DIFFERENCE
i l« conscience d'elle-même ; d^aolres 1*oqI compris seulement eomme une force , comme la force aveugle et universelle qui meut toute la na* ture. L'expérience interne , 1 observation psychologique nous rend plus compréhensible encore le résultat de la raison. Chacun des attributs infinis qui constituent lessence divine se retrouve , sous un mode imparfait et fmi , dans Tessenoe de Tàme humaine. Nous avons dans notre volonté libre et maîtresse absolue de ses actes, une faible image de la puissance divine ; nous avons dans notre amour inné du beau et da ))ieny comme un reflet de l'amour divin; enûn, par nos idées nécessaires et universelles, nous sommes en état de concevoir la divine sagesse. Mais, pour apercevoir ces analogies, il faut que l'existence de Dieu soit d'abord démontrée, il faut que la raison ait rempli toute sa tàclie.
11 nous resterait encore à examiner les objections auxquelles ont donné lieu les différents attributs de Dieu ; mais on trouvera ces objections résolues séparément dans les articles consacrés aux mots CeAa- TiON, Liberté, Presoibncb, Providemce , etc.
Dans un sujet comme celui que nous venons de traiter, les renseignements bibliographiques deviennent inutiles ; car il n'est pas un écrit philosophique un peu important qui ne traite de Dieu. Cependant nous indiquerons les Méditations métaphysiques, de Descaries ; le Traité de la nature et des attributs de Dieu, de Fénélon ; le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même, de Bossuet ; La Religion dans les limites de la raison, de Kant, in-8', Kœnigsberg, 17d4 (ail.), et l'ouvrage du même auteur qui a pour litre : Seul fondement possible d'une démonstration de l'existence de Dieu^ dans le â" vol. de ses Mélanges , in-8*. Halle, 1799 ( ail. ) ; La Philosophie de la Religion, de Hegel, 2 vol. in-S"", Berlin, 1832 (ail. ) ; eniin nous citerons aussi un mémoire de M. Bouchillé, intitulé : Histoire des preuves de l'existence de Dieu, gr. in-S", Paris, 1841, et dans le t. i*' àts Mémoires de l' Académie des Sciences morales et politiques de l'institut de France, in-4*, Paris,
DIFFERENCE [differentia , ^tx^opa]. Deux objets de connaissance étant comparés entre eux , présentent des qualités communes et des qualités qui sont à l'un et non à l'autre. Les premières constituent la ressemblance , les secondes la différence.
La ressemblance ni la différence n ont pas toujours même nature, ni même valeur. Si les qualités communes sont des qualités essentielles, et si la différence n'est constituée que par des attributs purement accidenlels, les objets sont seulement distincts; si les qualités qui font la différence sont elles-mêmes essentielles, les objets sont différents. Un homme est distinct d'un autre homme, une pièce d'argent d'une autre pièce d'argent, un instant d'un autre instant ; mais un homme est différent d'un cheval, l'or de l'argent, l'espace du temps. Les différences acciden telles y qui font distinguer entre eux les objets à essence commune, ne se rapportent qu'aux individus, et ont été nommées , en conséquence, différences individuelles et numériques ; les dilTérences essentielles , qui font que les objets sont et paraissent de nature différente , n'ont rien d'individuel et constituent les espèces, oe qui les a fait appeler
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éifianmeiê 9picifUp»$$, Les premières, passagères , ou au moins toujours variables, roénlent à peine le nom de différence, et sonl presque de du! intérêt pour la science; les secondes ne comportent pas le plus ou le moins, elles sont entièrement ou elles ne sont pas du tout, et là oh elles sont elles demeurent, parce qu elles sont essentielles. Ce sont elles que recherche la science , et qui fournissent les bases de toute classifi^ cation, de toute dimion et de toute définUion ( Voir ces articles).
La différence est un des cinq mots expliqués par Porphyre dans son Introduction, et si célèbres dans 1 école , où on les appelait les cinq vni- ViTêaux, les cinq prédicables, les cinq termes de Porphyre {quinque vacet Porphyrii).
On peut consulter Porphyre, Introd, aux Catégories d^Aristote , c. 3, 7, 12, 13 et 14. — Arislole, Topiques, liv. vu, c. 1 et 2. — Logique de Port-Royal, liv. i, c. 7. — Bossuet, Logique, liv. i, c. i5. — Sur la différence individuelle, Bossuet, Logique, liv. i, c. 32, 33 et 35. — Et sur le rôle de cette différence dans le problème de Vindividualion agité entre le Portique et la nouvelle Académie, Cicéron, Acad., liv. ii, p. Vij^ 18 et 26. J. D. J.
