S0« EMPÉDOCLE
d'Alexandrie que la théorie de l'émanation , 8*associant aux résultats les plus élevés de la philosophie grecque , est arrivée à toute la perfection dont elle est suscoplible. La ce n'est pas un système de métaphysique qu'il faut deviner, quil faut chercher à surprendre dans une théogonie et sous des symboles religieux; mais c'est la religion ellemême, c'est le paganisme tout entier qui est transformé en un vaste système de métaphysique. Quant à la matière, qui, sous un nom ou sous un autre, joue encore un si grand rôle dans les systèmes précédents, elle est à peu près supprimée, à moins qu on ne la considère comme le degré le plus intime d une existence toute spirituelle. Aux yeux de Plolin et de ses disciples, tous lesèlres ne sont qu'une extension ou un développement du même être; ils sortent par différents degrés, en formant une chaîne non interrompue de natures subordonnées les unes aux autres, du sein de l'Unité suprême, de 1 Un immobile, incompréhensible et ineffable. Immédiatement au-dessous de riin,on rencontre l'intelligence qui découle de l'Un , ainsi que la lumière, selon l'expression de Plolin , découle du soleil. Après l'intelligence et après les idées, qui ont ici, sous le nom d'hyposlases , une réalité toute substantielle, vient rame du monde, qui , à son tour, est le principe générateur de tous les êtres multiples et contingents. Mais cette âme du monde et le monde Jui-même ne constituent pas deux existences substantiellement distinctes; ils ne sont 1 un el l'autre qu'une extension de l'intelligence ou de la nature intelligible qui sort éternellement de l'Un ou du premier. En un mot, c'est l'intelligence qui remplace dans ce système la lumière du sabéisme et qui devient la substance universelle des choses. {Voyez Alexandrie, pLOTinet Proclus.)
11 est facile'de voir que la théorie de l'émanation , même quand elle a atteint le plus haut degré d'abstraction métaphysique , n'est qu'une des formes du panthéisme; c^ar, en supprimant l'idée de cause et de force dans le principe suprênje dos choses, elle efface toute distinction réelle entre les êtres, el nous les fait concevoir tous, non comme la production , mais comme l'extension nécessaire d'un seul. Il serait faux de dire que tout système panthéiste implique nécessairement le principe de l'émanation, cl il nous suffira de citer pour exemple l'école d'Elée et la doctrine de Spinoza. Quant à la valeur philosophique du principe de rémanalion, elle ne peut être appréciée qu'avec celle des différents systèmes dont ce principe est le fondement commun et auxquels nous avons renvoyé le lecteur dans le cours de cet article.
EMPÉDOCLE d'Agrigeîïtk florissait en la lxxxiv* olympiade, vers Tan kï^ avant notre ère. Il a dû naître au commencement du v* siècle, au moment où Gclon s'emparait de Syracuse, où Théron montait sur le trône d'Agrigenle, au plus beau temps de sa ville natale et de la Sicile.
Cet esprit éminent ne manquait pas même des dons de la naissance et de la fortune. Méton , son père , était , à Agrigente , le chef du parti populaire. Empédocle, son aïeul, avec lequel on l'a souvent confondu, aviiit remporté aux jeux Olympiques le prix de la course des chars. Né dans lopulence, formé aux leçons de Parménide, surtout aux leçons des pythagoriciens, qui de la Grande- Grèce avaient reflué dans la
ËMPÉDOCLE. 207
Sicile, homme de génie du reste , Empédocle était destiné ao rôlelo plus brillant. D'ailleurs, comme son père, il s'était montré l'adversaire des tyrans, il avait sauvé la république menacée par une conspiration , et il faisait servir ses immenses ricbesses à soulager toutes les infortunes. Ses concitoyens lui offrirent la puissance suprême, il la refusa. Prêtre et poète comme Orphée, médecin comme Hippocrate, physicien comme Démocrite, pour ses contemporains il fut plus qu'un roi, il fut un dieu; Platon et Arislote l'admirèrent ; Lucrèce l'a chanté; la postérité peut lui donner une place parmi les hommes les plus éminents. Citons quelques faits.
Depuis plusieurs jours, une femme était plongée dans la léthargie la plus complète; tous les remèdes étaient impuissants. Empédocle, par la supériorité de son art, la ût sortir de cet état. On publia, et il fut admis, qu'il avait ressuscité des morts.
Les vents étésiens répandaient dans Agrigente toutes sortes de maladies. Empédocle ferma une ouverture placée entre deux monta;xnes et mit ainsi la ville à Tabri. La multitude imagina qu'il avait recueilli le vent dans des outres, et l'appela, dans sa vénération superstitieuse, celui qui arrête les venls, y.wXu(Tavi'p.a;.
La peste désolait Selinonte. Empédocle fil passer à travers les marais qui entouraient la ville deux courants d'eau qu'il détourna. La peste ayant cessé, l'admiration fut au comble. Sur des médailles dont deux subsistent encore, Empédocle fut représenté assis sur le char d'Apollon, d'une main retenant les rênes, de l'autre arrêtant le dieu prêt à lancer ses traits. Quelque temps après , s'élant montré subitement aux Sélinontins réunis, tous se levèrent d'un mouvement spontané, et lui rendirent les honneurs divins.
Empédocle avait provoqué ces hommages autrement encore que par ses bienfaits. Depuis longtemps, il ne paraissait en public qu'au milieu d'un cortège de serviteurs, la couronne sacrée sur la lêle, les pieds ornés de crépides d'airain retentissantes, les cheveux flottants sur les épaules, une branche de laurier à la main. Sa divinité fut reconnue par toute la Sicile. Il la proclama lui-même.
« Amis qui habitez les hauteurs de la grande ville baignée par le blond Acragas, écrivait-il au début d'un de ses poëmes, zélés observateurs de la justice, salut! Je ne suis pas un homme, je suis un dieu. A mon entrée dans les villes florissantes, hommes et femmes se prosternent. La multitude suit mes pas. Les uns me demandent des oracles , les autres le remède des maladies cruelles dont ils sont tourmentés. » (Diogène Laërce, liv. viii, c. 62.) •
Il parle ailleurs de ses secrets pour échapper à la vieillesse, pour exciter ou apaiser les tempêtes, rendre le temps sec ou humide, rappeler les morts des enfers.
Certainement cette manière de s'emparer des esprits n'est pas trèsphilosophique ; mais, comme nous l'avons déjà dit, Empédocle n'était pas seulement un philosophe. Il entrait dans le rôle qu'il voulait jouer parmi les hommes, et dans les idées mêmes qu'il cherchait à répandre, de frapper l'imagination autant que la raison. L'enthousiasme était d'ailleurs un des éléments de son génie.
Comblé de gloire et déjà vieux, Empédocle quitta la Sicile. Il n'alla