DIVISION
La division proprement dite présente elle-même plusieurs variétés. On peut, 1** diviser le genre en ses espèces : toute substance est corps ou esprit; tout animal est vertébré ou invertébré; 2*" diviser le genre par ses difTérences : toute proposition est vraie ou fausse; toute ligne est droite ou courbe; tout nombre est pair ou impair; S"" diviser un sujet d'après les accidents opposés qu'il peut offrir : tout corps est en repos ou en mouvement; tout astre est lumineux par lui-même ou par rétlexion ; k"* enfin diviser un accident d'après les sujets où il peut se trouver ; les plaisirs se partagent en plaisirs des sens , de l'esprit et du cœur. Ces distinctions, qui occupaient beaucoup de place dans les anciennes logiques, ont aujourd'hui perdu de leur importance. II. est bon de remarquer cependant que la division du genre et des espèces se confond avec la cJassification si capitale en toute espèce de science.
La première condition d*une bonne division^ c'est d'embrasser toutes les pariies du sujet , d'être complète : « Il n'y a presque rien, dit la Logique de Port- Roy al, qui fasse faire tant de faux raisonnements, que le défaut d'attention à cette règle; et ce qui trompe, c'est qu'il y a souvent des termes qui paraissent tellement opposés , qu'ils semblent ne point souffrir de milieu, qui ne laissent pas d'en avoir. Ainsi entre ignorant et savant il y a une certaine médiocrité qui tire un homme du rang des ignorants, et qui ne le met pas encore au rang des savants; entre vicieux et vertueux, il y a aussi un certain état dont on peut dire ce que Tacite dit de Galba : Magis extra vitia quam cum virtutibus.,,.; entre sain et malade, il y a l'état d'un homme indisposé ou convalescent; entre le jour et la nuit, il y a le crépuscule; entre les vices opposés, il y a le milieu de la vertu , comme la piété entre l'impiété et la superstition ; et quelquefois ce milieu est double comme entre l'avarice et la prodigalité; il y a la libéralité et une épargne louable ; entre la timidité qui craint tout et la témérité qui ne craint rien , il y a la générosité qui ne s'étonne point des périls, et une précaution raisonnable qui fait abandonner ceux auxquels il n'est pas à propos de s'exposer. »
]\Iais s il est indispensable de séparer tout ce qui diffère, il l'est aussi de ne point isoler des termes qui rentrent les uns dans les autres. Tout philosophe , par exemple , a le droit et le devoir de séparer, en psychologie, les sentiments, les pensées et les actions, qui constituent trois ordres de phénomènes à part; mais on ne pourrait sans erreur ranger dans une quatrième catégorie les faits de mémoire, qui sont une espèce de pensées. Je dirai avec raison que toute opinion est vraie ou fausse; mais je n'ajouterai pas, ou probable , car ce dernier caractère peut aussi bien appartenir à la vérité qu'à l'erreur. £n un mot, il ne suflit pas que la division soil complète, il faut encore qu'elle soit distincte, tranchée ou opposée; expressions synonymes.
En troisième lieu, elle doit être immédiate, c'est-à-dire porter d'abord sur les parties principales, suivant une loi de l'esprit humain, qui , dans l'analyse, s'attache premièrement aux objets saillants, et n'arrive que peu à peu au détail. La Gdélité à cette condition est l'unique moyen de saisir les rapports vrais des choses, et de ne pas supposer entre elles des différences fictives; autrement on est bien près d imiter un géographe à qui il prendrait fantaisie de partager les Européens en