DÉMOCRITE
comt)reDdrey ont transporté dans la métaphysique cette expression de la langue usuelle. S'élant élevés à l'idée d'une c^use première, intelligente et libre, et neconcevant pas qu'une telle cause ait pu développer sa puissance sans le secours de la matière, ils ont représenté Dieu comme l'architecte ou l'artisan du monde. Tel est le rôle que l'intelligence ou le voOç remplit dans la Genèse du Timée. Mais Platon n'a certainement pas prétendu établir une diiïérence entre cette intelligence suprême^ cause ordonnatrice et providence du monde, et ce qu'il appelle ailleurs l'Unité ou le Bien. Plus tard , dans l'école d'Alexandrie, ou la langue et la dialectique platoniciennes ont été mises au service d'un système nouveau^ on ne s'est pas contenté de concevoir l'intelligence et le bien comme deux choses distinctes , quoique réunies dans la même substance , comme deux hypostases , dont la seconde est supérieure à la première ^ on a encore voulu faire du Démiurge une troisième hypostase tout à fait distincte des deux autres, et non moins éloignée de la seconde que la seconde de la première. Tel est le sentiment de Plotin, qui confond le Démiurge avec l'âme du monde , moteur universel et intelligent , mais inférieur à l'intelligence elle-même; car il ne convient pas à ce dernier principe de sortir, par le mouvement et par l'action, du caractère immuable qui lui est propre. Proclus a de nouveau élevé le Démiurge au rang de l'intelligence, mais sans le confondre entièrement avec elle, et en confondant encore moins l'intelligence elle-même avecTUnité ou le Bien. Pour lui, le Démiurge est le troisième degré de la trinité intellectuelle, l'intelligence devenue active et féconde, inférieure au pur intelligible. Son action se manifeste par les idées; les idées, qui sont en même temps une cause efficace, communiquent leur puissance à Fâme universelle, et celle-ci, à son tour, gouverne l'univers {Theolog, secund. Plat., lib. y, c. 23). Enfin les gnostiques, mêlant à leurs idées religieuses plusieurs principes de l'école d'Alexandrie , ont conçu le Démiurge encore autrement. Les uns, par exemple Basilide et Yalentin , l'ont représenté comme une émanation divine ayant une existence à part , formant un être ou plutôt une hyposfase tout à fait distincte, mais éloignée du Dieu suprême par une foule d'existences intermédiaires : il sert, pour ainsi dire, de limite, de transition entre le monde supérieur ou le Plérômc, et le monde inférieur, corrompu par le contact de la matière. Les autres , comme les ophites, les caïnites, les nazaréens, en ont fait un mauvais génie dont le seul but , en créant le monde , était de lutter contre la volonté de Dieu , et de tourmenter les âmes émanées de son sein en les chargeant des liens honteux du corps {Voyez Gnosticisme). Si étrange qu'elle puisse sembler d'abord, cette idée d'un principe moteur, d'un Démiurge inférieur à Dieu, a son origine dans une difficulté très-réelle de la métaphysique, celle de concilier la nature immuable de la cause infinie avec les effets variables et contingents qu'elle produit dans le monde. Mais il s'en faut que cette difficulté soit résolue par l'hypothèse inintelligible de Plotin et de Proclus, ou par les grossières fictions de l'école gnostique.
