‹ Dictionnaire des sciences philosophiquesChapitre 24 sur 135 · DIODORE · texte numérisé non relu

DIODORE

deux d*cDtré elles. De même ^ ce n*est que dans un corps de quatre ou de cinq molécules, que les trois premières , devenues mobiles, exercent leur prépondérance. Un critique de Tantiquité (Sextus Emp., Adv. Mathem. , lib. x) a dit que cet argument n'était qu*un pur sophisme. En bonne conscience, on ne peut pas être d*nn autre avis.

2*". Distinction de la puissance et de Vaete. Le mouvement se définit, en langue péripatéticienne : Le passage de ce qui n*est pas à ce qui est ; et, avec explication , de Fètre en puissance à Tétre en acte. De la distinction de la puissance et de Tacte dépend la possibilité du mouvement. C'est donc cette distinction que tout adversaire du mouvement doit s'efforcer de détruire ou d'effacer. Euclide disait : « Le possible , c'est ce qui est. » Diodore dit : « ce qui est ou ce qui sera, » et il ajoute aussitôt : a ce qui sera est nécessaire. » Exemple : Il est possible que je sois à Corinlhe si j'y suis ou si je dois y être un jour. Si je dois y être , il est impossible que je n'y aille pas , et si je ne dois pas y être, il est impossible que j'y aille jamais. Donc , il n*y a pas d'acte que nous fassions et que nous aurions pu ne pas faire; tout est déterminé à l'avance; tout est immuable dans 1 avenir comme dans le présent , comme dans le passé. Cela est clair, c'est le fatalisme dans toute sa pureté. Et qu'on ne dise pas avec Cicéron {de Fato, c. 7) que Diodore n'est pas fataliste, parce qu'il ne fait que définir des mots (mm verborum interpretatur). Qu'importe? Les mots ne sont-ils pas les signes des choses? Et si pour définir le mot possible , on se croit obligé de nier la liberté, en a-t-on moins compromis Tordre moral ? C*est sur ce terrain que, dès l'antiquité, une lutte mémorable s'était engagée entre Diodore, Chrysippe et Phi- Ion le dialecticien. Chrysippe avait écrit un livre intitulé Contre Diodore, et quatre livres Sur le possible. Diodore riposta avec les armes de son école ; il lança contre son adversaire l'argument du possesseur, argument terrible que tous les auteurs louent et que nul ne rapporte. La querelle n'était pas moins vive avec Philon. Rien ne serait plus digne d'intérêt que cette grande controverse qui touchait aux plus hautes questions de la métaphysique, celles de la Providence et de la liberté. Faute de documents, il nous est impossible de la reproduire aujourd'hui.

3". Légitimité des propositions conditionnelles. La puissance et l'acte se retrouvent en logique sous la forme rationnelle du conditionnel et du vrai. Le conditionnel n*estque le vrai en puissance qui devient le vrai en acte par sa relation avec un principe supérieur. Exemple : Si les lois de la nature restent les mêmes , le soleil se lèvera demain. Chrysippe disait qu'une proposition conditionnelle est vraie lorsque le conséquent, posé en sens contraire, ne peut convenir à l'antécédent. Règle fausse , puisqu'on ne peut conclure qu'une chose convienne à une seconde de ce que son contraire ne lui convient pas. D'après Philon , la proposition eondilionnelle était vraie de trois manières ; lorsque l'antécédent et le conséquent étaient vrais; lorsque l'antécédent et le conséquent étaient faux ; lorsque Tantécédent était faux et le conséquent vrai. Elle était fausse seulement lorsque l'antécédent était vrai et le conséquent faux; comme si, dans une proposition conditionnelle, il y avait h s'inquiéter de la vérité ou de la fausseté des parties. Diodore a fort bien vu que la valeur de la proposition ne dépendait que de la relation ou, comme on dit eu logique, de la conséquence des parties entre elles. Il enseigne donc

que la proposition conditionnelle est vraie lorsqu'il est et sera toujours impossible que, Tantécédent étant vrai^ le conséquent soit faux. Cette doctrine de la nécessité de relation est intimement liée au fatalisme de Diodore. Malgré ce vice d'origine , ce critérium est le seul vrai , parce qu'en réalité tout est fatal en logique. Dans les rapports des idées entre elles f la liberté n'intervient pas.

Diodore soutenait encore y dit-on , qu'il n'y a ambiguïté dans aucune des expressions du langage, puisque celui qui parle ne dit que ce qu'il sent et sentbien qu'il ne dit qu'une seule chose. Cette opinion n'est sans doute qu'un corollaire de ce principe , qu'il n'y a de réel que ce qui est un et de possible que ce qui est réel. Au fond , c'est là toute la doctrine de Diodore^ c'est là l'origine et le seul but sérieux de tous ses argu<ments.

Les auteurs à consulter sont Cicéron, de Fato, c. 7^ 8.— Sextus £m* piricus, Adv. Logicos, lib. viii; Adv. Mathem,, lib. x. — Diogène Laërce, Tie de Diodore.

Voyez aussi les ouvrages modernes : Deycks , de Megaricorum doe* trina ejusque ajrnd Platonem et AristoteUm veêtigiis, in-S"", Bonn, 1827. — H.i Ritter, Histoire de la Philosophie, 6 vol. in-8**, Hambourg, 1837-1841 ; et surtout ses Remarques sur la philosophie de l'école méga^ rigue, in-8% ib., 1828 (ail.). — Enûn VEcole de Mégare, in-8'*, Paris, 1843 , de l'auteur de cet article. D. H.

