‹ Dictionnaire des sciences philosophiquesChapitre 39 sur 135 · II. iS · texte numérisé non relu

II. iS

I9t ÉGYPTIENS (SAGESSE DES).

fécondité naturelle de Tesprit hamain ont pu seules expliquer jusqu'à présent.

Pour se faire une idée de ce que pouvait être la sagesse des Egyptiens ou leurs opinions en morale et en métaphysique, il suffît de jeter un coup d'œil sur les traces qu'ils ont laissées dans les autres sciences, sur tous les éléments réunis de leur civilisation si vanlée , et sur la conslitution même de la société parmi eux. La société égyptienne , par sa forme politique, rappelle tout à fait l'enfance de l'esprit humain; c^r on n'imagine pas une organisation plus grossière que cette division des castes si chère à l'Orient , et qui , nulle part, n'a été portée plus loin que sur les bords du Nil. Les castes égyptiennes, au nombre de six ou sept, et parmi lesquelles il y avait aussi des parias comme dans l'Inde, étaient véritablement autant de races et comme autant de peuplades différentes , qui subsistaient les unes à côté des autres, sans se mêler ni se fondre, éternellement enchaînées à la même profession. A leur tête était la caste des prêtres, maîtres absolus du pays, propriétaires des deux tiers du sol, juges, astronomes, astrologues, architectes, médecins, historiens, précepteurs et tuteurs des rois, qui ne pouvaient arriver sur le trône qu'en passant, au moyen d'une initiation, de la caste des guerriers dans le corps sacerdotal. Entre leurs mains, comme nous l'avons déjà remarqué, se trouvait réunie toute la civilisation de l'Egypte. Il est plus que probable que les règles mêmes de l'agriculture, si florissante dans le rovaume des Pharaons, étaient tracées par eux , et que tous les travaux qui ont eu pour but la division et la conservation des eaux du Nil, ont été exécutés par leur inspiration. Mais quelles connaissances pouvons-nous, au juste, attribuera ces prêtres si jaloux de leur science et du pouvoir immense auquel elle servait d'excuse? Ils devaient être assez peu avancés en géométrie, puisque Py- Ihagore, que l'on dit avoir clé initié à tous leurs mystères, a découvert, par son seul génie , les propriétés du triangle rectangle. Esidenunent, s'il avait appris cette vérité dans les temples de Momphis ou de Saïs, qu'il visita pendant sa jeunesse , il ne se serait ])as cru obligé d'en rendre grAce aux diciix , en leur offrant une hécatombe. Nous ne savons pas ce que les prêtres égyptiens ont pu enseigner de cette même science a ïhalès; mais on assure que Thaïes leur enseigna à cux-niênies comment on peut mesurer la hauteur des pyramides par leur ombre. On a cru longtemps qu'ils avaient porté très-loin, plus loin qu'aucun autre peuple de l'antiquité, y compris les Grecs, la science des astres et des temps; on parlait avec admiration du cercle d'or d'Osymandyas; on leur attribuait l'invention de plusieurs cycles astronomiques , très-bien imaginés pour rendre compte des phénomènes célestes, et pour rétablir, après un certain laps de temps, un accord parfait entre les diverses manières de mesurer le temps, à savoir : le cycle à Apis ^ dont la durée était de 25 années civiles, au bout desquelles la lune devait se retrouver au même point, par rapport à Sirius; le cycle du Phéniœ, dont la durée était de 500 ans : de là la fable du phénix , qui se consume luimême et qui renaît de ses cendres; le cycle Snihiuque, autrement dit de Sirius, qui embrassait une période de 1,460 années astronomiques jugée égale à 1,V61 années vagues; enfin ee qu'on appelle la gravât année égyptienne, dont la durée est de 36,525 ans, juste le nombri

