte àescns commun {sensus commvnis). Il dislingue, il est vrai, celui-ci des sens externes et dç la raison ignorante et sans culture qui, dans le vulgaire des hommes, juge d'après des idées vagues et confuses. Le goût, suivant ses expressions, «juge avec une nécessité générale, niais purement subjective. » H a beau insister sur cette nécessité inté-
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rieure , sur les lois de TimaginalioD inhérentes à iespi it humain , il n*en conlestc pas moins le caractère ohjcctif et absolu de cette faculté et de ses décisions.
Dans le domaine du beau comme dans celui du vrai, Kant, après avoir tenté de soustraire sa raison et ses idées aux atteintes du scepticisme, nous parait assurer le triomphe de ce dernier. Nous ne pouvons également souscrire sans réserve à cette dénomination de sens commun donnée au goût. Elle n'est vraie que d'une manière métaphorique, comme l'on dit quelquefois le sens ou Vorgane du beau. On ne peut trop le redire , le goût , malgré l'élément sensible mêlé à ses jugements , n'est autre que la raison elle-même , et il participe de tous ses caraclèrcs, de sa nécessité, de son universalité 5 comme elle, il est objectif et absolu.
11 exisle un scepticisme esthétique comme un scepticisme scientifique, moral et religieux j sa devise est la maxime vulgaire : « On ne peut disputer des goûts. » Ses arguments sont les mêmes î le principal consiste à faire ressortir la diversité des jugements que porleul les hommes sur le beau et le laid , les formes bizarres que prend le goût chez les différents peuples, les changements et les révolutions qui s'opèrent dans les arts et la littérature. Beaucoup d'esprits fort sages, et qui reculeraient effrayes devant les conséquences du scepticisme religieux ou moral, paraissent disposés à faire bon marché de la vérité esthétique. }\ est pécessaire de leur montrer où conduit une pareille concession; car c'est ici surtout ]e cas d'appliquer la maxime : « On ne fait pas au scepticisme sa part. » Certes nous sommes loin de vouloir efl'acer les différences qui séparent les diverses sphères du développement de l'esprit humain. L'art a sou caractère propre, par lequel il se distingue de la science , de la morale et de la religion {Voyez Arts) ; mais les idées qui leur servent de base n'en conservent pas rpoins leur solidarité. Lorsqu'elles sont menacées, elles doivent proclamer hautement cette unité, qui est celle de la raison elle-même, i^insi, à ceux qui sont frappés surtout du caractère universel des vérités piathématiques, nous ferons remarquer qu'il y a aussi une beauté mathématique , et que le goût qui la reconnaît et l'admire a les mêmes droits que la raison qui juge les vérités abstraites. Cette identité a été apergue dès l'origine de la science, et il ne faut pas croire que les rapports établis entre les lois des nombres et celles de l'harmonie , entre l'astronopiic et la musique , soient une rêverie pythagoricienne. Il y a dans les proportions numériques , dans la régularité des mouvements et des formes, uqe excellence qui se traduit immédiatement aux yeux. Non-seulement le monde nous offre ce genre de beauté dans les lois qui font sa stabilité ; tous les arts l'empruntent plus ou moins. Il prédomine dans l'arcfiitecture. Dans la sculpture et la peinture , quoiqu'il cède la place à des formes plus libres et plus animées , il fournit les lois de la perspective , préside aux proportions , à l'ordonnance et au groupement des figures. Dans la musique , il reprend toute son importance , et , s'il le cède encore à un élément supérieur, à l'expression , la cadence, la mesure, l'harmonie, lui appartiennent. La poésie lui doit les lois du rhythme et plusieurs des règles de la prosodie. Il n'est pas plus permis au goût d'enfreindre ces lois fondamentales qu'à la raison de violer c&Ues de la mécanique. Pin-
dare y est soumis comme Archimède. Veot-on on aulre exemple dans 1*ordre de la beauté physique? que l'on considère la figure humaine. Une loi invariable et qui ne laisse aucune prise à la diversité des goûts^ est celle de la disposition des organes. En vertu de cette loi, les organes affectés à rintelligence doivent prédominer sur ceux qui se rapportent aux fonctions physiques. Renversez cet ordre , vous rapprochez rhomme de ranimai , vous changez la beauté en laideur, la Ggure humaine s'éloigne dans la même proportion de son type idéal y elle perd sa noblesse, et n'exprime plus que la bassesse, la stupidité, la férocité. Lisez dans Winckelmann la description du profil grec, vous verrez que les conditions de la beauté physique sont aussi peu arbitraires que les proportions géométriques. Quant au beau moral , nous pourrions reproduire la thèse soutenue par Platon , celle de Tidentité du bon et du beau, et par là démontrer les rapports intimes de la conscience morale et da goût. Kant a fait , il est vrai , parfaitement ressortir la différence qui existe entre ces deux facultés. L'une apprécie les actions d'après leur conformité avec leur fin, et soumet la liberté à une règle obligatoire; l'autre, faisant abstraction de la fin des êtres et ne considérant que leor libre développement , contemple l'image de la loi elle-même, réalisée d'une manière vivante et harmonieuse ; elle ne connaît pas , à proprement parler, de vertus, mais des qualité grandes , nobles , généreuses, qui émanent d'une Ame heureusement et richement douée. On le voit, le principe du beau et du bien est le même , savoir : l'excellenoe d'une nature qui se développe conformément à sa loi, obligée dans un cas, libre dans l'autre; le point de vue seul est différent. Ainsi, qu'on le sache ou qu'on l'ignore , on ne peut attaquer le caractère absolu da goût sans porter une atteinte funeste à la conscience et à la vérité morale.
