ÉRASME
ISiS. n n*avaît pas encore été mrs k l'index a Rdmo , ce que ses ennemis n'obtinrent que plus lard , et avec quelque peine. Bientôt après ce voyage, pressé par les chanoines réguliers de rentrer dans le couvent de Stein, il s'y refusa, et obtint du pape un bref qui le mit, pour le reste de sa vie, à l'abri de ces sollicitations.
De retour en Brabant , Erasme se trouva , par Tappul du chancelier Sauvage . en faveur auprès du roi catholique Ferdinand. Il fut même un moment question de le faire précepteur du prince Charles (depuis Charles-Quint) et de Ferdinand son frère; mais le peu d'attrait qu'il éprouvait pour la cour ne lui permit d'accepter qu'une pension de trois cents livres , au lieu de la brillante fortune à laquelle il serait parvenu, s'il eût eu plus d'ambition. Les membres de la Faculté de théologie de Louvain inscrivirent le nom d'Erasme parmi ceux de leurs docteurs, à peu près vers l'époque où ce savant prenait avec ardeur le parti de Reuchlin , attaqué en cour de Rome.
Erasme avait déjà refusé les offres que lui faisait, pour l'attirer en France auprès de lui. le nonce Canossa, évêque de Bayeux. lorsque François I" se mit de la partie. Malgré les instances du roi et ae Budée, son intermédiaire, il persista dans son refus. La crainte de compromettre son repos au milieu des envieux que lui attirerait la faveur du prince, et des discussions théologiques qui commençaient à naître , parait en avoir été la cause. Il n'en resta pas moins plein de reconnaissance pour François i'% et s'exprima, après la bataille de Pavie et la paix de Madrid , avec une indépendance pleine de sympathie pour le monarque français. Il refusa des offres analogues qui lui furent faites par le prince Ernest de Bavière, par la raison qu'appartenant à Sa Majesté Catholique en qualité de conseiller, il ne pouvait s'attacher à aucun autre prince. Erasme eut encore plus d'une occasion de refuser divers asiles que lui offrirent des prélats, des princes et même le roi d'Angleterre* Il se fixa en6n à Bâie, qtl'il connaissait par plusieurs voyages; son revenu lui permettait d'y vivre avec aisance, et il y était attiré par l'amitié de l'évêque et la publication de ses ouvrages, confiée aux presses de Froben. Il y arriva au mois de novembre 1521. L'amitié des souverains pontifes Adrien VI et Clément Vil l'engagea de nouveau à retourner à Rome ; deux fois il se mit en devoir de répondre à leur désir, mais deux fois sa santé le força d'y renoncer.
Il perdit en 1526 Jean Froben, qu'il regretta sincèrement. Cette mort ne le décida cependant pas à abandonner la ville ; il aida Jérôme Froben, l'aîné des enfants du défunt, à conserver la gloire de l'imprimerie si bien illustrée par son père. Il fut de nouveau sollicité par le roi d'Angleterre, auquel il adressa un refus fondé sur divers motifs apparents, mais dont la cause véritable , qu'il cachait soigneusement, était la crainte d'être obligé de se prononcer dans la question du divorce de ce prince et de Catherine d'Aragon. La familiarité qui s'était établie à Bâle entre lui et plusieurs des principaux réformateurs , et en particulier sa liaison aVec OEcolampade, le forcèrent à quitter enflti cette ville, dans laauelle un plus long séjour n'eût pas manqué de le compromettre. Il choisit Frlbourg. Il y demeura de l'an 1529 à l'an 1535 qu'il revint à Bâle, et ces six années ne furent pas moins fécondes que les autres en ouvrages d'une polémique piquante oti d'iitH*. solide érudition. Il tië resta d'ail-
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leurs à BAle qa'iin pea moins d*un an : arrivé dans le cours du mois daoût 1535, il y mourut dans la nuit du 11 au 12 juillet 1536.
Telles sont les vicissitudes au milieu desquelles se passa la vie d*Erasme. Ami de la modération , du repos et de Tétude, il vécut dans une lutte continuelle , parcourut toutes les contres de TEurope éclairée, et fut forcé d'abandonner pendant plusieurs années la ville de son choix, déchirée par les luttes reÛgieuses. Si des relations nombreuses , chères i son cœur, précieuses pour son esprit , flatteuses pour son amourpropre , lui fixant trouver souvent ces conversations élégantes , ce com« merce littéraire pour lequel il semblait si heureusement né, les brutales in\ectives et les grossières accusations de quelques-uns de ses adversaires tourmentèrent quelquefois sa vie, et menacèrent même d*en troubler tout à fait le repos. Au milieu de ces nombreuses provocations, il ne se laissa que rarement emporter à des représailles que son goût délicat ne pouvait manquer de désavouer, et qui n'altérèrent que passagèrement la douce et pénétrante sagesse dont il opposa le calme aux excès d'une époque aveugle et passionnée.
Toutefois, cette philosophie pratique ne suffit pas pour que nous comptions Erasme parmi les hommes qui ont acquis quelque gloire dans cette partie des travaux de l'intelligence. Initié sans doute aux études philosophiques de son temps , il ne leur donna néanmoins dans ses écrits aucune plaœ de quelque importance. Ce n'est pas que la philosophie ne puisse lui devoir quelqu'un de ses progrès, mais elle les lui doit indirectement, par le mouvement qu*il imprima 4 l'élude des langues anciennes, et Testime dont il donna hautement l'exemple pour les philosophes de l'antiquité. Aucune recherche approfondie sur la nature de leurs opinions , aucune question traitée exprofeuo n'annonce de sa part de prédilection pour ces recherches.
Hais, quoique aucune théorie ne soit explicite dans les nombreux écrits que nous a laissés Erasme, l'esprit philosophique s y fait remarquer à un haut degré. Favorable à la réforme dans une assez juste proportion , il se distingua cependant de Luther par un caractère non équivoque de réflexion indépendante. Le moine de Wittemberg cooibat l'Eglise romaine par une autre orthodoxie, orthodoxie qu'on peut appeler biblique , et dont il se fait le juge suprême; c'est l'Ecriture sainte interprétée dans un sens, qu'il oppose à l'Ecriture sainte interprétée dans un autre. Dans les réformes^ au contraire, que favorisait Erasme avec une hardiesse inespérée, c'est surtout Tesprit philosophique qui dicte ses jugements sur la discipline, sur la tradition, qui dirige sa critique à la fois rigoureuse et mesurée. Quoiqu'il ne puisse être compté que parmi les lettrés, il y a, dans tout Tensemble de son œuvre, quelque chose d'un heureux éclectisme, qui ne dépasse pas, il est vrai, les limites du bon sens, mais qui frappe comme une lumière renaissante, au milieu des ténèbres, profondes encore, de la scolastique. Il y a déjà de la philosophie dans la réforme seule du langage , et dans l'abandon de formules vieillies qui retenaient la prisée captive ; l'élégance de la diction prélude à la liberté de la pensée.
Indépendamment de cette part qui revient i Erasme dans le mouvement de la renaissance , on peut le compter, comme Théophraste dans rantiquité et La Bruyère dans les temps modernes, parmi les philosophes