S90 ESSENCE
cette recherche nous mènerait trop loin , et elle n*est pas de notre sujet. Qu'il nous suffise d'indiquer que l'existence et la connaissance du tout atteste un être qui connaît tout , et dont l'unité s'égale à l'infini.
En d'autres termes , l'homme est esprit, Dieu est esprit. L'esprit est l'unité intelligente. On pourrait concevoir l'unité sans l'intelligence. Telle peut-être serait la notion de la force; mais la force n'est pas nécessairement esprit. On ne pourrait concevoir l'intelligence sans l'unité. Cette unité est-elle purement phénoménale , la forme de l'acte intellectuel ? Mais alors elle est la forme de l'être en acte : d'ailleurs les actes intellectuels y divers dans le temps, supposent un agent identique, et l'identité de l'agent suppose en lui l'unité substantielle. Cet agent connaît ses actes , il se connaît dans ses actes , et ces actes ne seraient pas des actes d'intelligence, s*ils n'étaient connus de lui. Penser n'est
Sue se connaître intelligent, et, pour l'être intelligent, c'est se sentir ire. D'où nous tirons cette définition de l'esprit : Une substance simple ayant conscience d'elle-même. C. R.
ESSEiVCE [de essentia, introduit pour la première fois dans la langue latine par Cicéron et formé du verbe esse, être, à l'imitation du grec cooîa, qui dérive de la même manière de «Ivai, l'infinitif du verbe être dans la langue grecque. — En allemand , essence se traduit par wesen, qui est dans un rapport à peu près semblable avec le verbe être, {sein) ainsi que le prouve le participe passé gewesen]. Dès les premiers pas que Ton fit dans la métaphysique, on ne tarda pas à s'apercevoir
Îu'il y a dans chacun des êtres dont l'univers se compose deux sortes 'éléments bien distinctes : les uns sont mobiles, variables, fugitifs, multipliés à l'infini, ne faisant que paraître et disparaître; les autres permanents, identiques, toujours semblables à eux-mêmes, constituent le fond et l'unité de chaque existence. On a appelé les premiers des accidenU ((rjp.^66r.)coTa); on a donné aux derniers le nom d'essence (cûdia). Le mot essence avait donc autrefois, dans la métaphysique des Grecs, une signification plus étendue et en même temps plus nette que dans la nôtre: il désignait le contraire des accidents ou des simples phénomènes, c'est-à-dire le plus haut degré de réalité et de durée, ce qui constitue le fond même de l'être , soit en général, soit dans chaque existence en particulier; il ne s'appliquait pas moins à la substance qu'à la qualité la plus invariable, a ce que nous appelons aujourd'hui plus particulièrement du nom d'essence. En effet, pour Platon comme pour Aristote et pour les philosophes qui ont marché sur leurs traces , l'essence, c'est tout ce qui est véritablement , ce qui dépasse la sphère de l'observation des sens et n'est connu que par la raison , ce qui occupe le premier rang dans la parole, dans la pensée et dans le temps (Afetaphysiquey liv. iv, c. 8). Platon la fait consister dans les idées, parmi lesquelles on voit figurer l'unité et l'être , c'est-à-dire ce que nous appelons la substance. Pour Aristote, elle est la première des catégories, c'est-à-dire la plus nécessaire parmi les conceptions de notre entendement, et le nom qui lui est consacré (oùaia) s'applique également à ces trois choses ; 1° à la forme, c'est-à-dire aux qualités qui constituent la nature spécifique de chaque être, les qualités qui nous représentent le genre et l'espèce, et dont l'énoncé est l'objet propre des définitions;