Il y a aussi un côté divin dans le beau , et le goût offre une étroite affinité avec le sentiment religieux. Ailleurs {Voyez Arts), nous avons dû insister sur leur distinction. Ici nous rétablissons leur unité ; le goût peut être faible et le sentiment religieux très-développé dans le même individu; mais ce n'est là qu'une différence de degré; celui auquel manquerait le sens du beau , et qui ne saurait le reconnaître dans les images que lui en offrent la nature et l'art, ne comprendrait rien aux symboles de la religion et du culte, il est douteux même que son intelligence pût s'élever a l'idée des perfections divines , le parfait et le beau étant identiques dans leur origine et leur principe.
Nous avons également démontré {Voyez Esthétique) le caractère absolu du goût et de ses règles fondamentales dans le domaine de l'art L'art n'est pas une imitation de la nature , mais il.obéit aux mêmes lois , et l'idéal qu'il représente n'est que l'idée dont elle poursuit elle-même la réalisation. La nature et l'art imitent tous deux un même modèle. D'un autre cûté, ces symboles, que l'art emprunte au monde réel , il ne les façonne pas arbitrairement , mais avec une libre nécessité , c'est-à-dire en se soumettant d'instinct à des lois qui le dominent à son insu. Le goût a donc des règles d'appréciation fixes, un mfmum à l'aide duquel il peut juger les productions du génie , et distinguer ce qui est beau d'une beauté immuable et absolue dans les créations de l'esprit humain comme dans les œuvres de Dieu.
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Comment toutefois expliquer la diversité des goûts et des jugements que portent les hommes sur le beau, soit réel, soit artistique ou littéraire? Par les mêmes raisons et les mêmes causes qui servent à rendre compte de la diversité et de la contradiction des opinions en matière de vérité , de justice et de moralité , sans que le caractère absolu de la raison et de la conscience en soit altéré. Le goût, comme toutes les facultés humaines , est susceptible d'éducation et de culture : il se développe, se modifie, se perfectionne, et se corrompt. Il y a un goût sain, et un goût dépravé. On ne peut nier qu'une mauvaise éducation , des habitudes vicieuses, des associations d'idées bizarres, ne donnent à quelques hommes un goût qui se platt aux choses grossières , extravagantes. La coutume , l'imagination , le tempérament, le climat, l'organisation sociale, les mœurs, les idées religieuses, exercent une grande influence sur le goût des nations et des individus. La recherche de toutes ces causes n'est pas une des parties les moins importantes de l'histoire des arts et de la littérature.
Consultez, outre les ouvrages indiqués aux articles Beau et Esthétique : Herder, des Causes de la décadence du goût chez les différents peuples, in-8*, Berlin , 1775. — Signorelli , del Gusto et del Bello, in-8% Naples, 1707. — Rollin , Réflexxons générales sur le ^oûr^ dans le Traité des études, — Cartaud de la Villate , Essai historique et philosophique sur le goût, in-12, ib. , 1751. — Siran de la Tour, l*Art de sentir et juger en matière de août, in-8', Strasbourg, 1790. — Les traités de Montesquieu, ded'Alembert, de Marmontel, de Lecat, deBitaubé, deFormey,iBtc., dans les œuvres de ces écrivains. — Hume, ofthe /Standard of taste , and of the Delieaty of taste , dans ses Essais et Traités. — Cooper, Lettres sur le goût , in-S", Londres, 1771. —Gérard, Essai sur le goût, in-8", ib. , 1759. — Alison, Essai sur la nature et les prin^ cipes du goût, in-4*», Edimbourg et Londres, 1790. — Winckelmann, de la Capacité de sentir le beau dans les arts, et de son éducation (ail.).
