GUILLAUME
sion qa1l cherche à confirmer encore dans son traité de l'Ame , en démontrant, autant qu'il est en lui, la simplicité et Timmortalité de 1 âme. Quoique les raisons qu'il emploie pour arriver à son but ne soient pas toujours les meilleures , cependant c'est lorsque Guillaume traite ces diiïérentes questions , qu'il est le plus digne d'atlention ; sur le reste ^ il ne s'élève pas au-dessus du commun des penseurs de son temps , si ce n'est par l'érudition. Un des premiers dans le moyen âge, il aborda la théorie de la connaissance , et fit mention de ces intermédiaires qui, dans la suite, occupèrent une si gfande place dans la scolaslique. Par les questions qu'il a eflleurées, par ses tendances à étudier les Arabes , autant que par l'époque où il écrivit , Guillaume de Paris est un de ceux qui forment la transition entre les scolastiques qui , dans la troisième époque, se livraient uniquement aux travaux d'érudition, et ces hommes à la fois plus instruits et plus hardis qui se distinguèrent par leur savoir et leurs doctrines. S'il diffère des premiers par une tendance plus philosophique , il se sépare encore plus des seconds par son extrême timidité. Son style, qu'on a trouvé supérieur à celui de ses contemporains, ne vaut pas mieux; mais ce quon ne peut lui contester, c'est une connaissance assez étendue des philosophes arabes et juifs, qu'il cite souvent. Il y a un nom qu'on rencontre avec étonnement dans le de Universo (p. 1) : c'est celui de saint Bonaventure, qui ne devait guère avoir que vingt-sept ans quand mourut Guillaume de Paris.
Guillaume de Paris a laissé un grand nombre d'écrits , dont quelques-uns ont été imprimés , et dont voici la liste : Censura detestabi" lium errorum ( Voyez la Bibliothèque de Paris, édition de Lyon , t. xxv, p. 329) ; — Tractatus de sancia Trinitate et aitributis divinis ; — de Anima; — de Pœnitentia ; — de Collatione beneficiorum ecclesiasiicorum (imprimé plusieurs fois); — Liber de rhetorica divina; — Liber de fide et legibus; — de Universo, pars 1* et 2***. Tous ces ouvrages ont été réunis en 2 vol. in-f», Orléans , 1674.
Il existe, en outre, plusieurs ouvrages inédits : Ejmtolœ ad diversos; — Tractatus de Dœmonibus; — (/c Clanstro animœ ; — de Donosdentiœ; — rfe Professione novitiorum; — de Bono et Malo; — de Primo principio; — Commentarii in Psalterium; — In Proverbia Salomonis; — In Ecclesiasten ; — In Cantica canticorum et in Evangelium Matthan, Selon Oudin, le commentaire sur saint Matthieu serait celui qu on trouve imprimé à la suite des œuvres de saint Anselme de Gantorbéry. Nous croyons pouvoir ajouter au nombre des écrits de Guillaume de Paris, un traité qu'il cite lui-même dans le de Universo (p. 1 ) , qui a pour titre : Tractatus de meritis et rétribution ibus animarum nostrarum. On lui a attribué des sermons et un dialogue sur les sept sacrements ; mais les sermons sont de Guillaume Perault, de Lyon, et le dialogue est de Guillaume de Baufet, d'Aurillac, et qui a été aussi évèque de Paris, de 1304> à 1320 , ce qui fait qu'on l'a quelquefois confondu avec le premier Guillaume de Paris. X. R.
GUILLAUME de M(»rbbkâ, ainsi appelé du village de Flandre où il naquit au commencement du xiu* siècle , entra jeune encore dans l'ordre de Saint-Dominique. Sa profonde connaissance de la langue arabe et de la langue grecque engagea ses supérieurs à le comprendre au nom-
au GURLITT.
bre des missionnaires que l'ordre envoyait chaque année en Orient Ed 1281 , il devint arclicvèque de Corinlhe. On ignore Tépoque de sa mort, qui parait avoir suivi de près son élévation à TépiscopaU A 1 exct*plioo d*un Traité de Géomancie, demeuré manuscrit, Guillaorne de Moërbeka n'a laissé aucun ouvrage original ; cependant il n*en a pas moins contribué au progrès des idées et de la philosophie de son siècle par les nombreuses traductions dont il est Tauleur. Les historiens s'accordent, en eiïety à lui attribuer une version latine de tous les ouvrages d'Aristote, entreprise àTinvitation de saint Thomas; et quand bien mémeoa conlestcrail Tenlière exactitude de cette allégation , il resterait déiaontré y par le témoignage des manuscrits y que Guillaume a traduit ia?ulititiue , la lihétoriijue , et le Commentaire de Siuiplicius sur les livres du Ciel, Il a aussi l'ait passer dans la langue latine plusieurs opuscules de Galion et dllippocrale, et, ce qui intéresse davantage la philosophie , plusieurs ouvrages de Proclus dont nous ne possédons pas le texte original. Cette dernière traduction fait partie du premier volume des œuvres du philosophe grec publiées par M. Cousin. Quétif et Echard ont consacré h Guillaume un article étendu de leur grand ouvrage sor les écrivains de l'ordre de Saint-Dominique , Scriplores Ordini* PriTëcatorum recensitiy in-f°, Paris, 1719, t. \"y p. 388 et suiv. Voyez aiusi Jourdain, Recherches 9ftr l*dye et V origine des traductions dWri$ioifj nouv. édit., Paris, 18^2, p. 07 et suiv.; et Schneider^ dans la Préface de sa belle édition de V Histoire des animaux d'Aristoîe, 4 vol. in-8. Leipzig , 1811 , p. 126 et suiv. C. J.