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auquel Manélhon portait les livres hermétiques. Il est certain , comme latleitte la partie la mieux conservc^e de leur mythologie , el comme l'exîgcaienl d'ailleurs les besoins de ragricullure, que les Egyptiens avaient faildes observations astronomiques. Ils avaient étudié particulièrement la marche de Sirius, ou, comme ils rappelaient dans leur langue, de Sothis , signe précurseur des inondations du Nil et divinisé sous le nom d'Anubis, le dieu cynocéphale. A Tannée lunaire de 360 jours qu'ils avaient adoptée d'abord et dont on troyve le symbole dans plusieurs de leurs cérémonies religieuses , ils substituèrent plus tard Tannée solaire de 365 jours. Mais quant au cercle d*Osymandyas et aux savants calculs dont nous avons parlé tout à l'heure , il a été dé** montré jusqu'à l'évidence que ce sont des inventions du génie grec, et que l'astronomie égyptienne, essentiellement mythologique et mêlée à toutes les rêveries de l'astrologie judiciaire, n'a commencé à prendre un caractère scientifique, que sous la domination romaine. A l'aspect des monuments gigantesques qui couvrent le sol de TEgjpte, à la vue de ces pyramides, de ces pylônes, de ces stalues de granit d une monstrueuse grandeur, on a supposé, chez le peuple qui a laissé de telles traces de son passage, les ressources d'une mécanique admirable, auprès de laquelle les découvertes modernes ne seraient que des jeux d'enfants. Mais cette opinion est dénuée de toute vraisemblance. L'usage des plans inclinés el le nombre des hommes suppléaient à la puissance des machines. Nous savons, par Pline, que Rhamessès avait employé 120,000 hommes à l'érection d'un des obélisques de Thèbes, et, dans les peintures qui nous représentent toutes les occupations de la vie chez les anciens Egyptiens, on n'aperçoit pas une seule machine, pas même une poulie; en revanche, on voit quantité de colosses érigés ou traînés à force de bras. Les sciences naturelles n'étaient pas même connues de nom chez une nation qui expliquait tous les phénomènes par une intervention immédiate de la puissance divine. La médecine , qui était, comme toutes les autres sciences, le secret des prêtres, se réduisait tout entière, si Ton en retranche les pratiques superstitieuses, à Tart d'embaumer les morts. Du reste, il y avait des médecins pour chaque maladie et pour chaque partie du corps humain. Enfin, Ton n'a plus aujourd'hui, comme autrefois, la ressource de supposer un abtme de sagesse et de science dans les inscriptions hiéroglyphiques qui couvrent tous les monuments de l'ancienne Egypte-, le voile qui nous en cachait le sens est en partie déchiré , et la déception des admirateurs passionnés de l'antiquité a dû être bien grande lorsqu'on leur a montré, a la place des mystères qu'ils imaginaient, des noms propres, des dates, des dédicaces et des faits sans intérêt. Il y a plus, ces signes si longtemps révérés appartiennent à un système d'écriture extrêmement informe et désordonné, où les mêmes caractères représentent tantôt des sons, tantôt des images symboliques, et tantôt les objets mêmes qu'ils peignent aux yeux.

Il est difficile qu'avec cette manière grossière de représenter leurs idées , les prêtres égyptiens aient pu composer un grand nombre de livres, et surtout des livres dont la matière exige un haut degré de développement dans la pensée; car l'écriture en usage dans les temples, parmi les prêtres et qu'on appelle , pour cette raison , Técriture hiéra-