DILEMME. Argument qui consiste à poser comme données deux propositions contradicloires [^U xiîaaa] , lesquelles doivent cependant conduire à la même conclusion. Tel est 1 argument si souvent cité que Bias faisait contre le mariage : « La femme que Ion prend est belle ou elle ne Test pas ; si elle est belle, elle se donne à tout le monde, et Ton est jaloux et malheureux ; si elle ne l'est pas, on ne peut pas la souffrir, et Ton est encore malheureux : donc il ne faut pas se marier. » On voit que cet argument est un double syllogisme , ou plutôt un double enthymème , puisque le principe général est presque toujours supprimé.
Les rapports que le dilemme présente avec l'argument disjonctif ( Voyez ce root) lont souvent fait confondre avec lui. Il s'en dislingue cependant par les caractères suivants : l^" Le dilemme pose deux propositions contradictoires entre lesquelles il n'y a pas de choix possible, en ce sens que, quelle que soit celle que Ton choisisse , la conclusion sera la même. L'argument disjonctif présente bien aussi des propositions opposées , mais pour en choisir une à Texclusion de lautre ou des autres, et non pour montrer qu'elles conduisent toutes à une seule et même conclusion. 2° Dans le dilemme, les propositions contradictoires constituent la mineure ou Texpression des données; dans l'argument disjonctif, au contraire, c'est la majeure qui est la proposition di>jonctive, et la mineure est une proposition simple, expression du choix fait ou à faire nécessairement.
De peu d'usage dans la science , le dilemme est particulièrement employé dans la discussion, où il présente à l'adversaire le choix de deux propositions contradictoires qui doivent conduire toutes deux à une conclusion défavorable pour lui ; ce qui Ta fait appeler argumentum uirinque feriens. C'est pourquoi il est nécessaire que les deux propositions soient réellement contradictoires; si elles ne sont que contraires, Targament est sans valeur. Lors même que les deux propositions sont contradictoires, l'une d'elles n'est pas toujours l'expression exacte de la vérité. Ainsi, dans Texemple cité plus haut, il se pourrait qu*un«
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femme 9 sans être belle , possédai cette figure suffisamment i^réable qae Favoriiius appelait forma uxoria. Il faut encore veiller à ce que chaque conclusion soit une conséquence nécessaire des prémisses ^ ce à quoi ne satisfait pas Texcmple cité ; car il est vrai qu'une femme belle peut être en même temps vertueuse, et sans être belle elle peut être aimée. C'est donc moins les propositions que la réalité elle-même qu'il faut considérer, si l'on veut éviter que le dilemme soit retourné contre son auteur, ou, comme on dit, rétorqué ( Voir Rétorsion). J. D. J.
DIODORE DE Ttr j philosophe péripatéticien , disciple et successeur de CritolaUs à la tète de son école. Il florissait, par conséquent, vers la fin du ii* siècle avant Tèie chrétienne. Nous ne connaissons ae ses doctrines que ce que Cicéron nous en apprend {Acad., liv. ii, c. 42; de Fin., lib. v, c. 5) : c'est-à-dire qu'il faisait consister le souverain bien dans la vertu réunie à l'absence de la douleur. — Un autre philosophe , portant le même nom et attaché à la doctrine d'Epicure , est mentionné par Sénèque , comme un de ses contemporains. Tout ce que nous en savons, c'est qu'il a hùté sa mort par un suicide (Sénèque, de Yita beata, c. 19). X.
DIODORE LE Mégarique , surnommé Cronus, n'est pas seulement une des gloires de son école, c'est un dialecticien de premier ordre, peut-être le plus grand dialecticien de l'antiquité.
Sa vie n'est pas connue. Né à Jasos , en Carie, dans la seconde moitié du IV' siècle avant notre ère, il suivit, peut-être à Mégare, les leçons d'Apollonius Cronus , disciple d'Eubulide. Après quoi , nous ne le retrouvons plus qu'au temps de sa maturité, dans le palais même de Plolcmée Soter, dont il est l'hôte et l'ami. On dit qu'un jour, en présence du prince , il resta sans réponse à une difGculté que lui proposait Stilpon. Raillé par le roi , il se vengea noblement en composant un livre sur la question qu'il n'avait pu résoudre , et mourut de douleur. On ajoute que ce fut Ptoléméc lui-même qui , par allusion à sa lenteur, lui donna le premier, en cette circonstance , le surnom de Cronus qu'avait porté son maître (Diogène Laêrce , liv. ii, c. 3). Ces anecdotes un peu suspectes donneraient lieu à des objections sans nombre. Ce qu'il y a d'incontestable, c'est le mérite éminent de Diodore et l'éclat de son rôle philosophique.