DIOGÈNE d'Apollonib , ainsi nommé parce qu'il naquit à Apollonie y dans l'île de Crète , florissait à Athènes vers la lxxx* olympiade, environ 460 ans avant notre ère. Disciple d'Anaximène, contemporain et sans doute ami d'Anaxagore, il procède de l'un et de l'autre , et mêle leurs doctrines opposées sans s'inquiéter de les concilier entre elles.

Son premier soin est de s'assurer d'un point fixe (àpxTi àvap^KrêtiriiTec) sur lequel il puisse fonder toute sa doctrine ; mais ce point fixe, ce n'est pas dans la conscience, c'est dans le spectacle du monde qu'il croit le trouver.

« L'univers , dit-il , ne peut avoir qu'un seul principe ; car, entre principes divers , toute influence réciproque , toute relation véritable seraient impossibles. Puisque l'univers est un être vivant et organisé , il s ensuit qu'il ne peut venir de principes divers. » (Aristole, de tien, et Corrupt., lib. 1, c. 6 ; Diogène Laërce,lib. vi, c. 2; lib. ix, c. 9^ Simpl., Phys., f. 32, 6.)

Tel est le point de départ de Diogène. Avant lui , bien des philosophes avaient dit qu'il n'y a qu'un seul principe du monde ; Diogène le premier semble avoir essayé de prouver qu'on n'en peut admettre plus d'un. Sous ce rapport, il est le continuateur d'Anaximène et l'adversaire d'Anaxagore, dont il réfute implicitement la doctrine des homéoméries.

Maintenant, quel est ce principe unique? Il n'est pas aisé de le définir; car l'unité du monde laisse éclater partout une dualité véritable. La matière et l'esprit, la pensée et l'étendue, la liberté et la fatalité se mêlent et se pénèlrent sans jamais se confondre, et restent essentiellement irréductibles. Tous les systèmes partis de l'unité avaient nié l'un des contraires au lieu d'en expliquer la coexistence. Que fait Diogène? il met les contraires en présence au sein même du principe dont tout dé-

rive. Scion lui , le principe unique , c'est Tair : et jusqu'ici il ne fait que répéter Anaxiraène ; mais ce principe est aussi 1 intelligence , et c'est ce qu'avait dit Anaxagore. Air et intelligence , matière et esprit , étendue et pensée , fatalité et liberté , le principe de Diogène est donc un et double tout ensemble. Le monde , qui vient de lui y est fait à son image. C'est ainsi qu'en partant de l'unité y Diogène explique la dualité du monde. Au fond y que fait-il ? il affirme et nie à la fois une seule et même chose d'un seul et même être considéré sous le même rapport et au même moment de son existence. 11 échappe à une question embarrassante par une hypothèse absurde ; il nie le principe de contradiction et avec lui toute certitude. Sans doute, même dans les temps modernes , de plus grands esprits que Diogène n*ont pas craint d'associer dans l'être premier des attributs incompatibles ; mais cette association n'en est pas moins monstrueuse. Seulement y si on l'admet, Diogène se charge de tout expliquer.

« L'air est grand et fort, s*écrie-t-il (Simpl. , Phys., ^ 33), il est éternel et impérissable, et il sait bien des choses (Trcxxà tt^o; tan). Il produit tout, pénètre tout, dispose tout , est dans tout, et il n'y a rien qui ne participe de sa nature. Mais tout en participe diversement ; car, ainsi que la pensée, l'air est variable à l'infmi. Tantôt froid, tantôt chaud ; tantôt sec , tantôt humide; tantôt calme , tantôt agité, jamais il ne produit sur nos sens le même effet , jamais il ne s'offre à nos yeux sous la même couleur. »

De là un vaste système de physique , de physiologie et de psychologie tout ensemble, une sorte de dynamisme universel dans lequel l'harmonie du monde s'explique par l'unité du principe primitif, et sa variété par les modes divers de ce même principe. D'abord , les quatre éléments ne sont que de l'air à différents degrés de condensation. Notre terre est de l'air refroidi. Cet air, en se solidifiant , a repoussé au loin et dans toutes les directions les parties légères , le ciel , le soleil , lés étoiles. Voilà pourquoi la terre est au centre du monde.

L'air est aussi le principe de la vie. Déjà , la semence animale contient de l'air, car elle est écumeuse ; le sang aussi est écumeux. L'àme des bêtes n'est qu'un peu d'air chaud , l'àme des hommes qu'un air plus chaud encore. Quelques degrés de chaleur font toute la différence d'un homme à un autre.

Reste la psychologie. Lorsqu'un objet physique, agissant sur nos organes , ébranle l'air qui s'y trouve contenu , il en résulte une perception sensible. Ce qu'on appelle la pensée n'est que le passage rapide de l'air û travers le sang. C'est dans le cœur que la pensée se Ibrmc, et c'est le cœur qui en est le siège.

On le voit, rien de plus logique que ce système : son seul défaut est de s'appuyer sur l'impossible, sur l'identité de l'air et de l'intelligence, de ce qui nécessairement est étendu et de ce qui nécessairement ne l'est pas. Mais , dans ce syncrétisme un peu grossier, il s'en faut que l'air et l'intelligence aient une part égale : à le bien prendre, c'est l'air qui est tout et qui fait tout; Tintelligence est absorbée par la matière. Au fond, qu'est-ce que le système de Diogène? celui d'Anaximène avec un mot de plus, et ce mot est d'Anaxagore. Toutefois, ce mot est solennel, et il a été fatal à Diogène lui-même. Malgré la couleur décidément maté-

rialiste de son système , les fervents du polythéisme ne purent lui par* donner d'avoir parlé de Tintelligenee ; et il paratt que, devenu Tobjet de Tanimosité populaire , il eut beaucoup de peine à échapper à la mort.