DÉMOCRITE. La vie de ce philosophe nous est beaucoup moins connue que sa doctrine; car de celle-ci, quoique le temps en ait détruit tous les monuments originaux, il nous reste encore un certain nombre
DÉMOCMTE. â9
de fragments y dont l'authenticité ne peut pas être sérieusement contestée : les rares documents que Ton possède sur celle-là sont pleins de fables et de contradictions. On sait d'une manière certaine que Démocrite reçut le jour à Abdère , colonie grecque de la Thrace j qui s'était fait par son intelligence une réputation analogue à celle de la Béotie; mais on n'est pas encore parvenu à fixer l'époque de sa naissance : les ans désignent la première année de la lxxx' olympiade , c'est-à-dire l'an 460 avant J.-C. , les autres l'an 470, faisant ainsi Démocrite d'une année plus Agé que Socrate; enfin d'autres s'arrêtent à l'an 494. De ces trois opinions, la dernière, recommandée par l'autorité de Diodore de Sicile y est celle qui nous parait la plus vraisemblable et la plus facile à concilier avec la plupart des traditions qu'on a pu recueillir sur le philosophe abdéritain. Le père de Démocrite y pour lequel nous avons à choisir entre trois noms aussi incertains Tun que l'autre, possédait, à ce qu'il paraît, une très-grande fortune; on rapporte que Xerxès, retournant dans son pays après la bataille de Salamine, c'est-à-dire vers 480 avant J.-C, reçut chez lui Thospitalité et , par reconnaissance, lui laissa des mages pour instruire son fils, encore jeune, dans les sciences de la Chaldée et de la Perse. Quoi qu'il en soit de cette tradition, c'était une opinion unanime chez les anciens, que Démocrite a puisé en Orient une grande partie des connaissances par lesquelles il s'est rendu célèbre. On dit qu'il visita l'Inde, l'Ethiopie, la Chaldée, la Perse, se faisant initier par les prêtres de ces différents pays aux scien(?es dont ils étaient alors les seuls dépositaires. On a du moins quelques raisons de croire qu'il passa plusieurs années en Egypte, où Pythagore l'avait précédé, et qui fut vraisemblablement Tinstitutrice de la Grèce pour la géométrie et les sciences mathématiques. Il est probable qu'il visita aussi la Grande- Grèce , où florissaient alors les deux écoles rivales de Pythagore et de Zenon d'EIée, l'une et l'autre parfaitement connues de Démocrite, et dont il semble avoir voulu combattre les principes par son propre système. Enfin, rien n'empêche qu'attiré par la célébrité d'Athènes, il ait assisté, comme on le prétend, sans se faire connaître , aux leçons de Socrate et d'Anaxagore. Sans parler de l'analogie qui existe entre l'hypothèse des homéoméries et celle des atomes, nous pourrions signaler plus d'un point de contact entre l'astronomie d'Anaxagore et celle du philosophe abdéritain.; Quant à Leucippe, qui passa généralement pour son maître, et dont le ùom est rarement séparé du sien dans la bouche des
Îremiers historiens de la philosophie, nous ne savons ni en quel lieu ni qoeHe époque de sa vie il le rencontra; nous ignorons même quelle part \\ fout faire à chacun d'eux dans le système qui leur est attribué en commun. Ce qui nous reste à dire de la vie de Démocrite est encore plus incertain s'il est possible, mais peut servir à nous donner une idée de son immense réputation chez les anciens, et de l'impression que sa science et son génie avaient produite sur leur imagmation. On raconte qu'après avoir passé dans tous ces voyages la plus grande parlic de sa vie , il revint dans sa patrie entièrement ruiné et obligé de demander un asile à un de ses frères appelé Damasus. Une loi de son pays privait des honneurs de la sépulture ceux qui avaient dissipé leur patrimoine. Démocrite , pour se soustraire aux eflets de celte loi plus que sévère , aurait lu en public son principal ouvrage, connu sous le nom de Mî^a; ^nxxcvuocy
30 DÉMOGRITE.
el le peuple en aurait été charmé à ce point qu'il accorda à l'auteur, en témoignage de sa satisfaction j la somme énorme de 500 talents ou de deux millions et demi de notre monnaie, et décida que ses funérailles seraient à la charge du trésor public. Il alla même, à ce qu'on prétend , jusqu'à conGer à Démocrite le gouvernement de l'État; mais le philosophe, après avoir accepté cet honneur, ne tarda pas à y renoncer pour reprendre sa vie et ses travaux accoutumés. Ce récit, comme tout le monde le remarquera, ne s'accorde guère avec la triste célébrité des Abdéritains ni avec une autre tradition, d'après laquelle Démocrite, passant aux yeux de ses concitoyens pour un homme frappé de démence, aurait été confié par leur pitié aux soins d'Hippocrate , appelé tout exprès de Cos pour le rendre à la raison. On ne saurait ajouter plus de foi à ce rire inextinguible avec lequel Démocrite nous est ordinairement représenté. Nous pensons , avec un historien moderne de la philosophie, que ce n'est là qu'une expression exagérée à dessein de l'insouciance et du mépris enseignés ps^ le philosophe pour tout ce qui peut affliger ou réjouir les hommes. C'est en exprimant d'une manière analogue son amour pour la science qu'on a pu dire qu'il se priva luimême de la vue, ou qu'il errait sans cesse au milieu des tombeaux, aûn de n'être point distrait de ses méditations. Il mourut à Abdère dans un âge fort avancé , à 10^ ans selon les uns, à 108 ou à 109 ans selon les autres ; nous adoptons la version de Diodore de Sicile, qui le fait vivre 90 ans.
