‹ Dictionnaire des sciences philosophiquesChapitre 46 sur 135 · II · texte numérisé non relu

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210 EMPËl^OCLE.

Une fois dégagés du sein du sphéras , les quatre principes ennemis se tiennent isolés les uns des autres : le feu aundessus, l*air sous le feu, l'eau et la terre dans la parlie inférieure. Agités de mouvements divers, ces éléments tourbillonnent sous Tinfluence de la Discorde dans un immense chaos. Or, c'est une loi de la nécessité, loi inflexible et éternelle, que rAmitié et la Discorde aient alternativement Tempire du monde;

Îue le mouvement succède au repos, lé repos au mouvement; que tour tour les éléments se combinent et se séparent ; que tout pajsse de Tun au multiple, et retourne du multiple à l'un. Donc, lorsque le temps fatal fut arrivé , la Discorde fit un mouvement en arrière , et T Amitié Tint se poser au centre du tourbillon. A mesure (;(li*ene étendait son influence , la Discorde reculait devant elle , elle recula jusqu*à l'extrémité du tourbillon. Là, elle continua d'occuper certaines piarties qui restèrent séparées de Tensemble; les autres s'associèrent et se réunirent sous rinfluence de l'Amitié. L'air pénétra en sifllant jusque dans les entrailles de la terre. Le feu brûla jusque dans les profondeurs de l'Océan. A leur tour, ces composés se combinèrent, semblables entre semblables, Thumide avec l'bumide, le rude avec le rude, le chaud avec le chaud. Voici comment ces combinaisons se sont formées. Tous les objets de la nature envoient hors d'eux-mêmes certaines émanations ou eflluves («frc^pogiO qui sont leurs parties pleines et solides. De même, tous les objets de la nature sont poreux. Entre leurs parties pleines, sont certains interstices qui, en s'ajoutant les uns aux autres , forment des conduits intérieurs appelés pores. Les parties solides ou eflluves sont de diverse grosseur pour les différents objets, et, dans chaque objet, la grandeur des pores dépend de la grosseur des parties solides. De sorte que les eflluves de tel objet sont facilement reçus par les pores d'un objet de même nature , mais non par les pores dun objet de nature différente ou opposée. C*est la convenance des pores et des cfllovcs qui constitue ce qu'on appelle les aflinités des. objets physiques et les sympathies des êtres moraux. C'est elle qui rend possible le mélange des diflérentes substances, et c'est ce mélange bientôt détruit qui explique tous les phénomènes possibles, les jeux variés de la nature, l'accroissemcht et le dépérissement des individus, leur naissance , leur mort.

« Rien n'est engendré , disait Empédocle , rien ne périt de la mort funeste. Il n'y a que mélange ou séparation de parties (^{Çi; rt ^idxkftliç Tt u.t-f^vto>v ); et voilà ce qu'on appelle nature. »

Toutefois ce mélange, ou, pour parler plus rigoureusement, cet assemblage de parties, ne sufllt pas pour tout expliquer. La vaste harmonie de l'univers, les organes des plantes et des animaux, ne résultent pas même d'un simple mélange. Jusque dans ses moindres détails , le monde porte la trace d'une intelligence qui a tout ordonné pour une bonne fin. Cette intelligence partout manifestée, ce principe qui donne à chaque chose sa forme et son essence , Empédocle Ta reconnu et l'a appelé d'un très-beau nom, la Raison ou le Verbe (Ao-^c;). Mais Arislote l'accuse de n'en avoir fait aucun usage, et d'avoir expliqué l'organisation et la constitution des différents êtres par la fortune et le hasard. Le reproche est fondé. On s'en convaincra par Ce qui va suivre.

2". Du monde et des divers objets dont il se compose. Le monde, as-

EMPËDOCLE. SU

senibloge fortuit d'élémenls réunis par l'Amitié, ne fui d'abord qil'iinc m^se informe sans harmonie et sans beauté. PoinL d'aslres au ï:ie|, point de plantes ni d'animaux sur la terre, rien de solide et'riëh de liquide; tout était mêlé et confondu. Peu à peu, du mouvétn^ft des éléments l'ordre naquit. Le ciel se divisa en deux régions :' c'éllb des nuages et celle du feu. Les astres brillèrent. Le soleil , dardâtll s& rayons , perça les nuages et échauffa la terre. Des plantes et tlëS^Eœaux parurent, êtres incomplets et de formes bizarres qui se cdtfiplétèrent avec le temps. Telle est, en deux mots, l'origlDe dn'AiàQcIe. Insistons sur tous les points.

Le monde est un ei de fofme spbérique comme produit de l'ATriîRl. Par cela même, il est fini. La terre est au centre. Autonr de Idtè^î'e, le ciel ditisé en deux sphères, la sphère humide , la sphère (gneè.tes deux sphères tournent ensemnle , mais en sens oppose. Elles m\ aikcunc leur période de prédominance. De la sphère ignée , vient lÉ'Jout et l'été. De l'autre, la nuit et l'hiver. Du mouvement inverse d^s'delijc sphères naissent les vents : le vent du mi()i , quand c'est la spbèré i^n^ qui prédomine ; le vent du Dord , quand c'est la sphère humide. ÏLnflA', c'est le mouvement rapide des deux sphères qui maintient la té^^tltfmobile au centre du monde , et , sans ce mouvement , la sphË^é ^fp^ Heure, masse solide dut'cie par l'action du feu, pourrait i^binSsser sur elle-même. Ce mouvement n'étant pas essentiel , il s'en^lùt qâé le monde est périssable. ' ' '

