‹ Dictionnaire des sciences philosophiquesChapitre 30 sur 135 · DOGMATISME · texte numérisé non relu

DOGMATISME

inadmissibles, comme il nous montre le pyrrhonisme confondu par la nature, et le dogmatisme par la raison, que serait-il s'il n'y avait pas encore une troisième solution différente des deux autres? Le mysticisme, en effet , se distingue à la fois du scepticisme et du dogmatisme , quoiqu'il tienne de tous deux : ainsi que le premier, il rejette le témoignage de la raison humaine, considérant la vie et la science comme un amas de vains songes ; il admet avec le second la certitude et Texistence de la vérité pour l'homme, mais il la cherche par une autre voie.

De ces trois manières de concevoir la nature humaine par rapport à la connaissance et à la vérité, le dogmatisme seul est fondé; il est le fond même de la pensée humaine et précède la réflexion ; il nait en quelque sorte avec nous, se mêle à tous les actes de notre vie, et résiste à tous les sophisraes inventés pour le détruire. Ici encore le nom de Pascal , qui a quelque autorité dans cette matière, vient se présenter à notre esprit. «Je mets en fait, disait-il , qu'il n'y a jamais eu de pyrthonien effectif et réel. » Le dogmatisme, en outre, sans rien sacrifier des droits de la raison et de la liberté humaine , admet dans son sein tout ce qu'il y a de noble et de vrai dans le mysticisme; sans souffrir aucune atteinte au principe de la certitude, il tient compte des contradictions apparentes sur lesquelles s'appuie l'opinion pyrrhonienne; il fait mieux encore, il les applique comme la condition même sous laquelle l'esprit humain , en général , arrive, à travers les siècles, par une suite non interrompue de progrès et de luttes, à une vue de plus en plus claire de la vérité.

Le dogmatisme ne saurait être l'objet d'une démonstration à part; il est tout démontré lorsqu'on a établi le fait de la certitude, quand on a expliqué la nature de chacune de nos facultés , quand on a mis en évidence l'impossibilité du scepticisme et les prétentions insoutenables ou extravagantes de l'école mystique. Nous dirons seulement qu'il se montre plus ou moins fidèle à son propre principe, qu'il sacrifie plus ou moins au scepticisme, et que ce sacrifice a lieu aux dépens tantôt d'une faculté, tantôt d'une autre. De là les différents systèmes entre lesquels se partage la philosophie : les uns ne veulent reconnaître que le témoignage de leurs sens et se défient de la raison et du raisonnement : ce sont les philosophes empiriques ou sensualistes; les autres, au contraire, traitant d'illusion tout ce que nous savons, non-seulement par les sens, mais par rcxpérience en général, n'admettent que des connaissances ou des idées àvriori : on leur a donné le nom d'idéalistes^ d'autres encore, admettant S la fois la raison et l'expérience, ne comptent pour rien les leçons de l'histoire et les enseignements ou l'expérience de noâ semblables : c'est le défaut ^ans lequel ( st tombée l'école cartésienne; enfin une secte nouvelle, aujourd'hui déjà tombée dans Foubli, s'était formée il y a quelque temps, qui, donnant au scepticisme gain de cause contre toutes nos facultés, ne laissait subsister d'autre moyen de connaissance ni d'autre critérium delà vérité, que le témoignage de la majorité des hommes. La logique ne permet pas qu'on divise ainsi notre intelligence, qui, de sa nature, est indivisible. Les principes, les idées de la raison interviennent nécessairement dans l'ex'périence et même dans la perception des sens; éar si, dans ce dernier phénomène, il n'entrait que des sensations, coffament pourrait-il nous

iAH DOMINIQUE.

donner connaissance, fugitif et personnel comme il serait alors, d*un monde durable, infini, dont nous subissons les lois, et dans lequel nous ne sommes qu'un point imperceptible? H n'est pas moins évident que l'expérience est nœessaire pour constater la présence et le caractère, par conséquent les droits de la raison ; il faut que la raison descende en nous, qu'elle se mêle aux phénomènes de notre existence contingente, pour que nous puissions en parler et nous conduire à sa lumière. Enfin la raison, quoique la même pour tous, n'arrive pas chez un seul à son complet développement; car, dans notre faible nature, rien ne se développe qu'à la condition du travail et du temps. Nous sommes donc obligés de tenir compte de tous les efforts, c'est-à-dire de tous les systèmes qui nous ont précédés. Ainsi il n'y a pas de milieu : ou le scepticisme, ou un dogmatisme conséquent avec lui-même, qui s'appuie à la fois sur la raison , sur l'expérience et sur l'histoire.

Toutefois nous établirons une distinction entre le dogmatisme dans la science, dans les résultats obtenus à la suite des recherches de Tesprit, et le dogmatisme dans la méthode. La méthode dogmatique est celle qui commence par l'affirmation, au lieu de commencer par l'observation et par le doute. Elle pose (c'est le mot qu'elle affectionne) certains principes dont elle se croit dispensée de rendre compte, et se borne à en développer les conséquences sans aucun égard pour l'expérience ni pour les faits. Cette méthode, à peu d'exceptions près, a été celle des philosophes scolastiques ; mais elle a reparu récemment, s'appuyant sur des prétentions inconnues au moyen âge et remplaçant Tautorité par l'arbitraire. G'esten vain qu'on lui a donné le nom de méthode synthétique^ il n'y a pas de synthèse sans l'observation ou l'analyse, mais de simples hypothèses, ou quelque chose de pis encore, des abstractions vides de sens. Autant le dogmatisme est désirable dans les résultats de la science, autant il doit être proscrit de la méthode; car ce n'est quen cwnmençant par le doute, et en allant avec précaution des faits aux principes et aux raisonnements, que l'on peut finir par la certitude {Voyez Méthode).

DOMINIQUE DE Flandre, de Tordre des Dominicains, florissait vers l'an 1500 à Bologne , où il enseignait la philosophie et la théologie. 11 se montra très-zélé thomiste , et défendit avec non moins de succès que d'ardeur le^ doctrmes du maître contre les attaques de l'école rivale , c'est-à-dire contre l'ordre des Franciscains, attaché comme on sait aux idées de Duns-Scot. 11 a écrit, selon la méthode de son temps, une sorte de commentaire sur la Métaphysique d'Aristote , qui a pour titre Quœsliones supra xii libros Metaphysices Aristotelis, in-f«, Venise, 1490; Cologne, 1621. Ce livre, comme il faut s'y attendre , ne brille point par l'originalité; cependant, sous ces distinctions et ces définitions sans nombre dont il nous offre l'assemblage , on trouve de la justesse et même une certaine profondeur. Nous nous contenterons d'en citer les propositions suivantes :

La métaphysique a pour objet de rechercher le principe de toutes choses : ce principe, c'est l'absolu, ou Tabsolument réel , ce qui est en soi , réellement et sans condition.

Ce réel absolu ou inconditionnel ne peut pas être défini par les moyens

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