DIALECTIQUE
Quelques efforts ont été tentés de nos jonrs pour relever ce nom déchn et lui rendre une signiûcalion quelconque. Ces tentatives ne nous paraissent pas heureuses.
La dialectique, si on la rappelle à la vie, ne peut être que ce qu'elle était pour ceux ^ui en ont traité les premiers, Tart de discuter. Or que serait-elle ainsi entendue? Evidemment d'abord, elle n'occuperait pas dans notre logique la place par trop étendue que le philosophe de Stagire lui assigne dans la sienne. Sans doute la discussion touche à tout , s'applique à tout ; il n'est pas de procédé scientifique qu'elle ne mette à contribution; la définition , l'analyse et la synthèse, le raisonnement, la réfutation , tout cela est à son service. Est-ce à dire cependant que l'art de discuter contienne en lui l'art de définir, d'analyser et de généraliser, de raisonner et de réfuter ? 11 ne comprend pas même, ainsi que l'observe judicieusement Gassendi {In librum decimum Diogenis Laertii de vita, moribus placitisque Epicttri animadversiones), l'art de parler, sur lequel la valeur étymologique de son nom lui donnerait plus de droits, à ce qu'il semble, et que les stoïciens lui avaient attribué comme une de ses dépendances nécessaires. Quelles en seraient donc les véritables limites? ou commencerait-il , où Gnirail-il?
Appelons logique l'art de diriger Tintelligence dans toutes les opérations sur lesquelles la réflexion peut quelque chose , en un mot l'art de penser. Appelons grammaire l'art de parler ou de trouver pour chaque pensée ; pour chaque notion de l'intelligence, le signe qui lui est propre.
A l'art de penser, à la logique, appartiendront tous les procédés requis pour le développement régulier de l'intelligence; la définition, l'analyse et la synthèse, le raisonnement , la réfutation , seront de son ressort. A l'art de parler, à la grammaire, appartiendront tous les procédés requis pour la manifestation régulière de la pensée ; les divers modes d expression par lesquels les opérations intellectuelles se traduisent tomberont dans son domaine.
Or, il y a deux circonstances distinctes, pour ne noter ici que les plus importantes, dans lesquelles les opérations de l'esprit d'une part, et d'une autre part leur expression matérielle, la parole, s'exercent et se produisent. Ou bien , un problème étant donné, je le médite en silence ; je contrôle moi-même les résultats auxquels je suis arrivé; je parle mes idées , par écrit ou autrement; et ce travail solitaire ne peut être mieux comparé qu'à une sorte de monologue. Ou bien , au contraire , nous nous associons, deux ou plusieurs, pour chercher en commun la vérité désirée; nous pensons tout haut, mon interlocuteur et moi , sous les yeux l'un de l'autre; nous contrôlons réciproquement, aussitôt qu'elles sont émises , nos assertions respectives ; les repoussant, si elles blessent quelque proposition évidente à laquelle nous les comparons; les acceptant, si nous les jugeons vraies et fondées, comme point de départ pour nos recherches ultéf-ieures ; trouvant d'ailleurs sur-le-champ l'idée et son expression ; la forme que revêt alors le travail de notre intelligence ^ c'est le dialogue improvisé.
Dans le dialogue ou dans le monologue , dans la discussion ou dans la pensée solitaire , le choix de la question à débattre , la manière de là poser^ de la diviser, d'en ordonner les parties, d'en poursuivre la so-