Les astres sont des smes de feu, les uns flxés à la voâte du diel^''l^ autres libres et errartts. Quoique la lumière soit composée d'efOljVeé'Qe feu, le soleil n'est pas lumineux par lui-même. Placé è la \iMi(s Itiffirieure du ciel , il ne ftiit que refléter la pure lumière qu'il reçriif d^jT»lympc. Il est de même grandeur que la terre et en est deux ïoTs'bib's éloigné quela lune, ,' ',"

La lune est un globe d'air congelé. Sa lumière M vient âu'iuétl. Son char rase l'extrémité supérieure de la région terrestre. C'ed elle qui produit les éclipses de soleil, en. s'interposant entre le sbl^iiella terre. '" ■'■"""

Voici maintenant l'explication des principaux météores. La plutè , c'est l'humidité que rend l'air lorsqu'il est comprimé. La tirèlé tl'eslque la pluie congelée sous l'influence de la chaleur. L'éclair, c'est' le réa s'écbappant du nuage oi!i le soleil l'avait lancé. La foudre n'est q^'tI^e plus grande quantité de feu. Le tonnerre , c'est cemémefcuqiii s'étçiÙt dans le nuage humide. Passons au monde intérieur.

La mer est la sueur de la terre, provoquée par l'action dti BÀléil: c'est pourquoi elle est salée. Les sources d'eau chaude sobt pro^ùtws par des courants d'eau en contact avec des feux souterraiiiÉ. Ce soifi aussi des ^ux souterrains qui expliquent la formation des fOches et ^és métaux.

Les phénomènes magnétiques viennent de la convenante parfaite des pores cl des effluves de l'aimant et do fer. Dès que les eltliivcç dé, l'aimant ont chassé l'air que conlenaient les pores du fer, le couràifl fiés efDuves de fer devient si fort que la masse entière est entraîné^

Les plantes sont les plumes et les poils de fa terre. Nées' spontanément, ainù que les animaux, elles ne sont elles-méiAés ^e aès àhî-

i\i EMPÉDOCLE.

maux avortés. La terre, encore faible à Torigine, ne produisait que des plantes; dans sa force, elle produisit des animaux, non pas d*abord des animaux entiers, mais des membres isolés : des yeux sans visilge. .des tètes et point de cerveau , des bras qui erraient sans être attachés a une épaule. Sous Faction continue de l'Amitié , ces membres isoles se réunirent, mais au hasard : une tète d'homme avec un corps de bœuf, et ainsi du reste. Tous ces monstres restèrent inféconds et périrent. 'Enfin ^ après bien des combinaisons , il se forma des composés capables de se conserver et de se reproduire. Ailleurs on raconte qu*il sortit de terre certains types d'hommes à l'état brut, statues à peines ébauchées, sans visage et sans voix , qui fiu*ent ornés et embellis par Tinfluence de Vénus.

^ ' L'accroissement des plantes et des animaux n'est qu'une suite de Icette loi des affinités que le semblable cherche son semblable; ainsi te feu s*unit au feu, la terre à la terre , le tout en vertu de la convenance 'Àe& pores et des effluves. Lorsque le semblable manque au semblable , u j a appétit. Lorsqu'ils s'unissent, il y a plaisir. L'union des conl^cdres produit la douleur. Et comme les mêmes phénomènes sont les 'çpndiUops de la nutrition , il s'ensuit que tout ce qui se nourrit , que Jes plantes elles-mêmes souffrent et jouissent.

!j,^ Maintenant viennent les mystères de la génération. Empédocle

,avfiût cru remarquer qu'il n'est pas une seule plante qui ne soit en

'inême temps mâle et femelle. L'homme aussi avait commence par être

i la fois pâle et femelle. Empédocle raconte, avant Platon, comment,

fdàûs les temps primitifs, l'homme et la femme ne faisaient qu'un seul

'^ire. Seulement, la partie mâle tenait plus du principe igné; la pMrlie

Îémellé tenait plus du principe humide. Ces deux moitiés se séparèrent ^ itdejpuis lors elles cherchent constamment à se réunir. Sur l'acte mcmo '^de la gërlération et sur la formation du fœtus , ce système renferme des détails du plus haut intérêt, mais qui ne peuvent pas trouver place ici. ; , Ljcs perceptions des sens sont, comme tous les phénomènes, le résultat d^iinè convenance entre les pores et les effluves, et comme celte ^'èohvenance est relative, les perceptions et les impressions le sont aussi. ,

Les fonctions intellectuelles s'exécutent de la même manière. L'esprit

est composé des quatre éléments. Or, comme le semblable attire le

'semhlahle^ l'esprit, par sa seule nature, est en communication avec

.'tout ce qui l'environne. En vertu du même principe que le semblable

attiré 16 Semblable, l'esprit, formé des quatre éléments, ne peut avoir

i)our siège qu'une substance de même nature. Or, le sang est aussi brodé des quatre éléments. C'est donc dans le sang que Tesprit est répattdu,^ surtout dans le sang qui avoisine le cœur. La lenteur et la ' tristesse dans l'esprit viennent d'un sang pauvre et raréfié. La vivacité, l'impétuosité, de la densité et de la richesse du sang, et ainsi du reste. De même nature que le corps et liée à lui par la loi des semblables^ l'âme devrait périr comme le corps, lorsque le fou qu'il ~c6iitîenl sç dégage et se dissipe. Pourtant, il n'en est rien , comme nous '^attoni lîôùs en Convaincre.

3*". Oeé choêts divines, des dieux , des démons et des âmes. Dans les vers d*Emp^dpcIe, il est question d'un Dieu suprême, « qui n'a ni la

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