GURLITT (Jean-Godefroi) , philosophe, philologue et théologien distingué, naquit à Halle en 175^, et mourut à Hambourg en 18i7, après avoir passé toute sa vie dans renseignement , soit comme professeur, soil comme directeur de divers établissements publics. Il a laissé plusieurs écrits, parmi lesquels on dislingue une Esquinte dt la philosophie (in-8", Magdcbourg, 1788), et une Histoire de In philosophie (in-8«, Leipzig, 1780;. La clarté, le bon sens, qualités pea communes en Allemagne; une parfaite indépendance dans les idées, jointe à beaucoup d élévation et à des connaissances très-solides, tels sont les principaux mérites de ces deux ouvrages , dont le dernier eit le plus estimé. Tennemann le compte parmi ceux qui gnt le plus contribué à introduire dans Thistoirc de la philosophie l'esprit critique et la méthode. £n théologie^ Gurlitt se montra un champion ardent du rationalisme. X.
GYjIIXOSOPIIISTES [mot à mot : sages qui vivent tout nus ou à peu près nus]. C'est sous ce nom que les Grecs d'abord, et les Romains, à leur imitation, désignèrent les brahmanes. Dans les Tusculanfs ( liv. v, c. 27) , Cicéron , traitant de la douleur et de la fermeté inébranlable que certains hommes ont mise à la supporter, dit : « Dans rindc, ceux qui passent pour sages restent nus toute leur vie, et reçoivent sans douleur la neige et l'atteinte des frimas : et, quand ils veulent lutter contre le feu, ils se laissent brûler sans pousser un soupir. » De son côté , Arrien, qui travaillait sur les mémoires authentiques des lieutcjmntsti -Alexandre, Ploléméeet Arislobule, raconte {Ea-pédOUm
GYMNOSOPHISTES. Glîi
tP Alexandre, liv. vu , c. 1) qu'en arrivanl à Taxila sur l'Indus, le conquérant rencontra des philosophes en assez grand nombre , lesquels vivaient tout nus; et qu'il proposa vainement à Dandamis, d'autres disent MandaniSy leur chef, de le suivre. Alexandre, grand admirateur de ces sages, de leurs mœurs austères et de leur vertu, n'obtint cette condescendance que de Calanus , l'un des moins célèbres parmi ces gymnosophistes. Calanus suivit l'armée macédonienne durant quelque temps , faisant estimer son courage et son caractère de tous ceux qui le connurent, et particulièrement du roi. Il était alors Agé de près de soixante-dix ans. Atteint de souffrances, que l'âge amène trop souvent avec lui, et ne voulant pas les supporter plus longtemps, il résolut de se brûler, et de hâter l'instant de sa délivrance par cet effroyable suicide. 11 indiqua le jour où il comptait consommer ce sacrifice; et, dans une plaine près de Pasargade , en présence de toute l'armée , au milieu d'une pompe magnifique préparée par les soins du roi, il se laissa brûler sans pousser un gémissement, sans exprimer un regret. Alexandre ne crut pas devoir assister jusqu'à la fin à cet horrible spectacle. Soit affection , soit peut-être aussi dédain pour cette frénésie , il ne voulut pas voir mourir dans un affreux tourment un homme qu'il aimait.
Plutarque confirme tout ceci dans la Vie d'Alexandre, et il ajoute qu'un Indien qui suivit César renouvela dans Athènes le spectacle jadis donné par Calanus, et que le lieu où il se brûla reçut depuis lors le nom de Sépulture de l'Indien.
Strabon , dans son livre xv*, emprunte aussi , avec sa gravité habituelle, des détails tout à fait pareils aux Mémoires d'Aristobule, de Néarque , de Mégasthène. Il dépeint , d'après eux , les brahmanes avec une fidélité et une exactitude vraiment admirables , et il donne même sur leurs doctrines des aperçus qui, bien que très-généraux, sont parfaitement justes. La sagacité et la curiosité des Grecs ne s'y étaient donc point trompées : et, si leurs relations directes avec l'Inde avaient duré plus longtemps, on peut croire , d'après ce qu'ils nous ont transmis sur les gymnosophistes, qu'ils auraient devancé de quinze ou vingt siècles presque toutes les découvertes de la science moderne.
