‹ Dictionnaire des sciences philosophiquesChapitre 124 sur 135 · GRAMMAIRE^ GRAMMAIRE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

GRAMMAIRE^ GRAMMAIRE GÉNÉRALE

considère comme s'appUquanl à toutes les langues; Grammaire raisojinée, si on considère les procédés de comparaison et de raisonnement qu'elle emploie; Grammaire philosophique enûn. si on Fenvisage comme donnant la raison de ce qui est commun a toutes les langues 0t comme empruntant celte explication à la philosophie.

Quelle est en effet la science qui nous donnera une telle explication si ce n'est la philosophie ? Quoi qu'en aient dit certains sophistes, amis du paradoxe, qui, prétendant que l'homme ne pense que parce qu'il parle, auraient volontiers donné à la parole la priorité sur la pensée, il est évident aux yeux du bon sens que la parole ne sert qu'a exprimer la |)eBsée , qu'elle se calque nécessairement sur elle , qu'il ne peut y avoir dans les langues que ce qu'il y a dans l'esprit, et que par conséquent, pour trouver la raison de ce qu'il y a de commun à toutes les langues. Il faut pénétrer dans l'esprit humain lui-même , afin de découvrir ce qu'il y a d'uniforme dans tous dans les opérations de la pensée. Or c'est là l'office de la philosophie , de cette partie du moins de la philosophie qu'on nomme psychologie. Aussi la Grammaire générale a-t-elle toujours été regardée comme un appendice , sinon comme une partie essentielle, de la philosophie; à ce titre elle ne pouvait manquer de trouver place dans un Dictionnaire des sciencfes philosophiques.

S*il est vrai que les langues ne soient que le calque de là pensée, il nous sufGra, pour poser les fondements de la Grammaire générale, de faire l'analyse de la pensée, ou plutôt d'emprunter à la psychologie cette analyse qu'elle a depuis longtemps exécutée; avec ce secours, nous pourrons procéder synihétiquement et faire à priori la théorie du langage.

Or, nous savons que la pensée se produit sous deux formes et ne peut se produire que sous ces deux formes , Vidée , le jugement: Vidée, qui représente les choses purement et simplement; \q jugement y qui prononce sur elles , qui leur attribue ou leur reOise certaines qualités. Mous savons aussi que les jugements supposent des idées; que les idées sont les éléments des jugements. Les langues auront donc à exprimer At& idées et des jugements. Les idées sont exprimées par les mots, les jugemenis par les propositions ; et de même que les tdées sont les éléments du jugement, les mots sont les éléments de la proposition.

Mais il y a dans les langues une foule de mots divers : nous faudrai^ii donc les connaître tous? Ces mots, malgré leur différence de son, de forme, peuvent être envisagés seulement sous le rapport des fonctions qu ils remplissent dans le discours, et ils se réduisent alors à un petit 4iombre d'espèces qu'on appelle les parties du discours. Or, quelles sont ,ees parties essentielles du discours? Si ce que nous avons avancé sur les ;rûpports de la grammaire générale et de la psychologie est vrai, l'anailyse àe la pensée devra encore ici nous fournir la réponse.

-Toute pensée se résout en jugements, et les jugements eux-mêmes •ae résolvent en idées. Or, qu'y a-t-il dans toat jugement? D'abord l'idée d'une substance, d'une chose envisagée comme possédant ou exiSluant c^taines qualités ; puis l'idée d'une qualité, d'une manière d'être ; ïta&n l'opéraiion de l'esprit qui attribue ou refuse la qualité à la substance, qui affirme que l'être est ou n'est pas d'une certaine manière , que le siget possède ou exclut un certain attribut. Il devra donc y avoir

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trois espèces de mots essentielles à toute langtie: l'expression de la sobstance , celle de la qualité , celle de l'affirmation portée sur le lien qui les unit : ce sont le substantif ou nom, V adjectif et le t?er6e. Verbe veut dire parole; cest qu'en effet ce root est celui qni constitue véritablement la parole : on ne parle que pour se comprendre, et sans le verbe , sans l'affirmation qu'il exprime , les mots n'auraient plus aucun sens, ou do moins aucune valeur; ce seraient des pierres sans ciment.

Ces trois espèces de mots suffisent-elles à exprimer tontes nos pensées? Elles suffiraient si les objets dont nous nous occupons étaient toujours considérés isolément; mais le plus souvent ils ont des rapports avec d'autres objets ; il devient alors nécessaire d'exprimer ces rapports. Quand je dis : Dieu est bon, le sujet et l'attribut expriment (^ cun une seule idée, dégagée de tout rapport, et ils doivent alors être exprimés chacun par un seul mot; mais si je dis : Les dieux des patent étaient indignes de respect, le sujet les dieux est en rapport avec les mots les païens qui le déterminent, et l'attribut indignes est en rapport avec les mots de respect qui en complètent l'idée. Ces rapports sont id exprimés par le mot de. Les grammairiens ont nommé prépositiam cette nouvelle espèce de mots , parce qu'elle se place généralement avant le nom qui est en rapport avec le sujet on l'attribut et qui en complète l'idée.

Il peut de même y avoir des liens entre les faits , entre les jugements, et par conséquent entre les propositions qui les expriment , et il fàu&n une cinquième espèce de mois pour exprimer ces rapports d'an nouveau genre : c'est l'office de la conjonction. La conjonction unit les propositions entre elles, comme la préposition unit les mots.

Substantif, adjectif, verbe, préposition, conjonction, tels sontdoncles mots essentiels à toute langue. S'il n'y a dans le discours que des propositions, soit isolées, soit unies et combinées entre elles, et si l'analyse que nous avons faite de la proposition est fidèle, il ne semble pas qu'il y ait place pour d'autres espèces de mots que les cinq que nous venons d'énnmérer. Comment se fait-il donc qu'au lieu de cinq parties da discours, les grammairiens en comptent dix. Qui deviennent dans notre théorie grammaticale Varticle, le pronotn, \e participe, Vcuiverbe, Vùh terjection ?

Passons rapidement en revue ces différentes espèces de mots, et montrons qu'elles rentrent dans celles que nous connaissons déjà , qu'elles n'en sont que dos subdivisions ou des composés.

Varticle exprime une modification particulière du substantif; il annonce qu'il doit être pris dans un sens concret et non dans on sens abstrait, qu'en outre il doit être envisagé sous le rapport de son étendue, comme le nom d'un genre ou d'un individu. C'est ce qu'on sentira immédiatement en prenant quelque exemple où le même substantif soit employé avec l'article et sans article. L'homme lâche n'est pts homtne : dans cet exemple , l'article placé devant homme lâche, qui forme le sujet , indique que le mot homme est pris dans un sens déterminé; c'est le nom d'une classe, celle des hommes Idches; dans l'attribut, homme est pris dans un sens abstrait, indéterminé, comme exprimant seulement l'ensemble des caractères qui font qu'un homme est homme: c'est ce qu'indique l'absence de Tarticle. On le voit, Tarticie ne (ait

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