‹ Dictionnaire des sciences philosophiquesChapitre 41 sur 135 · ÉLÉATIQUE (ÉCOLE · texte numérisé non relu

ÉLÉATIQUE (ÉCOLE

Phys.fji. 7, Aj rangent Leucippe et Empédocle parmi les disciples de Pannénide; ce qui a conduit plusieurs iûsloriens de la philosophie à distinguer deux écoles d'EIce, lune do mélaphysiciens, el l'aulre de physiciens. Mais, à part la prodigieuse différence qui sépare la doctrine d"Empédocleet celle de Leucippe d'avec le système de Xénophane et de Parménide, rien n'est moins prouvé que les relations de, ces deux derniers philosophes avec les deux premiers. Tout ce qu'il est permis d'affirmer, c'est que tous quatre furent à peu près contemporains, et que les écrits de Parniénide contribuèrent probablement à susciter les modifications qui furent apportées par Leucippe aux idées ioniennes, et par Empédocle à celles de Pylhagore. Nous réserverons donc le titre d'éléates à Xénophane, Parménide, Zenon d'EIée et Mélissus; et nous allons exposer ici sommairement les principaux traits du système qui leur est commun à tous ( Voir, pour la bibliographie, et les détails de doctrine ou de biographie, les articles Parménide, Mélissus, Xénophane et Zenon d'Elée).

Il y a deux sortes de connaissances : les unes qui nous viennent par l'intermédiaire des sens, les autres que nous devons a la raison seule. La science qui se compose des premières n'est qu'une illusion ; elle ne contient rien de vrai, de fixe, de durable, de certain; elle n'est qu'une chimère et une apparence. La seule science véritable est celle qui ne doit rien aux sens, mais tout à la raison. Il faut laisser au vulgaire, aux hommes légers, aux enfanl.s, la croyance à la réalité des apparences sensibles; mais le sage, le philosophe , celui qui veut atteindre le fond des choses ne doit en appeler qu'à la raison.

Ce point de départ une fois établi , voici ce que l'on peut admettre sur la physique el la cosmologie. Il y a deux principes dans la nature : d'un côté le feu ou la lumière , de l'aulre la nuit ou la maiière épaisse et lourde. Ces deux principes sont dislincts, mais non séparés ; ils agissent de concert avec une inégalité variable, et leur rôle dans le monde est perpétuel el universel : la lumière produit le chaud, le léger, le rare; el la nuit, le froid, le lourd et l'épais. Le monde est divisé en trois parlies , et c'est au milieu de ces trois parties que la nécessité règne en souveraine : la limite du monde aboutit à un cercle de lumière qui en est comme la ceinture. La voie laclée est un cercle , et c'est d'elle que sont sortis le soleil et la lune. Les astres ne sont que du feu condensé, et la terre esl le corps le plus dense el le plus lourd. Elle est ronde et se trouve placée par son propre poids au centre du monde. Les hommes sont nés de la terre échauiïée par les rayons solaires; et dans l'homme la pensée est un produit de l'organisation. Ainsi ont commencé les choses que nos sens nous démontrent , el qui périront un jour.

Mais, dans tout cela, il n'y a rien qui se rapporte à la science véritable. Ce que la raison , qui est la source exclusive de toute certitude, conçoit et reconnaît comme absolument vrai , c'est l'clre , mais l'être en soi, c'est-à-dire dégagé de toute circonstance, modification, ou accident particulier, passager, périssable. Ainsi tout ce qui a commencé d'élre, tout ce qui esl susceptible de changemenl ou de modification, de naissance ou de deslrut lion, lout cela n'a pas une exisleme véritable; toul cela n'est pas l'être, toul cela n'en a que les apparences; tout cela , par conséquent, est formellement exclu par les éléates du domaine de

ÉLIS ET ÉRËTBIE. 5N)S

la science proprement dite. En effet, suivant eux, tout ce qui n'est pas l'être n'est rien; en dehors de l'élre il n'y a que le néant; et le néant n'étant que la négation de toutes choses, on n'en peut rien dire, ni le nier ni 1 affirmer.

II n'y a donc que l'être qui existe et qui soit \rai et certain. Par cela même l'êlre est un; car comment concevoir quelque chose qui ne soit ni l'être ni le néant? Et l'êlre doit être éternel et immobile; car tout mouvement est un changement; or, changer, c'est perdre quelque chose que l'on avait pour prendre quelque chose que l'on n'avait pas. De même encore, si l'être n'avait pas toujours existé, qui aurait pu lui donner naissance, puisqu'il existe seul ? 11 existe donc par lui-même; il n'a donc ni passé, ni avenir, ni parties, ni limites, ni division, ni succession ; il est donc d'une unité absolue, et tout le reste n'est qu'illusion , apparence chimérique.

A cette théorie les éléates , et en particulier Zenon , joignaient les objections que leur suggérait contre la réalité sensible l'empirisme de l'école d'ïonie. Ce système, on le voit, n'est autre chose que l'idéalisme sous sa forme la plus exclusive et la plus absolue. Son premier tort est de nier la réalité sensible en s'appuyant pour cela sur la prétention arbitraire et illégitime qui refuse toute certitude aux données des sens. Son second tort est de confondre les généralisations abstraites que fait la raison sur les données de l'expérience avec les principes que la raison applique dans toutes ses opérations , mais qu'elle ne doit qu'à ellemême et qu'on nomme en logique les idées nécessaires. Cette notion de l'être en soi, qu'est-ce, en effet, sinon une pure abstraction, idée générale sans doute, mais qui ne représente pas une réalité vraie et adéquate? Cette noiion vague et générale de l'être, nous la recueillons, nou3 la formons, en faisant abstraction, dans l'idée que nous avons, soit des êtres parliculiers, soit même de l'Etre suprême et nécessaire, de toutes leurs qualités, de tous leurs attributs; mais, une fois celte abstraction faite, qu'est-c« qui reste, sinon une idée vague, générale et qui ne représente rien de réel? Ainsi l'éléatisme, qui voulait , comme toute philosophie, expliquer la réalité, se servait pour cela de l'abstraction seule! L'éléatisme devait donc aboutir à la mutilation et non à la science du réel, du vrai, c'est-à-dire des existences véritables et certaines. Il confondait l'abstrait et le concret.

Mais si l'éléatisme est faux comme système, le travail des éléates no fut pas stérile. Les premiers ils dégagèrent la notion de l'unité, qui est impliquée dans celle de tout être, et qui n'est autre que le principe de substance par lequel nous rattachons toutes qualités à un sujet ; 2*» en démontrant que rien ne vient de rien , ils conduisirent la réllexion à cette autre formule plus claire et plus positive du même principe, que tout effet, tout phénomène, toutce qui commence d'exister, a une cause; 3* enfin ils insistèrent les premiers, quoique d'une manière très-incomplète, sur lidée d'un être pécessaire, et démontrèrent a lempirisme l'impossibilité de tout expliquer par l'existence seule. Fa. R.

ÉLIS et ÉRÉTRIE. Ces noms ne sont pas ceux de deux écoles distinctes, mais ceux d'une même école établie successivement dans le Péloponnèse et dans 1 Eubée, et qui a changé de théAlre sans changer d'espriU

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