‹ Dictionnaire des sciences philosophiquesChapitre 6 sur 135 · DÉISME · texte numérisé non relu

DÉISME

DÉISME [de Deuê^Diexx]. Il n'existe point dans la langue philosophique de terme plus vague , plus mal dénni que celui-là et dont on ait abusé davantage. Si l*on ne consulte que Tétymologie, le déisme est la croyance en Dieu 9 o« le contraire de Tathéisme. Alors le déisme n'est plus un système 9 il est le fond même de la raison et de la nature de l'homme y il est la croyance du genre humain. Mais ce n'est pas ainsi qu'on l'entend ordinairement ^ et peu s'en faut que, dans le langage et dans l'esprit de certains hommes, déisme et athéisme ne soient devenus synonymes. Le nom de déiste, inconnu de Tantiquité et du moyen âge, a été pris d'abord dans une acception purement théologique : on le donnait aux sociniens ou nouveaux ariens qui niaient la divinité de Jésus- Christ. Plus tard on l'a étendu à tous ceux qui, n'admettant que les principes de la religion naturelle, c'est-à-dire Texistence de Dieu , l'immortalité de l'âme et la règle du devoir, rejettent les dogmes révélés et le principe même de l'autorité en matière rehgieuse. Mais ce dernier sens est loin d'être adopté généralement. Ainsi Clarke, dans son Traité de V existence et des attributs de Dieu (t. ii , c. 2) , distingue quatre classes de déistes : les uns ne reconnaissent qu'un Dieu sans providence, indifférent aux actions des hommes et aux événements de ce monde, Un moteur intelligent qui, après avoir tiré l'univers du chaos, l'abandonne à lui-même et aux lois générales dont il a été pourvu ; les autres s'élèvent jusqu'à l'idée d'une providence , dans ce sens que Dieu , après avoir produit le monde , le gouverne par sa sagesse et continue à donner l'impulsion à tous les phénomènes de la nature; mais en même temps ils détruisent toutes les bases de la morale et de la croyance à une vie future, en soutenant que Içs lois établies par les hommes sont l'unique source de nos idées d'obligation et de mérite et la seule règle d'après laquelle nos actions sont jugées bonnes ou mauvaises. Les déistes, qui composent la troisième classe , tout en admettant l'idée du devoir et de la divine providence , refusent de croire aux châtiments et aux récompenses d'une autre vie. Enfin, dans la quatrième classe sont compris ceux qui acceptent toutes les vérités de la religion naturelle , y compris le dogme de la vie future, et ne rejettent que le principe de l'autorité et delà révélation. Kant, non moins arbitraire, mais dont la définition a cependant trouvé plus de crédit que celle de Clarke, établit une différence entre le déisme et le théisme : le théiste, selon lui, reconnaît un Dieu libre et intelligent, auteur et providence du monde-, tandis que le déiste, dans l'idée qu'il se fait du premier principe des choses, ne va pas au delà d'une force infinie , inhérente à la matière et cause aveugle de tous les phénomènes;de la nature {Critique delà Raison pure, p. 659). Le déisme, dans ce sens, ne serait plus qu'une forme du matérialisme et se confondrait avec la doctrine de certains physiciens de l'antiquité; par exemple celle de Strabon de Lampsaque {Voyez ce nom). On comprend après cela que nous soyons embarrassés de faire l'histoire et la critique du déisme, puisque ce mot, sur la signification duquel on n'a jamais été d'accord, ne s'applique pas à un système en particulier, mais à plusieurs systèmes essentiellement distincts et dont chacun a sa place dans ce recueil. Quanta l'opinion qui rejette les dogmes révélés, ce n'est pas ici, où tout est donné à la spéculation philosophique, qu'elle peut être examinée. L'autorité de la révélation ne se prouve pas par des

» DELAFORGE.

raisonnements , mais par des témoignages et par des faits; et tons oeox qui ont pris une autre route, tous ccux^ depuis Origène jusqu'à certains écrivains de noire lemps, qui ont rssayé de justifier par la raison ce qui, par sa nature même , doit être regardé comme au-dessus d'elle, ont également compromis les intérêts de la foi et ceux de la science. Nous dirons seulement , parce que nous pouvons le dire sans franchir les limites de l'observation philosophique, que c'est étrangement méconnaître la nature humaine que de supposer inutile l'intervention de Fautorité, et, par conséquent, de la foi, dans les croyances sur lesquelles se fondent la société et l'ordre moral. Qui oserait prétendre que les âmes puissent se passer de gouvernement et de règle dans un ordre d'idées où la sécurité est si nécessaire, où l'erreur et le doute ont de si déplorables conséquences?