tique, n'était qu'une abréviation des hiéroglyphes dont on chargeait les obélisques et les murs des édiûces religieux. Aussi , sans prendre au sérieux les 36,525 volumes dont Manélhon fait honneur à Thoi'Ou à Hermès, ou les 20,000 que lui attribue Jamhhque, ou les 1,200 que le même Jamblique avoue être une falsificalion des prêtres , avons-nous quelque peine à admettre même les 42 mentionnés par saint Clément d'Alexandrie {Strom., Hv. vi), dans la description qu'il nous a laissée de la procession , ou plutôt de la hiérarchie et des insignes des prêtres égyptiens. Quoi qu'il en soit, voici, d'après l'auteur que nous venons de citer, la classification de ces livres , regardés tous comme un don de Mercure Trismégisle : il y en avait un qui contenait des hymnes; un autre, la manière de vivre prescrite aux rois ; quatre étaient consacrés à l'astrologie judiciaire . aux conjonctions et aux mouvements des étoiles, à leur lumière, a leur coucher et à leur lever-, dix à l'écriture hiéroglyphique , à la cosmographie, à la géographie, à la topographie de l'Egypte, à la marche du soleil, de la lune et des cinq planètes, aux mouvements des eaux du Nil et à la description des lieux saints; dix autres livres traitaient des sacrifices, des prémices, des prières et des hymnes, des cérémonies et des jours de fête, en un mol, de ce qui concerne le culte; dix autres encore, que l'on appelait les livres sacerdotaux par excellence, traitaient des lois, des dieux , de toute la science sacerdotale. Celui qui était admis à la connaissance de ces livres portail le nom de prophète ou de hiérophante. ErtHn dans les six derniers, réservés à une classe de prêtres subalternes appelés du nom de pastophores, il était question de médecine, d'anatomie, des maladies du corps humain , des diverses espèces de médicaments, et en dernier lieu des femmes. Les prêtres eux-mêmes se classaient à peu près de la même manière que les livres confiés à leur garde. Nous avons déjà nommé les hiérophantes et les pastophores , qui formaient les deux extrémités de la hiérarchie; entre eux venaient se placer les chantres, parliculièrement occupes de la musique religieuse; les horoscopes o\i astrologues, chargés de prédire l'avenir; les hiérogrammates, ou scribes du temple, qui joignaient à l'art des hiéroglyphes, la connaissance de rarchileeture et de tous les symboles dont on ornait les monuments religieux; enfin les hiérostolites , préposés aux sacrifices et aux cérémonies extérieures du culte {ubi supra, cl Porphyre, de Abstin,, lib. iv, S 8). Il serait vraiment, étrange que de toute cette science sacerdotale et de tous ces livres si pieusement conserves, absolument rien ne fût parvenu jusqu'à nous; que rien n'en eût été connu sous le règne des Ptolémées , lorsque l'Orient et la Grèce étaient si vivement attirés l'un vers l'autre, lorsqu'il existait depuis longtemps un grand nombre d'Egyptiens accoutumés dès l'enfance à parler également le grec et leur propre langue.

En présence de tous ces faits, il n'est plus permis de transformer la mythologie égyptienne, c'est-à dire les faibles débris que le temps nous en a conservés , en un vaste système de métaphysique où l'on retrouve, sous le voile de l'allégorie , les conceptions les plus hardies de l'esprit moderne. Sans doute chez une nation aussi peu homogène et maintenue par une théocratie jalouse dans une éternelle enfance, la religion des prêtres^ au moins des chefs de la hiérarchie^ devait être un peu différente de

celle de la multitude; mais, pour trouver cette différence, il n'est pas nécessaire de sortir ou de s'élever au-dessus de leur système mythologique. En effet, dès qu'on a passé en revue les divinités égyptiennes, il est impossible de ne pas s'apercevoir qu'elles se divisent eu deux classes bien distinctes : les unes ont des attributs moraux, universels, dont l'action s'étend sur l'univers entier, et l'on pourrait, avec un léger effort, les regarder comme des personnifications de certaines idées métaphysiques; les autres, au contraire, sont mêlées à des idées d'un ordre inférieur : on les représente avec des symboles empruntés de Tastronomie et de l'agriculture, avec des têtes d'animaux sur des corps humains; elles président non-seulement à certains phénomènes particuliers de la nature et à certaines actions de l'homme, mais à dcîJ actions et à des phénomènes qui ne peuvent se passer qu'en Egypte.