Profondément pénétré de l'esprit de son école {Voyez Mégariqubs, EucLiDE), ce vaillant dialecticien {valens (2ta/ec/tcti<), comme Cicéron l'appelle , attaque de front le péripatétisme , l'épicuréisme , le stoïcisme, en un mot tout dogmatisme qui ne se renferme pas dans la formule mégarique. « Rien n'existe que ce qui est un , toujours semblable et identique à soi-même. » Son argumentation porte sur trois points essentiellement liés entre eux : l'existence du mouvement , les relations de la puissance et de l'acte, la légitimité des propositions condilionnelles^ faisons-la connaître en quelques mots.
!•*. Existence du mouvement. Diodore, qui nie le multiple et le divers, ne poul pas ne pas nier le mouvement. Il fait plus , il le déclare impossible; il l'est du moins dans la doctrine de ses adversaires. Le monde, disaient les épicuriens , se compose d'atomes essentiellement mobiles,
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îdGq'is en nombre et infiniment petits. Diodore part de là. Le mobile indivisible, dit-il y à quelque instant qu'on le considère y n'occupe jamais qu'un espace indivisible comme lui. Or, il ne peut se mouvoir ni dans le lieu où il est, puisqu'il Poccupe tout entier^ ni dans le lieu où il n*est pas y puisque, pour s'y mouvoir, il faudrait qu'il y fût. Donc, il ne se meut pas. Mais il s'est mû , ajoute Diodore, et ce qui le prouve, c'est le fait du cbangement de lieu.
N*in$istons pas sur cette absurdité d'un mouvement passé qui ne fut jamais présent. Au fond , la contradiction n'est peut-être qu'apparente ; car, pour Diodore , le passé n'est plus ; autrement dit, n'est rien. Venons à l'argument. Absolument parlant, estil concluant? Non; car, le mouvement ne pouvant se produire que dans la durée comme dans l'étendue, si on le cbercbe dans ce qui exclut l'étendue et la durée, dans un point indivisible de l'espace et du temps, on imagine un problème dont les données sont contradictoires, on pose à l'avance que le mouvement est impossible afin de pouvoir conclure qu'il Test en effet, on fait une pétition de principe, par conséquent. Mais cette réfutation était interdite aux épicuriens. Ne faisant des objets confinus que des agrégats d'éléments indivisibles, ils n'avaient nul droit de trouver mauvais que l'on composât le temps continu d'une succession de présents insaisissables. Si des zéros d'étendue formaient le corps étendu, pourquoi dos zéros de durée n'eussenl-ils pu former le temps? Disons-le donc : Diodore ne prouvait pas que le mouvement est impossible; mais il prouvait que la doctrine épicurienne était mauvaise, puisqu'on en déduisait comme une conséquence légitime l'impossibilité du mouvement.
Autre argument contre le mouvement. Il y a deux sortes de mouvements : le mouvement par prépondérance et le mouvement pur. Le premier a lieu quand le plus grand nombre des parties d'un corps est en mouvement et le reste en repos. Le second, lorsque toutes les parties sont à la fois en mouvement. Or, de même qu'une tète blanchit par parties avant de devenir complètement blanche; de même le mouvement par prépondérance doit précéder Je mou\ement pur. Or, si le mouvement par prépondérance était possible, comme deux molécules mobiles sur trois suflisent pour produire un mouvement général, une quatrième molécule ajoutée aux trois premières serait aussitôt entraînée dans leur mouvement. De même pour une cinquième jusqu'à l'infini. De sorte que dans un corps de dix mille molécules, par exemple, d'eux d'onlre elles, par voie de prépondérance , enlraineraient dans leur mou\emcnt les neuf mille neuf cent quatre-vingt-dixhuit autres, ce qui est absurde. Donc, le mouvement par prépondérance est impossible. Donc, il en est de même de toute espèce de mouvement.
D'abord , Diodore ne prouve pas que tout mouvement pur soit nécessairement précédé d un mouvement par prépondérance. L'expérience semble attester le contraire. Par exemple , quand un corps tombe, toutes ses molécules ne sont-elles pas sollicitées simultanément par la force de la pesanteur? En second lieu , Diodore ne prouve pas que le mouvement par prépondérance soit impossible ; car, c'est dans un corps de trois molécules , et non de dLx mille, que se manifeste la prépondérance de