Démocrite fut un de ces rares génies qui , non contents de rassembler en eux toute la science d'une époque, y ajoutent encore les fruits de leurs propres méditations. Il peut être regardé comme i'Aristote de son temps^ et l'on a le droit de supposer que ses recherches sur les animaux et sur les plantes ne furent point perdues pour le philosophe de Stagire. Malheureusement nous serons toujours condamnés sur ce point à de simples conjectures; car des nombreux ouvrages que Démocrite a composés (Diogène Laërce en compte jusqu'à soixante-douze) , et dont le style , si nous en croyons Cicéron, à la fois clair et brillant de poésie, aurait pu rivaliser avec celui de Platon , il ne nous est parvenu que les titres el quelques rares lambeaux. Encore a-t-on contesté Tauthenticité de ces titres, où nous voyons représentées la logique, la morale, la physique , les mathématiques , l'astronomie, la médecine, la poésie, la musique, la grammaire, et jusqu'à la stratégie, en un mot toutes les branches des connaissances humaines. Quant aux fragments qui nous restent de Démocrite, et que l'on trouve disséminés dans une multitude d'auteurs, il se rapportent presque tous à son système philosophique, que nous allons maintenant essayer de faire connaître.
Ainsi que nous en avons déjà fait la remarque , le système de Leacippe et de Démocrite est entièrement l'opposé de celui qu'enseignait l'école éléatique. Les philosophes de cette école , ne concevant pas de milieu entre ce qui est d'une manière absolue et ce qui n'est pas, étaient conduits à nier tous les phénomènes, et, par conséquent, lemonvement, sans lequel ni la génération, ni la mort, ni aucun autre changement n'est possible. Or, comme le mouvement leur semblait avoir pour condition le vide, ils dirigeaient surtout leurs efforts contre cette dernière idfc, la déclarant incompréhensible et absolument inconciliable avec
DÉMOGRITE. SI
celle de Télre. Ils s'attaquaient de la même manière à la pluralité des êtres ou à la divisibilité, non-seulement de la matière^ mais de Têtre en général. Si l'être est divisible, disaient-ils, il Test à TinGni^ car il demeure toujours semblable à lui-même , et chacune de ses parties doit avoir les mêmes propriétés essentielles que le tout. Mais la divisibilité à l'in6ni est une idée contradictoire, elle détruit la réalité même de l'être en détruisant son unité) donc rien n'existe que l'un et limmuable, c'està-dire Tabsolu. Leucippe et Démocrite choisissent précisément pour bases de leur doctrine les deux idées que repousse l'école éléatique. Ils soutiennent, l'un et l'autre, 1"* que le vide existe aussi bien que le plein, et le non-être aussi bien que l'être; â*" que la divisibilité de l'être, conséquence inévitable de l'existence du vide^ a nécessairement des limites. Ainsi se déclare , dès le premier pas , le caractère matérialiste de cette philosophie ; car évidemment la propriété qu'on donne ici à l'être en général n'appartient qu'à la matière : elle seule peut être limitée et di-visée par l'espace. Chacun de ces deux principes était l'objet d'une démonstration particulière. On prouvait l'existence du vide par le mouvement et par quelques expériences dont l'honneur revient à Leucippe. On montrait que dans un vase rempli de cendre il est toujours possible de faire pénétrer une certaine quantité d'eau, égale au vide qui s'y trouve. On alléguait la compression dont certains corps sont susceptibles, et la nutrition qui introduit sans cesse des éléments nouveaux dans la substance des êtres vivants.