En tête des divinités du premier ordre on trouve Amoun, le Jupiter Ammon des Grecs, et dont le nom, selon Plutarque {de Jside et Osiride, c. 9), qui rapporte lui-même le témoignage de Manéthon, signiûe ce qui est caché (t6 y.-xpuaui£vcv ) , ou l'action même de se cacher (ttiv xpuij,iv), ce que les alexandrins ont appelé l'ineffable ou l'inconnu, et les kabbalistes le mystère des mystères; en un mot, l'infini, le principe identique de tous les êtres. On ne lui demandait jamais autre chose, dans les prières qu'on lui adressait, que de sortir des ténèbres qui l'enveloppent, et de se faire connaître des hommes. Immédiatement après, vient Kneph, dont le nom a été converti par les Grecs en celui d'Agathodémon, c'est-à-dire le bon génie. Considéré comme l'esprit même, comme la pensée ou comme le verbe d'Amoun , il passait pour n'avoir pas eu de commencement, et l'on croyait qu'il n'aurait pas de fin ; son essence était trop pure pour qu'il pût descendre sur la terre et s'incarner comme les divinités d'un ordre inférieur. Cependant on le représentait sur les monuments sous la forme d'un homme qui laisse tomber un œuf de sa bouche, pour dire que le monde est l'œuvre de la parole ou de l'intelligence divine. 11 était particulièrement adoré à Thèbes, dont les temples, selon Plutarque {ubi supra , c. 21), n'admettaient aucun dieu mortel. En regard de Knêph, vient se placer Athyr ou Athor, la mère de tous les êtres, des dieux comme des hommes, les ténèbres non révélées, le principe passif ou la matière première de l'univers, comme Kneph en est l'idéal et le principe actif. Selon Plutarque (vbi supra, c. 55), le nom de cette divinité, que plusieurs pensent être la même qu'Isis , a pour signification , dans la langue égyptienne, la maison de Uorm; et, en effet, le monde dont Horus est la personnification est construit dans la matière. De l'œuf qu'on voit lancé par la bouche de Kneph sort une quatrième divinité, qui a pour nom Phthas. C'est l'âme du monde ou le démiurge, le forgeron céleste qui travaille la matière et lui donne la forme voulue par la suprême intelligence. C'est pour cette raison qu'on en a fait le Vulcain des Egyptiens et que les Grecs lui ont donné le nom de Héphaistos, comme ils ont donné à Amoun le nom de Jupiter. 11 faut compter parmi les divinités de la même classe, non pas Phré , qui n'est pas autre chose que le soleil , le symbole matériel de Phthas et son agent immédiat , mais le fameux Thot ou Hermès surnomme trois fois grand , le Mercure de la mythologie égyptienne. Thot est véritablement la sagesse divine , revêtue d'un corps et devenue

visible sur la terre ; c'est lui qui, en commençant par les Egyptiens , a enseigné aux hommes tout ce qu'ils savent d utile et de beau. II leur a donné la parole et l'écriture^ il a nommé toutes les choses qui auparavant n'avaient pas de nom, comme Adam dans le paradis terrestre; il a apporté la connaissance et institué le culte des dieux; il a inventé l'astronomie, la musique, la palestre; il a construit la première lyre et composé les premiers chants ; il a élevé les colonnes où furent gravés les premiers hiéroglyphes, et que les prêtres égyptiens regardaient comme leurs premiers livres. Mais, toutes ces connaissances s étant bientôt effacées de la mémoire des hommes, Hermès envoya sur la terre son fils Tat , qui fut le restaurateur de la religion , des sciences et des arts, comme Juiméme en avait été I inventeur.

Nous sommes obligés de confesser que cette partie de la mythologie égyptienne nous laisse quelques doutes; car on la chercherait \ainement dans Hérodote, et même le précieux livre de Plutarque sur Isis et Osiris ne la contient pas tout entière; Plutarque ne parle ni de Tat, ni de Phthas, ni de ïhot , considéré comme une image vivante de la divine sagesse. On ne risque rien , dans tous les cas , de la regarder comme la plus récente, et si l'on ne veut pas absolument que le platonisme y ait quelque part^ y aurait-il de Tinvraisemblance à supposer Îue la domination des Perses, qui a précédé de deux siècles celle des irecs, n'y est pas restée tout à fait étrangère? Le système que nous venons d'exposer a une grande analogie avec la partie ia plus élevée et les éléments les plus profonds de la théologie de Zoroastre. Amoun nous rappelle parfaitement Zerwane Akérène, l'infini proprement dit, le principe suprême et inconnu d'où sortent à la fois le bien et le mal , l'intelligence et la matière, la lumière et les ténèbres : Kneph, le principe de la bonté et de la sagesse , le génie du bien , ou , comme le dit son nom, le bon génie, nous fait penser sans effort à Ormuzd. Athyr nous représente, comme Ahrimane, la matière et les ténèbres ; enfin dans Phthas, le génie du feu , l'ùme du monde, le médiateur universel entre Dieu et les êtres , on reconnaît Mythra, qui joue exactement le même rôle dans la religion des mages; Quant au personnage de Thol, on le rencontre également, sous un nom ou sous un autre , dans toutes les religions ; il doit être compté parmi ces universaux poétiques dont parle Vico, et qui ont leur fondement dans la nature même de l'esprit humain.

