‹ Dictionnaire des sciences philosophiquesChapitre 62 sur 135 · ESSENCE · texte numérisé non relu

ESSENCE

2^ à la matière , dans laquelle les qualité nous apparaissent d'Un^ manière sensible 9 au mbitratum ou sujet (Oircxtif&ivov) par lui-même indéterminé y auc[uel vient s'appliquer la forme comme le cachet s'imprime dans la Cire: S"" à Tètre concret ou à l'individu (oûvcXcv) formé par la réunion des oeux éléments préééiients, ou plutôt dans lequel ces deux éléments ont une véritable existence. Ainsi tout le monde tombait d'accord sur la signiGcation du mot: mais on était divisé sur la nature de la chose. Pour le chef de l'Académie , les essences, comme noua Tavons déjà dit, ce sont les idées : ce qu'il y a de plus général , de plus universel y de plus abstrait dans la pensée , c'est précisément ce qu'il y a de plus réel dans les choses. Au contraire^ selon le fondateur du Lycée, ce qii'il y a de plus réel, ce qui contient au plus haut degré l'existence et l'être , c'est, non pas le phénomène ou l'accident, entièrement opposé à la nature de l'essence, mais l'individu, la réunion de la matière et de la forme, qui , en dehors de cette réunion , ne sont que de put-es conceptions de l'intelligence. Au-dessus des individus qui peuplent le monde sensible, il n'y a que Dieu, qui lui-même encore est un individu; cat ( et c'est là le beau côté de la métaphysique d'Aristote ) il compte au nombre de ses attributs la conscience, il est \a pensée de la pensée, il pense et il agit actuellement. C'est un fait très-important et qui n'a pas été assez remarqué, que cette confusion, chez tous les métaphysiciens de Tantiquité, ou plutôt cette identification , sous un même nom et dans une même idée, de l'essence et de la substance. Pour eux la substance séparée de Tcssence, c'est-à-dire le substratum indéterminé, indéfini de toute qualité et de toute forme, c'était \di matière première, une sorte d'intermédiaire entre l'être et le non-être, une véritable abstraction qui , dans Platon comme dans Aristote , ne sert à désigner que la simple possibilité des choses ( Voyez Dualisme). Quant à la matière proprement dite, ou quant aux éléments physiques qui entrent dans la composition des corps perçus par nos sens, ils sont dans les mêmes conditions que les autres êtres; ils ont leurs caractères, leurs attributs, leurs natures propres , par lesquels ils se distinguent complètement de ce sujet passif et nu dont nous venons de parler.

La distinction de l'essence et de la substance n'a commencé à s'établir que sous le règne de la philosophie scolastique, sous l'influence même de la langue métaphysique d'Aristote. Prenant pouf quelque chose de réel la notion abstraite de la matière , du sujet indéterminé de toutes les formes possibles, les philosophes du moyen âge lui ont donné le nom de substance ou de substratum , qui est en effet la traduction littérale du mot grec uTPcxeiucvGv. Us ont réservé le mot essence aux qualités exprimées par la définition ou aux idées qui représentent le genre et l'espèce. Un de ceux qui ont le plus contribué à ce résultat, c'est Duns Scot, qui , dans son traité du Principe des choses (t. m de ses OËuvres complètes, quest. 7, art. 1" et suiv.), enseigne expressément que la matière première dépouillée de toute forme , que le sujet passif et nu , c^mme le concevait Aristote , a une réalité actuelle , une existence positive, et constitue dans chaque individu l'être proprement dit. Cette matière première entre à la fois dans la substance des hommes et dans celle des anges, elle alimente également les esprits et les corps. Dès lors que devient la forme ou l'essence entendue a )a manière des scolasti-

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