C'est par le raisonnement suivant, particulièrement attribué à Démocrite , qu'on démontrait le second point de la doctrine , à savoir : que la matière se compose nécessairement de parties indivisibles. Qu'on divise un corps autant de fois qu'on le voudra, il faudra qu'il en reste quelque chose ou qu'il n'en reste rien. Dans la dernière hypothèse les corps se composent de rien et viennent de rien : ce qui est parfaitement absurde. Si, au contraire, il reste quelque chose, quelle sera la nature de ce reste? Sera-t-il étendu ou inétendu? S'il est inétendu, on se trouve tout aussi embarrassé que dans l'hypothèse qui a déjà été écartée ; car comment des points inétendus donneraient-ils pour résultat de véritables corps? Si, au contraire, on est forcé de s'arrêter à quelque chose d étendu , il est faux que la matière soit divisible à Tinfîni. A cette preuve, qui est la plus importante, Démocrite en joignait une autre que Ton pourrait appeler arithmétique : « De l'unité, disait-il, ne peut pas sortir la pluralité, ni la pluraUtéde l'unité (Arist., Métaph., liv. vu, c. 13) ^ par conséquent, le nombre des éléments dont la matière se compose, demeure invariable. » Ces éléments, ou les portions de matière étendues et cependant divisibles , c'est ce qu'on appelle les atomes. Les atomes et le vide, c'est-à-dire la matière et l'espace, voilà donc quels sont, aux yeux de Démocrite, les principes de l'univers et les seules conditions de toute existence.
Il y a peu de chose à dire sur la nature du vide , dont la seule propriété est l'étendue; une étendue inGnie où l'on ne peut distinguer ni haut, ni bas , ni milieu, ni extrémités. Le rôle qui lui est contié dans la formation des choses est un rôle purement passif; en divisant la matière par sa seule présence, il rend possible le mouvement et la pluralité des êtres.
52 DEMOGMTE.
Les atomes sont infinis en nombre comme le vide en étendue. Ils ont toujours existé et ne seront jamais détruits , conformément à ce principe implicitement reconnu par tous les anciens , mais exprimé pour la première fois peut-être par Déraocrite d'une manière claire et précise , que rien ne peut venir du néant ni se perdre en lui. Quoiqu'ils possèdent les deux qualités essentielles de la matière y retendue et la solidité, les atomes ne sont pourtant pas accessibles à nos sens; nous ne les voyons que par la raison (xo^u OeupYirà), nous les concevons comme les éléments nécc^aires de tous les corps, c'est-à-dire de tous les êtres. Il n'y a pas plusieurs espèces d'atomes, comme dans le système d'Anaxagore il y a plusieurs espèces d*homéoméries ; mais ils sont tous de la même espèce ou de la même nature ; car il n'y a que le semblable qui agisse sur le semblable, et le même qui puisse connaître le même. Or notre esprit, ainsi que nous le verrons bientôt, n'est, comme le reste, qu'un agrégat d'atomes.
Outre la solidité qui suppose nécessairement l'étendue, Démocrite attribuait encore aux atomes la figure, qu'il faisait varier à l'infini, mais non la pesanteur, comme le prétend Aristote. L'opinion d'Aristote est positivement démentie par mUle témoignages contraires, qui nous montrent la pesanteur des atomes comme une innovation introduite par Epicure dans le système de son maître. D'ailleurs, comment Démocrite, en reconnaissant la pesanteur parmi les propriétés essentielles des corps simples, pouvait-il nier comme il le fait le mouvement rectiligne, et soutenir que les atomes sont naturellement immobiles ?
L'un des points les plus obscurs du système de Démocrite, c est la manière dont il explique le mouvement. N'oublions pas qu'il s'agit ici d'une philosophie qui veut rendre compte de l'existence de tous les êtres par des lois purement mécaniques, et où, par conséquent, le mouvement doit jouer un très-grand rôle. Mais d'où vient ce phénomène , qui n'est rien moins ici que l'àme de la nature? quelle en est l'origine? quel en est le principe? Nous savons déjà qu'il n'est pas inhérent à l'essence de la matière , qu'il n'est point compris parmi les propriétés fondamentales des atomes. Nous savons aussi qu'il n'est point produit par une cause première distincte du monde, par un moteur spirituel comme celui qu'admettait Anaxagore. Démocrite le regardait comme éternel , sans s'inquiéter ni de son principe ni de son origine. De ce qu'il existe maintenant , il en concluait qu'il a toujours existé, aussi bien que le temps, qui n'a pas non plus été créé. Il distinguait trois espèces de mouvements : 1^ le mouvement ordinaire ou par impulsion , celui qui se communique d'un corps à un autre par un choc extérieur; 2^ le mouvement oscillatoire, résultant de l'impulsion réciproque de plusieurs atomes mis en contact les uns avec les autres ; 3** le mouvement circulaire ou en forme de tourbillon. II nous semble que ce dernier, qui exerce la plus grande influence sur la forme générale de l'univers , a dû être regardé comme le mouvement primitif-, la seconde place appartiendrait alors au mouvement oscillatoire , et la troisième au mouvement par impulsion , lequel n'est qu'un phénomène particulier dans la nature déjà organisée.