Les autres divinités de l'Egypte, celles dont le culte était accessible à tout le monde et dont la plupart portent visiblement l'empreinte du pays, sont loin de nous offrir un système aussi régulier, une allégorie aussi transparente que celles dont nous avons parlé jusqu'à présent. Elles forment dans leur ensemble une vaste et confuse m>tholo^ie où il est impossible de ne pas reconnaître plusieurs ordres d idées, plusieurs degrés de civilisation religieuse , amenés successivement par le temps et se conservant sans effort l'un à côié de Taulre, grâce à la division des castes et à l'immobilité des conditions. En effet, la religion égyptienne a d'abord un côté par où elle se confond avec le fétichisme; car il est hors de doute que, jusqu'au dernier jour de son existence elle a conservé le culte des animaux, non-seulement de ceux que leur utilité devait naturellement rendre chers, par exemple le

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bœuf y la vache, l'ibis, le chien; mais des plus malfaisants et des plus hideux à \oir, comme le serpent et le crocodile. Par le cullc des astres, et peut-èlre aussi des éléments , elle se rapproche du sabéisme; car, ainsi que nous Tavons déjà dit, il y a un système astronomique dans cette vieille mythologie. Hérodote nous apprend que les Egyptiens ont trouvé à quels dieux appartiennent chaque mois et chaque jour, ce qui signifie évidemment qu ils ont fait marcher de front leurs idées religieuses et leurs découvertes en astronomie. Les douze dieux cabires dont nous parle le même historien , les douze dieux protecteurs de 1 Egypte, tous enfants de Vulcain, c'est-à-dire du leu, ne fious font-ils pas penser aux douze signes du zodiaque? Nous voyons aussi figurer, dans un autre ordre de divinités, le Soleil, la Lune, Saturne, Mercure, c'est-à-dire les corps célestes plus particulièrement connus des anciens et qui ont donné leurs noms aux jours de la semaine. Mais ce n'était pas assez d'avoir ainsi divinisé les planètes qui indiquent la division de la semaine et les signes du zodiaque qui distinguent les mois; on essaya de faire entrer dans le même système, à la fois astronomique et religieux, les cinq jours qu'il fallut ajouter aux 360 dont se compose l'année lunaire, et que les Grecs ont appelés les jours épagomènes. De là la fable de Mercure , jouant aux dés avec la Lune, lui gagnant la soixante-dixième partie de ses lumières, et formant ainsi cinq jours nouveaux, pendant lesquels cinq autres dieux sont appelés à l'existence, à savoir : Osiris, le premier en date et en rang, adoré par tous les Égyptiens comme le dieti national par excellence; Isis, à la fois sa femme etsasœur;Horus, leur flls; Typhon, leur ennemi à tous trois; Nephtys, la femme de Typhon , généralement regardée conmie la Vénus égyptienne. Ces dieux, représentés dans le ciel par diverses constellai ions, mais qui, revêtus d'un corps mortel, ont vécu sur la terre parmi les hommes (Plutarque, de laide el Osiride, c. 21) ne passent pas sans raison pour les derniers venus; ils nous montrent les croyances religieuses de l'Egypte s'élovant du fétichisme et du sabéisme à une sorte de polythéisme poétique , à un certain culte de l'idéal analogue à celui de la Grèce, mais beaucoup plus pur au point de vue de la morale. En effet, si on laisse de côté toutes les interprétations arbitraires énumérécs par Plutarque et ayant déjà cours de son temps; si l'on prend la légende d'Isis et d'Osiris telle qu'elle est, telle que Plutarque aussi nous la conservée, sans y chercher un autre sens que celui de la lettre, il est impossible de ne pas être frappé, malgré quelques bizarreries ou quelques naïvetés antiques, du caractère profondément moral qui y règne. Osiris, dont le nom signifie, selon Plutarque {ubi supra, c. 12), le grand roi bienfaisant , est en effet le modèle des rois et des hommes. Après avoir fait fleurir, en Egypte, sa terre natale, les arts, les sciences, l'agriculture, la religion, il parcourt dans le même but le reste de la terre, pour la conquérir à la ci\ilisation par les seules armes de l'éloquence, pour l'éclairer par sk parole et la couvrir de ses bienfaits. Tout au contraire du .lupiter des Grecs, il demeure toute sa vie fidèle à Isis, qu il aima dès le stin de sa nière. 11 n'a pas moins de tendresse pour son fils llorus, sur qui il ne cesse de veiller, même après a\oir perdu la vie; il revient tout expiés des enlerg pour achever son éduc^ilion , que la mort l'avait forcé de Wi^si^v incom-