•Ce témoignage de l'antiquité sur les gymnosophistes, bien qu'on l'ait plus d'une fois révoqué en doute à cause de la singularité même des faits, est cependant incontestable. Nous n'avons plus à le suspecter d'exagération , nous qui connaissons les mœurs des Indiens. Elles sont aujourd'hui à peu près ce qu'elles étaient au temps d'Alexandre, et elles nous offrent encore trop souvent les exemples d'un fanatisme aussi extravagant que celui de Calanus. Il y a encore dans l'Inde bien des brahmanes qui vivent nus, et qui se soumettent pieusement pendant de longues années à des tortures atroces : tous les voyageurs l'attestent d'une manière unanime ; et la civilisation européenne n'a rien pu jusqu'ici contre ces coutumes insensées. Elles subsistent et subsisteront longtemps encore, selon toute apparence. Les causes qui les ont provoquées, le climat et les croyances , ne sont guère aujourd'hui moins puissantes qu'elles ne l'étaient jadis, et il suffit de lire les récits parfaitement authentiques des voyageurs, et même les documents officiels , pour être convaincu que ces causes exerceront pendant bien des siècles encore leur funeste influence.
Gif) GYMNOSOPfflSTES.
Il faut se rappeler que, longtemps avant Texpédilion d^Alexandre, la renommée des sages indiens élait fort grande dans la Grèce. Une Iradilion , plus ou moins suspecte , rapportait que c'était auprès d'eux qoe Pythagore et Démocrite étaient allés puiser leur science et leurs dogmes : Anaxarque, Pyrrhon même voyagèrent, diU-on, danse» lointains pays par amour pour la philosophie, comme y voyagea plus tard Apollonius de Tyane, le héros de Philostrate. Quand orT parlait de rOrient et de la sagesse de ses antiques doctrines y c'était à la Pen^e quelquefois, mais surtout à l'Inde, que s'adressaient ces louanges on peu emphatiques , qui semblaient emprunter beaucoup à l'éloignement même des lieux. Ces louanges étaient unanimement répétées dons les premiers siècles de l'ère chrétienne et par les philosophes païens et par les Pères de l'Eglise. A Alexandrie, qui avait avec les Indes des communications plus fréquentes, et qui en recevait des informations plos précises, la gloire des sages indiens était acceptée par des partis qui^ sur presque tout le reste , étaient en irrémédiable désaccord. Porphyre, rénovateur de la doctrine pythagoricienne, exaltait la tempérance' des brahmanes, et, un siècle à peine après Porphyre, saint Ambroise,a^ chevéque de Milan, écrivait, dit-on^ sur leurs mœurs un ouvrage oà elles n'étaient pas moins admirées.
Que ce livre d'un saint chrétien soit apocryphe , que ces traditions sur les premiers et les plus illustres philosophes de la Grèce, voya^reaot dans rindc, soient inexactes, ces faits n'en attestent pas moins toute l'admiration que Tantiquilé avait vouée à la sagesse indienne, et que rehaussaient encore dans l'opinion du vulgaire ces prodiges de constance et de sauvage énergie dont toute l'armée macédonienne avait été jadis témoin.
Le moyen âge ne sut rien sur l'Inde et sur les gymnosophistes au delà de ce qu'en avaient su les anciens. Les croisades n'apportèrent point de renseignements nouveaux ; et, lorsqu'aux xvi* et xvii« siècles, l'érudition, dans son activité infatigable, essaya de scruter ces antiques secrets, elle dut s'en tenir aux témoignages unanimes, mais bien incomplets des Grecs et des Latins. On peut voir par tous les historiens de la philosophie , et par Brucker, entre autres , minutieux et savant comme il Test, combien ces renseignements étaient insulïisants et vagues. C'est d'après eux seuls cependant qu'il a essayé de tracer la vie et la doctrine des sages de l'Inde.
Telle était encore la pénurie de nos connaissances sur ce sujet jusqu'à la fin du XVIII' siècle, c'est-à-dire jusqu'à la conquête de l'Inde par les Anglais, et l'étahlissemenl d'une nation européenne dans ces contrées. Voltaire et les philosophes dont il était le chef et l'inspirateur avaient bien compris, sur les données seules des anciens, et d'après quelques informations directes, qui dès lors pénétrèrent de temps à antre en Europe, toute l'importance de la philosophie indienne, lis avaient recherché avec un immense empressement les monuments originaux. Des extraits, des traductions leur avaient été transmis, mais trop peu exacts encore, et surtout en trop petit nombre. Il était impossible de rien tirer de complet de ces fragments, trop souvent déûguros par l'ignorance et la passion j mais dès lors on pouvait prévoir Itvs (locou vertes qui ne Uirdèrenl pas à être faites , et qui vinrent éclairer