‹ Dictionnaire des sciences philosophiquesChapitre 132 sur 135 · GYMNOSOPHISTES · texte numérisé non relu

GYMNOSOPHISTES

d*un jour tout nouveau les traditions antiques y et les justifier bien au delà de ce qu*on pouvait attendre. Une fois que la langue sacrée des brahmanes fut connue, que l'étude du sanscrit put devenir régulière et facile y des savants , des hommes d*£tat, de simples marchands même recueillirent de toutes parts les ouvrages religieux , philosophiques, littéraires , scientifiques, etc., qu'avait produits depuis des siècles l'esprit indien. Cette moisson dépassa bientôt toutes les espérances, et il n'est pas d'année aujourd'hui même qui ne l'accroisse et ne la complète. Des manuscrits parfaitement authentiques Védas, des des Oupanishads, des Pourana^, et de tous les systèmes de philosophie, sans parier des pièces de théâtre, des poésies de toutes sortes, et même des ouvrages de science, sont aujourd'hui possédés, et parles sociétés scientifiques qui se sont fondées dans l'Inde et en Europe , et par les dépôts publics de toutes les nations éclairées, à Londres, à Paris, à Berlin, etc. La presse a déjà publié quelques>uns de ces monuments , et les labeurs persévérants des philologues nous les feront tous successivement connaître.

De 1824 à 1829, Colebrooke a pu, dans une série de mémoires qui lui feront un nom à jamais illustre, analyser les grands systèmes qui jadis ont divisé la philosophie indienne, il n'a fait qu'y indiquer les traits principaux , et il reste encore beaucoup à faire après lui pour bien connaître les détails. Mais cette précieuse esquisse a suffi pour révéler aux philosophes et aux érudits les trésors les plus inattendus et les plus rares. C'est en s'appuyant uniquement sur ces informations que M. Cousin a pu démontrer, dans son cours de 1829, que la philosophie indienne s'était développée précisément comme toutes les philosophies, d'après les lois mêmes que Dieu impose à l'esprit humain ^ et que, si elle était aussi riche que nulle autre, elle n'était pas moins régulière. Depuis Colebrooke , il n'a été fait aucun travail vraiment considérable sur la philosophie indienne, et l'érudition a devant elle des labeurs trèslongs avant d'avoir rempli le vaste cadre que la main de l'illustre indianiste a tracé.

Mais, on peut aujourd'hui l'affirmer sans la moindre hésitation, la tradition ne s'est point trompée en attribuant aux gymnosophistes , aux brahmanes indiens, la plus vaste, si ce n'est la plus pure sagesse. L'antiquité, sans bien connaître ce dont elle parlait, n'a pourtant rien exagéré^ et la philosophie grecque, fière comme elle l'était à bon droit de ses chefs-d'œuvre, n'aurait pas été peu étonnée, sans doute, d'apprendre que la science indienne , originale comme elle, l'a souvent égalée, parfois dépassée en profondeur et en fécondité. Le doute à cet égard n'est plus désormais permis, et les progrès mêmes de nos connaissances ne peuvent que justifier notre admiration en accroissant nos lumières. Nous savons aujourd'hui de science parfaitement certaine que cette philosophie, qu'il nous est donné d'étudier dans ses moindres détails, était connue et pratiquée avec toute sa grandeur et même tous ses excès sur les bords de Tlndus et du Gange il y a vingt-deux siècles au moins. Ces sages, qui vivaient tout nus sous un magnifique et doux climat, ou qui se vêtissaienl à peine, qui fuyaient à l'aspect de l'armée conquérante des Macédoniens, et qu'Alexandre, au rapport de Plutarque, devait faire prendre à la course par ses soldats ; ces hommes pleins de

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