Diogène d'ApoUonie avait écrit un livre sur la nature ^ dont il nous est resté quelques fragments. Les auteurs à consulter sont, parmi les anciens : Aristote, de Anima, lib. i, c. 2; — de Gen. et Comipt., lib. i, c. 6. — Simplicius, in Phys. ArisU, p. 6 et 32. — Diogène Laërce, lib. IX, c. 57. — Cicéron, de Nat, deor., lib. i, c. 12. — Parmi les modernes : Schleiermacher , sur la Philosophie de Diogène d'Apollonie (Mém. de TAcad. des se. de Berlin), 1815. — Panzerbieter, de Diogenis Apolloniaiœ vita et scriptis, in-8% Meinifigen, 1823. — Schorn, Diogenis ApoUoniatœ fragmenta quœ supenunt omnia, disposita et illustrata , in-8'', Bonn , 1828. — Enfin Kitter, Histoire générale de la Philosophie, 6 vol. in-8«, Hambourg, 1837-18il. D. H.

DIOGEXE LE Cynique naquit à Sinope, ville de Pont, la troisième année de la xci' olympiade, kik ans avant notre ère. Icésius, son père^ faisait le change des monnaies et les falsifiait à l'occasion. Diogène, alors peu pénétré du mépris des richesses, était comme son père faux-monnayeur et banquier. Celte fraude fut découverte , et le futur philosophe, chassé de sa ville natale , alla chercher un refuge à Athènes. Sa position était affreuse. Révolté, dès sa naissance, contre les lois de la société, nourri et entretenu dans cette révolte , il voyait se tourner contre lui la société tout entière, et son humeur satirique, son orgueil, son esprit mordant, éloignaient de lui jusqu'à la pitié. Sans amis et sans pain, errant et misérable, il en était réduit à ronger le long des chemins les jeunes pousses d'arbres afin de tromper un peu sa faim. Un jour, il vit un rat qui courait çÀ et là cherchant comme lui sa nourriture. « Quoi ! dit-il , cet animal sait se passer de la cuisine des Athéniens, et moi je serais malheureux de ne pas manger à leur table ! » Il reprit courage pensant qu'un état si semblable à celui des animaux pouvait bien être le véritable état de nature.

Il y avait longtemps que pareille pensée était venue à un pauvre vieillard d'Athènes, ancien disciple de Socrate. Vivre conformément à la na« ture (et il entendait la nature animale) , c'était à peu près toute sa doctrine, et il y conformait sa vie {Voyez Antisthènb). Diogène voulut suivre ses leçons; mais Antisthène, abandonné de; tous ses disciples, avait juré de n'en plus recevoir. Il repoussa le nouveau venu et le menaça de son bâton. « Frappez , s'écria Diogène , mais sachez que vous ne trouverez pas de bâton assez dur pour m'écarter de vous lorsque vous parlerez. » Ces deux hommes ne pouvaient s'éviter. Diogène fut reçu, et ne tarda pas à faire ses preuves.

Doué , comme son maître, d'une volonté forte, d'une grande énergie de caractère , il avait par-dessus tout ce qui avait manqué à Antisthène, une parole agréable et facile, beaucoup d'espnt, surtout de celui qui lance le sarcasme et qui écrase un adversaire. D'après la tradition des écoles, le vieux cynique s'émerveillait des vives reparties de son élève, de ses traits caustiques, de sa verve railleuse. La multitude clait séduite ; pour la première fois les disciples affluaient. Un jour, un jeune homme arrive d Egtne^ entend Diogène, et ne songe plus a retourner

dans sa famille. Son frère vient le chercher et subit le charme à son tour. Le père accourt lui-même, et finit par se faire , avec ses deux fils, le disciple de Diogène (Diogène Laêrce, liv. vi).

Ce réparateur de Técole cynique, ce maitre de la jeunesse athénienne, n'apportait pourtant pas une doctrine nouvelle. Loin de là, son premier soin avait été de retrancher de renseignement de son école ce luxe de discussions subtiles et de spéculations logiques dont lancien disciple de Gorgias Tavait embarrassé. Il y a pour Thomme , disait-il , une double discipline : celle de TAme , celle do corps. Toutes deux sont essentiellement pratiques. On exerce le corps par la gymnastique et TAme par la vertu. La vertu consiste à vivre conformément à la nature, c*est-àdire avec le moins de désirs et le moins de besoins possible. Par conséquent, les bienséances, la politesse, les arts et les sciences sont des sui)erfluités condamnables; la beauté, la richesse, la naissance et la gloire ne méritent que le mépris ; la religion et les lois sont des inventions de la politique; le mariage, la propriété sont des abus qu'il faut abolir : tout est commun dans l'état de nature; les biens sont communs, les femmes communes , les enfants communs. £n attendant le redressement de ces abus , les vrais sages (ceux de Técole cynique probablement) sont les seuls mattres de toutes. choses. La raison en est claire et convaincante. Tout appartient aux dieux , les sages sont leurs amis , et entre amis tout est commun.

