‹ Dictionnaire des sciences philosophiquesChapitre 18 sur 135 · DIALECTIQUE. U · texte numérisé non relu

DIALECTIQUE. U

et des idées , contre les partisans de rexpérience sensible et du mouvement.

Plus tard j Platon appelle de ce nom : 1'' le dialogue employé comme méthode d^investigation scientiûque. 11 faut être deux, selon lui, pour se sonder et découvrir en soi les vérités éternelles. Tout comme l'œH d'un homme ne se voit que dans Tœil d'un autre homme , ainsi une âme ne se contemple que dans une autre âme. Le plus éclairé des deux interlocuteurs, par une interrogation habile , réveille dans Tintelligence moins avanciée à laquelle il s'adresse les idées qui semblent y dormir. C'est Tart d'accoucher l'esprit y la MaiiuTtxYi de Socrate ; 2*" ce procédé logique, qui tantôt décompose l'unité en ses éléments naturels, tantôt ramène la multiplicité à l'unité. Sous ce point de vue, la dialectique n'est encore qu'un moyen de parvenir à la connaissance des idées , à la véritable science^ d"" la science des idées ou de l'être en soi. Cette science , à laquelle toutes les autres nous préparent, qui assigne à chacune d'elles son usage et son but, est tellement élevée , qu'elle n'appartient , à proprement parler, qu'à Dieu : l'homme a seulement la faculté de la désirer et de la chercher, et cette faculté , c'est la philosophie. Enfin, Platon nomme encore dialectique la philosophie elle-même, c'est-à-dire cette libre recherche de la vérité absolue dont nous venons de parler : « A qui, dit-il ( Le Sophiste) , donnerons-nous le nom de dialecticien , si ce n'est à celui qui philosophe avec pureté et justice? »

Dans Aristote , le mot dialectiqne n'a guère qu'une signification. Le fondateur du péripalétisme entend par là en général l'art de discuter, de trouver à propos des raisons et des paroles , soit pour renverser la thèse qu'on attaque, soit pour établir la thèse qu'on soutient. C'est d'ailleurs une méthode qui , n'ayant pour base qu'une autorité plus ou moins respectable , ne sert qu'à éprouver le savoir d'autrui et n'arrive qu'à l'opinion et à la probabilité UeipaaTixTi, r.^hç ^c'^av), tandis que la philosophie marche , d'un pas ferme et en s'appuyant sur des principes qui lui sont propres, à Ja certitude et à la science (peùpiaTUTi, ^pb; àXr.Oaiav). A la dialectique péripatéticienne se rapportent les Topiques et les Réfutations des sophistes, traités en grande partie originaux , ainsi que l'auteur nous l'assure, et qui l'autorisent à s'attribuer rinvention de l'art auquel ils sont consacrés {Topiques, liv. viu, c. 3, et Réfut, des soph,, liv. ii , c. 8).

La dialectique n'était donc pour Aristote qu'une pai'tie de cette science qui attendait encore son nom , et qui depuis s'est appelée logique. Après lui, à l'exception de ses commentateurs et interprètes grecs qui restent, à peu près sans exception , fidèles à la pensée du maître ( Voyez Zabarella, Opéra logica, in-f% Venise, 1578, p. 13), la plupart des philosophes, les péripatéliciens y compris, confondent la partie avec le tout; la dialectique et la logique ne sont plus pour eux qu'une seule et même chose.

De ces deux noms qui n'avaient à exprimer qu'une idée, celui-là devait prévaloir à la longue qui la rendait le mieux, et, sous ce rapport, le dernier venu, plus compréhensif et mieux défini que le premier, avait certainement l'avantage. Aussi finit-il par l'emporter , et le nom de lu dialectique, depuis deux siècles surtout, est presque entièrement oublié. Tous nos cours de philosophie admettent une logique; mais la dialectique , cette reine drcs arts, ûs ne la connaissent plus*

Page 1