ÉMANATION
La comparaison même que nous venons d'employer n'est pas choisie au hasard; elle fait jusqu'à un certain point partie de la doctrine qu'elle sert à éclaircir; car, partout où elle a pu se faire jour, l'idée de l'émanation se trouve associée aux idées du feu et de la lumière, et nous croyons que celte association étrange n'a pas été prise tout d'abord pour une image^ mais qu'elle a eu pour but de représenter la substance des choses comme une sorte de fluide universel, qui, s'échappanl avec ordre et mesure d'une source inépuis^ible; qui, plus ou moins pur, selon qu'il est plus près ou plus loin de cette source, suffit à la génération de tous les êtres. En efl*et, quand voyons- nous paraître pour la première fois, d'une manière un peu précise, le principe général de l'émanation? C'est immédiatement à la suite du sabéisme ou du culte des astres, dans la Chaldée et dans la Perse régénérçes par la religion de Zoroastre. An culte des astres, qui n'est, à proprement parler, que le culte du feu ou de la lumière ^ Zoroastre substitua la croyance supérieure en un principe invisible et inflni, d'où sortent également et de toute éternité , deux autres principes , dont l'un , le seul qui mérite l'adoration des hommes, est représenté parla lumière, et l'autre par les ténèbres. Ces deux principes opposés engendrent à leur tour divers ordres de puissances animées de leur esprit et formées à leur image , et enfin tous les êtres dont se conjpose l'univers. Mais ce n'est là que la première forme, l'expression la plus grossière de la doctrine de l'émanation. Bientôt les personnificationsmythologiqucs disparaissent, oudu moins s'afi'aiblissent, pour faire place aux abstractions métaphysiques. La puissance des ténèbres, ou Ahrimane, n'est plus que la matière ou le dernier degré de l'existence, quelquefois la négation même de l'être; Ormuzd, ou le génie de la lumière, c'est le principe d'où découlent tous les esprits et ce qui est propre à l'esprit, l'intelligence, la vie et la force. Enlin , l'esprit et la matière, le principe de linertie et le principe de la vie , l'être et le non-être, sortent également d'une substance unique, qui , ne pouvant pas être définie, puisqu'elle ne possède en propre aucun attribut déterminé, est ordinairement appelée le Père inconnu ^ ou Y Ineffable ^ ou le Mystère des mystères. C'est avec ce caractère, moitié métaphysique et moitié poétique, moitié spirituel et moitié matériel , que nous rencontrons la doctrine de l'émanation chez les adeptes de la Kabbale et chez laplupart des sectes du Gnosticisme ( Voyez ces deux mots). 11 faut remarquer que plusieurs gnostiques, entre autres Manès, avaient été élevés dans la religion de Zoroastre, et que les Juifs, depuis la fameuse captivité de soixante-dix ans, ont eu des relations très-suivies avec la Babylonie et la Perse. On retrouve encore la même doctrine, avec un caractère à peu près semblable, quoique plus grossier, dans une partie de la mythologie des Egyptiens, probablement née sous l'influence de la domination persane. Amoun est le père inconnu de tous les êtres. Immédiatement au-dessous de lui sont deux principes de nature opposée , mais également éternels, et qu'aucun être fini ne saurait représenter : Knepb, qui représente l'intelligence ou l'esprit, et Athor, qui représente la matière, les ténèbres non révélées. De la bouche du premier , c'est-à-dire duseiu de l'intelligence, sort le monde, et entre le monde et l'intelligence, vient se placer l'âme du monde, le génie du feu, Phlhas, qui a pour symbole et pour agent immédiat le soleil. Enfin, c'est dans l'école