Voilà le fond de la doctrine. Sans doute , elle est révoltante. Mais dès le temps de Diogène, elle avait cessé d'être nouvelle. Cent fois Antisthène l'avait exposée au milieu de la risée publique. D'où est donc venu réclatant succès de Diogène ? Ce ne peut pas être de son seul talent ; Tesprit ne fait rien de grand si le cœur ne s'y mêle. Outre le talent , il faut l'émotion intérieure, le sentiment uni à la pensée, comme lachaleur à la lumière. Ce qui a fait le succès de Diogène , c'est que cette doctrine surannée était le cri de son âme, c'est qu'il l'eût inventée s'il ne l'eût trouvée toute faite, c'est que, lisant dans cette doctrine l'apologie de sa vie entière, il s'y attacha comme à sa suprême espérance. Admettez cette doctrine , et Diogène a raison contre ses juges. Le faux-monnayeur et le proscrit devient un vrai sage et un martyr.

Mais ce qui fit le succès de Diogène fait en réalité sa faiblesse. C'est de sa foi enthousiaste à une doctrine absurde que sont venues ces pratiques ridicules , disons mieux , ces actes de folie , dont sa vie est pleine. Qui le croirait? Un homme s'est pris pour la bête d'une admiration monstrueuse; sous prétexte d'en revenir à la nature, il s'est efforcé d'abolir en lui la nature humaine, et s'est donné à lui-même avec complaisance le nom de chien. Cet homme est Diogène. Véritable chien en effet , soumis et caressant quand il a faim , hargneux et grondeur quand il est rassasié, il repousse la glorieuse main d'Alexandre et accepte un manteau d'Antipater. Puis, ne cherche-t-il pas sa nourriture par les rues de la ville, caressant ceux qui lui donnent, aboyant contre ceux qui lui refusent et mordant les méchants (Diogène Laérce, liv. VI)? Il a son trou, c'est-à-dire son tonneau, qui lui sert de refuge; il essaye quelque temps de manger de la chair crue. Son manteau, eomme la peau de l'animal , semble adhérent à sa poitrine. Il le porte pendant le jour, il s'en enveloppe à la nuit tombante, et s'endort où il se

trouve ; sur la terre humide;^ sur les degrés d'uu temple^ souvent sous le porlique du temple de Jupiter, «magnifique demeure , dit-il , que lui ont bâtie les citoyens d'Athènes. » Puis viennent les exagérations de toute espèce. Au plus fort de Télé, il se roule dans le sable brûlant^ Thiver, il marche nu-pieds sur la neige et presse contre sa poitrine nue les statues glacées. Quelquefois y il se fait accabler d'injures par la po*

|)ulace et s'arrête pour demander Taumàne à des statues. Il jette au oin son gobelet parce qu'il a vu un homme boire dans le creux de sa main. Il jette aussi son écuelle parce qu'il a vu un enfant mettre sa purée de lentilles dans une cavité faite à ^on pain. Voilà ce qu'il entend par les devoirs des hommes.

Aussi ne peut-il trouver un homme véritable, même en allumant sa lanterne en plein jour.Pour lui , les Lacédémoniens sont des enfants , les autres Grecs des immondices (xaôaaaara) , quelque chose de pis : des femmes. Ayant avili la femme, Diogene la déclare vile et dangereuse. On lui montre les cadavres de deux malheureuses suspendus aux branches d'un olivier. Il dit froidement : « Plût aux dieux que tous les arbres des forêts portassent de tels fruits ! » Après les femmes, les représentants de la religion populaire. En considérant les interprètes des songes , les devins et ceux qui les écoutent , il trouve que l'homme est le plus sot de tous les animaux. Enfin le fils d'Ic^sius n'aime pas les gens de loi. Si deux légistes dont l'un se dit volé par l'autre le prennent pour juge, il condamne le premier pour avoir réclamé ce qu'on ne lui a pas pris ; le second pour avoir pris ce qu'on lui réclame. Sans doute il prétendait, comme le singe de la £able ,

Qu'à tort et à travers

On ne pouvait manquer condamnant un pervers.

Mais, en Diogène, haine et mépris partent d'un fond commun, savoir la haute opinion qu'il a de lui-même. S'il se compare, c'est au soleil. Il se trouve avec le dieu Sérapis la même analogie qu'à Alexandre avec Bacchus. Pris par des pirates et mis en vente sur un marché d'esclaves, si on lui demande ce qu'il sait faire, il répond : « Commander aux hommes libres, » et il se met à crier : « Qui veut un maître? Qui a besoin d'un maître? » Xéniade, riche Corinthien, l'acheta et lui confia l'éducation de ses deux fils. Les anciens admirent beaucoup la bonne éducation qu'il leur donna. Il leur apprit à monter à cheval, à manier l'arc et la fronde, à avoir la tête rasée , à marcher pieds nus. Je voudrais savoir s'il se souvint qu'ils avaient une âme, s'il leur apprit à être modestes , aimants et généreux. Même au fond de sa sauvage indépendance , on trouve la vanité et l'égoïsme. Je n'aime que sa réponse à un tyran qui lui demandait le plus beau bronze qu'il connût. « C'est, dit-il , celui dont sont faites les statues d'Harmodius et d'Aristogiton. »

Devenu vieux , il passait l'été à Corinthe et l'hiver à Athènes. C'est ce qu'il appelait aller, comme le grand roi, deSuseàEcbatane. Un matin, ses amis le virent étendu dans le Crânien , gymnase voisin de Corinthe. Il était enveloppé dans son manteau , selon sa coutume, et ne faisait aucun mouvement. Ils voulurent voir s'il dormait ; il était mort. On imagina qu'ayant mangé de la chair crue, il avait eu quelque épanchement de bUe^ qu'il avait volontairement retenu son haleine^ qu'un chien

Tavait morda à la jambe. Un fait dispense de recourir à toutes ces con* jectures. Il avait quatre-vingt-dix ans.