Quoi qu'il en soit , le mouvement et les propriétés des atomes suffisent à nous rendre compte de tous les phénomènes et de la formation
DÉMOGRITE. 55
même de l'univers ^ sans le secours d'aucune providence ni d'aucune cause intelligente y sans obéir à d'autres lois qu'à celles d'une aveugle nécessité. Tous les corps dont l'univers est l'assemblage , se forment par la combinaison des atomes; ils périssent ^ sans changer de nature , quand les atomes se séparent; ils s'altèrent quand les atomes changent de position , et leur variété s'explique par la variété qui existe dans la figure des atomes , par la différence de leur rang et de leur position. Ainsi naissent et périssent non-seulement les êtres qui peuplent notre planète y mais des mondes sans nombre dont les uns se ressemblent , dont les autres offrent entre eux les plus grandes différences. La terre a été formée la première : d'abord petite et légère, elle errait dans l'espace; mais, grossie peu à peu par l'agglomération des atomes, elle finit par arriver au centre du monde, et y resta fixée par sa forme, qui est celle d'un cylindre creusé en dessous. Quant aux autres détails de la cosmologie de Démocrite, il est inutile de les exposer ici; car ils sont, comme nous l'avons déjà dit, presque tous empruntés du système d'Anaxagore.
La physique, et même la psychologie de Démocrite, sont fondées sur les mêmes principes que sa cosmologie. Qu'est-ce qui fait la différence des quatre éléments dont se compose toute la nature? Rien que la figure et le volume des atomes. Les plus petits, et par conséquent les plus légers, sont ceux qui entrent principalement dans la substance de l'air; les plus grands et les plus lourds forment la terre et l'eau; enfin, le feu se compose d'atomes ronds et aussi petits que ceux de l'air. Les qualités et les propriétés de ces différents corps s'expliquent de la même manière que leur forme , et comme il en est plusieurs qu'il est impossible de faire dériver d'un arrangement purement mécanique des atomes, Démocrite, ouvrant la porte au scepticisme de Protagoras , les fait passer pour de pures sensations ou pour des affections personnelles auxquelles ne répond aucune réalité extérieure. Il comprend particulièrement dans cette dasse le chaud et le froid, les couleurs, les saveurs , et ce qu'on a appelé plus tard les qualités secondes de la matière.
L'Ame est de la même nature que le feu; elle se compose d'atomes ronds et subtils qui, par leur légèreté et par leur forme , ont la propriété de se glisser dans toutes les parties du corps et de les mettre en mouvement , et avec le mouvement ils leur donnent aussi la chaleur, la vie et la sensibilité. Il y a de tels atomes répandus dans toute la nature ; ils sont en quelque sorte l'ûme de l'univers, ils s'introduisent non-seulement dans l'homme et dans les animaux , mais aussi dans les plantes; enfin, ils se conservent et se renouvellent en partie par la respiration. En effet, en nous pressant de toutes parts, les corps qui nous environnent expriment de notre propre corps une partie de ces atomes précieux par lesquels nous vivons et nous pensons; mais comme il y a des atomes semblables répandus autour de nous , ceux-ci, entrant dans notre poitrine par la respiration , n'ont pas seulement pour effet de réparer la perte que nous avons faite, mais ils ferment le passage aux particules vitales qui nous restent et les empêchent de se répandre dans l'espace. Aussitôt que ce mouvement de résistance est vaincu, l'animal a cessé de vivre. La conséquence la plus immédiate de cette doctrine , conséquence avouée par Leucippe et Démocrite, c'est que l'âme est périssable oonune le corps,