‹ Dictionnaire des sciences philosophiquesChapitre 70 sur 135 · EUSEBE · texte numérisé non relu

EUSEBE

au-dessus de Jésus-Christ. Dans cette comparaison entre les miracles et les dons prophétiques de Tun et de l'autre , la critique historique devait occuper plus de place que la philosophie. C'est surtout dans les quatorze livres de la Préparation évangélique que se trouvent épars les passages où Eusèhe s'est expliqué sur divers sujets de philosophie : Dieu, son unité , son ineffabilité , sur le Verbe et sa génération éternelle. Tous ces points sont traités à l'aide de la science antique et de la philosophie platonicienne. Dans le sixième livre, Eusèhe a donné quelque développement à son opinion sur le libre arbitre, qu'il coordonne avec la prescience divine. Il défend le libre arbitre dans toute sa plénitude contre le fatum de la religion païenne, et, aux raisons qu'il allègue lui-même, il joint les témoignages de l'antiquité grecque en rappelant l'autorité des philosophes sur cette question. A l'indépendance avec laquelle il défend la cause de la liberté, de la moralité et du devoir, on s'aperçoit que Pelage n'avait point encore agité les esprits, et provoqué les décisions de l'Eglise sur la doctrine de la grâce.

Mais , dans tous ces fragments , on ne trouve point d*originalité. On peut indiquer, dans les divers monuments de la sagesse antique, la source de chaque doctrine, de chaque pensée, sans toutefois assigner à Eusèhe sa place dans une école déterminée de philosophie. S'il est de récole platonicienne plus que de toute autre, il est cependant avant tout chrétien, et le rôle de la philosophie est subalterne dans l'usage qu'il en fait pour défendre sa foi. Les nombreuses citations répandues dans les ouvrages d'Eusèbe, et dont quelques-unes sont les seules traces qui nous restent de livres irrévocablement perdus, ne sont point sans intérêt pour l'histoire de la philosophie ; mais une critique éclairée peut rarement accepter les jugements qui les accompagne.

Il n'y a point en grec d'édition complète des ouvrages de ce Père. La plupart sont imprimés séparément. On connaît aussi des versions, soit latines, soit françaises, de plusieurs de ces écrits. Il serait trop long d'entrer ici dans des indications détaillées. On pourra consulter, sur CCS détails bibliographiques, \ Histoire (jénérale des auteurs sacrés et ecclésiastiques de dom Remy Cellier, t. iv, p. 436 et suiv. , et Ellies Dupin, Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques , t. ii. H. B.

EUSEBE DE Myndos, philosophe néoplatonicien, qui florissait pendant le IV* siècle de l'ère chrétienne. Il était disciple d'iEdésius, et n'a pas d'autre titre à la considération de la postérité, que d'avoir repoussé les rêveries de la magie et de la théurgie , qui exerçaient alors une si grande influence sur son école, et d'avoir attiré sur lui, en résistant à la contagion, la colère de l'empereur Julien. Voyez Eunape, Vies des sophistes. X.

EIJSTATHIUS DE Càppadoce, philosophe néoplatonicien, qui florissait vers la fin du iv* siècle de l'ère chrétienne. Disciple de Jamblique , il entra complètement dans l'esprit de son mattre et substitua à la spéculation philosophique les chimères de la théurgie et de la démonologie. L'exaltation qui l'animait se communiqua à sa femme Sosipatra, et à son fils Antonin. Eustathius fut le successeur d'iGdésius à la tète

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de récole que celui-ci avait fondé en Cappadooe. Voyez Eunape y Vies des sophistes, X.

EUSTRATIUS, évêque métropolitain de Nicée, vivait vers le milieu du xu' siècle et s'est fait une certaine réputation comme philosophe péripatéticien. Cependant il est plus que douteux qu'il soit réellement Fauteur du commentaire qui nous est parvenu sous son nom sur V Ethique d'Aristote {Eustratii eommentaria in Ethicam Aristotelis, grœces in-^, Venise, 1536). Plusieurs fragments de ce commentaire sont visiblement empruntés d'ailleurs. X.