L'antiquité s'est trop occupée de Diogène. Les habitants de Corinlhe n'eussent pas dû lui élever une colonne surmontée d'un chien de marbre, ni ceux de Sinope des statues. Malgré son talent incontestable , ce Socratc en délire , comme Platon l'appelle , n'a ni l'étoffe d'un grand homme ni l'étoffe d'un philosophe. Ce serait un homme dangereux si , par un bienfait de la Providence , l'extravagance ne portait son remède avec elle.

Parmi les nombreux dialogues qu'on lui attribue , il en est peu dont Taulhenticilé ne soit contestée par les anciens eux-mêmes, et il n'en est pas un seul qui nous soit parvenu. Nous avonâ un recueil de lettres qui portent son nom; mais ces lettres sont supposées^ comme l'a démontré M. Boissonade.

Consultez sur Diogène, son biographe Diogène Laërce (liv. vi , c. 20 et suiv.) , et les dissertations dont voici les titres : La Vita di Diogène einico, deGrimaldi, in-8% Naples, 17T7. — 2«xo«r«ç jxaivoaîvc;, ou Dialogues de Diogène de Sinope, par Wieland, in-o®, Leipzig, 1T70. ^- Di^ertatio de fastu philosophico virtutis colore infucaio in imagine Diogenis cynici , par Montzius, in-4.**, ib. , 1712; — Barthusii Apologeticum quo Diogenem cynicum a crimine et etultitia et impudentiœ expeditum sistit, in-i**, Kœnigsberg, 1727. D. H.

DIOGÈNE, surnommé \e Babylonien, quoiqu'il fût né à Séletucie, était un philosophie stoïcien d'une grande réputation et Tun des chefs du Portique , où il avait eu pour mdlres Chrysippe et Zenon de Tarse. Il fit partie, ainsi que Carnéade et CrilolaUs, de l'ambassade que les Athéniens envoyèrent à Rome au sujet de la ville d'Orope. Comme Carnéade aussi, il s'arrêta à Rome pendant quelque temps et y professa les doctrines de son école. Autant que nous pouvons juger de son enseignement par les très-faibles traces qui nous en sont parvenues, il cherchait à atténuer le principe stoïcien qui ne reconnaît d'autre bien que la vertu et considère tout le reste comme indifférent. Il admettait, au contraire, l'utile comme une conséquence du bien ou comme le moyen d*y atteindre. (Cic, de Fin., lib. m, c. 10; Diogène Laërce, liv. vu, c. 88). Diogène Laërce (liv. x, c. 26 et 118) parle aussi d'un épicurien du nom de Diogène , qu'il fait naître à Tarse en Cilicie et à qui il attribue un Résumé des doctrines morales ^Epicure, X.

DIOGEIVE DE Laertb, en Cilicie, ne nous est connu que par l'ouvrage précieux qu'il nous a laissé. On ne sait rien de sa vie ; à peine son nom se trouve-t-il cité par quelques grammairiens d'une époque récente. Réduits aux conjectures, les commentateurs ont voulu, sur la foi d'un manuscrit, substituer le nom de Denys à celui de Diogène; ils se sont demandé si le mot Laërte désigne le père ou la patrie de Diogène , son père et sa patrie étant d'ailleurs parfaitement inconnus. Il n'est guère plus facile de fixer avec précision la date de sa naissance et celle de sa mort. Entre l'erreur de Suidas, qui, le confondant avec Quinfus de Laërte , le donne pour contemporain d'Auguste, et l'opinion de Dodwell , qui le rejette jusqu'à Constantin, il y a place pour bien des hyi>othèses

qui s*appuieDt sur des autorités fort recommandables. Nul ne saurait mieux que Diogène lui-même fixer nos doutes à ce sujet. Des écrivains qu'il cite, le plus moderne est Athénée, qui vivait encore au commen* cément du règne d'Alexandre Sévère (2^ après J.-C). Diogène est donc postérieur au ir siècle de l'ère chrétienne. D'autre part, il n'aurait pas vécu longtemps après cette époque, s'il en faut croire le grammairien Etienne de Byzance, qui, vers 500, le considérait comme un auteur déjà ancien. On doit donc se croire autorisé , avec Heumann et Brucker, à placer Diogène vers le milieu du iii« siècle, un peu plus près de nous que n'ont fait Jonsius et Fabricius. Quant à la durée de sa vie, on ne peut que la conjecturer d'après les longues recherches que suppose la rédaction de son ouvrage sur les philosophes -, mais , à cet égard , les renseignements précis nous font défaut , comme à l'égard de son carac* tère et des événements de sa vie.

Une expression empruntée par Diogène à la langue de l'Eglise a été curieusement relevée , et l'importance en a été fort exagérée par ceux qui ne remarquaient pas avec quelle complaisance Diogène expose les Opinions philosophiques les plus contraires au christianisme. Des obser* vateurs également prévenus, mais dans un autre sens , ont cru voir que Diogène a développé la doctrine d'Epicure plus amplement que toutes les autres, et ils en concluent qu'il était épicurien. Mais, outre qu'il témoigne trop bien lui-même de son ignorance sur le fond de cette doctrine , s'il est permis d'appuyer une conjecture sur de semblables raisons, Diogène serait bien plutôt suspect de stoïcisme , la vie de Zenon de Cit* tlum et la doctrine du Portique étant le sujet qi^il a traité le plus longuement.