DELAFORGE ou DE LA FORGE (Louis). Docteur en médecine à Saumur, il fut Tami de Descartes et fut considéré comme un des plus habiles cartésiens de son temps pour la physique. Son principal ouvrage, écrit d'abord en français, et ensuite traduit en latin, a pour titre : Traité de l'dme humaine, de ses facultés, de ses fonctions et de son union avec les corps , t^ après les principes de Descartes, in-4', Paris, ICCi. L'historien delà vie de Descartes, Baillet, porte ce jugement sur l'ouvrage de Louis Delaforge : « M. Delaforge a réuni dans cet ouvrage tout ce que M. Descaftes avait dit de plus beau et de meilleur en plusieurs endroits de ses écrits; il est même allé plus loin, il a expliqué en détail plusieurs choses que M. Descartes n'a touchées qu'en passant. » C'est dans la question des rapports de l'âme et du corps qu'il nous semble être allé plus loin que Descaries et avoir ajouté un nouveau développement à sa doctrine. Descartes , pour expliquer ces rapports et celte association de l'âme avec le corps , en avait appelé à l'assistance divine; mais il n'avait pas entrepris de déterminer en quoi consiste celle assistance divine. Delaforge reprend cette question et s'efforce de lui donner une solution plus précise , en conformité avec les grands principes de la métaphysique cartésienne. Il y a , selon lui, deux causes de l'association qui existe entre lame et le corps : d'abord une cause générale qui est la volonté divine; ensuite une cause particulière qui est la volonté humaine ; c'est Dieu qui est la cause générale de l'alliance de l'âme avec le corps. Car il n'y a rien dans le corps qui puisse être la cause de celte union, de cette alliance. C'est donc Dieu qu'il faut considérer comme la cause de celte association qu'on trouve chez les hommes entre certaines idées et certains mouvements corporels. Cette association constante des mouvements du corps avec les sentiments et les idées de l'esprit a été établie par Dieu dès le jour où, pour la première fois, tel mouvement a eu lieu dans le corps ou telle pensée dans l'espril. Mais , à côté de celte cause générale et prochaine de l'alliance de l'âme et du corps , il faut reconnaître l'existence d'une autre cause particulière de cette dépendance mulucile de l'âme et du corps; cette cause particulière est la volonté de l'âme. Car, selon Delaforge, Dieu n'est la cause efficiente et prochaine que de ces rapports de l'âme et du corps qui ne dépendent pas de l'âme , et tous les mouvements corporels qui sont le résultat d'actes volontaires de

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l'esprit ont poar caase directe et efficiente la volonté humaine. Ainsi , toutes les actions réciproques, tous les rapports de rame et du corps^ ne dépendent pas directement de Dieu, mais seulement cette classe de rapports sur lesquels Tàme n'a aucun pouvoir et qui s'opèrent sans elle, et même malgré elle. Quant aux mouvements volontaires, il ne faut pas leur rechercher d'autre cause que la volonté elle-même. Mais si Louis Delafbrge ne rapporte pas à Dieu toutes les actions réciproques de rame sur le corps et du corps sur l'âme, il lui rapporte déjà directement toute une grande classe de ces actions. Il se trouve ainsi placé , de même que Clauberg, sur la voie qui conduit à Malebranche, et sa théorie de l'union de l'âme et du corps fait déjà pressentir la théorie des causes occasionnelles. A ce titre, l'ouvrage de Louis Delaforge se recommande à l'intérêt de celui qui veut suivre attentivement les développements des principes posés par Descartes. L'ouvrage de Delaforge a été traduit en latin par Flayder sous ce titre : Traciatus de mente kumana ejusque faeultatibut et functionibus , in-A-*", Paris, 1666.

DÉHÉTHIUS, philosophe cynique, ami de Thraséas Pétus et de Sénèque, qui en parle fréquemment et avec la plus haute estime dans plusieurs de ses ouvrages , vivait à Rome au temps de Néron et de Vespasien, et paraît y avoir joui d'une très-grande considération, inspirée par l'austérité de ses mœurs et la noblesse de ses principes. Ainsi que la plupart des philosophes de son école , surtout à cette époque de décadence , il professait un profond mépris pour les connaissances purement spéculatives, et tout son enseignement se bornait à quelques préceptes de morale dont sa vie ne s'écartait pas un instant. La nature, disait-il, a marqué du cachet de l'évidence et rendu accessible à tous les esprits le petit nombre de vérités que nous avons besoin de savoir pour bien vivre et être heureux. Nos véritables biens doivent être cherchés en nous-mêmes , dans la liberté et dans la force de notre âme ; les objets extérieurs ne doivent exciter ni nos craintes ni nos espérances ; la mort n'est pas un mal , mais une délivrance ; nous avons peu de chose à redouter de la part de nos semblables , et rien de la part des dieux ; nous devons toujours nous conduire comme si le monde entier avait les yeux fixés sur nous \ enfin , les hommes, étant destinés par la nature à vivre en société, doivent regarder la terre comme leur commune patrie : telles sont à peu près ces vérités évidentes par ellesmêmes dans lesquelles, au dire de Sénèque {Ep. 62 et 67 ; de Provid., c. 3 et 5; £^e Vita heata, c. 18; de Benef., lib. vu, c. 1 et 8) Démétrius faisait consister la morale et la philosophie tout entière. — Il a existé plusieurs autres philosophes du nom de Démétrius, mais tellement obscurs, qu'ils ne méritent pas d'être mentionnés. Nous ne parlerons pas davantage du fameux Démétrius de Phalère , bien qu'en sa qualité de disciple de Théophraste, il soit ordinairement compris dans l'école péripatéticienne, et que nous possédions sous son nom un traité sur la même matière et portant le même titre que VHerméneia ou Traité de la proposition d'Âristote. La philosophie n'a rien de commun avec les actions et les événements qui l'ont rendu célèbre.

DEMIURGE [de (^y)ji.ioop7bç, ouvrier, artisan, architecte]. Platon, et avaBtlaiSocrate, sont les premiers qui, par une métaphore très-fecileà

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