EUTHYDÈME de Chios, célèbre sophiste , qui a donné son nom à un des plus spirituels dialogues de Platon , où il est mis en scène avec son frère Dionysodore. Euthydème était le plus jeune et , à ce qu'il parait par le choix que Platon a fait de son nom, le plus célèbre des deux. Schleiermacher, dans sa traduction allemande des œuvres de Platon (2*' partie y 1. 1", Introduction à V Euthydème) , a dépensé beaucoup d'esprit et d'érudition pour démontrer que, sous ces deux noms, Platon a essayé de rendre ridicules les doctrines d'Antisthène et de l'école mégarique , qu'il n'osait pas attaquer ouvertement. Sans nier les ressemblances qui peuvent exister entre les misérables arguties placées dans la bouche des deux sophistes de Chios et quelques-uns des arguments par lesquels les disciples d'Euclide cherchaient à mettre en doute toute existence relative et contingente, nous avons quelque peine à nous rendre à l'opinion de Schleiermacher. Nous pensons qu'Euthydème et Dionysodore ont été peints d'après nature, que le dialogue où ils jouent le principal rôle fait suite au Gorgias et aux Sophistes, et nous sommes confirmés dans cette opinion en retrouvant dans Aristote, sous le nom des sophistes en général ou sous le nom particulier d'Euthydème , la plupart des subtilité dont Platon se moque avec une verve si comique et un entrain irrésistible. X.

EUXÈIVE d'Héraclée, philosophe pythagoricien ^ mais de la nouvelle école pythagoricienne, florissait aux environs du premier siècle de l'ère chrétienne. Il n'a aucune célébrité par lui-même, mais il a été l'un des maîtres d'Apollonius de Tyane (Philostrate, Vie d^ Apollonius, liv. 1, c. 7). X.

EYHEMÈRE ne nous est connu que par les jugements passionnés qu'on a portés sur sa doctrine. Suivant quelques-uns des écrivains qui le citent, il serait né en Sicile, dans la ville de Messine ou d'Agrigente^ la plupart des auteurs, et les plus dignes de foi, lui assignent pour patrie Messène en Laconie. Diodore de Sicile {Bibl. hist., fragm. du liv. VI) le donne pour contemporain du roi de Macédoine, Cassandre (311-298 av. J.-C), qui l'honorait et lui confia plusieurs missions politiques. Ainsi aurait été offerte à Evhémère l'occasion de parcourir la mer, où il devait plus tard placer le séjour des héros de son histoire mythologique.

Le seul ouvrage qu'Evhémère paraisse avoir composé ne nous est pas même parvenu. On comprend au reste que les païens aient mis

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à le faire dîsparattre le même zèle qui ^ au xt* siècle de notre ère, porta Gennadius à étouffer la tentative plus étrange d'une résurrection dn paganisme par Gémiste Piéthon. A défaut du texte original , on en est réduit, pour avoir une idée de cet ouvrage, à joindre aux emprunts que Diodore de Sicile lui a faits, les fragments de la traduction qa'en avait donnée Ennius.

L'Histoire sacrée d'Evhémère renfermait au moins trois livres (Athénée, Déipnasophistes , liv. xiv). Evhémère y avait recueilli , dit Lactance (Institutions divines, liv. i, c. 11 ), les actions de Jupiter et des autres personnages qui passent pour des dieux; il avait rétabli leur histoire d'après des titres et des inscriptions qui se trouvaient dans des temples très-anciens, et surtout dans le temple de Jupiter Triphylien. Sextus Empirions dit, dans un passage qu'on a pu considérer comme la citation du début même d'Evhémère, que ces inscriptions remontaient à l'époque où les hommes vivaient dans le désordre et la confusion. Alors, ajoute-t^il , ceux qui surpassaient les autres en force et en habileté les obligèrent à se soumettre à leurs volontés; puis, aspirant plus haut, fls se prétendirent doués de facultés surnaturelles , et plusieurs hommes les prirent pour objets de leur culte (Adv. Mathem., lib. viii). Evhémère voulait, dit Amobe {Adv. Gentes, lib. it), démontrer que tons ceux qu'on appelait dieux n'étaient que des hommes. De là ce soin jaloux avec lequel il indique le lieu de la naissance et celui de la mort des dieux , comptant soigneusement leurs tombeaux, et les considérant comme des hommes dont les inventions ont été utiles au genre humain (Minutius Félix, Octavius). Ces témoignages, fortiûés de ceux de Polybe, de Cicéron, de Plutarque, d'Ëu^be et de saint Augustin, ne laissent aucun doute sur l'esprit dans lequel V Histoire sacrée avait été composée; mais il est devenu impossible aujourd'hui d'apprécier le mérite de cet ouvrage. Les fragments de la traduction d'Ennius sont peu nombreux et presque tous fort courts; ils semblent se rapporter au premier livre, puisqu'ils renferment l'histoire d'Uranus, de Saturne et de Jupiter, considérés comme rois et conquérants. Diodore de Sicile a fait entrer dans son cinquième livre la description de l'tle de Panchsea; les curiosités naturelles de ce pays merveilleux , le caractère des habitants, leur religion, leurs lois y sont décrits assez longuement. A ces détails géographiques, que Diodore dit avoir empruntés h Y Histoire sacrée, il faut joindre un fragment du sixième livre où, faisante Evhémère une place à part entre tous les mythologues, il dit en passant quelques mots de sa vie.