Quoi qu'il en soit , ces vies des philosophes sont le seul ouvrage que nous ayons de Diogène ; aucune raison ne peut faire soupçonner qu'il en ait écrit d'autres, si ce n'est toutefois un recueil de Poésies diverses, dont il parle souvent, et qui n'était sans doute que la collection de ses épigrammes. Ce livre, dont la perte ne parait pas mériter nos regrets, existait peut-être encore à la fin du xir siècle; au moins Tzetzès semble y faire allusion par l'épithète à'épigrammatiste appliquée à Diogène. Mais son vrai titre à Testime de la postérité, c'est le recueil intitulé : Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres.

Ce livre était dédié à une femme qui professait pour les doctrines de l'Académie une haute admiration. La dédicace étant aujourd'hui perdue, quelques mots de l'auteur, à l'article de Platon , sont le seul renseigne* ment qui nous reste sur cette femme. Reinesius conjecture avec assez de vraisemblance que ce pouvait être une certaine Arria , citée avec éloge dans l'ouvrage de Theriaca, ad Pisonem. A l'exemple de Diogène , trois siècles plus tard, Damascius dédiait à Théodora une nouvelle histoire des philosophes. Diogène de Laërte a pris soin de nous avertir qu'il a partagé son travail en dix livres ; mais cette division arbitraire en cache une plus systématique dont il nous donne le secret dans sa préface. Après avoir établi par des arguments puérils que la Grèce est le berceau de la philosophie, il consacre son i'^ livre aux hommes qui ont honoré ce nom de sages que déclina la modestie de leurs successeurs. Passant ensuite aux philosophes proprement dits, il les partage en deux grandes écoles : l'école ionienne et l'école italique. Les spéculations des ioniens

138 DI06ENE.

remplissent la moitié da ii* livre, où se trouvent encore Socrate, rat* taché bon gré mal gré à cette école , et les disciples qui n'ont fait que répandre sa doctrine. La vie de Platon , une analyse rapide de son système y diverses classifications des ouvrages de ce philosophe, forment le livre III. Platon est pour Diogène un second père de la philosophie grecque ; c'est de lui qu'il fait sortir les dix écoles auxquelles il ramène toutes les sectes philosophiques si complaisamment énumérées par Yarron. Toutefois , c'est dans ce livre surtout que se trahit le vice de Tordre adopté par Diogène : après être convenu que Platon ne doit pas moins à Pythagore qu'à Socrate, il est forcé , pour rester ûdèle à sa division , de rejeter au viii* livre l'analyse des doctrines de l'école italique. 11 consacre le lY' livre aux académiciens. 11 expose dans le v les opinions d'Aristote et des péripatéticiens , avec une négligence et une rapidité bien regrettables. Le VI* livre renferme Anlisthène et les cyniques ; le vu*», Zenon et les stoïciens. Cette partie est, sans contredit, la plus intéressante de tout l'ouvrage. L'auteur s'est plu à y développer avec une abondance assez désordonnée, il est vrai , les doctrines du Portique, dont il est avec Cicéron l'historien le plus considérable. On y peut recueillir des détails précieux sur la logique et sur la grammaire, qui toutes deux étaient en grande estime auprès des stoïciens, un exposé de leurs doctrines cosmologiques , suivi d'une longue énumération et d'une analyse minutieuse des biens et des maux de l'àme, selon les disciples de Zenon. Le viir livre, consacré aux pythagoriciens, est un recueil complet de tous les contes qui avaient cours dans le monde sur Pythagore et quelquesuns de ses élèves. On comprend aisément combien les inventions de r^ole italique perdent à être ainsi rapprochées de la logique rigoureuse des doctrines stoïciennes. On ne voit aucun ordre dans la distribution du IX* livre. Heraclite y est placé avant Xénophane, ainsi rejeté après tous ses disciples; Diogène d'ApoUonie, disciple d'Anaxagore dont la vie est comprise dans le livre ii, y est rapproché d'Anaxarque, de Pyrrhon et de Timon , qui tous trois appartiennent à l'école de Socrate. La vie d'Epicure et celle du stoïcien Posidonius remplissent le x* livre. Diogène combat et repousse les imputations injurieuses auxquelles Epicure a si souvent été exposé, avec une intelligence dont il n'a guère donné d'autre preuve, et qui, par cela même, peut sembler ici suspecte de plagiat.