GOVÉA (Antoine de), né à Béja, en Portugal, vers Tannée 1505, mort à Turin en 1565, fut doué d'un de ces esprits alertes, inquiets, remuants, propres à toutes les entreprises, que le public encourage volontiers par ses applaudissements , même dans leurs écarts , mais auxquels il n'accorde jamais une estime durable. Antoine de Govéa vint à Paris, dès qu'il eut achevé ses études littéraires; il se rendit ensuite à Lyon , où il publia, en 1539, des poésies latines d'un genre peu grave : il s'était proposé d'imiter Ovide et Catulle. Après avoir laissé de côté les lettres pour la jurisprudence, et la jurisprudence pour la philosophie, il vint à Paris, en 15H. C'est là qu'il eut avec Pierre La Ramée {Ramus) ces grands débats dans lesquels intervint l'autorité peu compétente du parlement de Paris. La Ramée, l'un des premiers détracteurs de la scolastique , avait parlé d'Aristote en des termes qui résonnèrent fort mal aux oreilles des docteurs de l'école. Govéa se chargea de confondre ce novateur impie, et publia contre lui le plus véhément pamphlet. Le parlement adopta la cause d'Aristote, et François !•' fut de l'avis du parlement. Ces controverses firent grand bruit; on ne parlait de rien moins que d'envoyer aux galères le doctenr qui.
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avail osé slnscrire contre la parole da maître. Cependant on prit à son égard une résolution moins brutale : on confia le règlement de cette affaire à un tribunal d'arbitres. La Ramée désigna pour les siens maîtres Jean Quentin y docteur en droit , et Jean de Bomont y docteur en médecine; Govéa voulut être représenté par maîtres Pierre Danès et François de Vicomercat^ le cinquième arbitre, nommé par le roi, fat Jean de Solignac, docteur en théologie. La Ramée fut condamné comme « téméraire y arrogant et impudent d'avoir réprouvé et condamné le train et art de logique receu de toutes les nations, que loy mesme ignorait. » Cette éclatante victoire, remportée sur un adversaire aiisâ notable, ne parait pas toutefois avoir assez flatté Tamour- propre de Govéa pour rattacher à 1 étude de la philosophie : il la n^ligee bientôt pour revenir à la jurisprudence, et il acquit un grand renom, comme docteur en droit, dans les chaires de Toulouse, de Cahors, de Valence et de Grenoble. Ses écrits philosophiques sont : Porphyrii I&agoge m laHnutn translata, in-S"", Lyon, 1541; — Antonii Goveani iiro Arùto^ trie reêtpofisio adversui Pétri Rami calumnias , ad Jacoàum Spifaminm, in-S"", Paris, 1543; — Antonii Goveani Commentarius in M. TullU CiceronU Topiea, in-8% ib., 1543 et 1545; in-4% 1554. Ce commentaire des Topiques est peu étendu ; il est néanmoins estimé. On peut lire encore ses Antmadversions potir AriêtoU s il y a de la verve méridionde, du trait, de la passion; mais on y trouve aussi beaucoup de gros mots. L'opinion de Govéa sur Aristote , c'est qu*en matière de dialectique ce philosophe ne peut faillir, et que lui préférer Platon c*cst être insensé, non sana mens Èami, Govéa aborde successivement toutes les parties de la logique péripatéticienne, et développe sans mesure la démonstration des formules syllogistiques. En lisant cet écrit , qu on peut considérer comme le manifeste du parti conservateur contre les hypothèses aventureuses de quelques libres esprits, on entend encore retentir, dans l'école du xvr siècle, un faible écho des controverses du moyen âge. Ainsi, La Ramée a pris parti pour les réalistes; il a posé l'universel hors du particulier, pour attribuer toutes les conditions de Tètre aux genres , aux espèces , aux seconds de la sub~ stance. Govéa lui répond que l'universel ne subsiste pas hors du particulier; qu'il n*est peut-être, à voir au fond des choses, qu'un pur con* cept, fvvcta, 7rpoXy)<|^tc , uuc idée, et (Jes termes sont curieux) une idée innée y « insita a natura in sensinus nostris notio. » Il est donc bien vrai que le nominalisme ne conduit pas toujours au sensualisme.
GRAMMAIRE, GRAMMAIRE GÉIVÉRALE. Outre les grammaires particulières qui enseignent les règles propres à chaque idiome , grammaires qui varient selon les temps et les lieux, subordonnées qu'elles sont à toutes les vicissitudes des langues qui suivent ellesmêmes les révolutions des peuples, il est une grammaire universelle, invariable, qui, s'élevant aunlessus des formes particulières et des usages locaux ou transitoires, dicte des règles immuables, communes il toutes les langues, et qui cherche la raison de faits qu'au milieu d*une si grande diversité d'idiomes on retrouve partout identiques. On la nomme de différents noms : Grammaire générale ou tfnivtrselle, sion ia