‹ Dictionnaire des sciences philosophiquesChapitre 8 sur 135 · II · texte numérisé non relu

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54 DÉMOGRITE.

C'est la même àme, nous vonlotis dire les mêmes atomes^ qui, dans le système de Démocrite , servent aux phénomènes de la vie et à ceux de la pensée. Cependant il a donné pour siège aux derniers la poitrine, et aux premiers toutes les autres parties du corps. Mais qu'est-ce que la pensée dans une âme purement matérielle et qui n'est en rapport qu'avec des corps? Evidemment elle ne saurait se distinguer d'une manière essentielle de la sensation , et ce dernier phénomène , par quelque sens qu'il nous arrive , doit toujours se réduire à une sorte de toucher. C'est en effet Topinion que soutient Démocrite. Il suppose que les corps laissent constamment échapper de leurs surfaces certaines émanations qui en sont la représentation exacte. Ces petites images ^ ou , comme on les appelle plus ordinairement, ces idoles [tt^uxa], Tormées à l'égal du reste par une combinaison d'atomes, se glissent par le canal des sens jusqu'à l'âme , et lui font connaître en la touchant les objets qu'ils représentent. C'est ainsi que nous percevons, non-seulement la forme des corps, mais leurs diverses propriétés, comme les couleurs, les odeurs, les sens, le froid et le chaud. Et qu'y a-t-il d'étonnant à cela? Pour Démocrite, ces propriétés ou n'existent pas , ou sont des combinaisons purement mécaniques des atomes. Ainsi, le chaud, c'est une combinaison d'atomes ronds j le noir, c'est le raboteux pour l'œil; le blanc, c'est le poli pour le même organe ; les saveurs acres sont une combinaison d'atomes anguleux , etc. Il faut seulement remarquer que chaque organe des sens a son rôle particulier dans la transmission des idoles : l'oreille est nécessaire pour donner passage à l'air au moyen duquel nous arrivent les sons ; c'est éçulcment une image formée d'air qui, s'appliquant sur l'œil , avec la substance duquel elle a beaucoup d'andlogie, nous donne l'idée des couleurs et des formes visibles; enûn, le tact, l'odorat et le goût, semblent se confondre en un sens unique.

Par une étrange contradiction , inséparable du matérialisme, Démocrite est cependant obligé de se délier de la sensation et de placer an dessus d'elle la raison ou le raisonnement. En effet , d'une part nous avons des sensations qui ne répondent à aucune réalité extérieure , et même les objets réels n'arrivent à notre connaissance que par des images variables et fugitives qui, au moment où elles parviennent jusqu'à nous, ne ressemblent plus aux corps dont elles sont une émanation. D'une autre part, les atomes et le vide , ces deux principes éternels de l'univers, ne sont connus que par la raison. Donc, le témoignage de la raison doit être préféré à celui des sens. Mais comment cela est-il possible, lorsqu'au fond ces deux facultés ne dilT^rent pas l'une de l'autre , quand les principes mômes dont la raison nous découvre l'existence sont purement matériels et sensibles, et qu'on n'arrive à les concevoir que par l'observation du monde extérieur? Aussi Démocrite (cela ne peut pas être l'objet d'un doute) a-t-il fini par le scepticisme, qui est comme la conclusion logique de son système. Toute l'antiquité (Arisl., Mctaph., liv. iv, c. 5; Diogène Laërce, liv.. ix, c. 71 et 72; Sextus Empir., Adv. Mathem., liv. vu, p. 163; Cïc.yAcad., i, liv. ii, c. 23) place dans sa bouche des paroles comme celles-ci : « Il n'y a rien de vrai, ou s'il y a du vrai , nous ne le connaissons pas. — Il nous est impossible de connaître la vérité sur quoi que ce soit ; la vérité est au fond d'un abîme. — Nous ne savons pas même si nous savons quelque chose

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