‹ Dictionnaire des sciences philosophiquesChapitre 45 sur 135 · EMPÉDOCLE · texte numérisé non relu

EMPÉDOCLE

pas, comme on le dit, converser avec les mages, moins encore avec Locman, sajro de Syrie, contemporain de DuNid, comme 1 atteste un historien arabe; mais il enseigna la philosophie à Athènes, il visita Thurium , séjourna dans lo Péloponnèse , et parut aux jeux Olympiques où son po(*nie des PuriRcalions fut lu aux applaudissements de la Grèce entière. Lorsqu'il voulut rentrer dans sa patrie, un parti puissant lui en interdit l'accès, et il retourna dans le Péloponnàse, où il acheva sa vie dans l'obscurité. Quelques-uns imaginèrent qu'il avait été emporté au ciel cl mis au rang des dieux; d'autres qu'il s'était noyé dans la mer; tué en tombant de son char; étranglé de sa propre main; précipité dans le cratère de l'Etna, qui avait revomi une de ses sandales. De toutes ces fables, la dernière, la plus accréditée, est certainement la plus ridicule.

Empédocle s'était exercé sur les sujets les plus divers. On cite de lui des tragédies, des épigrammes, un Hymne à Apollon, un podme épique sur l' Expédition deXerxès, quatre poCmes didactiques «ur la Médecine, sur la Politique , sur la Nature, sur les Purifications, C'est dans le traité sur la Nature (npl *t>ua£o>ç), ouvrage de cosmologie, de physiologie et de psychologie tout ensemble, qu'était contenue la pensée philosophique d'Empédocle, comme c'est dans les Purifications (KaSop- (Aci) , ouvrage de liturgie et de magie, qu'étaient contenus se,s préceptes religieux. Tous ces ouvrages ont péri; il nous reste ce que les auteurs en ont ciié : deux épigrammes, quelques vers des Purifications, de nombreux fragments du traité sur la Nature. Ces fragments, rapportés aux différents livres d'où ils sont tirés, i)euvent donner une idée du plan de l'ouvrage. Dans le premier livre, l'auteur, après s'être prononcé sur les vraies conditions de la connaissance, traitait de l'univers en général, des forces qui le produisent, des éléments dont il se compose. Dans le second , des divers objets de la nature, des plantes, des animaux. Dans le troisième, des dieux et des choses divines, des iHmes et de leurs destinées. Môme en philosophie , Empédocle reste poète et théologien. Esprit homérique, comme Arislole l'appelle, il personnifie, il déifie toute chose; il s'enveloppe de mystère et se dérobe volontiers sous le demi-jour du symbole. De là l'obscurilé de sa doctrine, marquée dès l'antiquité par celte statue voilée que lui érigèrent ses conciloyens. Essayons d'exposer celle doctrine dans l'ordre môme que l'auteur a suivi.

1*. Des conditions de la connaissance. De Vunivers, des forces qui le produisent , des éléments dont il se compose. Nous avons péché avant de descendre en ce monde. Etres déchus, nous expions dans la vie présente le crime que nous avons commis.

« Triste race des mortels, s'écrie le poëte en commençant, race bien malheureuse! de quels désordres, de quels pleurs vous êtes sortis! De quelle haute dignité, de quel coniblede bonheur je suis tombé parmi les hommes! J'ai gémi , je me suis lamenté à la vue de cette demeure nouvelle qu'habitent le meurtre, l'envie et tous les autres maux. »

Aujourd hui, la \ie est courte et traversée de mille douleurs; les sens nous trompent, notre inlelligcnce est faible el l'univers est infini. Ni la vue ni l'ouïe ne peuvent nous faire connaître l'univers; l'intelligence ne peut le comprendre. Les dieux seuls peuvent faire couler de nos lèvres

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une source d'eau pure. Prions-les de nous conduire à la sagesse sur le ebar docile de la piété.

Au fond , à en juger par sa doctrine, Empédocle n'a pas pour la raison humaine tout le dédain qu'il fait paraître. Mais sa méthode avouée est un véritable mysticisme fondé sur Thypothèse d*une dégradation résultant d'une faute antérieure. Voici maintenant la doctrine elle-même.

Elle part de ce principe , accepté de toute l'antiquité, que la matière du monde est éternelle, que celte matière se transforme sans jamais cesser d'être la même, que rien ne nait, rien ne périt absolument. A Torigine donc était l'unité, sphère bien arrondie, partout égale à ellemême et immobile. Empédocle l'appelle $phéru$ (o^alpo;). Ce n'est point l'unité pure de Parménide, ni le chaos des homéoméries d'Anaxagore. D'une part , le sphérus est la matière du monde , il en contient les formes variées , les qualités multiples, les éléments divers. Seulement, dans son sein infini , nulle diversité n'éclate encore. Tout est maintenu dans l'unité par une force de laquelle toute unité dérive. Cette force est l'Amitié (4>tXia), l'harmonie, Vénus, Cypris, la source de toute beauté comme de tout bien. D'autre part, le sphérus est l'amitié elle-même, le principe même de l'unité qui est en lui , une force agissante , un dieu. Voilà ce qu'Aristote appelle le mélange (pii7p.a) d'Empédocle, qui contient le monde en puissance; à la fois matière, cause et effet.

Avec l'Amitié seule, nul mouvement n'aurait lieu, et le monde serait impossible. Il faut un principe distinct, et même opposé. Ce principe est la Discorde (Nilxc^), la sanglante Déris, Mars, cause de tout mal, le dieu de la guerre qui divise et qui sépare. D'après des lois fatales et immuables, a un moment donné, l'Amitié dut céder l'empire à la Discorde. A l'instant, la division s'introduisit dans le sphérus. Les membres du dieu , dit le poëte , tremblèrent d'un mouvement convulsif. Les éléments confondus se séparèrent. L'air sortit le premier ^ de l'air comprimé jaillit le feu. L'eau et la terre, encore indistinctes, continuaient dé s'agiter. Leur mouvement même les sépara.

Les quatre éléments : le feu , l'air, l'eau et la terre , sont irréductibles l'un à l'autre , égaux en puissance et en dignité. Ils sont simples , c'est-à-dire parfaitement homogènes. Ils sont composés, c'est-à-dire formés de particules infiniment petites , qui sont les éléments des éléments eux-mêmes. Enfin, les vrais éléments ne sont pas ceux que nos sens grossiers perçoivent. Ce sont des êtres vivants (<^uyai), plus que des personnes, des dieux. Le feu, c'est Jupiter; Fair^ c'est Junon qui porte la vie; la terre, Pluton; l'eau, Nestis éploréc qui arrose tout ce qui est mortel. Par cette déification de la matière du monde, on allait droit au système de Démocrite. Aussi Aristote accuse-t-il Empédocle de ne recourir que le moins possible à l'Amitié et à la Discorde , et de tout disposer comme si les éléments se suffisaient à euxmêmes. Tels sont les caractères généraux des éléments. Voici leurs caractères particuliers : la terre et l'air, le feu et l'eau sont opposés deux à deux. La terre est dure et pesante, l'air est mou et léger; le feu est blanc et chaud , l'eau est noire et froide. Le feu s'oppose aussi aux trois autres éléments pris ensemble. Empédocle regarde cette opposition comme celle du sec et de l'humide, du chaud et du froid, et se sert ainsi des quatre éléments comme s'ils n'étaient que deux.

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