Tel est , en effet , le défaut capital et caractéristique de Diogène : il manque absolument de cette critique qui fait la gloire de quelques historiens modernes. Ses recherches ne sont que laborieuses. 11 ramasse sans choix tous les jugements, toutes les anecdotes qu'il a rencontrées dans ses lectures ; de là de singulières disparates et des contradictions impardonnables. Quand il rencontre plusieurs versions sur un même foit, il se contente de les rapporter les unes à la suite des autres, avec une entière indiiïérence. Les mêmes anecdotes ou les mêmes sentences sont attribuées à différents philosophes. Mais, du moins, avec une bonne foi qui mérite toute notre reconnaissance , il indique les sources où il puise , et cite même souvent les textes originaux. Aussi une analyse , quelque détaillée qu'elle fût , ne saurait donner une idée de ce livre , où se mêlent sans se fonlre les opinions les plus diverses et les styles les plus divers ; et l'on sonçoit la mauvaise humeur de

quelques critiques modernes contre ce mélange de tous les Ions et de' tous les styles , et surtout contre cette vanité pédantesque du poêle érudit 9 citant à chaque page ses propres épigrammes. En somme, le livre de Diogène nesl certes pas, comme le prétend Ménage, V histoire de f esprit humain; mais Scaliger a pu, sans injustice, en louer l'érudition variée , et c'est à bon droit que Montaigne regrette qu'il n'y ait pas eu plusieurs Laërle. £n effet , malgré quelques divergences partielles , cet historien s'accorde en général sur la biographie des philosophes^ cx)mme sur le détail de leurs doctrines y avec les meilleurs témoignages de l'antiquité classique, par exemple avec ceux de Cicéron et de Plutarque. Son ouvrage, d'ailleurs, n'est-il pas le seul de c« genre qui nous soit parvenu? Aristote, celui des philosophes grecs qui accorde le plus d'attention aux systèmes qui l'avaient précédé, ne touche encore cet examen qu'à l'occasion de ses propres travaux. Les ouvrages d'Hippobate et d' Androcydes , dont la perte est si regrettable j ne comprenaient pas dans son ensemble l'histoire de la philosophie. Diogène fut donc au moins le premier qui forma un recueil de tontes les opinions de l'antiquité sur les philosophes les plus célèbres. Longtemps respecté, à ce titre , par les âges suivants, il servit de modèle à tous les historiens qui lui succédèrent , jusqu'à l'époque où Bayle donna l'éveil à l'esprit de la critique moderne, et provoqua une réforme appliquée depuis par Leibnitz à l'histoire de la philosophie. On pourrait même suivre l'influence de Diogène jusqu'à notre siècle, où, renouvelant l'hypothèse d'un peuple philosophique primitif, Frédéric Schlegel plaçait chez les Hindous la naissance de la philosophie. \\ n'est pas jusqu'aux faiblesses de Diogène dont nous n'ayons tiré quelque profit. C'est à sa négligence dans le choix des autorités historiques que nous devons de connaître plusieurs écrivains secondaires, dont les erreurs mêmes ou les mensonges ne sont pas sans intérêt pour l'historien. Près de la moitié des fragments qui nous restent d Hermippus ne se rencontrent que dans le hvre de Diogène. Les passages qu'il a extraits d'Aristoxène ne se trouvent que dans son ouvrage ou dans celui d'Athénée. Combien de fragments de Timon y de Chrysippe, de Dicéarque, de Sotion, de Favorinus ne lui devonsnous pas encore, sans parler des pièces authentiques, telles que le testament d' Aristote et celui d'Epicure, documents si rares aujourd'hui , et que bannissaient trop souvent de l'histoire les sévères convenances du genre historique, comme le comprenait l'antiquité)? Sans doute, on peut le dire , Diogène de Laërle ne brille ni par la profondeur ni par l'originalité de son jugement; sans doute, il ne comprend pas toute l'importance de l'histoire de la philosophie. La nécessité de l'ordre dans lequel les systèmes se succèdent, les rapports du développement de la pensée humaine avec celui des doctrines philosophiques , sont des choses qu'il ne soupçonne même pas. Des qualités nécessaires à l'historien il ne retient que les plus modestes : la bonne foi, avec l'étendue et la variété des connaissances. A part des fautes de chronologie y des confusions assez fréquentes entre les noms propres et les titres d'ouvrages distincts, et autres négligences dont il faut bien le rendre responsable , comme compilateur, les autres erreurs répandues dans son livre reviennent de droit aux auteurs qu'il avait consultés , et que nous ne pourrions apprécier ici en détail sans sortir des bornes naturelles de cet article. Regret-

140 DIOMENE.

tons seulement que Diogène ne se soit pas plus souvent recommandé d'autorités aussi imposantes que celles d'Aristoxène , placé y pour son érudition et sa fidélité, presqu'à Tégal de son maître Aristote; mais qu'il ait fait de trop fréquents emprunts à des écrivains d'une autorité suspecte, tels que Dicéarque, Hermippus et Timée.

Le texte de Diogène Laërce nous est parvenu mutilé et plein d'altérations. Saumaise, sur la foi d'une table détachée d'un ancien manuscrit , déplore la perte d'un grand nombre de biographies , parmi lesquelles se trouvaient sans doute celles de Cornutus, de Polémon et d'Ëpictète. Epuré, éclairci depuis l'édition princeps (in-^®, Bàle, 1533), par le^ soins d'Henri Estienne, deCasaubon,d'A]dobrandini,de Ménage, de Meibom, de Kiïhn (travaux réunis dans l'édition d'Amsterdam, 2 vol. in-iS^^», 1692 et 1698 ) , de Rossius , le texte a été publié en dernier lieu par Hubnor (4. vol. in-8% Leipzig, 1828 et 1831). La traduction latine d'Ambroise le Camaldule , corrigée par le bénédictin Brugnolius ( Venise, 1457) , a été heureusement remplacée par celle de Thom. Aldobrandini (in-f*, Rome, 1594, et Londres, 1663). L'ouvrage a (Hc mis en français par FougeroUes (in-8% Lyon, 1602); par Gilles Boileau (2 vol. in-12, Paris, 1688); enfin, par un anonyme (3 vol. in-12, Amst., 1758; et 2 vol. in-8% Paris, 1796). Cette dernière traduction , qu'on attribue à Chauffepié, vient dètre réimprimée avec assez de négligence (in-12, Paris, 1^1) pour faire désirer vivement la publication d'un travail plus sérieux, qui nous est promis. E. £.