Si incomplètes que soient ces données, elles suffisent cependant pour confirmer les opinions citées plus haut sur l'objet général de ï Histoire sacrée; il est impossible d'y méconnaître la prétention de réduire à des proportions humaines les personnages dont le paganisme avait fait des dieux, l'auteur voulait, suivant l'expression de saint Augustin, remplacer les bavardages de la mythologie par un récit purement historique (de Civitate Dei, lib. vi, c. 7).

Mais ce récit est-il de tous points conforme à la réalité? Faut-il, avec Isaac Vossius, croire à l'existence de l'île de Panchfca et de ses merveilles? L'autorité d'un vers de Virgile :

Toiaquc thuriferis Panchaia pinguis areni» ,

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8offit-e)le pour faire admetlre, à l'exemple de Fourmont^ l'exislence de ce séjour enchanté? N'est-il pas plus raisonnable de reléguer 1 Ile de Panchœa dans le monde de la fantaisie avec T Atlantide de Platon, rUtopie de Thomas Morus, l'Eldorado de MarUnez? Son existence a été niée par Callimaque, contemporain d'Evhémère , et par les plus importants des géographes de Fantiquité, Eratosthène, Ptolémée, Strabon 9 Etienne de Byzance; Diodore n'ose pas se faire garant de la des* cription qu'il en donne. La critique moderne a souvent protesté contre ces jugements dont elle s'est d'ailleurs exagéré les conséquences. Sans doute les défenseurs du paganisme ont à dessein confondu les fiibles géographiques d'Evhémère avec sa méthode d'interprétation historique dans une même accusation d'imposture. Mais n'est-il pas facile de séparer deux choses aussi distinctes, et ne peut-on reconnaître à la fois la justesse de la pensée philosophique, et l'invraisemblance des labiés qui ont dû servir à l'exposer et à en répandre l'intelligence? L'identité de nature entre les dieux et les hommes était un des dogmes fondamentaux de la religion grecque : la parenté qui unissait de simples mortels et des dieux , l'existence des héros qui participaient de l'homme et de la divinité, l'apothéose des hommes témoignent assez de cette croyance. Dès la fin du cinquième siècle av. J.-C. , la philosophie essaya de s'affranchir de toutes les superstitions religieuses, et l'exil d'Anaxagore, le supplice de Socrate, la surveillance jalouse des prêtres et des hommes d'Etat ne purent empêcher qu'une idée plus pure et plus élevée de la nature de Dieu ne succédât bientôt dans les esprits cultivés au matérialisme grossier de la religion homérique. Toutefois , dans ses croyances et dans ses pratiques, le peuple était resté fidèle aux traditions primitives : le but d'Evhémère parait avoir été, sinon de faire pénétrer jusque dans les derniers rangs de la foule quelques rayons d'une lumière plus philosophique, du moins de renverser les vieilles idoles, en laissant à d'autres le soin de les remplacer. Ainsi s'explique aisément le double caractère de son ouvrage , vrai dans la pensée, et mensonger dans les détails. Evhémère n'a pas songé à construire un monument historique avec les débris de la mythologie; la ruine de l'antique édifice suffisait à son ambition. Il a voulu intéresser les imaginations curieuses à la cause de la philosophie par le tableau épisodique de merveilles lointaines. C'est à l'entrée de la mer du Sud, presque inconnue aux anciens, qu'il place 111e de Panch^ea, dans le voisinage de l'Inde , cette terre de prodiges dont l'expédition trop rapide d'Alexandre n'avait pu dissiper la renommée fabuleuse. Evhémère donnait un caractère de vraisemblance à ce récit imaginaire, en y mêlant la circonstance réelle de la mission qui lui avait été confiée par Cassandre, et quelquesunes des traditions historiques qui s'étaient sans doute perpétuées en Grèce à côté de la tradition religieuse qui en était sortie. L'opinion commune s'est rangée à cet avis, puisque l'on a toujours compté Evhémère parmi les philosophes et non parmi les historiens; c'est par suite de la même interprétation que les mythologues modernes ont donné le nom commun d'évhémérisme à tout système qui substitue des faits humains aux traditions religieuses.

Sans doute cette clef de la mythologie ne suffit pas pour en pénétrer tous les secrets. Straten a, dès longtemps, ftdt remarquer (liv. i)

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