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ÉVIDENCE

même d'évidence (de e^ et videri^ paraître; en grec^ ivap^tia, de i^, et àpfoç, tout éclatant de blancheur) ; c'est là ce qui la faisait définir par les anciens : fulgor quidam mentis oêsemum rapiens.'

Mais s'il faut, pour se montrer, que les objets possèdent l'évidence, il faut que , de son cAté^ Fétre intelligent soit capable de ressentir l'action de ce principe extérieur, excitateur nécessaire de toute connaissance. Bien que les objets possèdent absolument les qualités qui constituent leur évidence , et peuvent nous les révéler, ces diverses qualités seraient pour nous comme si elles n'existaient pas, si à chacune d'elles ne répondait en nous un pouvoir spécial d'en subir l'action. Ces aptitudes particulières à recevoir les diverses manifestations de la réalité sont les facultés intellectuelles. Il y a donc pour nous autant de sortes d'évidence qu'il y a en nous de facultés différentes par lesquelles nous atteignons la réalité. Il y a l'évidence de notre existence, des phénomènes qui la varient et la remplissent, que nous percevons incessamment par la conscience, et que nous revoyons par la mémoire , cette conscience du passé ; l'évidence des vérités nécessaires et absolues que nous recevons immédiatement par la raison ; l'évidence des vérités auxquelles nous arrivons par le raisonnement, c'est-à-dire par une application des principes absolus de la raison ^ soit qa'en induisant, nous nous élevions du particulier au général, de ce qui est à ce qui a été et sera , soit qu'en déduisant, nous revenions du général au particulier, et rattachions, par la démonstration , ce qui est à ce qui doit être. Il y a enfin l'évidence propre aux vérités transmises par le témoignage, lorsqu'il satisfoit aux conditions qui lui sont imposées. En résumé, il y a donc autant désertes d'évidence qu'il y a de moy^s par lesquels les choses se manifestent à notre esprit. Une faculté de moins, il y aurait pour nous une évidence de moins. Ainsi, parmi les différents modes de l'évidence sensible, il y en a un que l'aveugle ne connaît pas, c'est celui que la lumière prête aux corps. Ainsi , pour les êtres intelligents autres que l'homme , il y a de moins toutes ces espèces d'évidence , ou plutôt toute cette évidence que nous devons à la raison, faculté de l'absolu, et à ses emplois di- \ers dans le raisonnement. Avec une faculté de plus , si nous pouvions l'imaginer, il y aurait une évidence de plus, ou une manière nouvelle de la saisir. Mais toujours l'évidence est et serait dans les objets la propriété d'agir sur l'être intelligent et de se révéler à lui.

L'évidence, étant une qu^Jité des objets de la ccmnaissance , peut, conmie toutes les qualités, se trouver à divers degrés dans divers objets, ou, dans le même objet, à des instants différents. L'expérience nous apprend qu'il en est ainsi, et que, dans la réalité, on rencontre tous ces degrés, depuis l'apparition pleine et entière, jusqu'aux indices les plus légers , et qui font soupçonner plutôt qu'ils ne révèlent l'existence d'une chose. En effet , il y a d'abord l'évidence propre aux objets simples et précis, qui se montrent si bien qu'on ne peut pas ne pas les voir et les distinguer : telle est l'évidence de notre existence, l'évidence des axiomes, l'évidence des choses qui tombent pleinement sous les sens; à ce degré, l'évidence est si vive , que, dès qu'elle parait, nous connaissons et nous comprenons parfaitement; aussi les objets qui se manifestent de cette manière sont-ils dits, par excellence, évidents, parfaitement évidents j, ou vrais.

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