plète. Isis est le modèle des femmes et des reines. Rien de plus touchant et de plus pieux que sa douleur, lorsqu'elle va chercher la servitude dans une cour étrangère, pour èlre plus près du corps inanimé de son époux tué par Typhon , et pour recueillir ensuite ses restes dispersés dans toutes les parties de TEgypte. Après la mort d'Osiris, elle a pour son ombre le même amour que pour son époux vivant ; c'est en s'unissant avec celle ombre qu'elle donne le jour à Harpocrate , enfant chétif et mutilé, véritable symbole de l'amour entre la douleur et la mort. Horus est l'image de la piété filiale. D'abord il défend contre Typhon les droits de son père absent; puis il le venge , quand il le sait mort, et s'efforce de le faire revivre en marchant sur ses traces. On lui demanda un jour, lorsqu'il n'était encore qu'un enfant , quelle était , selon lui, l'action la plus belle? «Venger, répondit-il, les injures de son père et de sa mère. » (Plularque , de Jside et Osiride, c. 19.) Quand on songe que les prêtres égyptiens n'épousaient qu'une femme, laissant au peuple la polygamie; quand on se rappelle l'austérité de leur vie et la pureté de leurs mœurs, il n'est guère possible d'admettre que l'esprit qui règne dans celte légende soit letrel du hasard. Du reste, il se peut qu'avant de revêtir ce caraclère moral, avant de représenter l'idéal de l'homme et de la famille, les noms dlsis, d'Osiris et de Horus n'aient exprimé d'abord, comme plusieurs l'ont voulu, que des idées tirées de l'ordre physique ou des connaissances astronomiques de l'époque. Plus tard, on a pu attacher à ces fictions un sens métaphysique; c'est ainsi que, prenant Osiris pour'le principe actif de l'univers, Isis pour le principe passif ou pour la nature elle-même, on a pu graver sur une de ses statues placées dans le lemple de Sais, celte inscription fameuse : « Je suis tout ce qui a été, tout ce qui est et tout ce qui sera , et aucun mortel n'a encore levé mon voile. » {Ubi supra, c. 9.; 0"^^^^ ^^ couple stérile et maudit de Typhon et de Nephtys , il suit exactement , dans un sens contraire, la même fortune que celui d Isis et d'Osiris. Dans l'ordre moral, il représente l'alliance de la volupté et du crime; dans l'ordre physique. Typhon, c'est la mer, l'ennemi naturel de l'Egypte, et Nephtys la partie de ce pays que la mer baigne de ses eaux : enfin , dans l'ordi-e métaphysique , ils figurent le génie de la destruction. On voit ainsi le dualisme dominer, dans toutes ses parlies et sous toutes les formes, le polythéisme des Egyptiens.

Hérodote nous assure que ce peuple fut le premier qui crut à Timmorlalilé de l'âme ; et cette immortalité, si nous en croyons le même historien, était comprise tout entière dans l'idée de la métempsycose. L'Ame, après avoir quitté la vie, devait, dans lespace de 3,000 ans, passer successivement par les corps des animaux terrestres, des animaux marins , des oiseaux , et enfin revenir dans le corps d'un homme. C'est la loi des révolutions astronomiques appliquée à la nature humaine; mais celle manière grossière de concevoir un dogme aussi saint n'a pas toujours été conservée. Selon Plutarque [ubisvpra, c. 29), les Egyptiens croyaient à un empire des morts, appelé Amenthès, c'est-àdire qui donne et qui rfçoi7. Sur cet empire, où chacun était traité suivant son mérite, régnait Osiris sous le nom de Sérapis. Le même fait semble résulter de la plupart des peintures que nous oITrcnl les caisses des momies. Selon Porphyre {de Abstinentia, lib. vi, ^ 16), les Egyptiens,

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