DIOHÈXE DE Smtrnb, partisan de la phUosophie deDémocrite, à laquelle il avait été initié par Nessus, disciple immédiat du célèbre Abdéritain. 11 transmit à son tour la même doctrine à Anaxarque. Celui-ci étant contemporain d'Alexandre le Grand , il faut admettre que l)iomène de Smyme a vécu à peu près dans le même temps, c'est-à-dire dans le iv* siècle avant l'ère chrétienne. X.

DION, surnommé Chrysostome ou Bouche d'or, naquit vers le milieu du i*^ siècle, à Pruse dans la Bithynie, d'une famille considérable. 11 cultiva dabord l'art oratoire, tel qu'on le comprenait alors, c'est-à-dire la rhétorique des sophistes; puis, ayant pris goût pour l'étude de la philosophie, il s'attacha à l'école stoïcienne, dont il adopta sans restriction tous les principes. Mais sa manière de vivre et sa conduite extérieure auraient pu le faire passer pour un disciple d'Antisthène. Ainsi , au lieu du manteau des philosophes , il portait habituellement une peau de lion et s'élevait contre la corruption de son temps d'une manière plus propre à irriter les esprits qu'à les ramener au bien. Un de ses amis ayant été enveloppé dans une conspiration contre la vie de Domitien et condnnmé à mort, Dion craignit pour lui-même et se réfugia dans le pays des Gètes, où il vécut longtemps ignoré, travaillant de ses mains et n'aynnt d'autres livres que le Phédon et le discours de Démosthène mr l'Ambassade. Après la mort de Domitien , il retourna à Rome , où il vécut quelque temps en très-grande faveur auprès de Néron et de Trajan ; puis il retourna dans sa patrie, et y mourut dans un âge fort avancé. On a conservé de lui quatre-vingts discours qui ne témoignent pas sculejnent do sa fécondité et quelquefois de son goût, mais aussi do ses con-

DIONYSODORE. 14i

naissances cl de son esprit philosophiques. Ils furent publics pour la prenaière fois à Venise, en 1551 , in-8°j puis d'autres éditions en ont paru , à Paris , in-f», 1604 , et à Leipzig, 2 vol. in-8% 1784. On trouve aussi dans le 2' vol. des Vies des Orateurs grecs , par de Bréquigny (2 vol. in-12, Paris, 1742), une Vie de Dion Chrysostome et la traduction de plusieurs de ses discours. X.

DÏOWSODORE DE Chios, frère d'Euthydème, qui a donné son nom à un dialogue de Platon , où ils sont tous deux mis en scène et représentés comme des sophistes de l'espèce la plus frivole. Tout ce que nous savons , ou plutôt toutes les conjectures qu'on a faites sur Dionysodore s'appliquant aussi à Euthydème^ nous renvoyons le lecteur à ce dernier nom. X.

DIOSCORIDE , philosophe sceptique mentionné par Diogène Laërce (liv. lY , c. 115) comme un disciple de Timon. C'est tout ce que nous savons de lui. X.

DISJONCTION (Argument disjonctif) , [disjnngere , disjoindre , séparer]. On appelle disjonction ou proposition disjonciive une proposition dans laquelle on rapporte à un sujet, comme attributs possibles, plusieurs déterminations qui s'excluent réciproquement , ainsi : Les animaux sont ou raisonnables ou privés de raison. Et on appelle argument disjonctifcdm dont la majeure est une proposition disjonctive, comme : Il est nécessaire que le vice soit puni dans cette vie ou dans une autre; or, il n'est pas toujours puni dans cette vie ; donc, il y a nécessairement une autre vie où il sera puni.

Les attributs rapportés au sujet dans la majeure s'excluant réciproquement, il s'ensuit que si, dans la mineure, on afQrme du sujet un de ces attributs, les autres doivent en être niés dans la conclusion , et que si la mineure nie tons les attributs sauf un seul, la conclusion doit afhrmer celui-ci. En d'autres termes, si la mineure est afQrmative , la conclusion est négative , et si la mineure est négative, la conclusion est afllrmative; ce qui est particulier à cette sorte d'argument, et tient à la nature de la disjonction. Mais il convient de remarquer que la négation et l'afGrmation s'entendent ici des attributs, non de la qualité des propositions.

Ce qu'il faut principalement observer dans l'emploi de cet argument , c'est la parfaite opposition des attributs dans la proposition disjonctive ; ce qui n'a lieu rigoureusement que quand cette proposition présente deux attributs contradictoires. Dans les autres cas, il faut donner à la di^onction autant d'attributs qu'il y en a de possibles, avoir soin qu'ils soient bien distincts et qu'ils ne rentrent pas les uns dans les autres, et examiner s'ils ne peuvent pas être attribués tous ou plusieurs en même temps. Ainsi, dans l'exemple si souvent cité : On ne peut gouverner les hommes que par la force ou par la raison ; or, il ne convient pas d'employer la force, qui est un moyen trop peu durable et trop peu digne delhorame; donc, il faut gouverner par la raison ; il pourrait être vrai de dire que , pour gouverner les hommes, il faut unir la force à la raison. Mais, quelque complète que soit l'énumérationdes attributs qui

Page 1